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AccueilL’Atelier du CRH23Introduction

Texte intégral

  • 1 Les porteurs de ce dossier s’opposent à l’instruction générale inter-ministérielle numéro 1300 et m (...)
  • 2 Michael Geyer, Adam Tooze (éd.), The Cambridge History of The Second World War, vol. III, Total War (...)

1Après la priorité donnée à la Résistance et à la déportation, une série d’excellents travaux individuels ou collectifs ont porté depuis les années 1960, dans le sillage des premières recherches internationales et françaises sur la France de Vichy et la collaboration, sur l’administration, les armées, les corps de l’État et les entreprises françaises sous l’Occupation1. Les industries et l’administration de l’armement ont cependant été moins touchées que d’autres par ce mouvement de la recherche, sinon de façon ponctuelle ou dans quelques monographies d’établissements ou d’entreprises. Pour ne prendre qu’un exemple, aucune étude d’ensemble sur les industries et l’administration des poudres et explosifs durant l’Occupation n’existe encore, ni en tant que secteur d’activité particulière lié à la production des substances explosives ni, plus généralement, comme branche de l’industrie chimique. Le caractère particulièrement sensible de ces industries d’armement invite pourtant à mener une analyse fine sur ce domaine. Elle est d’autant plus nécessaire que depuis 2015 l’on dispose désormais d’une part d’une copieuse série de mises au point en français sur les manières de faire, inventer, vivre et hériter de cette guerre mondiale et d’autre part d’une remarquable synthèse collective en anglais sur l’économie et la pratique sociale de la guerre totale à l’échelle du monde dans cette période2.

2Quelles furent, en matière d’armement, les relations entre l’État français et l’Allemagne, et, contre celles-ci, les initiatives prises par la Résistance, notamment de concert entre la France Libre et l’Angleterre ? En quoi la guerre et l’Occupation ont-elles influencé l’organisation du travail ou entraîné des transferts de technologie ? Dans quelle mesure des recherches ont-elles pu se poursuivre, notamment au sein des firmes, et sous quel contrôle de l’Occupant ? Comment la collaboration et la résistance se sont-elles manifestées dans les différents domaines de l’armement, depuis l’administration centrale jusque dans les bureaux et les ateliers des sites de production ? Quelle a été la part de la France dans l’armement de l’Allemagne au cours des années 1940-1944 ? Telles sont les principales questions qui se posent.

  • 3 En France, notamment par l’Agence d’images de la défense (ECPA-D), héritière de l’Établissement cin (...)

3Les archives françaises et étrangères qui permettent d’y répondre sont maintenant assez bien identifiées. En particulier, pour la France, c’est le cas au plan national : le Centre des archives de l’armement et du personnel civil à Châtellerault, qui dépendait naguère de la Délégation générale pour l’armement, a été rattaché en 2005 au Service historique de la défense et le Dépôt central d’archives de la Justice militaire, installé au Blanc (Indre), a été rendu accessible. Le Département d’histoire du Centre des hautes études de l’armement (CHEAR) a enregistré les souvenirs d’un certain nombre de témoins pour constituer des archives orales. Ces archives écrites et orales gagnent toujours, lorsque c’est possible, à être confrontées aux archives et aux témoignages disponibles en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Suisse et aux États-Unis, ainsi qu’aux photographies ou films conservés3. Elles sont en outre à compléter par les archives locales et les fonds d’archives syndicales et ceux d’entreprises, également par ceux d’institutions scientifiques ou universitaires impliquées dans l’armement, ainsi qu’en fonction de la découverte et de l’ouverture fréquente de fonds d’archives privés. Naturellement les archives des gouvernements, des administrations civiles et des armées restent un recours indispensable. Dans sa contribution à ce numéro, Guillaume Pollack souligne également les ressources offertes par l’exploitation des archives des services secrets alliés et de la France libre. Le travail mené par plusieurs auteurs de ce numéro montre en outre l’importance d’une confrontation serrée avec les sources imprimées de l’époque.

  • 4 Patrice Bret (CHEAR/DHAR et Centre Alexandre Koyré/EHESS-CNRS-MNHN), Alain Crémieux (Comité pour l’ (...)

4En organisant à l’École nationale supérieure de techniques avancées le 18 octobre 2007 une journée d’études préparée par un comité scientifique4, le Comité pour l’histoire de l’armement (créé en 1997 et actif jusqu’en 2011) a jugé qu’il était temps d’ouvrir une réflexion générale, de tenter un premier bilan et de fournir des pistes pour des recherches ultérieures. Au cours de neuf communications, historiens confirmés et jeunes chercheurs ont rendu compte des travaux universitaires qui ont commencé à aborder ces questions en France et en Allemagne, tandis qu’un ingénieur et un couple d’acteurs ont apporté leur témoignage (d’autres l’ont fait au cours des discussions).

5L’organisation de cette journée était thématique. D’abord ont été bien sûr examinées les relations entre l’État français et l’Allemagne, puis l’organisation du travail et les technologies dans les industries d’armement. Ensuite une double forme de maintien des capacités de création a été abordée : les études et essais dans l’aéronautique, la recherche clandestine française sur les fusées. Enfin ont été explorées la collaboration et la résistance dans l’industrie d’armement (en incluant à la fois administration centrale et sites de production). Une table ronde a rassemblé des réflexions pour un bilan.

  • 5 Compte tenu de leur intérêt, les résumés de trois de ces communications sont publiés en annexe de c (...)

6La structure choisie pour le présent numéro est différente. Elle l’est parce qu’il nous a semblé nécessaire de rendre manifeste que l’avancement de la recherche historienne n’est pas le même selon les différents secteurs de l’armement de 1940-1944 et aussi parce que, durant la longue période qui s’est écoulée depuis la journée d’études de 2007, quatre des communications initiales n’ont pas été reprises par leurs auteurs (un des intervenants est décédé – Jacques Villain (1947-2016) – et trois se sont orientés dans d’autres directions et n’ont pas souhaité publier leurs interventions)5, tandis que nous avons ajouté un essai sur l’industrie des poudres et explosifs sous l’Occupation et qu’un jeune chercheur a replacé dans les perspectives de l’histoire actuelle de la Résistance le témoignage recueilli sur un ingénieur des poudres résistant. Les articles ont donc été regroupés en deux parties. La première porte sur les arsenaux terrestres et maritimes, ainsi que sur les poudres et explosifs, la seconde sur l’industrie aéronautique.

7Il est indispensable de présenter les questions de méthode qui se posent à la recherche qui traite de l’armement dans cette période, puis d’examiner la place de l’armement français dans l’Europe occupée et enfin de cerner les apports des articles de ce numéro.

Questions de méthode

8Si les recherches historiques dans ce domaine sont peu nombreuses, elles doivent toutefois affronter les divers récits valorisants ou justificateurs produits par les industriels ou ingénieurs contemporains et remarquables tant par leurs discours que par leurs silences. C’est ce que l’historienne Claude d’Abzac-Epezy a souligné pour l’aéronautique :

Dès 1944, le récit glorificateur et unificateur domine. Il insiste sur la résistance, les sabotages et conforte l’idée d’une industrie ayant conservé son potentiel, prête à renaître de ses cendres. La collaboration aéronautique franco-allemande, le programme commun de construction d’avions franco-allemand de juillet 1941, ainsi que la spécialisation de cette industrie dans des séries de moteurs et d’avions bas de gamme sont passés sous silence.

  • 6 Claude d’Abzac-Epezy, « L’industrie aéronautique française pendant la Seconde Guerre mondiale : his (...)

9Elle a consacré un article entier à « comprendre comment s’est élaboré un discours résistancialiste occultant cet épisode, discours qui imprègne toujours aujourd’hui les histoires de l’aéronautique française et en quoi cette erreur de diagnostic a pu contribuer aux difficultés de la renaissance de l’industrie d’aviation après la guerre »6. De telles analyses seraient bienvenues pour les autres secteurs de l’armement.

