L’hôpital Ibn Sina de Rabat : héritage colonial ou (non) lieu de mémoire ?
Entrées d’index
Index de mots-clés :
architecture hospitalière, ségrégation, hôpital, lieu de mémoire, architecture moderne, émotions, mémoire colonialeIndex by keyword:
hospital architecture, hospital, segregation, colonial memory, emotions, heritage, modern architectureIndex chronologique :
XXe sièclePersonnes citées :
Castelnau Éliane (1923- )Plan
Haut de pageTexte intégral
- 1 Avicenne est la forme francisée de Ibn Sīnā, célèbre médecin et philosophe persan du XIe siècle (98 (...)
- 2 Khaoula Benhaddou, « L’actuel hôpital Ibn Sina serait-il démoli ? », SNRT News, 6 mai 2022. URL : h (...)
- 3 Le site Chroniques d’architecture parle de « prouesse architecturale et technique ». Nouveau CHU de (...)
- 4 Ibid.
- 5 Les agences AIA Life Designers et AW Mountassir.
- 6 Hôpital Ibn Sina, Rabat, AIA Life Designers. URL: https://aialifedesigners.fr/projet/hopital-ibn-si (...)
1Après plus de 70 ans d’existence, l’hôpital Ibn Sina de Rabat (anciennement hôpital civil de Rabat puis hôpital Avicenne1), le plus grand édifice de soins tertiaires du Maroc, a été totalement démoli en 2024. Il sera bientôt remplacé par un nouvel hôpital bâti dans une tour de 33 étages, un « projet futuriste2 » dont le chantier est actuellement en cours. Dans les médias, l’enthousiasme pour le nouveau projet dépasse largement les prises de position contre la démolition3. Ainsi en 2022, l’ancien directeur Abdelkader Rougani avait affirmé que « le nouvel hôpital est une structure nouvelle génération4 » ; et les architectes5 du nouvel édifice le décrivaient comme une « véritable prouesse architecturale », avec une « structure emblématique » de 140 mètres de haut6.
- 7 Anciennement chargé de communication médicale au CHU Ibn Sina.
- 8 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital (...)
2Ce n’est que le 17 juillet 2024, quelques semaines après la destruction de l’aile sud (fig. 1), que paraît dans le quotidien marocain L’Opinion un article signé par le docteur Anwar Cherkaoui7 intitulé « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina8 ». Co-signé par quelques-uns des premiers médecins de l’hôpital, l’édifice sur le point d’être détruit y est qualifié de « monument emblématique », de « témoin muet », et de « repère indélébile dans la mémoire collective du Maroc ». L’article souligne également la forte charge symbolique de ce lieu étroitement lié au long règne de Hassan II (1929-1999), en retraçant les liens entre l’histoire de l’édifice et les tragiques évènements politiques survenus depuis les années 1960, des aspects que nous explorerons en détail dans cette recherche.
- 9 « Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage », Proposition d’inscripti (...)
- 10 Ibid.
- 11 Ces sites font partie de la ville nouvelle construite pendant le Protectorat français à partir de 1 (...)
3La vétusté de l’ancien bâtiment a été avancée comme motif pour justifier la récente démolition de cet hôpital moderne, construit entre 1945 et 1954, soit vers la fin du Protectorat français (1912-1956). Toutefois, il est légitime de s’interroger sur l’absence de reconnaissance patrimoniale attribuée à cet édifice, qui constituait, comme nous le démontrerons plus loin, un véritable « lieu de mémoire » pour une partie significative des Marocains. Cela est d’autant plus surprenant dans une ville comme Rabat, où une politique patrimoniale bien développée prévaut. En effet, en 2012, le centre-ville de Rabat a été inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en tant que « capitale moderne et ville historique9 ». Cette opération patrimoniale, initiée par le ministère de la Culture10 et soutenue par la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat, ne concerne qu’une liste réduite de lieux ; entre autres, la ville nouvelle où se trouvent de nombreux bâtiments modernes, le quartier habous de Diour Jamaâ, l’avenue de la Victoire et le jardin d’Essais11, tous situés dans un périmètre bien délimité (fig. 2). Selon l’Unesco, cette inscription au patrimoine culturel mondial témoigne « d’un dialogue fructueux entre le passé arabo-musulman et le modernisme occidental » et souligne l’importance du « paysage urbain historique » et des efforts pour sa sauvegarde. Mais ce périmètre exclut toute la partie sud-est de la ville, notamment les quartiers Agdal et Souissi, aux confins desquels se trouve l’hôpital Ibn Sina. Son inscription au patrimoine de l’Unesco aurait sans doute empêché sa démolition.
Figure 2 : Vue aérienne de Rabat.
Emplacement de l’hôpital Ibn Sina (en rouge) par rapport au périmètre des sites inscrits à l’Unesco (en bleu).
Crédit : Nadya Rouizem. Source : Dossier de demande d’inscription auprès de l’Unesco, Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage, UNESCO World Heritage Centre, 2012.
- 12 Zeynep Çelik, « Colonial/Postcolonial Intersections. Lieux de mémoire in Algiers », in Rasheed Arae (...)
- 13 Pierre Nora, Les lieux de mémoire.1. La République, Paris : Gallimard, 1997 (1984) (Quarto), p. 28.
- 14 Henri Moniot, « Faire du Nora sous les Tropiques ? », in Jean-Pierre Chretien et Jean-Louis Triaud (...)
4Cet article invite à questionner le statut patrimonial de cet édifice. Bien qu’il soit un héritage colonial, comme nous le démontrerons plus loin, son usage et son histoire lui ont progressivement octroyé de nouvelles significations, qui s’étendent des logiques ségrégationnistes ayant influencé sa configuration spatiale initiale jusqu’à son lien avec les événements violents de la seconde moitié du XXe siècle. Cette analyse s’appuie sur le concept de « lieu de mémoire » tel qu’il a été défini par l’historien Pierre Nora et repris par des spécialistes de l’architecture des périodes coloniales et postcoloniales12. Selon Nora, un objet « devient lieu de mémoire quand il échappe à l’oubli » et « lorsqu’une collectivité le charge d’affect et d’émotions13 ». Bien que ce concept, introduit depuis plusieurs décennies, ait été critiqué, en particulier parmi les spécialistes de l’histoire africaine14, il demeure pertinent pour reconsidérer les dimensions patrimoniales d’édifices tels que l’hôpital Ibn Sina à Rabat. Ce travail cherche à étudier l’architecture de cet hôpital non seulement dans sa dimension matérielle, mais aussi immatérielle, en interrogeant son histoire et sa réception, ainsi que le manque de débat public autour de sa démolition, qui pourrait potentiellement le positionner comme un « non-lieu de mémoire ».
- 15 « Groupe de travail pour la documentation et la conservation les bâtiments du mouvement moderne, de (...)
- 16 Johan Lagae, « Ambivalent Positions on Modern Heritage. A Dialogue between Wessel de Jonge and Réje (...)
- 17 Corinne Tiry-Ono, Isabelle Bertrand et Sophie Masse, « Valeurs patrimoniales de l’architecture du X (...)
- 18 Pour une discussion récente des lieux de mémoire en France liés au passé colonial, voir : Étienne A (...)
- 19 Nous avons effectué des visites et des entretiens avec l’anthropologue Josiane Tantchou, chargée de (...)
5Outre les valeurs architecturales matérielles définies par des institutions telles que Docomomo15, notre recherche propose d’explorer des perspectives patrimoniales intégrant la dimension sociale, ainsi que d’autres formes potentielles de valorisation susceptibles d’enrichir la compréhension du patrimoine moderne16. En mettant en lumière les valeurs liées à la construction sociale et culturelle d’édifices emblématiques de l’architecture moderne17, souvent sous-estimée ou encore absente des narrations historiques, cette contribution vise à compléter la littérature existante sur les lieux de mémoire dans les anciennes colonies françaises18. Elle s’appuie, en outre, sur un dialogue avec des réseaux de recherche émergents consacrés à la santé en Afrique, comme le réseau RUSH19.
- 20 L’accès restreint à ces documents pourrait être perçu comme une volonté d’oubli ou de désengagement (...)
- 21 Les plans des troisième et quatrième étages, non datés, dressés par les trois architectes auteurs d (...)
- 22 L’exploration des archives a permis d’identifier plusieurs lieux : d’abord la photothèque de l’Écol (...)
6Malgré les difficultés d’accès aux archives locales, un obstacle fréquemment rencontré par les historiens de l’architecture au Maroc20, l’enquête croise l’exploration de documents récoltés au sein de l’hôpital21, des sources provenant de médias écrits et audiovisuels, rassemblés dans différentes collections au Maroc et en France22, ainsi que des entretiens effectués entre juillet et octobre 2024 avec des médecins et employés de l’hôpital.
« La plus moderne formation hospitalière d’Afrique du Nord »
- 23 Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris, Édouard Delaporte (1909-1983) est l’auteur de plusieurs (...)
- 24 Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protector (...)
- 25 « Hôpital civil de Rabat », L’Architecture d’aujourd’hui, no. 35, 1951, p. 58.
7Construit entre 1945 et 1954, dans ce qui est encore considéré aujourd’hui comme la banlieue chic de Rabat, l’hôpital Avicenne, nommé à l’origine du projet « hôpital civil de Rabat », est l’œuvre des architectes Édouard Delaporte, Jean-Marie Bonnemaison et Jean-François Robert23. Dans un article de référence sur l’histoire de la médecine au Maroc durant le Protectorat, l’historien du Maghreb Daniel Rivet qualifie l’hôpital d’« impressionnant prototype de l’hôpital paquebot alors en vogue » et le décrit comme une « réalisation d’avant-garde24 ». Implanté dans un quartier résidentiel, à l’écart de l’agitation urbaine et en lisière de la forêt de Zaër, l’édifice bénéficie d’une situation surélevée offrant, depuis ses étages supérieurs, une vue dégagée sur l’océan Atlantique. La qualité de l’air y est d’autant plus favorable que le quartier reste encore peu urbanisé au début des années 1950 (fig. 3). Une description de l’hôpital alors en construction parue dans un numéro thématique sur le Maroc de L’Architecture d’aujourd’hui de 1951, précise que grâce à l’emplacement choisi « les malades seront dans les meilleures conditions possibles car ils bénéficieront de la brise marine sans subir les inconvénients de l’humidité et des embruns25 ».
