1Le diagnostic a été effectué à Ménard, commune de Saint-Louis de Marie-Galante (parcelles AC 89, 95 et 97 ; 50 335 m2), en prévision d’un projet de lotissement. L’emprise occupe le nord du plateau calcaire des Bas, sur la côte nord, à 30 m d’altitude et 100 m du bord de falaise littorale. Il présente une topographie irrégulière en double pente selon des axes est-ouest et sud-nord. Il est bordé par une mare en limite nord. Le secteur environnant comprend des indices néoindiens récents, des indigoteries de bord de mer et quelques sucreries.
2Dans l’emprise du projet subsiste encore un moulin à vent et une cheminée (fig. 1), vestiges de l’habitation-sucrerie Ménard. Succédant à l’habitation cotonnière Ribourgeon, figurée sur la Carte des Ingénieurs du Roi (1768), la sucrerie, créée en 1832, change plusieurs fois de propriétaires jusqu’à une transaction de 1900 qui indique l’absence de bâtiments et de matériel. Un siècle plus tard, seuls le moulin et la base de la cheminée sont conservés encore en élévation.
Fig. 1 – Vue du moulin à vent et de la cheminée de la sucrerie
Cliché : Inrap.
3Les 56 sondages ont révélé des séquences sédimentaires restreintes (maximum 1 m d’épaisseur) : le substrat calcaire biodétritique est recouvert par une argile limoneuse d’altération à blocs calcaires, puis par une argile limoneuse brune. 54 faits en creux peu profonds sont apparus, visibles uniquement dans le substrat (fig. 2). Répartis dans 13 sondages, ils se concentrent au nord et à l’ouest des bâtiments et à l’extrême ouest de l’emprise sans structuration particulière. Seuls 7 d’entre eux ont livré du mobilier. Ce dernier, réparti par ailleurs dans les 15 sondages concentrés autour des bâtiments en élévation, est assez pauvre. La céramique historique domine avec surtout des carreaux, des tuiles et des briques, difficilement datables. Parmi les éléments en élévation, le moulin, positionné sur le sommet (58 m NGG), est directement fondé sur le calcaire. La tour tronconique, dépourvue de sa toiture, haute de 6 à 9 m, est ouverte par 3 baies. L’appareil, d’un mètre d’épaisseur, est composé de pierres de taille complétées par des inclusions de briques et couvert, à l’extérieur, d’un enduit à la chaux. La baie principale, au sud-ouest, ne porte pas d’écusson. Les 2 autres, plus étroites et hautes, servant au passage du grand arbre, de la queue et du circuit d’écoulement du vesou, s’ouvrent au nord-ouest et au sud-est. Les sondages entre le moulin et l’usine n’ont livré, à part quelque rare mobilier des xviiie et xixe s., aucun élément de maçonnerie. Au nord du moulin, la cheminée de la sucrerie est aussi constituée de blocs équarris, liés au mortier de chaux et recouverts d’un enduit à la chaux. Sa base carrée, haute de 2,20 m, porte des soupiraux de tirage sur les côtés sud et nord. L’intérieur du conduit est revêtu de briques réfractaires, alors que son revêtement extérieur est de forme cylindrique. Les sondages les plus proches n’ont révélé que des amas de gravats et de briques associés à un rare mobilier du xixe s. et, pour des raisons de difficulté d’accès, l’hypothèse de la présence de la sucrerie à l’ouest ou au nord de la cheminée, n’a pas pu être vérifiée. Enfin, un muret en élévation (70 cm de hauteur ; 30 cm de large) subsiste, en bordure est de l’emprise, sur au moins 25 m au nord de la cheminée. Fondé sur le substrat, il se compose de blocs équarris liés au mortier de chaux. Il domine la pente qui s’accentue vers l’est à cet endroit, tandis que la zone arrière, vers l’ouest a été aplanie par un comblement de limon, tuf et blocaille calcaire. Il s’agit sans doute d’un muret de terrasse bordant une zone d’activité située à l’arrière du bâtiment d’usine. Enfin, une petite doline active a été observée dans le plateau, au sud de la mare, et plusieurs dolines anciennes, comblées par des argiles de décalcification, ont été sondées dans les zones topographiques basses de ce secteur. Ces dolines ont dû anciennement servir de mares naturelles avant leur comblement. Deux d’entre-elles présentent d’importants apports caillouteux anthropiques.
Fig. 2 – Plan général avec emplacement des vestiges
DAO : N. Serrand, E. Gelliot, P. Texier (Inrap).
4En conclusion, aux abords du moulin et de la cheminée, aucun vestige maçonné n’a été rencontré.
5Un mur de terrasse et quelques faits en creux pourraient indiquer une zone d’activités associée à l’éventuelle sucrerie disparue. Dans le reste de l’emprise, la rareté des vestiges ne permet pas d’induire l’emplacement des bâtiments d’habitation. Seuls des faits en creux peu profonds, pauvres en mobilier, pourraient indiquer des aménagements sommaires liés à des activités agraires. Ils sont associés à d’anciennes dolines participant au fonctionnement de l’habitation Ménard, ou aménagées comme mares pour le bétail ou pour des activités diverses comme des gisements d’argile pour la construction des cases à gaulette.