10Les nombreux mémoires en défense produits après la Libération par les industriels soumis à l’épuration imposent en particulier aux historiens de vérifier avec la plus grande vigilance les assertions qu’ils contiennent, « même s’il ne faut pas exclure que les dirigeants concernés aient effectivement fait preuve de courage et pris des risques », écrit l’historien Hervé Joly. Il évoque ainsi le fait que dans la chimie « des responsables importants de cette industrie étaient par ailleurs des résistants [...] mais tout est dans le “par ailleurs”, on pouvait être un résistant en livrant des renseignements importants et collaborer par ailleurs, voire d’autant mieux livrer des renseignements qu’on collaborait ». Il lui apparaît indispensable d’évaluer les attentes des Allemands et leur évolution en fonction du cours des opérations militaires :

  • 7 Courriel d’Hervé Joly à Patrick Fridenson, 6 août 2018.

De manière générale, il faudrait voir quelles étaient les attentes réelles des Allemands en matière de production, probablement faibles au départ, n’ayant pas envie que l’industrie française vienne concurrencer leur industrie nationale dont les capacités de production très importantes devaient être suffisantes jusqu’en 1942 au moins. Ensuite, les Allemands ont sûrement eu des exigences plus grandes, mais comme, en même temps, ces exigences de production étaient suspendues à des livraisons de matières premières (ce qui est présenté [souvent] comme une exigence des Français est en fait une clause habituelle) qui n’arrivaient pas ou guère, parce que l’industrie allemande n’avait pas intérêt à se priver de matières premières pour des productions étrangères aléatoires... et même quand les matières premières étaient livrées, les Allemands n’avaient souvent pas d’autres attentes que d’alimenter leurs armées ou autres organisations genre Todt sur place7.

  • 8 Djouhra Kemache, « Les données chiffrées, arme de négociation d’une entreprise de l’énergie pendant (...)
  • 9 Luc-André Brunet, « Patrons résistants ? French industrialists during the Second World War », Frenc (...)

11Il est également souhaitable de présenter les données disponibles sur les prix, les quantités, les résultats financiers des producteurs publics et privés d’armements, en prenant garde aux manipulations effectuées par les différents acteurs et aux possibilités de comptes retaillés pour négocier avec leurs destinataires ou pour réduire leur contrôle8. En ce sens, l’examen des enquêtes comptables d’après-guerre sur les profits illicites ou l’épuration en est un complément nécessaire lorsque de telles sources sont accessibles. Par ailleurs, il apparaît comme plus convaincant historiquement de retracer les itinéraires et les positions successives des industriels, des ingénieurs et des hauts fonctionnaires en restituant le contexte, la perception des possibilités et l’évaluation des contraintes, les choix effectifs que de tenter de les classer a priori dans les grandes catégories d’attitudes à l’égard de Vichy et de l’Occupant qui ont été mises au point par les historiens et les politistes au cours des années 1970-1990. C’est ce que l’historien québécois Luc-André Brunet a suggéré dans un article récent démontant l’application du terme de « patron résistant » à différents sidérurgistes et soulignant aussi les pressions exercées par les Alliés sur certains patrons9. Dire cela, ce n’est pas pour autant réduire l’historien au rôle de champion du relativisme. Cela l’amène au contraire à mettre davantage en valeur la prise de risque, le courage et l’acte de résistance des personnes ou des groupes lorsqu’ils sont établis. Cette approche vaut tout autant pour les ouvriers, contremaîtres et techniciens. Quels sont donc dans la période les passages de l’expérience à l’engagement ?

12Une dernière question concerne le bon usage des archives conservées ou découvertes pour une période où les contraintes sont si fortes et notamment la conscience de leurs limites. L’avertissement formulé naguère par l’historien Jean-Marc Berlière reste d’actualité :

  • 10 Jean-Marc Berlière, « Archives de police / historiens policés ? », Revue d’histoire moderne et cont (...)

Rappelons d’abord qu’en dépit des mirages suscités par les diverses et récentes ouvertures d’archives, qu’elles soient de l’Est, de Moscou, de l’Occupation, de l’armée, de la justice ou de la Préfecture de police, en dépit des vertiges du néopositivisme et de la sacralisation dont elle est l’objet, l’archive, si essentielle à notre travail, ne dit pas tout, et surtout pas la vérité. Elle peut même mentir, induire gravement en erreur : il appartient à l’historien, avec d’infinies précautions et une méticuleuse patience, de la croiser, de la vérifier, de l’interpréter, mais certes pas de lui faire "avouer" quoi que ce soit. Cette vérité, valable pour toute archive, l’est plus encore pour des “archives de police” qui, plus que toute autre, par leur nature, leur origine ou leur contenu, suscitent de curieux fantasmes trouvant sans doute leur source dans “la puissance d’enchantement” de l’institution qui les produit, et notamment dans les pouvoirs et méthodes qu’on lui attribue généralement à tort10.

13On pourrait sans doute en dire autant pour l’armement. Il est donc utile de présenter les connaissances actuelles sur la place tenue par l’armement français dans l’Europe allemande.

La place de l’armement français dans l’économie du Reich en guerre

  • 11 Pour une commode synthèse du renversement d’interprétation, Bernd Wegner, « Pourquoi une guerre à l (...)

14Cette place dépend en premier lieu de la vision de la durée de la guerre que les dirigeants allemands pouvaient avoir. On sait maintenant que l’idée d’une phase initiale délibérée de guerre courte contre la France longtemps en honneur chez les historiens occidentaux était une reconstruction erronée. Les dirigeants allemands voulaient en réalité concentrer leur effort sur cet adversaire et « éviter une guerre à long terme sur plusieurs fronts à la fois » ; dès lors l’Allemagne « ne disposait d’aucune stratégie globale pour une guerre de grande envergure ». Le succès de la campagne de France résulta donc en bonne part d’« une organisation de dernière minute, guidée par des improvisations et hasards de toutes sortes »11. À l’issue de « cette victoire rapide à laquelle personne ne s’attendait », même du côté allemand, la question du sort de l’armement français était loin d’être tranchée. Elle se posa ensuite dans des termes nouveaux lorsqu’Hitler opta en juillet 1940 en faveur d’une stratégie de guerre éclair contre l’URSS, en fonction de laquelle serait coordonnée la production d’armements et prévue la consommation de munitions puis se reposa lorsque, au plus tard en décembre 1941, il apparut que cette guerre éclair avait échoué. La guerre allait être longue, et l’utilité de l’industrie de l’armement français pour les besoins du Reich s’accrut.

  • 12 Jonathan A. Grant, Between Depression and Disarmament: The International Armaments Business, 1919-1 (...)
  • 13 Philippe Garraud, « La politique française de réarmement de 1936 à 1940 : priorités et contraintes  (...)

15Les discussions qui ont suivi l’armistice de juin 1940, et de même celles intervenues lors de l’épuration qui a suivi la Libération, ont amené d’âpres controverses sur ce qu’il fallait alors entendre en France par armement ou matériel de guerre. Ces débats aux conséquences évidentes mériteraient d’être étudiés pour eux-mêmes. Nous avons choisi ici la définition la plus large : englobant à la fois tout ce qui est considéré comme armement dans les traités et procédures internationaux de l’entre-deux-guerres et la réalité complexe et compétitive des effets sur le commerce des armes de ces négociations (étudiées par un historien américain pour Schneider, Škoda et Vickers dans le Sud-Est de l’Europe)12, les pratiques françaises de réarmement de 1936 à 1940 analysées par un politiste13 et le périmètre évolutif des diverses exigences allemandes (capitaux, productions, réparations, machines, technologies, compétences, enfin main-d’œuvre et types de « paiements ») au cours de l’Occupation et notamment après l’invasion de la zone non-occupée par l’Allemagne et l’Italie le 11 novembre 1942 à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord.