- 26 Un autre exemple au Maghreb est celui du nouvel hôpital Bône (Annaba) en Algérie, également constru (...)
- 27 Lila Bonneau, De l’origine aux devenirs de l’architecture thérapeutique du XXe siècle et de ses mil (...)
- 28 Ibid.
8Le choix de ce site semble être directement influencé par les idées du mouvement hygiéniste, qui ont eu en France et dans ses colonies une grande influence sur l’emplacement des hôpitaux au XXe siècle26. Ils ont généralement été construits en banlieue, pour profiter de la faible densité du quartier, de l’aménagement d’espaces extérieurs de qualité et des éléments naturels27. La nature et les jardins qui entourent l’hôpital sont considérés comme des composantes du soin et de la thérapie, en raison de la qualité de l’air, de la lumière et de la présence de lieux de promenade pour les patients. L’influence des modèles américains sur les architectes français, ainsi que l’apparition d’une « culture internationale des hôpitaux », sont aussi des données importantes qui ont orienté le choix du site et de sa dimension paysagère28.
9Conçu sur plusieurs étages grâce aux ascenseurs, l’édifice présente une composition symétrique qui comprend, dans l’axe, l’entrée principale surmontée du bloc opératoire, puis un volume avec les services de chirurgie suivi par deux ailes de cinq étages en courbe concave avec les chambres collectives, auxquelles sont attachés au nord et au sud des volumes perpendiculaires avec des chambres individuelles (fig. 3).
Figure 3 : Vue aérienne de l’hôpital Avicenne, Rabat, Maroc, vers 1954.
On aperçoit la forêt de Zaër, et au nord le quartier Agdal encore peu urbanisé.
Source : Rabat (Maroc), École nationale d’architecture (ENA), Photothèque, Rabat 84-1-247.
- 29 Les Actualités françaises, 2 décembre 1954. Bry-sur-Marne (France), Archives de l’Institut nationa (...)
- 30 Ibid.
10L’édifice a été conçu avec une ossature de béton qui permet une façade libre et un toit terrasse. Sa typologie le place entre l’hôpital vertical et le monobloc dans lequel les fonctions se superposent. Dans le journal télévisé du 2 décembre 1954 « Les Actualités françaises », la séquence consacrée à l’inauguration de l’hôpital insiste sur l’aspect novateur de l’édifice : « Rabat possède dès aujourd’hui la plus moderne formation hospitalière d’Afrique du nord29. » Les cinquante-et-une secondes que dure la séquence font défiler une vue aérienne de l’hôpital et plusieurs vues extérieures et intérieures. Elles présentent les équipements médicaux qualifiés par le commentateur d’« ultramodernes », dont les services chirurgicaux dotés de blocs opératoires climatisés, ainsi que la buanderie et la stérilisation « automatiques qui communiquent directement avec chaque étage ». Il conclut en soulignant l’importance de l’équipement au niveau national : « Avec ses 715 lits, l’hôpital Avicenne prend la première place dans le réseau sanitaire marocain30. »
Architecture hospitalière, ségrégation coloniale et politique de rapprochement
- 31 Mohamed Ghoti, Histoire de la médecine au Maroc : le XXe siècle (1896-1994), Casablanca : Les Press (...)
- 32 Gaston Goupil (1886- ?), diplômé de l’École des beaux-arts de Paris, a été inspecteur régional des (...)
- 33 « L’Hôpital civil de Meknès, arch. Gaston Goupil & Édouard Delaporte », L’Architecture d’aujourd’hu (...)
11Avant l’installation de la médecine moderne, apportée par la France dans le contexte du Protectorat français (1912-1956), il existait au Maroc une médecine populaire31. Durant les vingt premières années du Protectorat, plusieurs hôpitaux et dispensaires sont construits à Rabat (l’hôpital Moulay Youssef, l’hôpital Marie Feuillet, etc.), ainsi que dans les autres grandes villes (Casablanca, Meknès, Marrakech, Mazagan, Fès, etc.). C’est la médecine militaire qui est chargée de la santé du pays jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1945 un plan d’équipement sanitaire est mis en application, ce qui entraîne la construction de plusieurs hôpitaux civils dans les grandes villes, dont ceux d’Oujda et de Meknès. Ce dernier, conçu au début des années 1950 par les architectes Gaston Goupil32 et Édouard Delaporte, présente la même typologie que l’hôpital de Rabat, avec une capacité moindre de 470 lits33. Un service médico-social est également créé au sein de la Direction de la santé, orienté vers les grandes maladies (comme la tuberculose) et « l’éducation sanitaire ».
- 34 Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protector (...)
- 35 Ibid., p. 114.
- 36 Ibid., p. 125.
- 37 Comme le rappelle Reda Sadiki « ces méthodes ségrégationnistes (...) ne prirent fin qu’à l’indépend (...)
- 38 Ce plan est conservé au Service des installations techniques et du bâtiment, à l’hôpital Ibn Sina.
12Mais selon Daniel Rivet ces structures urbaines, y compris l’hôpital civil de Rabat, ne sont qu’un « cache-misère » destiné à « assainir la ville », puisque la population rurale était très peu dotée d’équipements sanitaires34. Il explique comment le dispositif hygiéniste a constitué un outil colonial et politique autant que médical35, dans lequel les lieux de soins pour colons et pour indigènes demeurent distincts jusqu’à la fin du Protectorat en 1956, sauf en cas de dérogations accordées aux notables marocains36. Dans le cas du nouvel hôpital civil, les patients français et marocains sont soignés dans le même édifice mais dans des lieux différents37, malgré le nom employé alors d’« hôpital mixte franco-marocain », que l’on retrouve sur un plan original de 195438.
- 39 Francis Lacoste (1905-1993) est Résident général de France au Maroc de juin 1954 à juin 1955.
- 40 Parti politique créé au Maroc en 1943 ; le mot istiqlal signifie « indépendance ».
- 41 Le 20 août 1953, le sultan Mohammed Ben Youssef (futur Mohammed V) est contraint à l’exil — success (...)
- 42 Pierre Vermeren, Histoire du Maroc depuis l’indépendance, Paris : La Découverte, 2016.
13Pour bien comprendre cette appellation, il faut recontextualiser le projet. L’inauguration de l’hôpital en 1954 par Francis Lacoste39, le Résident général alors en poste, a lieu dans une période de grande instabilité. Depuis 1945, les mouvements sociaux en faveur de l’indépendance menés par le parti Istiqlal40 et les centrales syndicales sont très violemment réprimés et font des centaines de morts à Fès et à Casablanca. En 1953, la déposition du sultan Mohammed ben Youssef41 entraine de nombreuses manifestations et émeutes réprimées dans la violence42.
- 43 Dans la période d’après-guerre, dans d’autres contextes coloniaux en Afrique, une « politique de ra (...)
- 44 « Inauguration officielle de l’hôpital Avicenne », Le Petit Marocain, 21 novembre 1954, p. 2.
- 45 Ibid.
14Dans ce contexte tendu, la réalisation d’une structure hospitalière commune aux deux populations pourrait sembler, à première vue, répondre à une volonté de rapprochement et de pacification43. Néanmoins, l’analyse du discours inaugural prononcé par le Résident général offre une perspective différente. En mettant en avant la puissance de l’action coloniale et en présentant l’hôpital comme le résultat de « quarante ans de transformation d’un pays et d’un peuple44 », ce discours réaffirme la position de supériorité française dans le cadre colonial. Ce projet ne témoigne guère d’une intention de promouvoir l’égalité entre les deux communautés, il s’inscrit plutôt dans une logique de domination systémique, où les réalisations serviraient principalement à légitimer et rehausser l’image de l’œuvre coloniale tout en maintenant l’ordre établi. Ainsi, les autorités françaises revendiquent avoir « conçu et construit le plus grand et le plus moderne établissement hospitalier » de ce « nouveau Maroc45 ».
- 46 Ce plan figure dans la présentation l’hôpital civil de Meknès dans Chantiers. Revue illustrée de la (...)
15La mixité suggérée par le nom donné à l’hôpital est également démentie par la configuration spatiale de l’édifice, puisque le plan d’origine révèle clairement une séparation stricte entre les deux groupes de population. L’aile sud-est explicitement dédiée aux « Musulmans, 74 lits », tandis que l’aile nord-est assignée aux « Européens, 74 lits », comme le précisent les légendes figurant sur les plans (figs. 4-5). En effet, un plan du rez-de-chaussée, publié dans un numéro de la revue Chantiers en 1952 (fig. 6), confirme que même les entrées des visiteurs sont distinctes, tout comme les accès verticaux menant aux chambres. L’ensemble du dispositif architectural repose sur une symétrie stricte, conçue pour éviter tout croisement entre les populations européennes et marocaines, malgré le fait que cet hôpital soit censé accueillir les deux (fig. 6)46.
Figure 4-5 : Extrait du plan d’origine de l’hôpital Ibn Sina, plan non daté.
Source : Rabat (Maroc), Service des installations techniques et du bâtiment de l’hôpital Ibn Sina.
Figure 6 : Plan du rez-de-chaussée de l’hôpital civil de Rabat en 1952.
On voit les entrées séparées pour les visiteurs « musulmans » et « européens » de part et d’autre du bâtiment des admissions. Les légendes 14 à 18 signalent des espaces de circulation distincts pour le « personnel technique », et les malades, marocains ou européens, hommes ou femmes, par exemple : «17- Circulation malades marocains (femmes) ». Les cuisines (25 à 27) sont également séparées en « cuisine marocains », « israélites » et « européens ».
Source : Chantiers. Revue illustrée de la construction en Afrique du Nord, no. 9, 1952, p. 26-29.
- 47 Cet argument a été également relevé par Johan Lagae à propos d’édifices publics construits au Congo (...)
- 48 Janet L. Abu-Lughod, Rabat : Urban Apartheid in Morocco, Princeton, NJ : Princeton University Press (...)
- 49 Daniel Rivet détaille les nombreuses humiliations subies par les « Marocains de peu », c’est-à-dire (...)
- 50 Reda Sadiki, Médecine et colonialisme au Maroc sous Protectorat français, Casablanca : En toutes le (...)
- 51 Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protector (...)
- 52 Voir, entre autres, Jiat-Hwee Chang, A Geneaology of Tropical Architecture. Colonial Networks, Natu (...)
