1À la suite des découvertes de 2011 et 2012 dans la grotte de Morne Rita, une dernière campagne s’est avérée nécessaire pour achever la fouille de la sépulture et le relevé de l’ornementation pariétale. Le petit oratoire qui trônait au centre de la première salle sur un des blocs ornés a pu être démonté et évacué avant notre intervention sous le contrôle du service de la direction des Affaires culturelles en charge des Monuments historiques, permettant de redonner à la grotte son aspect originel, à l’exception toutefois des blocs encore couverts de peinture. De nouvelles gravures ont été découvertes à cette occasion et ce ne sont pas moins de 135 figurations qui sont maintenant inventoriées dans la cavité. La plupart d’entre elles ont fait l’objet d’un enregistrement photogrammétrique en trois dimensions, ce procédé ayant en outre permis de révéler ou de préciser des gravures peu lisibles.
2À l’exception de la sépulture, aucun autre sondage n’a été ouvert cette année. Au total, ce sont environ 18 m2 qui auront été fouillés dans la grotte, répartis en 12 sondages de 1 à 2 m2 dans la cavité de façon à pouvoir appréhender au mieux son histoire sédimentologique.
3Le matériel est contenu pour l’essentiel dans les 20 à 30 premiers centimètres de sédiment limono-organique de la première salle, malheureusement fortement bioturbé. La fréquentation de la cavité tout au long de la période néoindienne et coloniale révélée par la céramique n’a donc pas laissé de stratigraphie différenciée. Le mobilier archéologique est très peu abondant, réduit à quelque 650 tessons et 6 objets lithiques issus des ramassages de P. Bodu en 1985 (Bodu 1985) et de nos propres interventions. On ignore cependant la quantité de matériel récolté par G. Slozinski lors de ses visites, la publication de 1983 ne mentionnant qu’une vingtaine de tessons parmi les plus significatifs et un éclat de silex (Slozinski 1983). Ce mobilier a disparu, mais en revanche la pierre à trois pointes, découverte près de l’entrée, a été conservée par Mme Slozinski qui a bien voulu nous la confier pour étude.
4Près de 30 000 restes de vertébrés ont été analysés, correspondant à 41 taxons dominés par les oiseaux, les petits mammifères et les reptiles ; 15 000 restes d’invertébrés sont en majorité des gastéropodes marins et terrestres. Reste encore à discuter du mode d’accumulation de ces restes fauniques et à tenter de faire la part de l’apport anthropique et de l’apport naturel. Cela parait difficile pour la malacofaune dont une bonne partie a été apportée par les bernard-l’hermite. Seuls quelques burgos, littorines ou chitons portant des traces de brûlures peuvent traduire une consommation par l’homme. En revanche de nombreuses traces de feu ont été observées sur les ossements de Puffins, présents en grande quantité, et sur les poissons ainsi que des traces de découpe qui tendraient à montrer que ces animaux ont été consommés, ou du moins préparés, ceux-ci ayant pu être déposés en offrandes. La présence de gros poissons pélagiques ou de récifs (mérou, carangues, thon, etc.) plaide également en faveur d’un apport anthropique.
5La découverte d’une occupation probablement très ancienne de la cavité est sans conteste l’apport majeur de notre intervention. Cette occupation apparaît sous une cinquantaine de centimètres de recouvrement en moyenne. Il s’agit d’un vraisemblable niveau sépulcral occupant une grande partie de la première moitié de la salle 1, là où la présence d’une couverture sédimentaire suffisante permettait l’enfouissement des corps. 5 sondages d’1 m2 répartis sur cette surface ont livré des restes humains dans ce niveau, plus ou moins dispersés. L’un deux a permis la fouille d’une sépulture en fosse (sép. 1 ; fig. 1). Bien qu’assez mal conservée, son étude a montré qu’il s’agissait d’un adulte de petite taille, assez gracile, déposé sur le ventre. Aucun mobilier archéologique n’a été découvert en relation avec la sépulture, ni avec le niveau associé, mais le corps semble avoir été déposé sur une structure en matière organique (litière, natte, planche ?) dont il subsistait de larges traces. Une tentative de caractérisation de cette matière par analyse ADN est en cours. La datation précise de la sépulture n’a pas pu être effectuée directement sur les ossements par manque de collagène, mais le contexte stratigraphique et les dates effectuées sur les niveaux sus-jacents (charbons) tendent à prouver que cette inhumation a eu lieu vers le milieu du troisième millénaire. Une date sur la matière organique au contact du corps confirme cette interprétation (Beta-369672 3970 ± 30 BP soit 2570-2470 BC à deux sigmas). Nous serions donc en présence de la plus ancienne sépulture actuellement identifiée dans les Antilles, apportant également un témoignage direct des premières fréquentations de Marie-Galante au Mésoindien.
6La synthèse des différents résultats constituant la dernière phase de notre intervention sur la grotte permettra à terme d’en assurer la publication scientifique.
Fig. 1 – Sépulture 1 : vue de la partie basse du squelette avec les membres inférieurs en extension qui reposent sur leur face antérieure
Cliché : P. Fouéré.