Au large de La Trinité – Épave de l’Anse l’Étang
Notes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Groupe de recherche en archéologie navale
Texte intégral
1L’épave de l’Anse l’Étang a été déclarée à la fin des années 1970 par des plongeurs amateurs. En 1992, le Gran avait effectué une première plongée de repérage qui avait permis de localiser le site et d’observer des fragments de canons et un empilement de cuves à sucre qui étaient indiqués sur le plan des inventeurs. À cette occasion un plomb de sonde, découvert à proximité des canons, avait été remonté.
2À une distance de 300 m de la plage de sable blanc, la baie est coupée par une barrière corallienne, parallèle à la côte. Cette caye est couverte de moins de 2 m d’eau à son sommet et la mer y est très dure. Les vagues déferlantes la rendent pratiquement infranchissable. Une passe, située à l’ouest de l’Anse, traverse la caye du nord au sud. Cette passe, profonde de 8 à 11 m, large de 6 m et au fond tapissé d’un sable coquiller grossier est perpendiculaire à l’axe du récif. Bien qu’elle représente un passage d’eaux très saines, elle ne peut être empruntée que par beau temps et par des embarcations de très faible tirant d’eau du fait de la violence de la houle et du peu de profondeur entre la caye et la terre.
3Les vestiges du naufrage sont disposés dans et autour de cette passe. C’est bien entendu dans le fond de la passe, plus abrité, que nous avons observé le plus de vestiges. L’épaisse couche de sable qui en tapisse le fond a recouvert un matériel disparate et, pour ce que nous en avons observé, très maltraité par la mer. Le détecteur de métaux a permis de localiser des éléments de fer pris dans la concrétion et des éléments de plomb (feuilles de plomb et plomb de sonde). Tout d’abord très large, la passe se referme rapidement pour ne plus former qu’un couloir de 6 m de large sur 8 ou 9 m de haut. Ses parois verticales sont évasées à la base, créant un surplomb sous lequel un plongeur peut nager à l’aise. C’est dans la zone d’entrée, avant que les parois ne se rapprochent pour former le couloir, qu’ont été découvertes les feuilles de plomb, des tessons de verre et de céramique très roulés, divers espars métalliques soudés dans le corail, ainsi que le second plomb de sonde. En suivant la passe vers le sud, on rencontre successivement les restes de 3 canons. Ceux-ci sont brisés, les tourillons sont cassés, et leur état de conservation générale est très mauvais. Ces constatations nous incitent à penser qu’il s’agit de canons de lest. En avançant toujours vers le sud, on rencontre sur la gauche un empilement de cuves. Ce sont des chaudières de sucrerie type Père Labat. Toutes ont le même diamètre, il ne s’agit donc pas d’un équipage, mais plutôt de cuves de rechange pour un ou plusieurs équipages. Leur diamètre de 97 cm correspond à 3 pieds de France. On peut nettement voir sur deux d’entre elles les quatre tétons situés sous la lèvre et qui étaient destinés à venir reposer sur les plaques de fer de soutien scellées dans la maçonnerie de l’équipage. Elles se trouvent sous le surplomb rocheux au pied de la caye.
4En suivant le pied de l’intérieur de la caye vers l’est, après une zone de sable et quelques gros rochers isolés, on rencontre un grand nombre de pierres de taille. Légèrement au nord-est des pierres du sommet, trois ancres se trouvent enchevêtrées dans une cuvette de corail. Elles se trouvent à peu de distance du bord de la passe, en surplomb des chaudières à sucre. Une première série d’observations sur les pièces de taille visibles sur le site fait apparaître 7 modules différents. Les modules 3, 4, 5, 6 et 7 correspondent à des parallélépipèdes dont les dimensions sont données dans le tableau ci-contre (fig. 1). Les modules 1 et 2 présentent une forme plus complexe. On retrouve dans de nombreux bâtiments de sucreries de Martinique des pierres comparables. Les pieds-droits de deux portes du bâtiment de la purgerie de la Pagerie (97 231 004 AH), aux Trois-Îlets, sont formés de pierres taillées de dimensions fort semblables (fig. 2).
5Les cinq ancres retrouvées sur le site sont de modèle très semblable. Elles mesurent entre 3,10 m pour la plus grande et 2,60 m pour la plus petite. Ce sont toutes des ancres à jas de bois. À proximité de ce sondage, un plomb de sonde a été mis au jour. De taille beaucoup plus modeste que celui découvert, à quelque distance de là, en janvier, il est beaucoup mieux conservé. Un de ses côtés a été très érodé par la mer, mais l’autre, qui était protégé par le sédiment, conserve encore les facettes de sa forme octogonale primitive. Il pèse 8 kg pour une longueur conservée de 36,5 cm. Sa plus grande largeur est de 6 cm à la base. On voit encore nettement une partie de l’évidement situé sur le fond, profond de 3 cm, et destiné à recevoir le suif.
6L’ensemble de ces éléments tend à faire penser à un naufrage de la seconde moitié du xviiie s. ou de la première moitié du xixe s. (ancre à jas de bois, chaudière d’équipage) l’absence de traces de doublage de cuivre vient renforcer cette hypothèse.
Tabl. I – Pierres parallélépipédiques : dimensions des modules simples (en cm)
| Module | Longueur | Largeur | Hauteur |
| 3 | 70 | 35 | 20 |
| 4 | 130 | 32 | 32 |
| 5 | 158 | 27 | 20 |
| 6 | 52 | 40 | 20 |
| 7 | 140 | 35 | 20 |
Tabl. II – Pagerie et Anse l’Étang : comparaison des pieds-droits (en cm)
| Pagerie | Anse l’Étang | |
| Longueur | 60,5 | 64 |
| Largeur | 30,1 | 40 |
| Hauteur | 26 | 23 |
| Feuillure | 4,4 | 4 |
Table des illustrations
![]() |
|
|---|---|
| Titre | Fig. 1 – Ancres présentes sur le site |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/113265/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 157k |
![]() |
|
| Titre | Fig. 2 – Profil du flanc est de la caye |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/113265/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 217k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Marc Guillaume, « Au large de La Trinité – Épave de l’Anse l’Étang » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 01 février 2022, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/113265
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Haut de page





