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2010
Guadeloupe

Capesterre-de-Marie-Galante – Grotte Cadet 2

Sondage (2010)
Responsable d’opération : Sandrine Grouard

Entrées d’index

Année de l'opération :

2010

Numéro d’opération :

23755

Nature de l'opération :

opération de diagnostic
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Muséum national d’histoire naturelle

Texte intégral

1La campagne de fouilles 2010 de la Grotte Cadet 2 a été réalisée dans le cadre d’un projet collectif de recherche (PCR) « Cavités naturelles de Guadeloupe : aspects fauniques, archéologiques et géologiques » (co-dir. A. Lenoble, S. Grouard, P. Fouéré et P. Courtaud, 2010), concernant l’étude des cavités karstiques de l’archipel guadeloupéen.

2La grotte Cadet 2 se situe à 250 m du bord de mer et à 20 m d’altitude, sur la commune de Capesterre-de-Marie-Galante. Cette cavité karstique est creusée dans la falaise à calcaires plio-pléistocènes de la terrasse de Capesterre. Longue d’une dizaine de mètres pour 2 à 5 m de largeur et 2 à 3 m de hauteur (fig. 1), la cavité forme un réseau avec l’abri Cadet 3 par un boyau dans sa partie sud-ouest (fig. 2).

Fig. 1 – Coupe longitudinale de la grotte montrant le niveau originel du sol

Fig. 1 – Coupe longitudinale de la grotte montrant le niveau originel du sol

DAO : Courtaud et al. 2005.

Fig. 2 – Plan de la grotte avec carroyage original de 2005 et implantation des locus fouillés en 2010

Fig. 2 – Plan de la grotte avec carroyage original de 2005 et implantation des locus fouillés en 2010

DAO : d’après Courtaud et al. 2005, modifié par A. Lenoble (CNRS).

3La Grotte Cadet 2, comme les cavités voisines de l’Abri Cadet 3 et la Grotte Blanchard, a livré des niveaux sédimentaires principalement composés de faune vertébrée et de matière organique, datés de différentes phases du Pléistocène supérieur, de l’Holocène, puis de différents Âges archéologiques amérindiens et historiques (avec tessons de céramique, lithique, charbons, structures et sépultures).

4Par ailleurs, la plaine côtière au pied de la grotte est occupée par le site précolombien Troumassoïde de Petite-Anse (Barbotin 1970).

5La grotte Cadet 2 découverte en 2003 (Stouvenot et al. 2003), a été fouillée entre 2004 et 2007 (Courtaud et al. 2005) afin de documenter une utilisation de la cavité comme grotte sépulcrale par les populations précolombiennes. À l’occasion de cette fouille, les restes de microvertébrés issus de prélèvements avaient fait l’objet d’une première étude (Grouard, Lenoble 2008 ; Lenoble et al. 2009). Une nouvelle campagne de fouille a été conduite en 2010 dans le but de réaliser une coupe stratigraphique précise du remplissage de la cavité et d’effectuer des prélèvements systématiques sur une séquence non remaniée. 3 locus ont été exploités.

6Le locus 1 (fig. 2) se trouve dans la partie la plus reculée de la cavité, protégé par un gros bloc, il n’a été remanié ni par les pillages historiques, ni par les opérations archéologiques. Sur une surface d’un mètre carré et d’une profondeur de 1,4 m, la stratigraphie présente 6 unités et 25 litages. 5 niveaux ont fait l’objet de datations au 14C sur la fraction organique du sédiment. Ces limons organiques sont essentiellement formés par des fragments végétaux bruns semblables aux accumulations modernes de guano de chauves-souris.

7Le niveau de base (U5D) est une accumulation de sables roux, riches en gastéropodes marins et en crustacés terrestres et qui témoigne de l’ouverture côtière de la cavité (après 125 000 BP). Ces sables contiennent de nombreux feldspaths, dont la datation par la méthode de l’Argon/Argon permettra de dater un événement éruptif contemporain de la formation du dépôt.

8Viennent ensuite des successions de dépôts naturels limoneux divisés selon les variations de faciès (U5C, U5B, U5A, U4). Certains litages ont été datés au Centre de datation par le radiocarbone de Lyon (Ly-8496-8492). Le niveau U5C-L3 est le plus ancien niveau daté contenant des vertébrés fossiles.

9En effet, le niveau U5C-L3 a été daté à 30 140 ± 370 BP (soit 32 702 ± 814 cal. BC) et U5C-L1 a été daté à 29 310 ± 340 BP (soit 31 975 ± 758 cal. BC).

