1Après avoir débuté en Guadeloupe en 2016 et 2017 (Queffelec et al. 2018), le projet collectif de recherche « PAAF » s’est poursuivi en 2018 en Martinique. Ce travail, qui regroupe plusieurs chercheurs de diverses institutions (CNRS, universités, Inrap...), se focalise sur l’étude des parures en pierre des Amérindiens des îles françaises, tout en intégrant celles du reste de l’arc antillais en s’appuyant sur la littérature. Les objectifs scientifiques de ce projet sont de caractériser ces productions lapidaires, perles, pendeloques et leurs déchets de fabrication, tant sur le plan minéralogique qu’en termes de stratégies d’acquisition et de fabrication.
2Ces productions, riches et diversifiées, sont particulièrement développées durant le Céramique ancien (400 av. J.-C.-400 apr. J.-C.). L’étude exhaustive de ces objets, intégrant une approche technologique et gemmologique, a été consignée dans une base de données évolutive couvrant les Antilles et, pour une moindre part, le nord du continent sud-américain. Ce programme s’attache par conséquent à caractériser les méthodes et techniques de fabrication des parures lithiques, leur diffusion ainsi que leur variabilité tant spatiale que temporelle.
3Pour la Martinique, l’inventaire est réduit pour l’instant à 49 objets. Le site de Vivé (Le Lorrain) en concentre la très grande majorité (40), issue des diverses fouilles menées sur ce site depuis les années 1960 jusqu’au début des années 2000. Six autres sites complètent plus modestement les données : Anse Trabaud (Sainte-Anne, 2 perles), Moulin l’Étang (Basse-Pointe, 1 perle), Macabou (Le Vauclin, 1 perle), Plage du Diamant (1 perle), rue Pory-Papy et rue Perrinon-Doume (Le Carbet, 1 perle dans chaque site) (fig. 1). L’accès à ces objets, pour certains encore en cours d’étude à la suite de fouilles récentes, a été rendu possible grâce aux facilités accordées par le musée d’Archéologie et de Préhistoire de Martinique, le Service régional de l’archéologie et la société Éveha.
Fig. 1 – Carte de répartition des sites archéologiques ayant livré un ou des objet(s) de parure en pierre durant le Céramique
4La démarche analytique appliquée à ces collections comprend une documentation photographique et graphique, l’enregistrement d’informations archéologiques, typotechnologiques et dimensionnelles ainsi que les déterminations minéralogiques par spectroscopie Raman, indispensables à l’identification fiable des matériaux utilisés (en particulier pour distinguer les « roches vertes »).
5Pour la série du site de Vivé, composée majoritairement de perles de forme discoïde, cylindrique ou en tonneau et de quelques pendentifs (fig. 2), les matières premières sont diverses, mais les plus représentées sont la turquoise, la diorite, l’améthyste et la cornaline (fig. 3). Les pendentifs sont tous fabriqués en « roches vertes », les deux en forme de grenouille de Vivé sont en néphrite tandis que celui de l’Anse Trabaud, en forme de hache, est fait de serpentine.
Fig. 2 – Quelques exemples de productions lapidaires saladoides retrouvées en Martinique
Fig. 3 – Répartition des matières premières utilisées pour la production de parure en pierre (site de Vivé)
6L’ensemble de ces observations, bien qu’encore modestes pour la Martinique, s’intègre dans l’étude plus large à l’échelle des sites archéologiques antillais, Vivé apparaissant comme une référence incontournable pour documenter les productions de la phase céramique ancienne, plus particulièrement de la sous‑série saladoïde cédrosane (Queffelec et al. 2020).