John Mace. Persian Grammar. For reference and revision. London, Routledge Curzon, 2002, 256 p., annexes et indexes.
Texte intégral
1L’ouvrage est présenté par l’A. comme une grammaire de référence et de révision, destinée aux apprenants débutants et faux débutants du persan. Il comporte douze chapitres, quatre annexes et un index. Les deux premiers chapitres présentent l’écriture et la prononciation du persan standard ; les cinq chapitres suivants sont consacrés aux diverses parties du discours, suivis d’un chapitre sur la syntaxe ; les questions morphologiques sont abordées dans les trois chapitres suivants ; et enfin, un bref chapitre consacré aux « formes de politesse » ‘polite forms’ conclut l’ouvrage.
2L’organisation des chapitres est assez classique et suit dans ses grandes lignes celle de la plupart des grammaires à visées pédagogiques. On peut certes s’interroger sur le bien fondé de consacrer un chapitre aux nombres ou aux formes « arabes », mais ces questions sont secondaires relativement aux réserves que l’on peut émettre sur le contenu de l’ouvrage, en particulier en ce qui concerne certaines données et les analyses grammaticales proposées par l’auteur.
3Certaines données citées comme exemples sont douteuses, voire clairement agrammaticales. On se contentera de quelques exemples :
4- pārūī kohneye āhanī ‘une vieille pelle métallique’ (p. 49) devrait être remplacé par pārūye kohneye āhanī ou pārūyī kohne va āhanī, l’emploi de l’eḍāfe étant impossible après l’adjonction de l’enclitique –ī au nom.
5- A propos de la formation des pluriels en –ān, l’A. affirme que la prononciation [un] est possible dans le registre familier. Or, des formes telles que ‘mehmūnūn’ (pour mehmānān ‘invités’), ‘deraḫtūn’ (pour deraḫtān ‘arbres’), ‘ostādūn’ (pour ostādān ‘maîtres, professeurs’) sont exclues. L’existence des formes telles que āqāyūn (pour āqāyān ‘messieurs’) relève plutôt de l’exception et ne saurait être considérée comme une règle phonétique générale.
6- gūl kardan, p. 129, devrait être remplacé par gūl zadan ‘tromper’.
7- Des tournures telles que kolāhe māle man īnjāst ‘mon chapeau est ici’ (p. 57), ketābe māle šomā rā gereft ‘il/elle a pris votre livre’ sont maladroites, voire exclues, à cause de la présence de māle. Cette forme peut être employée comme un pronom ou dans une position prédicative, mais son emploi à l’intérieur d’un syntagme nominal est pour le moins inhabituel.
8Les analyses grammaticales proposées par l’A. sont assez fantaisistes. Là encore on ne citera que quelques exemples :
9- Les enclitiques personnels, qui adjoints à un nom ont une dénotation possessive (e.g. ketāb-am ‘mon livre’), sont analysés comme des ‘adjectifs possessifs’ (p. 54).
10- Dans le chapitre consacré à la syntaxe, l’A. parle du pronom relatif ke ‘que’ du persan. Or il est bien connu qu’il s’agit là d’une conjonction de subordination, le persan ne disposant pas de pronom relatif.
11- L’A. établit plusieurs classes de pronoms personnels : sujet, objet direct… Sachant que les pronoms personnels forts du persan n’ont qu’une seule forme, susceptible de remplir toutes les fonctions grammaticales, cette classification n’a aucune raison d’être.
12Que l’élaboration d’une description linguistique fine et adéquate ne figure pas parmi les premiers objectifs d’une grammaire d’apprentissage est totalement légitime et même parfois pédagogiquement salutaire. Mais on peut être sceptique sur l’utilité pédagogique des analyses de J. Mace, qui risquent, au contraire, d’induire les apprenants en erreur.
13Le persan n’est pas une langue peu étudiée : il existe de nos jours plusieurs grammaires du persan écrites ou traduites en anglais, dont certaines seraient tout fait convenables pour un usage pédagogique. Il est regrettable qu’une nouvelle publication ne constitue pas un progrès par rapport aux grammaires existantes, soit par l’intégration de nouvelles méthodes pédagogiques, soit par le caractère innovant de ses analyses grammaticales, soit enfin par la prise en compte de nouvelles données linguistiques. La grammaire de J. Mace ne remplit malheureusement aucun de ces critères.
Pour citer cet article
Référence électronique
Pollet Samvelian, « John Mace. Persian Grammar. For reference and revision. London, Routledge Curzon, 2002, 256 p., annexes et indexes. », Abstracta Iranica [En ligne], Volume 26 | 2005, document 44, mis en ligne le 08 décembre 2005, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/abstractairanica/3683 ; DOI : https://doi.org/10.4000/abstractairanica.3683
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