  • 14 Hein Klemann, Sergei Kudryashov, Occupied Economies. An Economic History of Nazi-Occupied Europe, L (...)

16Avec cette définition large, la place de l’armement français dans l’exploitation allemande des ressources et capacités des pays occupés est confirmée14. La France fait partie de ceux des pays occidentaux à qui les Allemands ont fait appel autant que possible en raison de ses capacités productives, du besoin de limiter la possible résistance à des mesures de démontage ou de placement sous direction allemande exclusive, des calculs stratégiques de certaines firmes allemandes sur l’activité économique après la guerre et enfin des ressources de la France en main-d’œuvre. La part doit aussi être faite, ici comme dans d’autres branches, aux hésitations des dirigeants allemands publics ou privés entre la livraison des produits jugés nécessaires et la saisie ou le pillage des moyens de production, étant entendu que, comme dans les autres pays d’Europe occidentale, la première option prévaut. La question des ressources disponibles l’emporte en dernière instance sur les préventions idéologiques des chefs nazis. Même si dans certains cas les dirigeants allemands n’avaient pas de projets précis concernant l’une ou l’autre des industries françaises d’armement, leur volonté d’exploitation économique est manifeste et les motifs militaires ne sont jamais seuls.

  • 15 Arne Radtke-Delacor, « Die Lohnpolitik Vichys 1940-1944 », 1999. Zeitschrift für Sozialgeschichte d (...)
  • 16 Fabrice Grenard, Florent Le Bot, Cédric Perrin, Histoire économique de Vichy. L’État, les hommes, l (...)

17Dès la directive du haut commandement allemand à Berlin du 13 juin 1940, une politique de « sous-traitance de commandes allemandes par les usines d’armement » françaises est engagée. Au début de 1941 les établissements français qui produisent – ou réparent – à cette fin reçoivent le statut de Rüstungsbetrieb qui leur assure des approvisionnements et une identification dans l’appareil de guerre allemand. Le passage de l’Allemagne « à la guerre totale en 1942 » marque une nouvelle étape : celle de « l’exploitation intensive ». Les usines et arsenaux qui travaillent pour l’armement allemand reçoivent le classement de Sperr-Betrieb (usines protégées, du verbe sperren, bloquer) qui protège leurs salariés et leur approvisionnement. En mars 1944, elles sont au nombre de 13 000 et emploient 1,4 million de personnes. Dans le même temps le taux d’exécution des commandes allemandes passées en France augmente et atteint près de 70 %. C’est ce qu’ont montré les recherches détaillées de l’historien allemand Arne Radtke-Delacor15. Cependant le chiffre total des « usines S » va bien au-delà de l’armement : il est « largement accordé à toutes les entreprises qui revêtent un intérêt pour l’occupant », par exemple Radio-Cinéma ou la SNCF16.

  • 17 Alan S. Milward, The New Order and the French Economy, Oxford, Clarendon Press, 1970 ; Michel Marga (...)
  • 18 Philippe Burrin, La France à l’heure allemande 1940-1944, Paris, Le Seuil, 1995 ; Annie Lacroix-Riz(...)
  • 19 http://gdr2539.ish-lyon.cnrs.fr/.
  • 20 Hein Klemann, Sergei Kudryashov, Occupied Economies. An Economic History of Nazi-Occupied Europe, L (...)

18Bien entendu ces évolutions et ces résultats sont en partie le produit des interactions entre occupants et occupés. Celles-ci sont le thème propre des recherches qui vont être présentées ici. Elles prennent appui sur deux ouvrages généraux précurseurs à l’échelle nationale, celui de l’historien anglais Alan S. Milward fondé sur les archives allemandes et celui de Michel Margairaz fondé sur les archives françaises17, sur de multiples autres travaux de chercheurs de nombreux pays, et du côté francophone sur deux vues d’ensemble fort différentes rédigées à la fin des années 1990 et dont l’une a été entièrement refondue18. Elles s’inscrivent dans la lignée du Groupement de recherche du CNRS « Les entreprises françaises sous l’Occupation », dirigé par Hervé Joly, qui a associé de 2002 à 2009 de nombreuses équipes de recherche françaises et étrangères et a multiplié colloques, journées d’études et publications19. Elles incluent spécifiquement le rôle de l’administration française et portent sur deux échelles différentes : l’échelle de l’hexagone et l’échelle locale ou régionale, ce qui met en valeur les différenciations au sein de l’emprise allemande et italienne globale sur l’armement français. Elles pourront contribuer à la continuation des approches à l’échelle européenne ou mondiale, qui se sont développées depuis le début des années 2010, mais dont paradoxalement peu se sont focalisées sur l’armement20.

Les apports de ce dossier

19Il convient de présenter successivement les deux domaines de l’armement français qui sont traités, car ils concernent respectivement une industrie ancienne et une industrie nouvelle et les formes des rapports d’exploitation de la France par l’Allemagne ne sont pas identiques.

  • 21 Alan S. Milward, The New Order and the French Economy, Oxford, Clarendon Press, 1970 ; Michel Marga (...)
  • 22 Jean Fouchier, « André Blanchard (1893-1981) », La Jaune et la Rouge, no 363, mai 1981, p. 23. Sur (...)
  • 23 Voir Catherine Cottard, Histoire de l’industrie chimique en France de 1945 à nos jours, mémoire de (...)

20La première partie, qui aborde d’une part arsenaux terrestres et maritimes et d’autre part poudres et explosifs, soit des secteurs traditionnellement stratégiques, repose d’abord la question classique des relations entre « l’État français » et l’Allemagne, mais sous un angle nouveau : celui des négociations qui ont eu lieu entre mai et août 1942, pour étudier les possibilités de fabrication pour l’Allemagne par les Poudreries nationales (résumés des communications de Catherine Cottard et Antoine Escoda). Cette question avait été défrichée par Alan Milward puis Michel Margairaz21. Ils avaient montré que la demande de remise en service des poudreries venait des Allemands en décembre 1940 et avait été acceptée en 1941 par la France pour trois poudreries de la zone occupée. La recherche de Catherine Cottard indique que les Allemands cherchent à privilégier les installations qu’ils jugent les plus modernes, ce qui n’est pas le cas des Français. Ils ont en tête une usine de superphosphates, mais les Français ne connaissent pas le procédé. Selon elle, « au début de l’année 1942 » Vichy a envisagé de son propre mouvement la remise en route des Poudreries nationales, par la restitution à l’État Français des poudreries de la zone occupée et la mise en marche de celles de la zone non-occupée. Les négociations entre l’Allemagne et Vichy, de mai à août 1942, gardent ainsi le sens d’une « contribution de la France à la victoire allemande », mais celle-ci illustre aussi « les limites » des « stratégies coercitives » allemandes. Notamment grâce à l’implication du ministère de la Production industrielle (mais le directeur des Industries chimiques André Blanchard, X-Poudres, est limogé à la demande des Allemands en 1941 et remplacé par un autre polytechnicien, Antoine Rougier)22, la nouvelle organisation de la production valorise les compétences techniques françaises mais fait basculer celles-ci dans l’effort de guerre allemand. Elle débouche même sur « un véritable projet européen autour de l’azote » d’origine allemande23. Nous reviendrons plus loin sur ces relations franco-allemandes à propos de l’aéronautique.

21En outre la recherche sur ce premier secteur apporte des éléments importants par rapport à l’état de nos connaissances sur la main-d’œuvre de ces entreprises d’armement placées sous haute surveillance. Elle indique que, sauf dans les poudreries de 1940 à 1942, la pression des autorités allemandes pour tenter de maintenir au moins la production et la productivité a été récurrente. La tendance au freinage d’une partie de la main-d’œuvre est avérée, avec toutefois des motivations variées (article de Patrick Mortal) et des différences dans les attitudes des dirigeants des entreprises françaises à cet égard (articles de Marie-Claude Albert, Patrice Bret, Lars Hellwinkel, Yves et Anne Ploux avec Guillaume Pollack). Mais une partie de ce freinage est imputable aux difficultés d’alimentation et aux problèmes de santé de la population. On relève que, comme pendant la Première Guerre mondiale, certains dirigeants du secteur public changent l’organisation du travail de manière à augmenter la production du personnel. De leur côté, les Allemands favorisent le changement de mode de rémunération (Marie-Claude Albert).

