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6. Religions (sauf Islam)
6.1. Zoroastrisme
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Antonio Panaino. “Mazdeans and Christians Facing the End of the World. Circulations and Exchanges of Concepts”

Florence Somer
Référence(s) :

Antonio Panaino. “Mazdeans and Christians Facing the End of the World. Circulations and Exchanges of Concepts”, Entangled Religions 11.2, 2020, 31p., <https://doi.org/10.13154/er.11.2020.8441>

Texte intégral

1Si l’influence de la tradition judéo-chrétienne sur l’apocalyptique et l’eschatologie iranienne a été maintes fois discourue, l’A. revient sur les échanges circulaires et complexes, durant l’Antiquité tardive, entre les doctrines chrétiennes et mazdéennes sur les concepts et le développement des notions centrales de millénarisme, d’apocalypse et d’apocatastase. Cette discussion permet également de mettre en lumière la dimension multiculturelle du monde iranien pré-islamique autant que l’importance du rôle joué par l’Ērānšahr dans le développement des concepts scientifiques, techniques, politiques, religieux et culturels des pays avoisinants. Les échanges multiples et continuels ont sans cesse refaçonnés les doctrines mazdéennes et chrétiennes (autant que les autres religions) et leur ont permis de s’adapter tant aux notions philosophiques qu’aux impératifs politiques ou scientifiques.

2L’A. donne notamment l’exemple de l’importance du chiffre d’Ahriman (6666) dont l’Ebgāt (assaut) décrit dans le chapitre cinq du Bundahišn évoque celui de la bête inscrit dans l’Évangile de Jean. Ce chiffre est directement lié au schéma chiliastique commun aux deux systèmes et possède une base qui s’ancre dans la tradition astrale babylonienne, en particulier en Mésopotamie où les observateurs du ciel étaient capables d’élaborer des synthèses mathématiques complexes pour rendre compte de la place des corps célestes dans le ciel et construire des systèmes d’intercalation permettant de suivre le cycle naturel des saisons.

3Si le chiliasme judéo-chrétien est donc inextricable de la tradition irano-mésopotamienne, les nouveaux développements dans les différentes communautés religieuses qui interagissent depuis des millénaires sur le territoire iranien et à ses frontières ont à leur tour influencé et modifié l’eschatologie iranienne. Ce mouvement incessant d’emprunt et d’intégration est central dans la compréhension du développement des concepts dans les différentes théories philosophiques et religieuses. En partant d’un socle mésopotamien commun, des siècles d’échanges interculturels ont transformés le monde intellectuel iranien jusqu’à l’adaptation des concepts théologiques et philosophiques à l’avènement de la domination musulmane.

4La période millénaire fonctionne comme la grande année cosmique qui commence à la création terrestre et s’achève avec la fin du combat humain et divin contre le mal et la disparition du théâtre des conflits, le monde matériel dans lequel nous vivons. L’apocalyptique ou fin des temps est donc ce qui va transfigurer l’humanité et créer un nouvel état d’une vie transcendantale où le dualisme sera éradiqué en même temps que le mal.

5L’apocatastase iranienne, la restauration de l’ordre divin et cosmique par l’éradication complète du mal, trouve un écho dans la doctrine d’Origène et son acceptation dans les écrits syriaques de l’est, notamment l’école théologique de Nisibe, selon son patriarche, Ḥenānā, élu en 572. Cet aspect théologico-philosophique est un important particularisme diffusé dans l’Église syriaque durant l’Antiquité tardive et qui a touché la doctrine zoroastrienne par son biais. La rivière de feu purificatrice d’Origène se transforme en rivière de métal fondu dans la version zoroastrienne mais l’idée de rédemption est similaire. L’accueil dans le paradis d’Ohrmazd ne représente toutefois pas la strate la plus ancienne de la pensée iranienne. L’A. discute les différentes étapes d’évolution possible de la notion d’anéantissement du mal et de rédemption à travers les sources zoroastriennes.

6Par ailleurs, l’adoption d’un socle philosophique tel que la doctrine aristotélicienne ou le néo-platonisme permet également la cohésion et la collaboration au-delà des principes rigoureux. L’A. rappelle que malgré le rejet général de l’astrologie par la doctrine chrétienne, nombre d’astronomes/ astrologues à la cour sassanide et à la cour chinoise des Tang étaient chrétiens et leur importance est incontestable. En conséquence de cela, le déterminisme de l’interprétation astrologique pouvait être strictement limité et la préséance de la volonté divine, à laquelle obéissent les corps humains et célestes, réaffirmée. De plus, le débat philosophique suscité par cet intérêt pour la nature du ciel et son caractère éternel ainsi que sur l’existence d’une âme dans le chef des planètes était particulièrement répandu à Byzance et entre les chrétiens, qu’ils soient à l’Est ou à l’Ouest.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Florence Somer, « Antonio Panaino. “Mazdeans and Christians Facing the End of the World. Circulations and Exchanges of Concepts” », Abstracta Iranica [En ligne], Volume 42-43 | 2021, document 3, mis en ligne le 30 décembre 2021, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/abstractairanica/54011 ; DOI : https://doi.org/10.4000/abstractairanica.54011

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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