16Cette séparation persistante au sein même du bâtiment représente une manifestation de ségrégation raciale47, rejoignant la notion d’apartheid urbain décrite par Janet Abu-Lughod48, dont les travaux sur Rabat ont démontré comment la ségrégation sociale et spatiale s’est basée sur des lignes ethniques pendant le Protectorat49. Par ailleurs, bien que l’opinion publique tende à considérer que la médecine moderne occidentale a eu des apports bénéfiques au Maroc, des études académiques récentes nuancent ces propos. L’ouvrage de Reda Sadiki50, qui s’inscrit dans le domaine des Postcolonial Science and Technology Studies, rappelle que la médecine moderne introduite par le Protectorat a été un outil de domination coloniale. En raison de la « barrière coloniale sanitaire51 », les Européens et les Marocains n’ont pas eu le même espace thérapeutique, ces derniers subissaient des violences sanitaires de la part du pouvoir politico-médical. En histoire de l’architecture, plusieurs travaux (notamment anglophones) ont étudié l’hôpital en contexte colonial en tant qu’instrument de biopolitique, en montrant comment la médecine et l’urbanisme sont fortement liés à la ségrégation raciale52, une lecture pertinente pour comprendre la signification sociale de l’hôpital Ibn Sina au moment de sa réalisation.
La toponymie dynamique d’un lieu de mémoire (post)coloniale
- 53 Zeynep Çelik, « Colonial/postcolonial Intersections. Lieux de mémoire in Algiers », op. cit. (note (...)
- 54 À ce sujet, voir aussi l’ouvrage collectif Liora Bigon (dir.), Place Names in Africa, Zürich : Spri (...)
17Comme le souligne Zeynep Çelik dans son article sur les « lieux de mémoire » algérois53, les sites emblématiques de la culture coloniale ont « continué à conserver leur importance dans l’ère postcoloniale, car leur capacité à changer et à acquérir de nouvelles significations leur a permis de servir également de lieux de mémoire pour les colonisés ». Elle démontre que la pertinence de ce concept dans l’étude de l’architecture coloniale réside précisément dans cette capacité d’adaptation, qui se manifeste notamment à travers le changement de nom des lieux, faisant de la toponymie un élément clé pour appréhender l’évolution de la signification d’un lieu54. Cette approche se révèle particulièrement pertinente dans le cadre de l’analyse de l’hôpital Ibn Sina.
- 55 « Hôpital civil de Rabat », L’Architecture d’aujourd’hui, no. 35, 1951, p. 59.
- 56 Docteur en médecine, directeur de la Santé publique et de la famille au Maroc de 1944 à 1956.
- 57 La Courneuve (France), Centre des Archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères, clic (...)
18La revue L’Architecture d’aujourd’hui désigne l’hôpital sous le nom d’« hôpital civil de Rabat », dans deux articles consacrés à l’édifice, le premier55 paru en 1951 signé par le docteur Sicault (1905-1981)56, et le second en 1955. Cependant, le plan initial utilise la dénomination d’« hôpital mixte franco-marocain », qui apparaît également dans les légendes de photographies prises le 12 février 1954 à l’occasion d’une visite de médecins étasuniens57. Ces légendes emploient l’expression « nouvel hôpital franco-marocain du Souissi », soulignant une fois de plus le caractère mixte des populations concernées, tout en précisant l’emplacement du bâtiment au sein du quartier résidentiel.
- 58 Hubert Lyautey (1854-1934) premier Résident général de France au Maroc de 1912 à 1925.
- 59 Voir note 1.
19Ce n’est que lors de l’inauguration le 20 novembre 1954, organisée le jour de la commémoration du centenaire de la naissance du maréchal Lyautey58, qu’un nouveau nom est employé : « nouvel hôpital Avicenne, au quartier Souissi ». Le nom d’Avicenne59 semble avoir été choisi assez tardivement, puisqu’il est annoncé seulement lors du discours d’inauguration par le Résident général Francis Lacoste :
- 60 « Inauguration officielle de l’hôpital Avicenne », op. cit. (note 44).
« L’hôpital de Rabat-Souissi, œuvre maîtresse de la Direction de la santé publique au Maroc, portera désormais le nom d’Avicenne, qui fut l’un des plus célèbres médecins persans en l’an mille et qu’on avait surnommé ‘‘le prince des médecins’’60. »
20Le choix du nom d’un médecin musulman semble également lié à une volonté de rapprochement pour contrer les tensions à l’œuvre depuis le début des années 1950. Francis Lacoste l’exprime dans son discours en comparant la figure du maréchal Lyautey à celle du célèbre médecin musulman, probablement afin de donner une image bienveillante du Protectorat :
- 61 « Le discours de M. Lacoste à l’inauguration de l’hôpital Avicenne », La Vigie marocaine, 21 novemb (...)
« Souhaitons qu’en dépit des mots d’ordre sectaires et des propagandes fanatiques, l’esprit d’Avicenne et de Lyautey nous fasse entrer bientôt dans un climat de tolérance réciproque, d’humanisme et d’humanité, où une coopération fraternelle nous permette de fonder durablement cette communauté franco-marocaine qui existe déjà plus qu’en puissance, mais dont il faut souhaiter le prompt et plein épanouissement.61 »
- 62 Suite à d’importantes réformes de l’hôpital public datant de janvier 1983. Abbès Ouanaim, Les centr (...)
- 63 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse. La formation médicale en danger, Casablanca : La Croisée (...)
21Le nom d’Avicenne n’est traduit en arabe qu’en 1983, lorsque les hôpitaux de Rabat et de Casablanca acquièrent le statut d’établissement public autonome62, prenant respectivement les noms de « Centre hospitalier Ibn Sina » et de « Centre hospitalier Ibn Rochd » (Averroès)63. Ce changement marque ainsi une double transformation : d’une part, une transition du colonial vers le post-colonial par l’arabisation du nom, et d’autre part, une évolution du statut de l’hôpital, désormais promu en Centre hospitalier universitaire (CHU) regroupant plusieurs établissements. Cette mutation tend également à aligner l’institution sur les standards des grandes structures hospitalières internationales.
- 64 Voir par exemple : Ouerdia Yermeche, « Les dénominations de lieux en Algérie : entre toponymie colo (...)
22Toutefois, nos entretiens avec des usagers à Rabat révèlent qu’au niveau local, l’hôpital est le plus souvent désigné sous le nom d’« hôpital Souissi ». Ce choix toponymique, plutôt neutre, renvoie directement au quartier résidentiel et aisé où se situe l’hôpital, sans faire appel au nom d’Avicenne qui pourrait revêtir une connotation plus idéologique. Cette coexistence de différentes dénominations témoigne également de la place particulière qu’occupe l’hôpital, plusieurs chercheurs ayant constaté que les lieux dotés de différentes appellations parallèles s’avèrent souvent être des espaces chargés d’une mémoire collective64.
Le premier lieu de formation et d’exercice des médecins marocains
- 65 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital (...)
- 66 Abdelkader Tounsi, « Souvenirs et réflexions à propos du 50e anniversaire de la chirurgie à l’hôpit (...)
- 67 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse. La formation médicale en danger, op. cit. (note 63).
23Pour le groupe spécifique que composent les médecins marocains aujourd’hui, l’hôpital Ibn Sina occupe une place singulière en tant que « lieu de mémoire » lié à leur formation, à l’échelle du pays. Ils le décrivent comme un « sanctuaire de la médecine » ou même plus explicitement comme un « héritage médical65 ». Le professeur Abdelkader Tounsi, l’un des premiers chirurgiens marocains, une voix importante sur la scène professionnelle, a souligné dans un éditorial paru à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’hôpital en 2004 son rôle crucial dans la formation des internes du service de chirurgie, qui contribua au développement de la discipline à l’échelle nationale66. Il a également préfacé l’ouvrage du docteur El Khamlichi, C.H.U. en détresse. La formation médicale en danger67, livrant un témoignage sur l’importance du CHU de Rabat dans le système médical marocain :
- 68 Abdelkader Tounsi , « Préface », in Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63), (...)
« Le CHU de Rabat, et particulièrement l’hôpital Ibn Sina qui en constitue le noyau dur, n’a pas cessé, depuis son ouverture en 1954, de recevoir les malades de toutes les régions du Maroc. Il n’existe probablement pas un seul village dont au moins un habitant n’a pas été soigné au CHU de Rabat. Des personnalités et des personnages de tous les horizons ont également occupé un lit dans ce CHU qui les a aidés à recouvrer la santé, et à poursuivre leurs différentes activités. C’est pour cela qu’il est triste de constater aujourd’hui qu’un certain nombre de médecins se permettent de dénigrer cet hôpital qui, pourtant, les a formés et leur a donné leur propre identité. De toute façon, une évidence s’impose à tous : la majorité des meilleurs médecins marocains ont été formés au CHU de Rabat68. »
- 69 Entretien du 28 septembre 2024, à Paris.
24Au-delà de ces publications, les témoignages que nous avons récoltés auprès de médecins confirment leur grand intérêt pour cette institution. L’ancien directeur du CHU, le professeur Abdelkader Rougani, par exemple, nous a rapporté son attachement à l’édifice où il a de nombreux souvenirs : « C’est là où on a grandi, appris notre métier, et où on a été éduqué69. »
25Après l’indépendance du Maroc en 1956, l’hôpital gagne une importance considérable grâce à son rôle primordial dans la formation des médecins. La première faculté de médecine est en effet fondée à Rabat en 1962, un an après l’accession au trône d’Hassan II dont le discours d’inauguration de la faculté révèle l’ambition qu’il porte pour la médecine marocaine :
- 70 Extrait du discours d’inauguration par Hassan II le 16 octobre 1962.
« Le Maroc n’a pas créé une faculté de médecine par vanité, mais parce que son utilité est indéniable. Les médecins qui seront formés à Rabat apprendront, en plus de ce métier qu’ils ont choisi d’exercer, le rôle social et humanitaire qu’implique leur vocation [..] Il nous sera possible de garantir à notre pays sa conversion en une société saine en un temps record. Il nous sera également possible de transmettre la vocation médicale du Maroc vers les pays voisins du continent africain70. »
- 71 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63), p. 129.
- 72 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63), p. 60. À remarquer que le médecin co (...)