22Cette première partie apporte également des éléments quant à la gamme des choix effectués par les dirigeants des entreprises étudiées face à l’Allemagne. L’interprétation de ces éléments est très dépendante des sources actuellement disponibles, et il convient de distinguer entre les deux sous-secteurs analysés. Dans les deux arsenaux et manufactures étudiés, la collaboration semble avoir été majoritaire à l’Arsenal de Brest et minoritaire à la Manufacture d’armes de Châtellerault. Dans le secteur des poudreries et des explosifs, une distinction apparaît possible entre les poudreries publiques du Sud et de l’Ouest de la France, où des actes de résistance en relation avec Londres bénéficient d’un soutien parmi les ingénieurs (article d’Yves et Anne Ploux avec Guillaume Pollack), et les entreprises privées d’explosifs, où seule une approche biographique approfondie permet de détecter sous une collaboration qui ne se distingue pas de celle, majoritaire, de la chimie quelques engagements dans des réseaux résistants (article de Patrice Bret). Il manque toujours une exploitation des archives allemandes dont Antoine Escoda avait effectué une première reconnaissance.

  • 24 Archives d’Alexandre Gilbert, à Paris. Patrick Fridenson, « Après cette guerre : une lettre de Marc (...)
  • 25 Claude d’Abzac-Epezy, « Le secrétariat d’État à l’Aviation et la politique d’exclusion des Juifs », (...)
  • 26 Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952, Paris, C (...)
  • 27 Yves Bouvier, Connexions électriques. Technologies, hommes et marchés dans les relations entre la C (...)
  • 28 26 Klaus-Jürgen Müller, Armee, Politik und Gesellschaft in Deutschland 1933-1945. Studien zum Verhä (...)
  • 29 Horst Boog, « Erhard Milch », dans Neue Deutsche Biographie, t. 17, 1994, p. 499-503.

23La seconde partie, tout entière consacrée à l’aéronautique, dresse un tableau plus homogène. L’appareil gouvernemental spécialisé, le secrétariat d’État à l’Aviation (où des militaires sont très présents), est ouvertement favorable à la collaboration en voyant dans les commandes allemandes une clientèle solide pour les usines aéronautiques françaises (article de Claude d’Abzac-Epezy). Il manifeste en outre un antisémitisme explicite à l’égard de deux constructeurs qu’il fait interner : Marcel Bloch, le futur Marcel Dassault24, et Paul-Louis Weiller. Si le second réussit à s’échapper, le premier subit ensuite les persécutions antisémites des Allemands. Faute de consensus avec le Commissariat général aux questions juives, aux Ateliers Breguet, des cadres supérieurs comme Bildermann et Lévy, respectivement président et administrateur, sont révoqués, malgré les protestations de Louis Breguet. Certes il y a quelques gestes de clémence, soit, sous Bergeret, envers des industriels désireux d’obtenir un autre emploi ou de résider dans les départements interdits, comme Joseph Szydlowski, co-créateur de la société Turbomeca, en décembre 1941 (mais qui parvient à fuir en Suisse), ou Joseph Bass en juillet 1942, soit sous le successeur de Bergeret, le général Jannekeyn, en décembre 1942, en faveur du maintien en poste de Lucien Lévy, directeur de la compagnie Electro L. L.25. Mais ce sont des exceptions qui confirment la règle. De ces constructeurs « aryanisés » le directeur des Industries aéronautiques peut écrire le 29 mars 1944 : « l’ensemble des établissements industriels qui lui ressortissent travaille actuellement pour des commandes extérieures, dont le programme est établi par les seuls services allemands »26. C’est par exemple le cas de l’usine Bloch de Saint-Cloud, rachetée par un des quatre postulants, Félix Amiot, qui d’un côté s’est associé au constructeur allemand Junkers et de l’autre côté a veillé sur les intérêts de ses propres actionnaires juifs les frères Wertheimer27. Parmi les plus collaborateurs des industriels, on relève le nom d’Émile Dewoitine, pourtant d’abord interné par Vichy en même temps que Bloch et Weiller, puis acquitté et mettant un zèle particulier à œuvrer pour l’Allemagne, l’Espagne et le Japon. De façon générale, il y a lieu d’observer que, pour les dirigeants allemands, pouvoir utiliser le potentiel aéronautique de la France représentait un avantage conséquent. La situation de l’industrie aéronautique est beaucoup plus chaotique en Allemagne. Le ministre de l’Air en 1940-1941, Ernst Udet, était un piètre organisateur28. Son successeur, Erhard Milch, parvient à augmenter la production mais sans couvrir tous les besoins29, ce qui continue à légitimer la passation de commandes en France.

  • 30 Herrick Chapman, L’Aéronautique. Salariés et patrons d’une industrie française, 1928-1950, Rennes, (...)

24Une fraction des ingénieurs, ainsi que des hommes et femmes au travail comme ouvriers et employés, tentent des actions de retardement des commandes, de freinage, de coulage, voire de sabotage ; des grèves éclatent, certains entrent dans des syndicats clandestins ou des réseaux de résistance30.

25Reste à apprécier un cas très particulier : le repli des bureaux d’études des cinq sociétés nationales de construction aéronautique à Cannes (donc en zone libre jusqu’au 11 novembre 1942). L’article de Philippe Jung relève la tutelle maintenue des organismes de Vichy et des occupants, ainsi que de la commission d’armistice de Wiesbaden. Il y ajoute deux autres caractéristiques. D’un côté se produit ainsi « une concentration unique » qui est propice à l’innovation, la conception et l’expérimentation de prototypes, y compris ceux d’un appareil à propulsion à réaction, alors que les autres usines doivent essentiellement produire du matériel allemand. De l’autre côté la pression des autorités d’occupation (italiennes et surtout allemandes) à l’égard des personnes et de leurs travaux est telle que non seulement certains ingénieurs prennent des contacts durables avec la Résistance, la France libre et les Alliés, mais encore certains d’entre eux parviennent à quitter Cannes individuellement ou en groupe. Les Allemands finissent donc par fermer le Groupe Technique de Cannes. Cette phase de repli à Cannes pourrait être analysée, à certains égards, comme l’une des origines du redressement des capacités de conception de l’aéronautique française après la difficile transition de l’après-guerre.

26On notera aussi du résumé de la communication du regretté Jacques Villain que c’est également sur la Côte d’Azur que sont cachées les premières fusées françaises réalisées à Lyon avec le financement de Vichy, et que l’une d’elles, après la Libération, va décoller en mars 1945. Mais elle va se trouver rapidement déclassée par l’alignement des grandes puissances sur le standard des V2 allemandes (Vergeltungswaffe 2 : « arme de représailles »).

Conclusion

27En l’état des recherches, il ne s’est agi dans la présente publication que de donner des « coups de sonde » sur les actes et pensées des hommes et des femmes de l’armement face à l’emprise des occupants allemands et italiens. Par conséquent il ne peut être question que d’énoncer des remarques provisoires et d’exposer des interrogations.

  • 31 À titre de comparaison sur une entreprise américaine de l’automobile : Talbot Imlay, Martin Horn, T (...)
  • 32 Patrick Fridenson, « Après cette guerre : une lettre de Marcel Bloch (1940) », Entreprises et Histo (...)
  • 33 Jean-Marc Olivier, Latécoère. Cent ans de technologies aéronautiques, Toulouse, Éditions Privat, 20 (...)
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  • 35 Dominique Pestre, « Louis Néel et le magnétisme à Grenoble. Récit de la création d’un empire dans l (...)
  • 36 Herrick Chapman, L’Aéronautique. Salariés et patrons d’une industrie française, 1928-1950, Rennes, (...)