10Le niveau U5B supérieur a été daté à 27 690 ± 280 BP (soit 30 080 ± 698 cal. BC). Le niveau U5A-L3 a été daté à 13 000 ± 70 BP (soit 13 785 ± 600 cal. BC) et le niveau U5A-L1 a été daté à 11 860 ± 60 BP (soit 11 719 ± 189 cal. BC). Un hiatus de 13 000 ans existe entre U5B sup. et U5A-L3.

11Au-dessus de ces dépôts prend place un niveau holocène (U4) dans lequel a été reconnue une fosse d’origine anthropique (US 500) correspondant à un foyer lité (ST 500) et dont le comblement a été divisé en 2 unités de remplissage (US 501 et US 502).

12À l’est du Locus 1, le long de la paroi Q26, un second foyer (ST 600) a été nettoyé et relevé (fig. 3) mais non prélevé. Son comblement a été divisé en unités de remplissage (US 601 à US 608).

Fig. 3 – Stratigraphie de la structure ST 600 située en Q26

Fig. 3 – Stratigraphie de la structure ST 600 située en Q26

DAO : Y. Franel.

13Le locus 2 se situe à l’entrée de la grotte. Large de quelques dizaines de centimètres d’épaisseur le long de la paroi, il comporte 6 litages (U5-a, b, c, d, e, f). Des corrélations avec le locus 1 ont été établies d’après les faciès sédimentaires.

14Les niveaux prélevés en 2007 ont également été corrélés à ceux du locus 2, d’après les faciès sédimentaires mais il demeure une incertitude sur leur position dans la stratigraphie de 2010. Le niveau 07.9 prélevé en 2007 provient de l’entrée de la grotte. Non daté, sa composition vertébrée très riche en squamates, correspondrait à un niveau pléistocène final (équivalente à U5a du locus 2, voire à U5A du locus 1).

15Le niveau U5b prélevé en 2007 a fait l’objet d’une datation sur la fraction organique du sédiment au laboratoire d’Erlangen (Erl-14011) : 24 980 ± 257 BP, soit 27 919 ± 494 cal. BC.

16Les études archéozoologiques en cours devraient permettre de confirmer certaines corrélations sédimentaires entre les locus 1 et 2 et avec les prélèvements de 2007.

17Le Locus 3, situé au centre de la grotte, ne présente que des dépôts de U5D (en 3 décapages), des dépôts de tempête accumulés au cours du dernier haut niveau marin. La grotte était en effet alors ouverte à une dizaine de m environ au-dessus de la moyenne mer et elle formait un site propice au piégeage de tels dépôts.

18Des échantillons provenant de prélèvements tamisés ont été confiés à Nathalie Serrand pour analyse des mollusques et des crustacés.

19Le prélèvement des sédiments pour échantillonnage a été réalisé au fur et à mesure de la fouille des locus 1 et 2, pour tamisage à sec à 1 et 1,8 mm. Les identifications taxinomiques ont été réalisées avec la collection ostéologique « Caraïbes » de l’UMR 7209, avec les collections de comparaison de l’ostéothèque de l’UMR 7209 et celles d’Anatomie comparée du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

20L’extraction des restes de vertébrés et de crustacés de 31 échantillons provenant du locus 1 et du locus 2 a livré 126 854 restes, dont 89 298 restes déterminés au rang de la classe, de la famille, du genre ou de l’espèce.

21Malgré la constante présence des amphibiens tout le long de la stratigraphie (56 % des restes déterminés), y compris dans les couches les plus pauvres, nous avons pu noter une grande disparité entre les unités stratigraphiques avec tantôt la prédominance des chiroptères (31 % des restes déterminés), tantôt la prédominance des squamates (12 % des restes déterminés).

22Sur les 39 taxons identifiés à ce jour (études encore en cours), nous pouvons déjà noter l’élargissement du spectre faunistique au fil de la stratigraphie : 30 taxons en U4, 13 en U5A, 5 en U5B, 11 en U5C, 3 en U5D, et 25 dans le locus 2). Nous avons également remarqué l’apparition dans les niveaux supérieurs (U4) des mammifères non chiroptères (rongeurs et carnivores) et des poissons osseux pélagiques de grande taille (carangues et thons) qui témoignent de la présence humaine. Enfin, l’état de conservation des ossements est exceptionnel.

23Les crustacés décapodes, très bien représentés au sein de la couche U5D et a contrario de manière anecdotique dans les niveaux supérieurs sont représentés exclusivement par des crabes terrestres, à savoir des bernard-l’hermite (Coenobita clypeatus) et des crabes de terres (Gecarcinus sp.).

24Les restes de coquilles appartiennent à des gastéropodes marins des étages supra et médiolittoraux (genres Nerita, Tectarius et Cittarium). Ces dépôts correspondent à des accumulations de tempêtes dans la cavité.