26À cette époque la majorité des médecins ne sont pas marocains. À la fin du Protectorat, six ans plus tôt, 95% des médecins sont encore étrangers71 et ce n’est qu’en 1968, soit 12 ans après l’indépendance, qu’un directeur marocain, le professeur Abdelmajid Belmahi, est nommé à la tête de l’hôpital Avicenne. La création progressive des équipements médicaux universitaires accompagne ainsi le développement social du pays : « Sur le plan hospitalier, c’est surtout l’hôpital Avicenne qui jouera un rôle majeur dans cette période de démarrage de la formation médicale au Maroc72. »
- 73 « Architecture au Maroc », Recherche et architecture, no. 55, 1983, p. 28
27Ce rôle de plus en plus important comme lieu de formation se manifeste aussi dans les extensions successives du complexe. Les cours de médecine ont lieu dans les amphithéâtres construits lors de l’extension de l’hôpital au début des années 1970. Cette extension a notamment permis de porter la capacité de l’hôpital de 800 à 1200 lits, et de créer un nouveau service des urgences et un bloc opératoire supplémentaire73.
- 74 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital (...)
- 75 Formée à l’École des beaux-arts de Paris, Éliane Castelnau (1923-) est fille de médecin, et élève d (...)
- 76 La vie et l’œuvre d’Éliane Castelnau fait également l’objet d’une notice sur le site Femmes archite (...)
28Comme le souligne le docteur Cherkaoui la valeur mémorielle de l’hôpital Ibn Sina réside donc en grande partie dans son statut de « symbole de l’évolution de la médecine au Maroc74 ». Mais nous pouvons aussi en tant qu’historiens de l’architecture mettre en avant sa valeur architecturale, liée au renom de l’autrice de l’extension du bâtiment moderniste réalisée entre 1970 et 1984. En effet, une grande partie des extensions du CHU ont été conçues par l’architecte Éliane Castelnau75, figure emblématique de la scène architecturale marocaine dans les années 1950 et 1960. Après avoir occupé le poste d’inspectrice de l’urbanisme pour les villes de Rabat-Salé et Meknès de 1956 à 1962, elle a réalisé avec son époux et associé Henri Tastemain de nombreuses commandes publiques dans les domaines de l’éducation, universitaire, médical, mais aussi administratif et industriel. Par ailleurs, l’intérêt pour la figure de Castelnau dépasse le cercle exclusif des architectes marocains. L’Association pour la recherche sur la ville et l’habitat (ARVHA) a documenté les extensions du CHU à Rabat dues à Castelnau sur son site internet consacré aux femmes architectes76.
29Dans l’agrandissement du bâtiment principal, elle prend le parti de reproduire l’architecture d’origine à travers des ajouts qui reprennent fidèlement une volumétrie identique et le même style architectural. Ce choix confère à l’édifice un aspect homogène et rend difficile la distinction entre le bâtiment construit dans les années 1950 et les agrandissements réalisés deux décennies plus tard. Les extensions des ailes nord et sud, qui comprennent des salles de cours pour la faculté de médecine, reproduisent parfaitement l’écriture architecturale des volumes qui abritent les chambres. De même, l’extension de l’entrée sur le côté occidental présente la même silhouette et le même style que le bâtiment administratif : un bandeau de fenêtres horizontales au premier étage, des poteaux cylindriques en soubassement sur deux niveaux et un petit volume avec un auvent signalant l’entrée (fig. 7).
Figure 7 : L’extension occidentale dans le prolongement de l’entrée, juillet 2024.
À l’arrière-plan se trouve le bâtiment initial construit en 1954.
Crédit : Nadya Rouizem.
- 77 Paris (France), Centre d’archives d’architecture du XXe siècle, fonds Tastemain-Castelnau, 420 IFA (...)
30Le premier étage comprend le bloc opératoire et les services de réanimation et de réveil (fig. 9). Au rez-de-chaussée, nous trouvons les services des grands brûlés, d’infectiologie, de traumatologie et de chirurgie réparatrice. Le sous-sol est réservé aux urgences médicales77. Dans le volume des urgences, au sud-est, Castelnau travaille le long de l’axe d’origine et ajoute les nouvelles parties du programme au sein d’un bâtiment carré (fig. 8). Cette extension est un bâtiment bas, dont l’écriture architecturale est en continuité avec ce qui existe déjà. Au début des années 1980, l’hôpital Ibn Sina prend ainsi la forme d’un ensemble homogène, marqué par l’horizontalité et la blancheur des bâtiments.
Figure 8 : Schéma des extensions d’Éliane Castelnau et des extensions ultérieures.
Crédit : Nadya Rouizem.
Figure 9 : Plan du premier étage de l’extension du volume principal par Éliane Castelnau.
Crédit : Éliane Castelnau-Tastemain. Source : Rabat (Maroc), Service des installations techniques et du bâtiment, Hôpital Ibn Sina.
- 78 Thierry Nadau, « La reconstruction d’Agadir ou le destin de l’architecture moderne au Maroc », in J (...)
- 79 URL : https://mammagroup.org/articles//eliane-castelnau-un-parcours-architectural-hors-norme. Consu (...)
31Castelnau conçoit ces extensions de manière subtile afin de conserver l’homogénéité de l’édifice d’origine. Mais dans les autres bâtiments qu’elle réalise pour compléter le centre hospitalier, elle se distingue par une toute autre écriture. En effet l’hôpital des enfants, la maternité, et les autres spécialités, situés de l’autre côté de l’avenue (fig. 10), s’inscrivent dans une autre forme de modernité : celle de « l’école de Rabat78 », dans laquelle le béton brut devient le médium d’un langage commun79.
Figure 10 : Rabat, Hôpital des Enfants et Maternité par Éliane Castelnau, avec Louis Riou, 2025.
Crédit : Nadya Rouizem.
- 80 Nadya Rouizem et Tifawt Loudaoui, « Évolution de la “marocanité” depuis les années 1960 : de l'expé (...)
32Ainsi, malgré les extensions dues à l’une des rares femmes architectes qui aient exercé à cette époque au Maroc, l’hôpital Avicenne n’a pas bénéficié de l’attention que l’on aurait pu lui accorder ; sans doute en raison de l’aspect de ces ajouts qui ne reflète pas le langage architectural spécifique qui a caractérisé la modernité architecturale au Maroc80 dans les années 1970.
Lieu de mémoire des « années de plomb » et du roi Hassan II
33Les témoignages recueillis auprès des médecins marocains soulignent par ailleurs que la portée mémorielle de l’hôpital Ibn Sina est plus large. C’est ce que suggère le docteur Cherkaoui dans l’introduction d’un article qu’il a consacré à l’édifice :
- 82 Institution fondée en 1977 par un dahir (décret) du roi Hassan II pour travailler avec le ministère (...)
- 83 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital (...)
- 84 Entretiens menés en juillet 2024.
- 85 Younes Maskine, « Le dernier jour de la vie d'Hassan II, préoccupé par la situation arabe », Al Bay (...)
34En cela, la figure du roi Hassan II revêt une importance essentielle. L’intérêt qu’il portait à l’hôpital comme lieu de formation, exprimé lors de l’inauguration de la première faculté de médecine à Rabat en 1962, a été confirmé par divers témoignages recueillis, notamment celui du professeur Rougani, qui a souligné le lien spécial que le roi entretenait avec cet établissement. Le roi s’intéressait au domaine médical, « posant des questions pertinentes aux médecins », il avait par exemple appuyé la création de la Ligue de lutte contre les maladies cardiovasculaires82. Et comme nous l’apprend l’article du docteur Cherkaoui : « Ici, le roi Hassan II a rendu son dernier souffle, marquant à jamais ces murs de son passage83. » En effet, dans les entretiens menés avec le personnel de l’hôpital84, le souvenir le plus marquant lié à l’édifice, évoqué par la plupart des interlocuteurs, est le décès du roi. Le 23 juillet 1998, il est transféré au quatrième étage de l’édifice central par l’ascenseur panoramique (qu’il avait lui-même offert à l’hôpital), pour être admis au service de la Ligue de lutte contre les maladies cardiovasculaires. Placé sous assistance cardio-respiratoire, il est décédé peu après. L’évènement est largement relayé dans la presse, qui souligne l’importance du lieu pour les Marocains, à l’instar d’un journaliste du quotidien Al Bayane qui écrit : « Un roi meurt dans l’hôpital du peuple85. »
- 86 Il s’agit de la première tentative de coup d’État militaire contre Hassan II, la seconde aura lieu (...)
- 87 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital (...)
- 88 Jean-Claude Santucci, Chroniques politiques marocaines (1971-1982), Paris : Éditions du CNRS, 1985 (...)
- 89 Zakya Daoud, Maroc, les années de plomb (1958-1988). Chroniques d’une résistance, Houilles : Éditio (...)
- 90 Mehdi Ben Barka (1920-1965) est un célèbre homme politique marocain, opposant socialiste et anti-im (...)
- 91 Mohamed Chaoui, « Décès de Abderrahman El Youssoufi : la fin d’une époque », L’Économiste, 29 mai 2 (...)
35Le docteur Cherkaoui évoque également l’attentat du 10 juillet 1971 visant le roi, qui fit plusieurs centaines de morts et de blessés parmi les invités à la célébration de son anniversaire au palais de Skhirat, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat86. Les blessés furent alors pris en charge à l’hôpital Ibn Sina : « Les couloirs ont résonné des cris des blessés de l’attentat de Skhirat87 », écrit-il. Menaçant l’existence même de la monarchie, il s’agit d’un des évènements qui a le plus marqué le règne de Hassan II et impacté fortement la politique menée dans les deux décennies suivantes88. Le docteur Cherkaoui rappelle un autre épisode de ces « années de plomb89 », qui ont marqué le pays entre les années 1960 et 1990 : « C’est dans ces salles que M. Abderrahman El Youssoufi a été hospitalisé, recevant la visite du roi, un geste empreint d’une symbolique forte. » Militant nationaliste, puis opposant socialiste, El Youssoufi (1924-2020) était un ami proche du célèbre opposant Mehdi Ben Barka90. Exilé de nombreuses années avant d’être gracié en 1980, El Youssoufi reste dans l’opposition, puis est nommé Premier ministre par Hassan II en 1998. Le docteur Cherkaoui évoque la visite que lui a rendue Hassan II à l’hôpital Ibn Sina en juin 1999 : une photographie parue dans la presse montrait le roi avec son Premier ministre, celui-ci était hospitalisé vêtu d’une robe de chambre avec un bandage autour de la tête91.