28La visibilité des industries d’armement pour les Allemands ne pouvait pas aboutir au bout de quatre ans à un bilan très différent de celui des autres industries31. Certes il y a des exceptions : dans l’aéronautique, Marcel Bloch jusqu’à son internement entend fabriquer des appareils civils et une voiture électrique en série32 ; de même Latécoère met au point un hydravion gros porteur civil, dont les Allemands saisissent le premier prototype33. Mais dans la majorité des cas les attitudes des dirigeants publics et des entrepreneurs oscillent entre collaboration active (désirée), collaboration passive (subie), collaboration économique, collaboration technique/technicienne, collaboration politique, selon la terminologie avancée dans son résumé pour la journée d’étude par Antoine Escoda. Des activités de résistance peuvent exister à ce niveau, mais elles sont minoritaires.
Cependant il est indispensable de cerner l’évolution chronologique. Si les options des Allemands à l’égard des Français sont les mêmes depuis le début de l’Occupation – prise de butin, remise au travail –, ce qui s’étend aux poudres avec le Pulverplan de 1942, il apparaît que plus la guerre dure, plus les tension et oppositions entre Allemands sont susceptibles de s’élargir. Dès lors la gamme des positions possibles pour les Français s’étend. Contrairement à ce que disent certains plaidoyers rétrospectifs d’après la Libération, le choix des individus est très grand et dans des sens multiples. Lors de la journée d’étude, Dominique Pestre relevait par exemple qu’en février 1941 le physicien nucléaire Frédéric Joliot avait accepté de donner un entretien dans une revue collaborationniste où il donnait libre cours aux sentiments antipolytechniciens qu’il exprimait depuis 193434. En revanche, le physicien Louis Néel qui s’installe à l’Université de Grenoble poursuit une stratégie minimaliste : en partenariat avec les Aciéries d’Ugine, il mène des recherches sur les propriétés magnétiques de la matière35.
De manière plus générale, le degré d’homogénéité des conduites des industriels par rapport aux occupants peut varier d’une branche à l’autre. L’article de Patrice Bret montre que dans le domaine des poudres et explosifs les historiens ont une tâche délicate pour dégager les « attitudes réelles » dans le secteur public, celui du Service des poudres, où, malgré la forte tutelle centrale, il est indispensable de reconstituer ce qui se joue au niveau local, comme dans le secteur privé soumis au contrôle de l’État, où le plaidoyer pro domo rédigé peu après la Libération par le Syndicat des fabricants d’explosifs fait pourtant silence sur l’engagement précoce de certains responsables dans la Résistance. Et l’un des historiens de l’aéronautique a suggéré que, après avoir livré à l’Allemagne, les constructeurs étaient « divisés » à partir d’août 1944 « en tant que groupe », entre ceux qui étaient « compromis » et ceux qui « avaient relativement peu à craindre » de l’épuration à venir36.

  • 37 Pierre Laborie, Penser l’événement, Paris, Gallimard, 2019.
  • 38 Sébastien Albertelli, Julien Blanc, Laurent Douzou, La lutte clandestine en France. Une histoire de (...)

29Que dans l’armement les activités de résistance aient été minoritaires n’est pas une surprise. La Résistance a été partout en France l’affaire d’une minorité. En effet, comme l’a montré Pierre Laborie37, pour entreprendre une « action subversive exigeant une décision personnelle qui implique de se considérer en état de guerre », les résistants doivent avoir « la conscience de résister » et leur action doit s’inscrire dans le cadre d’un « impératif de transgression ». Les actes de résistance présentés au fil des articles de ce numéro confirment qu’il s’agit d’un engagement d’un genre nouveau, qui peut rompre avec le temps long cadrant d’ordinaire les individus, les familles, les groupes et qui construit « un univers à part qui s’invente au fur et à mesure »38. Ce monde restreint des résistants est néanmoins traversé de multiples fractures. Le témoignage oral a été une source essentielle pour éviter de faire une histoire désincarnée et réduite aux traces des organisations, appréhender à la fois la clandestinité des acteurs, leur immersion et l’impact de leurs actes et idées et mieux saisir la construction de la mémoire depuis la Libération. C’est l’occasion pour nous de dire à quel point cette histoire de la Résistance reste nécessaire et porteuse d’avenir.

  • 39 Patrick Fridenson, « Après cette guerre : une lettre de Marcel Bloch (1940) », Entreprises et Histo (...)
  • 40 Michel Pinault, « Frédéric Joliot, les Allemands et l’université aux premiers mois de l’occupation  (...)
  • 41 Florian Schmaltz, « Luftahrtforschung unter deutscher Besatzung: Die Aerodynamische Versuchsanstalt (...)
  • 42 Cependant voir Lars Hellwinkel, Hitler’s Gateway to the Atlantic: German Naval Bases in France 1940 (...)

30Une question abordée dans les débats de la journée d’étude a été celle de l’opinion des occupants allemands spécialistes de l’armement à l’égard des industriels et membres de l’administration française. L’avis des historiens alors présents était : dans la majorité des cas, peu d’estime. Les textes de Lars Hellwinkel et d’Yves et Anne Ploux vont dans ce sens. Pourtant, malgré les réserves de la Kriegsmarine, le premier cite l’amiral allemand Hoffmann qui fait bien – certes après la guerre, ce qui atténue sans doute la portée de la citation – la distinction entre le freinage opéré par les ouvriers de l’arsenal de Brest et « la qualité du travail effectué, [dont] tous [s]es officiers étaient unanimes à reconnaître qu’elle était supérieure à tout ce qui aurait pu être fait à Kiel ou à Wilhelmshaven ». Enfin, cela n’est pas le cas non plus de l’article de Philippe Jung sur l’aéronautique repliée à Cannes. Et Marcel Bloch, alors qu’il est interné par Vichy, a fait état dans sa lettre du 27 novembre 1940 des appréciations favorables que ses adversaires allemands ont formulées à l’égard du Bloch 174 et du Bloch 175 et de son usine d’hélices39. Du côté de la recherche scientifique, Frédéric Joliot doit accepter la présence de scientifiques allemands dans son laboratoire du Collège de France pour ses travaux qui « concernent principalement la technique du cyclotron et la radioactivité », et affirme le 27 août 1943 « qu’aucun des résultats obtenus ne peuvent être utilisés directement ou indirectement pour la guerre. […] ils savent que je me refuserai à toute participation à l’effort scientifique de guerre allemand »40. Dans l’aéronautique, l’Aérodynamische Versuchsanstalt (AVA), institut de recherche implanté à Göttingen, est chargé de mobiliser par des contrats les ressources scientifiques françaises ; la chaire de mécanique de la Sorbonne (Joseph Pérès et Lucien Malavard), l’institut aéronautique de Saint-Cyr du Conservatoire national des arts et métiers (avec Albert Toussaint) et dans l’industrie les ingénieurs des laboratoires d’Hispano-Suiza à Bois-Colombes puis de la Société Nationale des Constructions Aéronautiques du Sud-Ouest (à Issy-les-Moulineaux). Ces contrats sont soit sur la théorie de l’aérodynamique soit sur des réalisations techniques de soufflerie et de fuselage d’aile. Mais, contrairement aux autres pays occupés dont les scientifiques et ingénieurs sont également sollicités, ils ne sont pas centralisés et se heurtent à la concurrence du ministère allemand de l’Air. Côté français, la Sorbonne et Hispano-Suiza font preuve d’une résistance passive. Mais les autres contrats accroissent les ressources de la recherche aéronautique allemande. En outre, trois projets spécifiques, dont deux militaires, sont menés à Paris directement par des savants allemands41. Une question complémentaire se pose sur les rapports établis lors des contacts entre officiers de l’armement allemands et français. Il n’est pas encore possible d’y répondre de façon précise et générale42. Il n’y a pas non plus de vue d’ensemble sur ce qu’ouvriers, contremaîtres et ingénieurs ont retiré sur le plan technique du travail avec (et pour) les Allemands.

