Le Gosier – Îlet du Gosier
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1L’îlet du Gosier est un petit îlot d’un peu moins de 4 ha, situé à 500 m de la côte sud de la grande-terre, sur la commune du gosier. Le site archéologique a été reconnu par Pierre Bodu, alors Volontaire à l’aide technique en Guadeloupe, le 24 décembre 1984. En août 2001, des ossements ayant été mis au jour par la mer, une première opération de sondages a été réalisée par une équipe du Service régional de l’archéologique de la Guadeloupe au cours de laquelle ont été identifiées trois sépultures. Pourvue des moyens appropriés, cette opération s’est poursuivie en janvier 2002 par un sauvetage des sépultures. Ces dernières étaient particulièrement bien conservées. Chronologiquement, le mobilier céramique récolté se rapporte à un troumassoïde ancien avec un terminus ante quem d’environ 1150 AD.
2Une opération plus importante a été programmée en septembre 2004 avec la participation de 8 archéologues bénévoles dont 3 anthropologues du laboratoire d’anthropologie de l’université de Bordeaux et de l’École pratique des hautes études de Paris, un paléontologue du laboratoire de géologie du quaternaire de l’université de Bordeaux et une céramologue. Cette campagne a aussi permis d’initier des passionnés locaux aux techniques de l’archéologie.
3L’îlet présente deux zones topographiques distinctes. Son tiers méridional correspond au substrat calcaire affleurant. Cette émergence rocheuse se prolonge au nord-est et au sud-ouest par un récif frangeant. Le reste est composé de dépôts de sable dont la topographie varie rapidement en fonction des événements météorologiques. La côte orientale, exposée aux alizés et à la houle atlantique, est particulièrement affectée par l’érosion. Au contraire, sa partie nord-ouest est une zone d’accumulation.
4La partie centrale de l’îlet présente une légère dépression qui peut être temporairement inondée. Exceptée la frange calcaire sud-est, l’ensemble de l’îlet est couvert d’une végétation arborée importante (poiriers pays, mancenilliers, amandiers, raisiniers bord de mer…).
5Un dépotoir, principalement coquillier et aujourd’hui couvert de végétation, se développe le long de la bordure nord de l’affleurement calcaire. Sur la ligne de rivage, dans le prolongement direct de cette zone, ont été mises au jour les sépultures amérindiennes à l’origine des sauvetages de 2001 et 2002.
6Les objectifs de cette opération étaient d’explorer les abords de la zone sépulcrale précédemment identifiée afin de reconnaître l’étendue, la conservation et la nature exacte des vestiges alors découverts.
7Pour des raisons d’accès, les excavations réalisées cette année ne pouvaient être que manuelles. Pour ce faire, la campagne a été divisée en deux phases. Tout d’abord une évaluation de l’ensemble de l’îlet par sondages d’un quart de mètre carré et carottages à la tarière. Par la suite, des zones plus vastes ont été fouillées dans les parties les plus menacées par l’érosion marine. Au total, ce sont 25 m2, dont 16 sondages d’un quart de mètre carré, qui ont été fouillés durant les 4 semaines de terrain de cette opération.
Évaluation du site par sondages de quart de mètres carrés
8Seize sondages de 50 x 50 cm ont été implantés selon 4 axes orthonormés afin de couvrir un maximum de la surface de l’îlet. L’ensemble du matériel a été collecté. Afin d’en reconnaître les couches les plus profondes, les sondages ont été poursuivis à la tarière. L’existence de niveaux amérindiens en place, enfouis, a été vérifié. Quatre secteurs ont pu être définis :
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le tiers sud de l’îlet où le substrat calcaire affleure dépourvu de niveau amérindien conservé ;
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le tiers nord de l’îlet, correspond à un sol naturel sans paléosol. C’est une zone de dépôt de sable marin relativement récent ;
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la côte est, érodée par la mer et les alizés, où la présence de niveaux amérindiens était déjà connue (interventions de 2001 et 2002). Nous avons pu montrer que la « butte dépotoir en élévation » précédemment reconnue était bien d’époque amérindienne et directement en relation avec les parties déjà fouillées dans cette zone. Vers le sud, le dépotoir se développe entre le rivage actuel et les premiers entablements de la zone où le calcaire affleure. Seul le sondage le plus septentrional a montré un niveau amérindien enfoui ;
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la côte ouest et les abords de la dépression centrale où des niveaux amérindiens ont été retrouvés. Cette zone n’est pour l’instant pas menacée.
Les fouilles en aire ouverte
9Cette phase a consisté en l’ouverture de zones de superficies plus importantes. Ces surfaces sont cependant limitées par la présence de nombreux arbres. Elles ont été implantées sur la côte est de l’îlet, secteur menacé par l’érosion marine et où le paléosol amérindien a été reconnu.
10Une première zone (Z1) de 12 m2 (3 x 4 m) a été implantée, environ 1 m en arrière de la ligne de rivage. Elle englobe le sondage 1 de la première phase qui montrait un niveau amérindien de type dépotoir coquillé avec céramique et faune, entre 25 et 35 cm sous le sol actuel. L’angle sud-ouest a été agrandi de 4 m2 (Z1B) afin de faciliter la fouille de la sépulture qui apparaissait en coupe. De même, une zone Z1C a été créée sur le bord nord de Z1B afin de dégager un amas de céramique qui apparaissait dans la coupe. Enfin, une zone Z2 de 5 m2 a été fouillée entre la zone 1 et la zone des sépultures de 2001-2002.