- 92 Zeynep Çelik, « Colonial/Postcolonial Intersections. Lieux de mémoire in Algiers », op. cit. (note (...)
36Ces épisodes marquants de l’histoire récente du Maroc en lien avec l’hôpital auraient pu à eux seuls lui conférer un statut de « lieu de mémoire » essentiel, et légitimer tout plaidoyer pour sa sauvegarde. Comme le souligne le docteur Cherkaoui, « la destruction de cet hôpital équivaut à piétiner une partie de notre essence, de notre identité, et de notre histoire ». Même si l’hôpital a été édifié à la fin du Protectorat et présenté dans les discours officiels comme un outil de la « mission civilisatrice » de la France, comme nous l’avons souligné, l’article du docteur Cherkaoui n’évoque nullement son passé colonial ; il met plutôt en avant des événements tragiques de l’histoire du pays, bien plus proches de notre époque. Voilà une fois de plus cette « qualité passionnante de pouvoir évoluer » et de revêtir de nouvelles significations, une aptitude des « lieux de mémoire » qui fait de ce concept un outil d’analyse pertinent, comme l’a suggéré Zeynep Çelik92.
Une modernité fragile
- 93 Rédigé par le ministère de la Santé et le ministère de l’Équipement, des Transports, de la Logistiq (...)
- 94 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63).
- 95 Ibid., p. 119.
37La richesse mémorielle que nous avons évoquée n’a néanmoins pas suffi à protéger l’hôpital Ibn Sina ni à garantir sa sauvegarde. L’ancienneté et la dégradation des locaux de l’hôpital ont été invoqués pour justifier sa démolition, dans le cadre du programme du concours portant sur la construction du nouvel établissement93. Dans son ouvrage C.H.U. en détresse94, le professeur El Khamlichi explique cette dégradation95, ainsi que la désorientation des nouveaux patients et leurs accompagnants, par « la vétusté des locaux » et la perte des qualités spécifiques de l’édifice due aux transformations successives :
- 96 Ibid.
« Cet hôpital modèle a été progressivement abîmé par la construction supplémentaire de plusieurs bâtiments et baraques autour de l’édifice initial, avec la suppression de la quasi-totalité des espaces verts et des chemins de circulation. Même certaines terrasses du bâtiment initial ont été intégrées dans les constructions. Actuellement, la comparaison d’une photo aérienne de cet hôpital au moment de son ouverture par rapport à son état actuel le rend méconnaissable96. »
Figure 11 : Vue de l’hôpital Ibn Sina depuis le chantier du nouvel hôpital, juillet 2024.
L’aile sud de l’hôpital Ibn Sina est démolie. À comparer avec la vue aérienne de l’hôpital peu après son inauguration (fig. 3).
Crédit : Amine Houari. Source : Rabat (Maroc), École nationale d’architecture (ENA) de Rabat, Photothèque, Rabat 93-0-6-2.
38L’auteur évoque aussi la suroccupation des chambres, les fuites d’eau non réparées qui créent de l’humidité et de la moisissure, l’absence d’eau chaude et de chauffage depuis des années, la circulation permanente des patients, des accompagnateurs et des visiteurs du fait de l’absence de signalétique, ainsi que les pannes récurrentes des ascenseurs et de la climatisation. Cependant, comme le suggère le professeur El Khamlichi, la vétusté des bâtiments n’explique pas à elle seule les dysfonctionnements de l’hôpital.
- 97 Ibid., p. 204.
« Les bâtiments des hôpitaux du CHIS ne constituent pas une cause essentielle au dysfonctionnement du CHU. Certes, nous avons évoqué la vétusté des locaux, l’inadaptation des capacités des chambres (six à dix lits) dans certains services, l’usure des installations techniques ; mais tout cela résulte du manque d’entretien et surtout de l’improvisation dans l’extension des anciens locaux ou dans l’ajout abusif de nouveaux locaux au détriment des espaces verts et des chemins de circulation (cas de l’hôpital Avicenne)97. »
- 98 Lila Bonneau, « Les ‘‘valeurs de santé’’ de l’hôpital Beaujon à Clichy (Hauts-de-Seine) entre 1935 (...)
39Les extensions successives, motivées par le besoin d’espace supplémentaire, ont conduit à la dégradation de la structure en altérant les caractéristiques architecturales et spatiales initialement prévues par les concepteurs. En effet, l’analyse du nouveau tracé des volumes actuels par rapport aux plans antérieurs des décennies 1950 et 1970 (fig. 8), révèle l’ajout, après l’extension réalisée par Éliane Castelnau entre 1970 et 1984, d’une série de petits volumes au pied de plusieurs parties de l’édifice et entre les zones de circulation et les jardins. Ces petits ajouts complexifient la volumétrie globale, tout en réduisant la luminosité et les perspectives sur les espaces verts. Par conséquent, la méconnaissance de l’architecture originale et de ses valeurs par les gestionnaires du complexe a suscité des modifications inappropriées, qui ont contribué à aggraver la dégradation du bâtiment ; entraînant ainsi une diminution des « valeurs de santé98 ».
- 99 Lila Bonneau et Donato Severo, La reconversion des grandes aires hospitalières du XXe siècle : expé (...)
- 100 Conçu par l’architecte Léon Fombertaux (1871-1936), proche du maréchal Lyautey, Résident général de (...)
- 101 Karima Berdouz, Le patrimoine colonial au Maroc. Le façadisme comme approche de sauvegarde, Paris : (...)
- 102 Charlotte Mus, [compte rendu] « Le patrimoine colonial au Maroc. Le façadisme comme approche de sau (...)
40Dans ce contexte, le cas de l’hôpital Ibn Sina de Rabat n’est pas isolé. En effet, la production architecturale moderne dans le domaine hospitalier représente « un patrimoine sans doute moins apprécié que celui des siècles antérieurs99 ». En Europe, et en France en particulier, la question de la conservation des structures hospitalières encore en fonctionnement suscite de nombreux débats. La volonté de protéger ces bâtiments se heurte souvent à l’usage très intensif qui en est fait, en raison de la nécessité de prise en charge continue des patients. Néanmoins, le cas de la démolition de l’hôpital Ibn Sina met en évidence l’ambiguïté persistante qui caractérise aujourd’hui la valorisation du patrimoine de l’architecture moderne au Maroc, à l’instar de l’hôpital militaire Marie Feuillet à Rabat, édifié en 1911 dans un style néo-mauresque100, dont les locaux, abandonnés en 1999 suite au déménagement de l’hôpital vers le quartier de Hay Ryad, ont récemment été réhabilités en complexe hôtelier. Bien que cette « conservation » semble relever davantage du façadisme101, nous pouvons nous demander si la référence à l’architecture islamique n’est pas la raison pour laquelle, au-delà des enjeux fonciers évidents102, ces façades ont été conservées.
- 103 Donato Severo, Paul Nelson et l’hôpital de Saint-Lô, op. cit. (note 27).
- 104 Dominique Perrin et Frantz Schœnstein, « Protéger le patrimoine hospitalier au titre des monuments (...)
41L’hôpital Ibn Sina semble donc présenter un double handicap, en plus de son obsolescence technique. D’une part, il est lié à un passé colonial et postcolonial souvent encore perçu comme douloureux, et d’autre part, il s’inscrit dans la typologie des structures hospitalières modernes construites durant la seconde moitié du XXe siècle, une catégorie de bâtiments dont la préservation reste largement inégale103. Dans cette classe spécifique, lorsqu’un hôpital est reconnu ou classé, c’est généralement moins pour la qualité de son architecture que pour la portée historique et mémorielle qui lui est attribuée.104
Conclusion
- 105 Hicham Mouloudi, Les ambitions d’une capitale. Rabat : Centre Jacques Berque, 2015.
- 106 Hassane Kharmich et Meryem Benyaïche, « Le Patrimoine mondial de l’humanité, entre logique de class (...)
- 107 Muriel Girard et Charlotte Jelidi, « La patrimonialisation de l’architecture produite sous le Prote (...)
42On observe actuellement d’une part, une volonté politique de positionner Rabat au rang des grandes métropoles mondiales grâce à un programme ambitieux de développement urbain et architectural intitulé « Rabat-Ville lumière, Capitale culturelle du royaume105 », et d’autre part, une stratégie de valorisation du patrimoine à travers le classement à l’Unesco. Ces deux aspects constituent un levier essentiel dans la politique visant à accroître le rayonnement de la ville à l’échelle nationale et internationale106. Dans cette double dynamique qui caractérise la vision de la capitale marocaine, conjuguant métropolisation et patrimonialisation, se pose la question du rôle accordé au patrimoine moderne, et du lien entre la connaissance de cette architecture et sa reconnaissance107.
- 108 Marc Auge, « Les lieux de mémoire du point de vue de l’ethnologue », Gradhiva. Revue d’histoire et (...)
- 109 Guillaume Lachenal, « The Brand New Ruins of Public Health. A Tale of Two Buildings, Kinshasa, DRC (...)
43Les témoignages recueillis et analysés dans cet article mettent en lumière l’hôpital Ibn Sina en tant que support mémoriel chargé d’émotions, véritable « lieu de mémoire » où se mêlent expériences individuelles et histoire collective108. Pourtant, l’édifice véhicule une image ambivalente, oscillant entre progrès et déclin109. La modernité qu’il incarnait au moment de sa construction, comme l’évoquait la propagande coloniale, s’est progressivement transformée en vétusté et obsolescence, à l’image d’un passé politique que l’on préfère laisser sombrer dans l’oubli.
- 110 Nina Berre, Paul Wenzel Geissler et Johan Lagae, African Modernism and its Afterlives, op. cit. (no (...)
- 111 Frédéric Vairel, « Le Maroc des années de plomb : équité et réconciliation ? », Politique africaine(...)
- 112 Danielle Dumontet, Véronique Porra, Kerstin Kloster et Thorsten Schüller, Les lieux d’oubli de la F (...)
