Fortifications littorales de Guadeloupe
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Numéro d’opération :
23461, 23562Nature de l'opération :
prospection thématiqueTexte intégral
1Depuis janvier 2007, des prospections archéologiques sont menées en Guadeloupe afin d’établir un état des lieux de son patrimoine militaire. L’étude des batteries d’artillerie, qui constituaient le système défensif guadeloupéen du xviie au milieu du xixe s., répond à une commande des pouvoirs publics – Drac et Conseil régional – soucieux de redécouvrir et de valoriser des vestiges largement méconnus et délaissés. Trois missions d’un mois de prospections pédestres à plein temps ont été nécessaires pour explorer les 440 km de côte de la Guadeloupe et les presque 150 km de littoral des îles dépendantes. Ce sont ces dernières – Les Saintes, Marie-Galante, La Désirade – qui ont fait l’objet de l’ultime mission, en novembre 2008.
2À l’époque coloniale, le voisinage de la flotte anglaise fait de la mer des Caraïbes un lieu privilégié d’affrontement, lors des guerres de la Ligue d’Augsbourg, de succession d’Espagne, de Sept Ans, mais aussi dans le contexte de la Révolution française et durant le Premier Empire. Les Anglais attaquent la Guadeloupe à de nombreuses reprises et en prennent plusieurs fois possession. Riches des productions sucrières et de nombreux esclaves, les grandes propriétés situées en bord de mer attisent l’intérêt des rivaux économiques de la France, mais également celui des pirates croisant dans les Caraïbes. Ces différents facteurs sont responsables d’un fort sentiment d’insécurité, sur une île alors située à quatre mois de navigation du soutien national. Cette menace conduit à l’augmentation des défenses individuelles et collectives. Ainsi, de quelques forts isolés et peu efficaces, le système défensif de la Guadeloupe s’appuie dès l’extrême fin du xviie s. sur un réseau de nombreuses batteries d’artillerie disséminées le long des côtes. Les vestiges de ces défenses avancées ont souvent été abandonnés et la plupart sont aujourd’hui enfouis sous la végétation.
3En amont de l’intervention sur le terrain, des recherches dans les archives militaires nous ont permis de situer une part des anciens emplacements défensifs. Aux informations historiques apportées par les cartes et les rapports, se sont ajoutées l’étude des toponymes d’origine militaire et la réflexion stratégique appliquée à la géographie des lieux.
4L’ensemble de ces éléments a permis la réalisation de cartes, indiquant les zones présentant un fort potentiel archéologique en relation avec notre thématique. À l’issue des prospections pédestres, 32 sites de vestiges de structures défensives ont été localisés en Guadeloupe et une quinzaine dans ses dépendances. Près de la moitié d’entre eux ne figuraient pas dans l’inventaire des sites archéologiques de Guadeloupe. Une trentaine d’autres localisations correspond à des emplacements de batteries dont il ne reste pas de vestiges visibles hors sol.
5Les données collectées lors des missions de terrain font l’objet d’un enregistrement normalisé, qui constitue une base de donnée exploitable pour la recherche. Géoréférencées, les données sont exploitables par un Système d’Information Géographique (SIG), offrant une vision globale des sites et une localisation précise. La gestion des données par cet outil a permis de réaliser la cartographie historique du système défensif de la Guadeloupe.
6Suite au travail de terrain, l’étude des données collectées met en relief un certain nombre d’informations concernant la répartition des vestiges, leurs typologies, ou l’organisation militaire dans ce contexte de petites défenses avancées.
7Deux pôles défensifs se distinguent autour des lieux d’importance politique et commerciale : les villes de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre. Les autres batteries sont réparties le long du littoral, protégeant les villes et lieux d’importance, ou les points de débarquement stratégiques.
8Les positions des vestiges, systématiquement sur des mornes ou sur des pointes, démontrent le choix délibéré des officiers de placer leur artillerie en des lieux dont la situation géographique favorise le tir.
9Du point de vue de la typologie des structures, toutes les batteries de Guadeloupe sont à ciel ouvert.
10Au sein de cette conception générale, deux types existent : les batteries à barbette, pour lesquelles le tir est effectué par-dessus le parapet, et celles à embrasures, où la bouche à feu est placée dans l’embrasure d’un parapet plus haut. Le premier type est nettement plus répandu dans notre corpus.
11L’étude de la construction des fortifications laisse apparaître une utilisation systématique des matériaux présents sur le sol même du site, et par là même, l’absence de réseau d’approvisionnement en matériaux.
12L’inventaire réalisé compte plus d’une centaine de bouches à feu, principalement des canons en fer, dispersées sur le territoire guadeloupéen. Souvent de basse qualité technique, ces matériels sont une illustration de la faible qualité des pièces envoyées sur les îles, et évoquent la place qui fut consentie pour la défense des colonies antillaises dans la stratégie nationale.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Vestiges de la batterie du Fer-à-Cheval |
| Légende | Terre-de-Bas, Les Saintes. |
| Crédits | Cliché : J. Vidal. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/117150/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 750k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Jonhattan Vidal, « Fortifications littorales de Guadeloupe » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Espace Caraïbes, mis en ligne le 25 février 2022, consulté le 16 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/117150
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