  • 43 Pour l’armement terrestre, voir Stéphane Weiss, « Le programme français de réarmement 1944-1945 », (...)
  • 44 Herrick Chapman, L’Aéronautique. Salariés et patrons d’une industrie française, 1928-1950, Rennes, (...)
  • 45 Lars Hellwinkel, « Les arsenaux de la Marine française à la Libération : l’impact de l’épuration et (...)
  • 46 Marc Bergère (dir.), L’épuration économique en France à la Libération, Rennes, Presses Universitair (...)
  • 47 Luc-André Brunet, Forging Europe: Industrial Organisation in France, 1940-1952, Londres, Palgrave M (...)
  • 48 Voir par exemple : Centre des hautes études de l’armement (CHEAR), Histoire de l’armement en France (...)
  • 49 Cité par Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 163.

31Quelles ont été les conséquences de l’Occupation sur l’armement français à partir de la Libération ? La participation de l’armement terrestre, maritime et aérien à la lutte des Alliés contre l’Allemagne nazie jusqu’au 8 mai 1945 a été handicapée de nombreuses difficultés (changement de type d’acier, problèmes de personnel, coupures de courant, usure des machines, financement)43. À partir de la victoire du 8 mai 1945 différents éléments sont apparus. D’une part, une partie de l’armement a été touchée par des changements politiques. Des nationalisations ont en effet été réalisées, principalement dans l’aéronautique : « En inspirant la Résistance et en discréditant les patrons, la collaboration avec les Allemands ouvrit la voie à un changement de pouvoir politique dans l’industrie aéronautique encore plus profond que celui qui était survenu en 1936 »44. En complément de l’épuration qui certes dans les arsenaux de la Marine semble avoir été bien faible45, mais paraît avoir été plus forte dans d’autres branches de l’armement46, des relations sociales nouvelles sont instaurées dans les usines et établissements d’armement, mais elles font l’objet de conflits et ne sont stabilisées que vers 1949-1950. D’autre part, au-delà du maintien en activité plus ou moins longtemps de matériels divers (le record étant sans doute atteint par le fusil MAS 6, qui vécut jusqu’en 1980), ainsi que de matériels allemands, la France met du temps à faire des choix cohérents concernant la politique de produits nouveaux et de rapports entre science et industrie concernant l’armement. Si certains comités d’organisation de Vichy peuvent survivre et/ou « conserver la forme en réformant l’esprit » d’une organisation industrielle technocratique47, il s’avère cependant que les rapports internationaux ont changé en Europe. Au plan mondial, la relation entre la volonté d’indépendance nationale de la France et l’hégémonie américaine est une construction évolutive et complexe. En matière d’armement, la France a été affaiblie par les pertes humaines et par les pillages allemands, mais aussi par le type de livraisons que ses usines ont faites à l’Allemagne. Comme les autres Alliés, elle se tourne donc vers l’utilisation de prisonniers et ingénieurs allemands après 1945, à Versailles, Decize, Mulhouse et surtout au Laboratoire de recherches de Saint-Louis (LRSL, futur Institut franco-allemand de Saint-Louis) et au Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques de Vernon (LRBA)48. Elle peut tabler aussi sur les capacités d’innovation aéronautique qui ont mûri lorsqu’elles étaient localisées à Cannes, sur le maintien des recherches de nombre de ses scientifiques (après la défaite, Frédéric Joliot disait au sujet des scientifiques, les 17 et les 20 juin 1940 : « Le problème, pour nous, sera de tenir bon, de préserver nos atouts dans ces années-là »49), mais elle y ajoute le retour des Français libres et l’affirmation d’une volonté de redressement militaire fondée sur la redéfinition du triptyque science-armée-industrie et la recherche des financements correspondants.

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Notes

1 Les porteurs de ce dossier s’opposent à l’instruction générale inter-ministérielle numéro 1300 et militent pour un accès plus large aux archives publiques.

2 Michael Geyer, Adam Tooze (éd.), The Cambridge History of The Second World War, vol. III, Total War: Economy, Society and Culture, Cambridge, Cambridge University Press, 2015 ; Alya Aglan, Robert Frank (dir.), 1937-1947 : la guerre-monde, Paris, Gallimard, 2015.

3 En France, notamment par l’Agence d’images de la défense (ECPA-D), héritière de l’Établissement cinématographique et photographique des armées et de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense.

4 Patrice Bret (CHEAR/DHAR et Centre Alexandre Koyré/EHESS-CNRS-MNHN), Alain Crémieux (Comité pour l’histoire de l’armement), Patrick Fridenson (EHESS/Centre de Recherches Historiques), Vincent Guigueno (École nationale des Ponts et Chaussées), Jean-Pierre Moreau (CHEAR/DHAR, Dominique Pestre (EHESS/Centre Alexandre Koyré).

5 Compte tenu de leur intérêt, les résumés de trois de ces communications sont publiés en annexe de ce numéro. Pour le thème de la quatrième, voir Jean-François Grevet, « Des turbines au Plan, la Marine au service de l’économie dirigée ou les ambitions des ingénieurs du Génie maritime à la Direction des industries mécaniques et électriques (1949-1944) » dans Jean-Paul Barrière, Marc de Ferrière (dir.), Aéronautique, marchés, entreprises. Mélanges en l’honneur d’Emmanuel Chadeau, Paris, Éditions Pagine, 2004, p. 473-513.

6 Claude d’Abzac-Epezy, « L’industrie aéronautique française pendant la Seconde Guerre mondiale : histoire et communication historique », Nacelles, no 1, automne 2016.

7 Courriel d’Hervé Joly à Patrick Fridenson, 6 août 2018.

8 Djouhra Kemache, « Les données chiffrées, arme de négociation d’une entreprise de l’énergie pendant l’Occupation », dans Laurent Feller, Agnès Gramain (dir.), L’évident et l’invisible. Questions de méthodes en économie et en histoire, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020, p. 137-157.

9 Luc-André Brunet, « Patrons résistants ? French industrialists during the Second World War », French History, vol. 31, no 4, décembre 2017, p. 512-534.

10 Jean-Marc Berlière, « Archives de police / historiens policés ? », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 48, no 4bis, décembre 2001, p. 57-68.

11 Pour une commode synthèse du renversement d’interprétation, Bernd Wegner, « Pourquoi une guerre à l’Ouest en 1940 ? Quelques remarques sur la grande stratégie d’Hitler », dans Stefan Martens, Steffen Prauser (dir.), La guerre de 1940. Se battre, subir, se souvenir, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, p. 19-36.

12 Jonathan A. Grant, Between Depression and Disarmament: The International Armaments Business, 1919-1939, Cambridge, Cambridge University Press, 2018. 

13 Philippe Garraud, « La politique française de réarmement de 1936 à 1940 : priorités et contraintes », Guerres mondiales et conflits contemporains, no 219, juillet 2005, p. 87-102 ; Philippe Garraud, « La politique française de réarmement de 1936 à 1940 : une production tardive mais massive », Guerres mondiales et conflits contemporains, no 220, octobre 2005, p. 97-113.

14 Hein Klemann, Sergei Kudryashov, Occupied Economies. An Economic History of Nazi-Occupied Europe, Londres, Berg, 2012.