25Les poissons ne sont présents que dans les niveaux supérieurs (US 502 et U4). Il s’agit de poissons pélagiques, carangues et thons (Carangidae et Scombridae), de grande taille, qui témoignent d’une pêche en haute mer. Quelques toutes petites vertèbres de petits poissons sont présentes en U5A, U5C et dans le locus 2 : elles témoignent soit de la présence d’un noctilio pêcheur, soit d’un rapace pêcheur.

26Les amphibiens ne sont représentés que par une seule espèce d’Hylode (Eleutherodactylus sp.). Bien que l’anolis (Anolis ferreus) domine très largement l’ensemble du corpus des reptiles, 5 autres espèces ont pu être recensées : 2 lézards (Ameiva sp., cf. Capitelum mariagalantae (syn. Mabuya mabuya) et 3 serpents (Alsophis sp., Typhlops sp. et Boa sp.).

27Les rares oiseaux sont tous des Passeriformes.

28Enfin, les chiroptères dominent très largement la classe des mammifères sur l’ensemble des niveaux, avec 7 espèces (Molossus molossus, Mormoops cf. megalophylla, Pteronotus sp., Natalus stramineus, Anoura cf. caudifer, Artibeus jamaicensis, Brachyphylla cavernarum, Monophyllus cf. plethodon). Plusieurs ossements de rongeurs ont également pu être observés dans les niveaux supérieurs (US501, US502, U4 et U5A) : des Oryzomyini et des Muridae. Enfin, un calcaneus de mangouste juvénile (Herpestes auropunctatus) a pu être découvert au sein du foyer (US 502).

29En U4, le spectre de faune est de type précolombien (Oryzomyini, carangues, thons).

30Dans le foyer, un spectre de faune historique apparaît (homme, mangouste, rats européens, souris domestiques). Il semblerait que celui-ci ait été creusé et utilisé aux temps historiques.

31Comme dans le cas de l’Abri Cadet 3 (Stouvenot et al. 2013), en l’absence d’artefacts caractéristiques des niveaux archéologiques et naturels, la faune vertébrée apparaît être un bon marqueur de chaque niveau chronologique.

32Concernant les espèces végétales, l’étude de 16 échantillons ordonnés en stratigraphie est en cours au laboratoire de paléobotanique de Toulouse (Géode – UMR 5602). Les résultats des tests préliminaires réalisés par Didier Galop sur les échantillons et 07.13 ont montré que plusieurs familles étaient représentées : palmiers, rubiacées, euphorbiacées et graminées. Un taxon endémique du continent américain et inventorié dans les Petites Antilles méridionales jusqu’à la Martinique, a été reconnu (Randia cf. arnata).

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Bibliographie

Barbotin M. 1970 : Les sites archéologiques de Guadeloupe (Marie-Galante), Proceedings of the 3rd International Congress for the Study of Pre-Columbian Cultures of the Lesser Antilles, St. George’s, Grenada, National Museum, 1969, p. 27-44.

Courtaud P. et al. 2005 : Grotte Cadet 2, Commune de Capesterre de MarieGalante, Marie-Galante (97 108 0071), rapport de fouille programmée, Basse-Terre, SRA Guadeloupe, 41 p.

Lenoble A., Grouard S. (dir.) 2008 : Évaluation du potentiel des sites naturels et archéologiques de contexte karstique pour la caractérisation des étapes du peuplement animal de l’archipel guadeloupéen, rapport final, Diren, CNRS, MNHN, 80 p.

Lenoble A. et al. 2009 : Histoire des premiers peuplements humains et animaux de la Guadeloupe, rapport de prospection thématique et de sondages, Basse-Terre, SRA Guadeloupe, 63 p.

Lenoble A., Grouard S., Fouéré P., Courtaud P. 2010 : Cavités naturelles de Guadeloupe, Aspects géologiques, fauniques et archéologiques, rapport du programme collectif de recherche 2010-2012, CNRS, MNHN, 184 p.

Stouvenot C. et al. 2003 : Cavités naturelles dans l’archipel guadeloupéen, rapport de prospection thématique, Basse-Terre, SRA Guadeloupe, 58 p.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Coupe longitudinale de la grotte montrant le niveau originel du sol
Crédits DAO : Courtaud et al. 2005.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/117954/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 50k
Titre Fig. 2 – Plan de la grotte avec carroyage original de 2005 et implantation des locus fouillés en 2010
Crédits DAO : d’après Courtaud et al. 2005, modifié par A. Lenoble (CNRS).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/117954/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 90k
Titre Fig. 3 – Stratigraphie de la structure ST 600 située en Q26
Crédits DAO : Y. Franel.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/117954/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 121k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sandrine Grouard, « Capesterre-de-Marie-Galante – Grotte Cadet 2 » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Espace Caraïbes, mis en ligne le 28 février 2022, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/117954

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Auteur

Sandrine Grouard

MNHN

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