44La démolition semble en effet devoir effacer à la fois les traces de l’héritage colonial, qui incarne la violence ségrégationniste, et celles d’une modernité « fragile110 », témoignant de quarante ans d’autoritarisme après l’indépendance111. La mémoire, processus intrinsèquement sélectif reposant sur une articulation entre rétention et oubli, apparaît ainsi comme le résultat de stratégies visant à évacuer certains sujets jugés sensibles ou perturbants112. Ces zones d’oubli, façonnées par des contextes géographiques, culturels et historiques spécifiques, bien qu’aujourd’hui réduites au silence, pourraient, ou mieux, devraient en revanche devenir un sujet de discussion à l’avenir. En tant qu’historiens de l’architecture, notre rôle prend ici tout son sens : il ne s’agit pas uniquement d’examiner les bâtiments dans leurs dimensions urbaine, architecturale et matérielle, mais aussi d’analyser leurs significations changeantes au fil du temps, qui en font, parfois, des « lieux de mémoire » majeurs.
Remerciements
Je souhaite remercier l’équipe d’ABE Journal et les peer-reviewers pour leurs commentaires et suggestions, ainsi que Josiane Tantchou et le Centre Jacques Berque pour avoir soutenu cette recherche.
Notes
1 Avicenne est la forme francisée de Ibn Sīnā, célèbre médecin et philosophe persan du XIe siècle (980-1037). Du XIIe au XVIIe siècle, l’enseignement et la pratique de la médecine musulmane et occidentale sont fondées sur son Canon de la médecine. URL : https://passerelles.essentiels.bnf.fr/fr/chronologie/article/64f7f511-0398-42c4-a4d0-32f789f24032-medecine-avicenne. Consulté le 20 juillet 2025.
2 Khaoula Benhaddou, « L’actuel hôpital Ibn Sina serait-il démoli ? », SNRT News, 6 mai 2022. URL : https://snrtnews.com/fr/article/lactuel-hopital-ibn-sina-serait-il-demoli-41777. Consulté le 20 juillet 2025.
3 Le site Chroniques d’architecture parle de « prouesse architecturale et technique ». Nouveau CHU de Rabat, conçu par AIA Life Designers, 25 septembre 2020. URL : https://chroniques-architecture.com/nouveau-chu-de-rabat-par-aia-life-designers/. Consulté le 20 juillet 2025. Le quotidien L’Opinion évoque une conception avec « les meilleures pratiques d’éco-construction ainsi que des technologies de nouvelle génération », 16 avril 2023. URL : https://www.lopinion.ma/Rabat-Les-travaux-du-nouvel-hopital-Ibn-Sina-avancent-bon-train_a38955.html. Consulté le 20 juillet 2025 ; et le magazine hebdomadaire Telquel indique qu’il s’agit d’une « structure de soins de nouvelle génération », 6 mai 2022. URL : https://telquel.ma/instant-t/2022/05/06/mohamed-vi-lance-les-travaux-de-construction-du-nouveau-chu-ibn-sina-de-rabat_1765653/. Consulté le 20 juillet 2025.
4 Ibid.
5 Les agences AIA Life Designers et AW Mountassir.
6 Hôpital Ibn Sina, Rabat, AIA Life Designers. URL: https://aialifedesigners.fr/projet/hopital-ibn-sina-rabat-maroc. Consulté le 27 mars 2025.
7 Anciennement chargé de communication médicale au CHU Ibn Sina.
8 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina », L’Opinion, 17 juillet 2024.
9 « Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage », Proposition d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial [de l’Unesco] soumise par le royaume du Maroc, janvier 2011. URL : https://whc.unesco.org/fr/list/1401/. Consulté le 20 juillet 2025.
10 Ibid.
11 Ces sites font partie de la ville nouvelle construite pendant le Protectorat français à partir de 1912, mais le classement comprend également la Médina, les remparts, le site archéologique du Chellah ainsi que la Tour Hassan et le mausolée Mohammed V.
12 Zeynep Çelik, « Colonial/Postcolonial Intersections. Lieux de mémoire in Algiers », in Rasheed Araenn, Sean Cubitt et Ziauddin Sardar (dirs.), The Third Text Reader on Art, Culture and Theory, Londres : Continuum, 2002, p. 61-67 ; Johan Lagae et Jacob Sabakinu Kivilu, « Coloniser/décoloniser l’espace : le paysage urbain de Kinshasa, entre histoire et mémoire » in Elikia M’Bokolo et Jacob Sabakinu Kivilu, L’indépendance du Congo et ses lendemains, Tervuren : Musée royal d’Afrique centrale, 2020, p. 273-290.
13 Pierre Nora, Les lieux de mémoire.1. La République, Paris : Gallimard, 1997 (1984) (Quarto), p. 28.
14 Henri Moniot, « Faire du Nora sous les Tropiques ? », in Jean-Pierre Chretien et Jean-Louis Triaud (dirs.), Histoire d’Afrique. Les enjeux de mémoire, Paris : Karthala, 1999 (Hommes et sociétés), p. 13-26.
15 « Groupe de travail pour la documentation et la conservation les bâtiments du mouvement moderne, de leur site et de leur ensemble urbain ». URL : https://docomomo.com/. Consulté le 8 juillet 2025.
16 Johan Lagae, « Ambivalent Positions on Modern Heritage. A Dialogue between Wessel de Jonge and Réjean Légault », OASE, no. 69 (Johan Lagae, Marc Shoonderbeek et Tom Avermaete (dirs.), Shared Territories in Historiography and Practice), 2006, p. 46-53. URL : https://oasejournal.nl/en/Issues/69/AmbivalentPositionsOnModernHeritage#046. Consulté le 8 juillet 2025 ; Nina Berre, Paul Wenzel Geissler et Johan Lagae, African Modernism and its Afterlives, Bristol : Intellect Books, 2022.
17 Corinne Tiry-Ono, Isabelle Bertrand et Sophie Masse, « Valeurs patrimoniales de l’architecture du XXe siècle : quelle reconnaissance ? », In Situ. Revue des patrimoines, no. 47, avril 2022. DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.35413.
18 Pour une discussion récente des lieux de mémoire en France liés au passé colonial, voir : Étienne Achille, Charles Forsdick et Lydie Moudileno, Postcolonial Realms of Memory : Sites and Symbols in Modern France, Liverpool : Liverpool University Press, 2020 (Contemporary French and Francophones Cultures, 68).
19 Nous avons effectué des visites et des entretiens avec l’anthropologue Josiane Tantchou, chargée de recherche au CNRS, qui travaille sur les hôpitaux en Afrique et fait partie du RUSH (Réseau architecture et urbanisme pour le bien-être et la santé mentale en Afrique).
20 L’accès restreint à ces documents pourrait être perçu comme une volonté d’oubli ou de désengagement vis-à-vis du patrimoine architectural ancien, ou encore comme le symptôme d’une mémoire collective qui s’efface progressivement au gré du renouvellement des équipes administratives. Cependant, en juillet 2024, le Service des installations techniques et des bâtiments de l’hôpital a autorisé une consultation de certains plans encore conservés dans leurs archives internes. La démolition récente de l’édifice soulève néanmoins la question cruciale de la préservation et la valorisation de ces archives.
21 Les plans des troisième et quatrième étages, non datés, dressés par les trois architectes auteurs du bâtiment, probablement dans les années 1950, ainsi qu’un dossier des plans des extensions de 1972 à 1974 provenant de l’agence d’Éliane Castelnau, ont été consultés dans les archives du Service technique de l’hôpital en juillet 2024, un an avant sa démolition.
22 L’exploration des archives a permis d’identifier plusieurs lieux : d’abord la photothèque de l’École nationale d’architecture (ENA) de Rabat qui comporte environ 40 photographies de l’hôpital en noir et blanc non datées. Les archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) en France documentent également cette période charnière de l’histoire de l’architecture du Maroc, à travers un document audiovisuel sur l’inauguration de l’hôpital en 1954. Il existe aussi plusieurs clichés de l’inauguration dans les archives diplomatiques françaises en ligne. URL : https://archivesdiplomatiques.diplomatie.gouv.fr/ark:/14366/79fnqkml6xwd. Consulté le 8 juillet 2025.
23 Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris, Édouard Delaporte (1909-1983) est l’auteur de plusieurs réalisations architecturales au Maroc. En 1951, il conçoit notamment un immeuble à l’architecture très moderniste dans la ville nouvelle de Rabat (L’Architecture d’aujourd’hui, no. 45, 1952, p. 19). Avec Jean-Marie Bonnemaison (1900-1969), lui aussi diplômé des Beaux-Arts de Paris, il soumet un projet de salle des fêtes et hôtel à Oujda au concours des chambres consultatives (L’Architecture d’aujourd’hui, no. 35, 1951). L’architecte Jean-François Robert, quant à lui, a réalisé plusieurs édifices emblématiques de l’avenue Mohammed V à Rabat, ainsi que quelques immeubles de la ville nouvelle entre 1920 et 1955. Son écriture architecturale évolue du néo-mauresque vers la modernité architecturale. Sur cette évolution, voir : Charlotte Jelidi, « VI. Quarante années de tendances architecturales », in Fès, la fabrication d’une ville nouvelle (1912-1956), Lyon : ENS Éditions, 2012 (Sociétés, espaces, temps), p. 163-193. DOI : https://doi.org/10.4000/books.enseditions.975. Il réalise notamment l’hôtel Terminus sur l’avenue Mohammed V en 1924, ainsi que plusieurs immeubles de l’emblématique ensemble Balima sur la même avenue entre 1929 et 1951, tous dans une écriture néo-mauresque. Les immeubles qu’il réalise dans les années 1950, adoptent un vocabulaire architectural moderne beaucoup plus épuré. Voir Abderrahmane Chorfi, Rabat la ville nouvelle. Guide d’architecture 1914-1990, Rabat : Éditions Bouillon de culture, 2023.
24 Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protectorat français », in Elisabeth Lionguenesse, Santé, médecine et société dans le monde arabe, Lyon : MOM Éditions, 1995 p. 112. URL : https://www.persee.fr/doc/mom_1140-0404_1995_act_1_1_3875. Consulté le 10 juillet 2025.
25 « Hôpital civil de Rabat », L’Architecture d’aujourd’hui, no. 35, 1951, p. 58.
