Jean-Claude Seguin Vergara, avec la coll. de Palmira González López et Jon Letamendi Gárate, El cinematógrafo en España (1896-1906)
Jean-Claude Seguin Vergara, avec la coll. de Palmira González López et Jon Letamendi Gárate, El cinematógrafo en España (1896-1906), Madrid, Filmoteca española, 2024, 818 p.
Texte intégral
1Si je résume le livre en quelques chiffres, il est d’un format de 24 × 16,5 cm, d’une épaisseur de 4,5 cm regroupant 818 pages et le tout pour une masse de 1,5 kg. Vous aurez compris qu’il s’agit là d’un pavé ou plus exactement d’une grosse brique qui constituera les fondations de cette histoire du cinéma des premiers temps en Espagne. Il fallait au moins cela pour nous raconter le développement du cinématographe en Espagne continentale et dans ses îles de 1896 à 1906. Bien sûr (bien que ce ne soit pas tout à fait une évidence), l’ouvrage est en espagnol. C’est assez logique compte tenu du sujet traité, des origines et du parcours professionnel de Jean-Claude Seguin Vergara.
2Le traitement d’un tel sujet n’est pas simple à l’échelle d’un pays où bon nombre d’exploitants vont se déplacer, se succéder, se croiser dans plusieurs villes, parfois changer l’appellation de leurs exploitations, changer les titres de leurs vues pour s’adapter à un public, pour les rendre plus attractives, etc. Les monographies à l’échelle d’une ville sont finalement assez simples à traiter, Seguin et son complice Jon Letamendi Gárate nous avaient fourni quelques études régionales en Espagne dont les périmètres réduits permettaient une approche chronologique, mais là, l’étape à franchir relevait d’un véritable défi.
3Seguin a choisi de rompre avec un traitement exclusivement chronologique et de renoncer aussi à une exhaustivité des occurrences trouvées, pour lesquelles il aurait fallu deux autres volumes tant ses recherches ont été prolifiques. L’ouvrage, qu’on pourrait qualifier d’encyclopédique, se découpe donc en cinq grands chapitres de tailles nécessairement différentes. Après une explication sur la méthodologie mise en œuvre pour la recherche et la rédaction de l’ouvrage, il aborde en 140 pages une histoire du cinéma sur cette période par thèmes comme la musique, les conférenciers, l’électricité, le public, les lieux de projection, les enjeux, etc., regroupant les items les plus pertinents et significatifs extraits de la presse minutieusement dépouillée. Puis vient un lexique de 20 pages relatif aux termes spécifiquement employés dans le cadre des projections cinématographiques. Le traitement des informations territoriales se limite aux villes de plus de 10 000 habitants, le tout en 60 pages. Les autres villes sont citées en précisant les années où des projections ont eu lieu. Bien sûr, le nombre de pages consacré ne permet qu’une approche générale mais néanmoins précise des faits. Je dirai au passage que toutes les occurrences complémentaires sont disponibles sur le site extraordinaire de Seguin, lequel finalement constitue la base de ce livre : https://www.grimh.org/. Un détour qui en vaut vraiment la peine !
4Un chapitre de 160 pages est consacré aux protagonistes, classés par ordre alphabétique, qui ont façonné cette histoire onze années durant. Il ne s’agit pas uniquement des exploitants mais de tous les personnages ayant joué un rôle, même mineur, dans le cinéma espagnol durant cette période.
5Enfin, l’ouvrage se termine par le chapitre le plus important du livre (380 pages) concernant les vues tournées sur le territoire espagnol. Le classement est chronologique, chaque vue accompagnée d’une fiche technique complète et d’un photogramme dans la mesure du possible. Les titres restitués sont ceux des catalogues officiels lorsque les films sont formellement identifiés ou ceux édités dans la presse locale dans le cas contraire. On n’oubliera pas de signaler les 18 pages quasi centrales de reproductions iconographiques sur papier couché dont la plupart sont inédites.
6Pour les (malheureusement rares) lecteurs que l’histoire du cinéma des tout premiers temps passionnent, ce livre est incontournable. D’une part parce qu’il fixe des règles méthodologiques rigoureuses pour ce type de recherches qu’il conviendrait de prendre en compte, d’autre part parce que cette étude – une histoire nationale – est aussi une sorte d’introduction à une histoire continentale voire mondiale en découvrant au fil des pages les parcours d’opérateurs étrangers venus en Espagne et des Espagnols traversant la frontière, montrant ainsi des enjeux communs aux différents territoires nationaux. C’est aussi un bel exemple de transversalité et d’interdisciplinarité en matière de recherche.
Pour citer cet article
Référence papier
Thierry Lecointe, « Jean-Claude Seguin Vergara, avec la coll. de Palmira González López et Jon Letamendi Gárate, El cinematógrafo en España (1896-1906) », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze, 106 | 2025, 198-199.
Référence électronique
Thierry Lecointe, « Jean-Claude Seguin Vergara, avec la coll. de Palmira González López et Jon Letamendi Gárate, El cinematógrafo en España (1896-1906) », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze [En ligne], 106 | 2025, mis en ligne le 01 août 2026, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/1895/12764 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16trw
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