15 Arne Radtke-Delacor, « Die Lohnpolitik Vichys 1940-1944 », 1999. Zeitschrift für Sozialgeschichte des 20. und 21. Jahrhunderts, vol. 9, no 4, octobre 1994, p. 12-33 ; Arne Radtke-Delacor, « Verlängerte Werkbank im Westen: Deutsche Produktionsaufträge als Trumpfkarte der industriellen Kollaboration in Frankreich (1942-1944) », dans Stefan Martens, Maurice Vaïsse (éd.), Frankreich und Deutschland im Krieg (November 1942-Herbst 1944) Okkupation, Kollaboration, Résistance, Bonn, Bouvier, 2000, p. 327-350 ; Arne Radtke-Delacor, « Die wirtschaftlichen Aktivitäten Alfred Toepfers in Frankreich 1943/44: Die Firma Stahlberg & Co. (Hamburg/Paris) », dans Georg Kreis, Gerd Krumeich, Henri Ménudier, Hans Mommsen et Arnold Sywottek (éd.), Alfred Toepfer. Stifter und Kaufmann. Bausteine einer Biographie – Kritische Bestandsaufnahme, Hambourg, Christian-Verlag, 2000, p. 389-443 ; Arne Radtke-Delacor, « Produire pour le Reich. Les commandes allemandes à l’industrie française (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 70, avril 2001, p. 99-115 ; Arne Radtke-Delacor, « Die “gelenkte Wirtschaft” in Frankreich. Versuch einer Vergleichenden Untersuchung der technokratischen Strukturen der NS-Besatzungsmacht und des Vichy-Regimes (1940-1944) », dans Alain Chatriot, Dieter Gosewinkel (éd.), Figurationen des Staates: Deutschland und Frankreich 1870-1945, Munich, Oldenbourg 2006, p.  35-254 ; Arne Radtke-Delacor, « Les usines françaises au service du Reich » et « La France en coupe réglée », dans Jean-Luc Leleu, Françoise Passera, Jean Quellien, Michel Daeffler (dir.), La France pendant la Seconde Guerre mondiale. Atlas historique, Paris, Fayard, 2010, p. 26-127 et 130-131.

16 Fabrice Grenard, Florent Le Bot, Cédric Perrin, Histoire économique de Vichy. L’État, les hommes, les entreprises, Paris, Perrin, 2017, p. 109-111.

17 Alan S. Milward, The New Order and the French Economy, Oxford, Clarendon Press, 1970 ; Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1991.

18 Philippe Burrin, La France à l’heure allemande 1940-1944, Paris, Le Seuil, 1995 ; Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, nouvelle édition entièrement refondue, Paris, A. Colin, 2013.

19 http://gdr2539.ish-lyon.cnrs.fr/.

20 Hein Klemann, Sergei Kudryashov, Occupied Economies. An Economic History of Nazi-Occupied Europe, Londres, Berg, 2012 ; Marcel Boldorf, Tetsuji Okazaki (éd.), Economies under Occupation: The Hegemony of Nazi Germany and Imperial Japan, Londres, Routledge, 2015 ; Hans Otto Frøland, Mats Ingulstad, Jonas Scherner (éd.), Industrial Collaboration in Nazi-Occupied Europe. Norway in Context, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2016 ; Raffael Scheck, Fabien Théofilakis, Julia Torrie (éd.), German-Occupied Europe in the Second World War, Londres, Routledge, 2019.

21 Alan S. Milward, The New Order and the French Economy, Oxford, Clarendon Press, 1970 ; Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1991. Ici tome I, chapitre XIX.

22 Jean Fouchier, « André Blanchard (1893-1981) », La Jaune et la Rouge, no 363, mai 1981, p. 23. Sur Antoine Rougier, maintenu en fonction à la Libération, voir Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1991 ; Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, nouvelle édition entièrement refondue, Paris, A. Colin, 2013, et l’article de Patrice Bret dans ce numéro. On peut signaler aussi : Limore Yagil, Jean Bichelonne 1904-1944. Un polytechnicien sous Vichy. Entre mémoire et histoire, Paris, SPM, 2015.

23 Voir Catherine Cottard, Histoire de l’industrie chimique en France de 1945 à nos jours, mémoire de DEA d’histoire économique, Université Paris IV, 1994 ; Peter Hayes, Industry and Ideology: IG Farben in the Nazi Era, Cambridge, Cambridge University Press, 1987 et 2001 ; Peter Hayes, From Cooperation to Complicity: Degussa in the Third Reich, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.

24 Archives d’Alexandre Gilbert, à Paris. Patrick Fridenson, « Après cette guerre : une lettre de Marcel Bloch (1940) », Entreprises et Histoire, no 85, décembre 2016, p. 129-132.

25 Claude d’Abzac-Epezy, « Le secrétariat d’État à l’Aviation et la politique d’exclusion des Juifs », Archives Juives, vol. 41, 1er trimestre 2008, p. 75-89 ; Guy Decôme, Joseph Szydlowki et son temps : Turbomeca, Tarbes, Printech, 1999.

26 Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1991.

27 Yves Bouvier, Connexions électriques. Technologies, hommes et marchés dans les relations entre la Compagnie générale d’électricité et l’État 1898-1992, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2014, chapitre 2.

28 26 Klaus-Jürgen Müller, Armee, Politik und Gesellschaft in Deutschland 1933-1945. Studien zum Verhältnis von Armee und NS-System, 4e éd., Paderborn, Schöningh, 1986.

29 Horst Boog, « Erhard Milch », dans Neue Deutsche Biographie, t. 17, 1994, p. 499-503.

30 Herrick Chapman, L’Aéronautique. Salariés et patrons d’une industrie française, 1928-1950, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 300-311 ; Simone Minguet, Mes années Caudron. Une usine autogérée à la Libération, Paris, Éditions Syllepse, 1997, p. 21 ; Serge Boucheny, Dominique Guyot, Gnome et Rhône 39-45. Parcours de 67 salariés, Paris, Association d’Histoire Sociale CGT de la SNECMA, 2018, p. 48-50 ; Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage – de la CGT à la Résistance, Paris, Perrin, 2016.

31 À titre de comparaison sur une entreprise américaine de l’automobile : Talbot Imlay, Martin Horn, The Politics of Industrial Collaboration during World War II: Ford France, Vichy and Nazi Germany, Cambridge, Cambridge University Press, 2015 ; Patrick Fridenson, « Roundtable Essay: The Politics of Industrial Collaboration during World War II: Ford France, Vichy and Nazi Germany », H-Diplo, vol. XVII, no 9, Décembre 2015, p. 7-16.

32 Patrick Fridenson, « Après cette guerre : une lettre de Marcel Bloch (1940) », Entreprises et Histoire, no 85, décembre 2016, p. 130 et 132.

33 Jean-Marc Olivier, Latécoère. Cent ans de technologies aéronautiques, Toulouse, Éditions Privat, 2017.

34 Jacques Saint-Germain, « C’est l’esprit qu’il faut réformer d’abord, nous dit M. Joliot-Curie », Les Nouveaux Temps, 5 février 1941, p. 1 ; Michel Pinault, « Frédéric Joliot, les Allemands et l’université aux premiers mois de l’occupation », Vingtième Siècle, no 50, avril-juin 1996, p. 67-88 ; Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 186-190.

35 Dominique Pestre, « Louis Néel et le magnétisme à Grenoble. Récit de la création d’un empire dans la province française, 1940-1965 », Cahiers pour l’histoire du CNRS, no 8, 1990.

36 Herrick Chapman, L’Aéronautique. Salariés et patrons d’une industrie française, 1928-1950, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 311.

37 Pierre Laborie, Penser l’événement, Paris, Gallimard, 2019.

38 Sébastien Albertelli, Julien Blanc, Laurent Douzou, La lutte clandestine en France. Une histoire de la Résistance 1940-1944, Paris, Seuil, 2019.

39 Patrick Fridenson, « Après cette guerre : une lettre de Marcel Bloch (1940) », Entreprises et Histoire, no 85, décembre 2016, p. 131-132.