26 Un autre exemple au Maghreb est celui du nouvel hôpital Bône (Annaba) en Algérie, également construit sur une colline à proximité de la ville, pour bénéficier de l’ensoleillement, de la vue, et la présence de végétation. Nesrine Saihia et Rehailia Hassib, « Le-nouvel hôpital de Bône : histoire d’une œuvre inachevée », AJSP, vol. 7, no. 1, 2025, p. 190-205. URL : https://asjp.cerist.dz/en/article/272143. Consulté le 20 juillet 2025)
27 Lila Bonneau, De l’origine aux devenirs de l’architecture thérapeutique du XXe siècle et de ses milieux : l’hôpital Beaujon à Clichy, 1935-2021, thèse de doctorat en architecture sous la direction de Donato Severo, Université Paris Cité, Paris, 2021 ; Idem, L’hôpital Beaujon de Clichy. L’architecture thérapeutique du XXe siècle et ses milieux, Paris : Herman, 2023 ; Donato Severo, Paul Nelson et l’hôpital de Saint-Lô. Humanisme, art et architecture, Paris : Éditions Picard, 2015 (Architectures contemporaines). URL : https://hal.science/hal-04083746. Consulté le 20 juillet 2025.
28 Ibid.
29 Les Actualités françaises, 2 décembre 1954. Bry-sur-Marne (France), Archives de l’Institut national de l’audiovisuel. URL : https://catalogue.ina.fr/doc/TV-RADIO/DA_AFE85007166/l-hopital-de-rabat?rang=1. Consulté le 8 juillet 2025.
30 Ibid.
31 Mohamed Ghoti, Histoire de la médecine au Maroc : le XXe siècle (1896-1994), Casablanca : Les Presses de l’imprimerie idéale, 1995; Fouad Laboudi, La médecine au Maroc du XVIIe au XIXe siècle: esquisses historiques, Paris : L’Harmattan, 2021.
32 Gaston Goupil (1886- ?), diplômé de l’École des beaux-arts de Paris, a été inspecteur régional des Monuments historiques à Meknès dans les années 1920 et président du Conseil régional de l'Ordre des architectes du Maroc, Rabat et Nord marocain, vice-président puis président dans les années 1930 du Conseil supérieur de l’Ordre des architectes du Maroc.
33 « L’Hôpital civil de Meknès, arch. Gaston Goupil & Édouard Delaporte », L’Architecture d’aujourd’hui, no. 35, 1951, p. 60-61.
34 Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protectorat français », op. cit. (note 24), p. 105-128.
35 Ibid., p. 114.
36 Ibid., p. 125.
37 Comme le rappelle Reda Sadiki « ces méthodes ségrégationnistes (...) ne prirent fin qu’à l’indépendance ». Reda Sadiki, « Médecine, ségrégation et idéologie », in
Médecine et colonialisme au Maroc sous Protectorat français, Casablanca : En toutes lettres, 2021 (Les Questions qui fâchent), p. 117-159. DOI: https://doi.org/10.3917/etl.sadik.2021.01 ; Abdelkader Tounsi, « Souvenirs et réflexions à propos du 50e anniversaire de la chirurgie à l’hôpital Ibn Sina de Rabat », Maroc Médical, vol. 26, no. 4, 2004, p. 244-247. URL: https://revues.imist.ma/index.php/MM/article/view/982/808. Consulté le 10 juillet 2025.38 Ce plan est conservé au Service des installations techniques et du bâtiment, à l’hôpital Ibn Sina.
39 Francis Lacoste (1905-1993) est Résident général de France au Maroc de juin 1954 à juin 1955.
40 Parti politique créé au Maroc en 1943 ; le mot istiqlal signifie « indépendance ».
41 Le 20 août 1953, le sultan Mohammed Ben Youssef (futur Mohammed V) est contraint à l’exil — successivement en Corse et à Madagascar — jusqu’au 16 novembre 1955. Il est remplacé par son oncle le sultan Ben Arafa par les autorités françaises, ce qui déclenche des protestations et des émeutes dans le pays. Benjamin Stora et Akram Ellyas, « Mohammed V (Maroc, 1909-1961), sultan puis roi du Maroc, figure nationale », Points d’appui, 1999, p. 231-233.
42 Pierre Vermeren, Histoire du Maroc depuis l’indépendance, Paris : La Découverte, 2016.
43 Dans la période d’après-guerre, dans d’autres contextes coloniaux en Afrique, une « politique de rapprochement » est introduite, par exemple au Congo belge à l’initiative de docteur A. Duren, à l’époque inspecteur général de l’hygiène. Voir par exemple : Simon De Nys-Ketels, Johan Lagae, Kristien Geenen, Luce Beeckmans et Trésor Lumfuankenda Bungiena, “Spatial Governmentality and Everyday Hospital Life in Colonial and Postcolonial DR Congo”, in Daniel Cosslet (dir.), Neocolonialism and Built Heritage. Echoes of Empire in Africa, Asia and Europe, Londres ; New York, NY : Routledge, 2019, p. 147-167.
44 « Inauguration officielle de l’hôpital Avicenne », Le Petit Marocain, 21 novembre 1954, p. 2.
45 Ibid.
46 Ce plan figure dans la présentation l’hôpital civil de Meknès dans Chantiers. Revue illustrée de la construction en Afrique du Nord, no. 9, 1952. p. 26-29. URL : https://athar.persee.fr/doc/chana_1111-858x_1952_num_9_1_1928. Consulté le 10 juillet 2025. À noter que ce plan est aussi repris dans le numéro déjà mentionné de L’Architecture d’aujourd’hui, mais sans les indications claires des différentes entrées qui illustrent cette séparation nette entre la population musulmane et européenne.
47 Cet argument a été également relevé par Johan Lagae à propos d’édifices publics construits au Congo dans les années 1950, dans Johan Lagae, « Architecture MoMo au cœur des ténèbres, les défis de la documentation et de la conservation du patrimoine moderne en Afrique centrale », in Maristella Casciato et Emilie D’Orgeix (dirs.), Architectures modernes. L’émergence d’un patrimoine, Liège : Mardaga, 2012, p. 109-118.
48 Janet L. Abu-Lughod, Rabat : Urban Apartheid in Morocco, Princeton, NJ : Princeton University Press, 1980 (Princeton Studies on the Near East).
49 Daniel Rivet détaille les nombreuses humiliations subies par les « Marocains de peu », c’est-à-dire ceux des classes sociales modestes, qui ont « dû accepter de mal être en tant que groupe social catalogué dangereux » pour le « bien-être des Français, et le mieux-être d’une élite ». Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protectorat français », op. cit. (note 24), p. 128.
50 Reda Sadiki, Médecine et colonialisme au Maroc sous Protectorat français, Casablanca : En toutes lettres, 2021.
51 Daniel Rivet, « Hygiénisme colonial et médicalisation de la société marocaine au temps du Protectorat français », op. cit. (note 24), p. 120.
52 Voir, entre autres, Jiat-Hwee Chang, A Geneaology of Tropical Architecture. Colonial Networks, Nature and Technoscience, Londres ; New York, NY : Routledge, 2016 (The Architext Series).
53 Zeynep Çelik, « Colonial/postcolonial Intersections. Lieux de mémoire in Algiers », op. cit. (note 12), p. 62, traduction de l’autrice.
54 À ce sujet, voir aussi l’ouvrage collectif Liora Bigon (dir.), Place Names in Africa, Zürich : Springer, 2016.
55 « Hôpital civil de Rabat », L’Architecture d’aujourd’hui, no. 35, 1951, p. 59.
56 Docteur en médecine, directeur de la Santé publique et de la famille au Maroc de 1944 à 1956.
57 La Courneuve (France), Centre des Archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères, clichés 50449-51063 - 21MA/2/45.
58 Hubert Lyautey (1854-1934) premier Résident général de France au Maroc de 1912 à 1925.
59 Voir note 1.
60 « Inauguration officielle de l’hôpital Avicenne », op. cit. (note 44).
61 « Le discours de M. Lacoste à l’inauguration de l’hôpital Avicenne », La Vigie marocaine, 21 novembre 1954, p. 1.
62 Suite à d’importantes réformes de l’hôpital public datant de janvier 1983. Abbès Ouanaim, Les centres hospitaliers universitaires au Maroc, thèse de doctorat, Université de Montpellier, 1986.
63 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse. La formation médicale en danger, Casablanca : La Croisée des chemins, 2015, p. 94.
64 Voir par exemple : Ouerdia Yermeche, « Les dénominations de lieux en Algérie : entre toponymie coloniale, toponymie(s) officielle(s) et toponymie(s) spontanée(s) », Études et Documents Berbères, vol. 3940, no. 1, 2018, p. 387-400 ; Frédéric Giraut et Myriam Houssay-Holzschuch, Politiques des noms de lieux : dénommer le monde, Londres : ISTE Editions, 2023, p. 69-96.
65 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina », op. cit. (note 8).
66 Abdelkader Tounsi, « Souvenirs et réflexions à propos du 50e anniversaire de la chirurgie à l’hôpital Ibn Sina de Rabat », op. cit. (note 37).
67 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse. La formation médicale en danger, op. cit. (note 63).
68 Abdelkader Tounsi , « Préface », in Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63), p. 15.
69 Entretien du 28 septembre 2024, à Paris.
70 Extrait du discours d’inauguration par Hassan II le 16 octobre 1962.
71 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63), p. 129.
72 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63), p. 60. À remarquer que le médecin continue à désigner l’hôpital sous son ancien nom, bien que l’établissement porte le nom de « Ibn Sina » depuis 1983.
73 « Architecture au Maroc », Recherche et architecture, no. 55, 1983, p. 28
74 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina », op. cit. (note 8).
75 Formée à l’École des beaux-arts de Paris, Éliane Castelnau (1923-) est fille de médecin, et élève d’Auguste Perret. Elle arrive au Maroc en 1949 avec son époux l’architecte Henri Tastemain (1922-2012). Elle est plus tard nommée architecte en chef du Centre hospitalier universitaire de Rabat. Pour une courte biographie, voir Imad Dahmani, « Éliane Castelnau, un parcours architectural hors-norme ». URL : https://mammagroup.org/articles//eliane-castelnau-un-parcours-architectural-hors-norme, 31 août 2023. Consulté le 11 juin 2025. Voir aussi le fonds Henri Tastemain et Éliane Castelnau conservé au Centre d’archives d’architecture du XXe siècle à Paris. URL : https://archiwebture.citedelarchitecture.fr/ark:/43435/1013146. Consulté le 11 juin 2025.
76 La vie et l’œuvre d’Éliane Castelnau fait également l’objet d’une notice sur le site Femmes architectes de l’ARVHA. URL : https://www.femmes-archi.org/projets/?c=86037. Consulté le 11 juin 2025.