40 Michel Pinault, « Frédéric Joliot, les Allemands et l’université aux premiers mois de l’occupation », Vingtième Siècle, no 50, avril-juin 1996, p. 75-76.

41 Florian Schmaltz, « Luftahrtforschung unter deutscher Besatzung: Die Aerodynamische Versuchsanstalt Göttingen und ihre Aussenstellen in Frankreich im Zweiten Weltkrieg », dans Dieter Hoffmann, Mark Walker (dir.), Fremde Wissenschaftler unter Hitler, Göttingen, Wallstein Verlag, 2011, p. 384-407 ; également, sous presse, Florian Schmaltz, « Aeronautical Research under Nazi Occupation in Paris: The Aerodynamische Versuchsanstalt Göttingen and the Mobilisation of Resources, French Scientists and Engineers, 1940-1944 », dans Claudine Fontanon, Irina Gouzévitch (dir.), Les ingénieurs civils et la circulation des savoirs en France xixe-xxe siècles, Paris, Classiques Garnier (sous presse).

42 Cependant voir Lars Hellwinkel, Hitler’s Gateway to the Atlantic: German Naval Bases in France 1940-1945, traduit par Geoffroy Brooks, Barnsley-Seaforth Publishing/Annapolis-Naval Institute, 2014.

43 Pour l’armement terrestre, voir Stéphane Weiss, « Le programme français de réarmement 1944-1945 », Revue historique, no 693, janvier 2020, p. 193-215.

44 Herrick Chapman, L’Aéronautique. Salariés et patrons d’une industrie française, 1928-1950, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 311.

45 Lars Hellwinkel, « Les arsenaux de la Marine française à la Libération : l’impact de l’épuration et ses conséquences pour les personnels », dans Marc Bergère (dir.), L’épuration économique en France à la Libération, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 271-282.

46 Marc Bergère (dir.), L’épuration économique en France à la Libération, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008 ; Sur les questions d’interprétation débattues actuellement à ce sujet, Annie Lacroix-Riz, La non-épuration en France. De 1943 aux années 1950, Paris, A. Colin, 2019 et Gilles Morin, « Du mésusage des archives et de l'histoire », 20 et 21, no 145, janvier 2020, p. 159-168.

47 Luc-André Brunet, Forging Europe: Industrial Organisation in France, 1940-1952, Londres, Palgrave Macmillan, 2017, chapitres 5, 6 et 7.

48 Voir par exemple : Centre des hautes études de l’armement (CHEAR), Histoire de l’armement en France de 1914 à 1962 : institutions, industries, innovations, relations internationales, Paris, ADDIM, 1994 ; Comité pour l’histoire de l’armement terrestre (COMHART), Période 1965-1975, t. 3, vol. 3.2 : IGA (ingénieur général de l’armement) Pierre Fayolle, avec IGA Marchal, Bedoura et Gresnier, Centres de recherche. Les autres centres de recherches : LRBA, LRSL-ISL, CEG, Paris, Délégation générale pour l’armement, 1996 ; Patrick Fridenson, « La modernisation de l’industrie française d’armement terrestre (1945-1960), un état des questions », dans Anne Rasmussen (dir.), Les ingénieurs militaires et l’émergence d’une nouvelle industrie française de l’armement 1945-1960, Paris, Comité pour l'histoire de l'armement, 2000, p. 17-29 ; Olivier Huwart, Du V2 à Véronique : la naissance des fusées françaises, Rennes, Éditions Marines, 2005.

49 Cité par Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 163.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Patrick Fridenson, Patrice Bret et Alain Crémieux, « Introduction »L’Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 23 | 2021, mis en ligne le 01 décembre 2021, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/acrh/23294 ; DOI : https://doi.org/10.4000/acrh.23294

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Auteurs

Patrick Fridenson

Ancien élève de l’École normale supérieure, directeur d'études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS),Patrick Fridenson est historien des entreprises, du travail et des fonctions économiques et éducatives de l’État en Europe, aux États-Unis et au Japon du xixe au xxie siècle.
Il travaille de longue date sur la Seconde Guerre mondiale et a été l’un des trois fondateurs du Groupement de recherche CNRS « Les entreprises françaises sous l'Occupation », qui, de 2002 à 2009, a développé des recherches sur le sujet dans une perspective internationale sous la direction d'Hervé Joly. Parmi ses publications : « Die Auswirkungen des Zweiten Weltkrieges auf die französische Arbeiterschaft » dans Waclaw Dlugoborski (Hg.), Zweiter Weltkrieg und sozialer Wandel, Göttingen, Vandenhoek et Ruprecht, 1981, p. 199-210, « Les ouvriers dans la France de la Seconde Guerre mondiale. Un bilan », Le Mouvement Social, no 158, janvier-mars 1992, p. 117-147(avec Jean-Louis Robert), « Les entreprises automobiles sous l’Occupation », dans Olivier Dard, Jean-Claude Daumas et François Marcot (dir.), L’Occupation, l’État français et les entreprises, Paris, Association pour le développement de l’histoire économique, 2000, p. 317-329, « Syndicalismes dans l'automobile : la redistribution des cartes », dans Michel Margairaz et Danielle Tartakowsky (dir.), Le syndicalisme dans la France occupée, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 81-102, « L'épuration dans l'industrie automobile », dans Marc Bergère (dir.), L'épuration économique en France à la Libération, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 229-256 (avec Jean-François Grevet et Patrick Veyret), « Le périple de la nationalisation de Renault », Renault Histoire, no 31, octobre 2014, p. 63-84, « Roundtable Essay : The Politics of Industrial Collaboration during World War II: Ford France, Vichy and Nazi Germany », H-Diplo, Volume XVII, no 9, décembre 2015, p. 7-16.

Articles du même auteur

Patrice Bret

Docteur en histoire de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur au Centre Alexandre Koyré (EHESS-CNRS-MNHN) et membre émérite du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), l’auteur a consacré une part importante de sa recherche à l’histoire de l’armement et a notamment publié : L’État, l’armée, la science. L’invention de la recherche publique en France, 1763-1830, (Rennes, PUR, collection Carnot, 2002) et « Prometheus Unbound: War and Technology from 1800 to Globalization », dans G. Carnino, L. Hilaire-Pérez, J. Lamy (dir.), Global History of Technology, 19th-20th Century, (Turnhout, Brepols, 2022) ainsi qu’Histoire globale des techniques, xixe-xxe siècle (Paris, Éditions du CNRS, 2022). Directeur scientifique du Département d’histoire de l’armement au Centre des hautes études de l’armement (CHEAR) de la Délégation générale pour l’armement (DGA) puis chargé de cette question à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), de 2003 à 2012, il a édité les travaux du Comité pour l’histoire de l’armement (CHARME) et des comités pour l’histoire de l’armement terrestre (COMHART) et de l’aéronautique (COMAERO).

Articles du même auteur

Alain Crémieux

Ancien élève de l’École Polytechnique et de l’École nationale supérieure de l’aéronautique, Alain Crémieux a exercé des fonctions techniques, de politique industrielle et internationales à la Délégation Générale pour l’Armement de 1960 à 2001. Il a été chef du département d’histoire de l’armement du Centre des hautes études de l’armement (CHEAR) et membre du Comité pour l’histoire de l'armement qui a réuni historiens et ingénieurs militaires de 1998 à 2008. Ingénieur général de l'armement en deuxième section, il continue à s'intéresser à l'histoire et à l'éthique de l'armement.
Parmi ses livres : L’armement à l’heure du désarmement. Voyage à travers le complexe militaro-industriel, Paris, Addim, 1993 ; L'éthique des armes, Paris, Aegeus, 2006 ; H, Paris, Edilivre, 2014 ; La guerre nucléaire à pile ou face, Paris, L’Harmattan, 2019 ; Vers une Europe-puissance. Comment aboutir concrètement à l’Europe de la défense, Paris, L’Harmattan, 2020

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