77 Paris (France), Centre d’archives d’architecture du XXe siècle, fonds Tastemain-Castelnau, 420 IFA 204.
78 Thierry Nadau, « La reconstruction d’Agadir ou le destin de l’architecture moderne au Maroc », in Jean-Marie Thiveau et Maurice Culot (dirs.), Architectures françaises d’Outre-mer, Liège : Mardaga, 1992.
79 URL : https://mammagroup.org/articles//eliane-castelnau-un-parcours-architectural-hors-norme. Consulté le 20 juillet 2025.
80 Nadya Rouizem et Tifawt Loudaoui, « Évolution de la “marocanité” depuis les années 1960 : de l'expérimentation à une vision orientalisante de l'architecture », Transversale. Histoire, Architecture, Paysage, Urbain, no. 7, décembre 2023, p. 66-78. URL : https://hal.science/hal-04575954v1. Consulté le 20 juillet 2025.
81 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina », op. cit. (note 8).
82 Institution fondée en 1977 par un dahir (décret) du roi Hassan II pour travailler avec le ministère de la Santé dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires, première cause de décès au Maroc.
83 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina », op. cit. (note 8).
84 Entretiens menés en juillet 2024.
85 Younes Maskine, « Le dernier jour de la vie d'Hassan II, préoccupé par la situation arabe », Al Bayane, 13 octobre 2024 (traduction de l’arabe).
86 Il s’agit de la première tentative de coup d’État militaire contre Hassan II, la seconde aura lieu en 1972.
87 Anwar Cherkaoui, « Un cri de désolation, à la mémoire de tous les anciens professeurs de l’hôpital Ibn Sina », op. cit. (note 8).
88 Jean-Claude Santucci, Chroniques politiques marocaines (1971-1982), Paris : Éditions du CNRS, 1985 (Chroniques de l’Annuaire de l’Afrique du Nord).
89 Zakya Daoud, Maroc, les années de plomb (1958-1988). Chroniques d’une résistance, Houilles : Éditions Manucius, 2007. Pour une contextualisation de cette période des « années de plomb », voir aussi l’introduction au dossier thématique de ce numéro d’ABE Journal.
90 Mehdi Ben Barka (1920-1965) est un célèbre homme politique marocain, opposant socialiste et anti-impérialiste. Il est enlevé et assassiné à Paris en 1965.
91 Mohamed Chaoui, « Décès de Abderrahman El Youssoufi : la fin d’une époque », L’Économiste, 29 mai 2020. URL : https://www.leconomiste.com/flash-infos/deces-de-abderrahman-el-youssoufi-la-fin-d-une-epoque. Consulté le 01 octobre 2024.
92 Zeynep Çelik, « Colonial/Postcolonial Intersections. Lieux de mémoire in Algiers », op. cit. (note 12).
93 Rédigé par le ministère de la Santé et le ministère de l’Équipement, des Transports, de la Logistique et de l’Eau.
94 Abdeslam El Khamlichi, C.H.U. en détresse, op. cit. (note 63).
95 Ibid., p. 119.
96 Ibid.
97 Ibid., p. 204.
98 Lila Bonneau, « Les ‘‘valeurs de santé’’ de l’hôpital Beaujon à Clichy (Hauts-de-Seine) entre 1935 et 2023 », In Situ, no. 51, 2023. DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.39528.
99 Lila Bonneau et Donato Severo, La reconversion des grandes aires hospitalières du XXe siècle : expériences nationales et internationales, Conegliano : Anteferma, 2023, p. 33.
100 Conçu par l’architecte Léon Fombertaux (1871-1936), proche du maréchal Lyautey, Résident général de France au Maroc à cette époque.
101 Karima Berdouz, Le patrimoine colonial au Maroc. Le façadisme comme approche de sauvegarde, Paris : L’Harmattan, 2023 (Questions contemporaines).
102 Charlotte Mus, [compte rendu] « Le patrimoine colonial au Maroc. Le façadisme comme approche de sauvegarde, de Karima Berdouz », Les Cahiers d’EMAM. DOI : https://doi.org/10.4000/emam.5045.
103 Donato Severo, Paul Nelson et l’hôpital de Saint-Lô, op. cit. (note 27).
104 Dominique Perrin et Frantz Schœnstein, « Protéger le patrimoine hospitalier au titre des monuments historiques », In Situ. Revue des patrimoines, no. 31, janvier 2017. DOI: https://doi.org/10.4000/insitu.14149.
105 Hicham Mouloudi, Les ambitions d’une capitale. Rabat : Centre Jacques Berque, 2015.
106 Hassane Kharmich et Meryem Benyaïche, « Le Patrimoine mondial de l’humanité, entre logique de classement et ambition de métropolisation. Cas de la ville de Rabat, Maroc », African and Mediterranean Journal of Architecture and Urbanism, juillet 2021, p. 118-129. URL : https://revues.imist.ma/index.php/AMJAU/article/view/27046/14093. Consulté le 20 juillet 2025.
107 Muriel Girard et Charlotte Jelidi, « La patrimonialisation de l’architecture produite sous le Protectorat français au Maroc. Cas de la médina de Fès », Hespéris-Tamuda, vol. xlv, 2010, p. 75-88. URL : https://shs.hal.science/halshs-00641472v1/document. Consulté le 20 juillet 2025.
108 Marc Auge, « Les lieux de mémoire du point de vue de l’ethnologue », Gradhiva. Revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, no. 6, 1989. p. 3-12. URL : https://www.persee.fr/doc/gradh_0764-8928_1989_num_6_1_1191. Consulté le 10 juillet 2025.
109 Guillaume Lachenal, « The Brand New Ruins of Public Health. A Tale of Two Buildings, Kinshasa, DRC », in Nina Berre, Paul Wenzeil Geissler et Johan Lagae (dirs.), African Modernism and its Afterlives, op. cit. (note 16), p. 284-297.
110 Nina Berre, Paul Wenzel Geissler et Johan Lagae, African Modernism and its Afterlives, op. cit. (note 16), p. 14.
111 Frédéric Vairel, « Le Maroc des années de plomb : équité et réconciliation ? », Politique africaine, vol. 4, no. 96, 2004, p. 181-195. DOI : https://doi.org/10.3917/polaf.096.0181.
112 Danielle Dumontet, Véronique Porra, Kerstin Kloster et Thorsten Schüller, Les lieux d’oubli de la Francophonie, Baden-Baden : Georg Olms Verlag, 2015.
Haut de pageTable des illustrations
![]() |
|
|---|---|
| Titre | Figure 1 : Démolition de l’aile sud, juillet 2024. |
| Crédits | Crédit : Nadya Rouizem. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 295k |
![]() |
|
| Titre | Figure 2 : Vue aérienne de Rabat. |
| Légende | Emplacement de l’hôpital Ibn Sina (en rouge) par rapport au périmètre des sites inscrits à l’Unesco (en bleu). |
| Crédits | Crédit : Nadya Rouizem. Source : Dossier de demande d’inscription auprès de l’Unesco, Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage, UNESCO World Heritage Centre, 2012. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 640k |
![]() |
|
| Titre | Figure 3 : Vue aérienne de l’hôpital Avicenne, Rabat, Maroc, vers 1954. |
| Légende | On aperçoit la forêt de Zaër, et au nord le quartier Agdal encore peu urbanisé. |
| Crédits | Source : Rabat (Maroc), École nationale d’architecture (ENA), Photothèque, Rabat 84-1-247. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 399k |
![]() |
|
| Titre | Figure 4-5 : Extrait du plan d’origine de l’hôpital Ibn Sina, plan non daté. |
| Crédits | Source : Rabat (Maroc), Service des installations techniques et du bâtiment de l’hôpital Ibn Sina. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 433k |
![]() |
|
| Titre | Figure 6 : Plan du rez-de-chaussée de l’hôpital civil de Rabat en 1952. |
| Légende | On voit les entrées séparées pour les visiteurs « musulmans » et « européens » de part et d’autre du bâtiment des admissions. Les légendes 14 à 18 signalent des espaces de circulation distincts pour le « personnel technique », et les malades, marocains ou européens, hommes ou femmes, par exemple : «17- Circulation malades marocains (femmes) ». Les cuisines (25 à 27) sont également séparées en « cuisine marocains », « israélites » et « européens ». |
| Crédits | Source : Chantiers. Revue illustrée de la construction en Afrique du Nord, no. 9, 1952, p. 26-29. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 491k |
![]() |
|
| Titre | Figure 7 : L’extension occidentale dans le prolongement de l’entrée, juillet 2024. |
| Légende | À l’arrière-plan se trouve le bâtiment initial construit en 1954. |
| Crédits | Crédit : Nadya Rouizem. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 379k |
![]() |
|
| Titre | Figure 8 : Schéma des extensions d’Éliane Castelnau et des extensions ultérieures. |
| Crédits | Crédit : Nadya Rouizem. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 195k |
![]() |
|
| Titre | Figure 9 : Plan du premier étage de l’extension du volume principal par Éliane Castelnau. |
| Crédits | Crédit : Éliane Castelnau-Tastemain. Source : Rabat (Maroc), Service des installations techniques et du bâtiment, Hôpital Ibn Sina. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 395k |
![]() |
|
| Titre | Figure 10 : Rabat, Hôpital des Enfants et Maternité par Éliane Castelnau, avec Louis Riou, 2025. |
| Crédits | Crédit : Nadya Rouizem. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-9.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 669k |
![]() |
|
| Titre | Figure 11 : Vue de l’hôpital Ibn Sina depuis le chantier du nouvel hôpital, juillet 2024. |
| Légende | L’aile sud de l’hôpital Ibn Sina est démolie. À comparer avec la vue aérienne de l’hôpital peu après son inauguration (fig. 3). |
| Crédits | Crédit : Amine Houari. Source : Rabat (Maroc), École nationale d’architecture (ENA) de Rabat, Photothèque, Rabat 93-0-6-2. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-10.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 829k |
![]() |
|
| Titre | Figure 12 : Chantier du futur hôpital Ibn Sina, juin 2025. |
| Crédits | Crédit : Nadya Rouizem. |
| URL | http://journals.openedition.org/abe/docannexe/image/17627/img-11.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 257k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Nadya Rouizem, « L’hôpital Ibn Sina de Rabat : héritage colonial ou (non) lieu de mémoire ? », ABE Journal [En ligne], 25 | 2025, mis en ligne le 31 juillet 2025, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/abe/17627 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14vhf
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page
