11L’ensemble a été fouillé manuellement à la truelle et avec des outils plus adéquats pour la sépulture. L’intégralité du sédiment a été tamisée et tout le matériel récolté.
12Plusieurs épisodes ont ainsi pu être mis en évidence :
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un dépôt de tempête. Il occupe les bords orientaux des zones Z1A et Z2. Il correspond au haut de plage et donc au paléorivage au moment de l’occupation post-saladoïde de l’îlet. Les quelques occurrences de matériel céramique plus ancien (saladoïde), présentent toutes des éléments de dragéification et n’ont été retrouvées, isolées, qu’à l’intérieur de ce dépôt. Il est possible que sa mise en place ait bouleversé des restes d’occupations plus anciennes. Par ailleurs, le fait que la majorité du mobilier céramique de cette couche provienne de la couche sus-jacente indique que le dépôt de tempête n’était pas encore stabilisé et qu’il existait encore de nombreux vides entre ses blocs constitutifs au moment de la mise en place du dépotoir.
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un paléosol post-saladoïde. Il est localisé entre le dépôt de tempête et l’intérieur de l’îlet. Un dépotoir, lui aussi post-saladoïde, a été mis en place au-dessus du paléosol, en bordure du dépôt de tempête. C’est au niveau de la zone 1 que les tessons sont les plus gros, qu’il y a le plus d’individus reconnus et que le nombre de très petits tessons est le plus élevé. Ce sont à la fois des indicateurs de rejets primaires et de balayages indiquant la proximité de la zone d’activité humaine. De même, la couche dépotoir semble devenir quasiment inexistante vers l’intérieur de l’îlet (extrémité occidentale de Z1B). Cette partie correspond aussi à la zone où des structures d’habitats (trous de poteau) ont été retrouvées. Les zones plus denses sont situées le long du dépôt de tempête et semblent indiquer une organisation en tas. Ces concentrations ne sont certainement pas contemporaines mais appartiennent à la même culture post-saladoïde.
En gris, les coquilles ; en noir, la céramique ; en blanc, les pierres ; en pointillés, la limite interne du dépôt de tempête.
13[Image non convertie]
Étude de la céramique
14Le volume total du mobilier céramique récolté lors de cette campagne de fouille représente 36,7 kg pour une surface de 25 m2. Il représente un NR de 1715. Le NMI, calculé à partir des bords isolés et des formes reconnues, est de 230, ce qui représente une proportion d’individus reconnus de 20 %.
15Au moins les trois quarts du corpus sont des récipients de forme ouverte. Seul 1,3 % de l’assemblage correspond à des céramiques de forme fermée. Cette forte dichotomie semble être un trait particulier de cette série.
16Les indices saladoïdes, à une exception près, sont tous repérés dans le bas du niveau de dépôt de tempête et sont résiduels. On les trouve en association avec du mobilier a priori troumassoïde, bien que pour certaines formes qui semblent ubiquistes une caractérisation culturelle est toujours délicate.
17Quelques éléments d’influence suazoïde, sous-série tardive du troumassoïde, ont été diagnostiqués au sein du corpus. Il est intéressant de noter que sur le site de l’Anse à la Gourde à Saint-François, on retrouve les mêmes témoins culturels dans les mêmes proportions : à savoir une occupation troumassoïde prépondérante datant du xiie s. et des indices plus localisés et moindres d’une occupation troumassoïde tardive (sous-série suazoïde) (Hofman 2000).
La sépulture
18Une quatrième sépulture (sépulture 4) a été fouillée au cours de cette campagne. Elle est localisée dans la zone Z1B en arrière du dépôt de tempête qu’elle recoupe partiellement. La fosse a été creusée dans le paléosol amérindien. Elle est en partie recouverte par l’amas coquillier (couche dépotoir) au niveau de son crâne.
19Il s’agit d’une sépulture primaire, simple. La décomposition s’est effectuée en espace colmaté. L’individu, un adulte de sexe masculin, repose sur le dos, la tête à l’est, les membres inférieurs fléchis, perpendiculairement à l’axe du rachis sur son côté droit.
20Les pratiques funéraires sont assez proches de celles de la sépulture 1 fouillée en janvier 2002. L’individu a été placé en position forcée dans une fosse qui a été rebouchée. Il n’y a pas eu d’intervention ultérieure sur le cadavre. Les positions des individus sont similaires : sur le dos, les membres inférieurs fléchis perpendiculairement à l’axe du rachis.
21Cette opération a permis de mieux définir l’occupation amérindienne de l’îlet. La mise en place du dépotoir ainsi que sa limite orientale ont pu être précisées. La partie fouillée montre un seul niveau d’occupation d’attribution Troumassoïde. Des structures en creux, dont trois trous de poteau et une sépulture, ont été fouillées.
22Une organisation du site semble se dessiner. Il y a marginalisation des zones de dépôt sur des endroits impropres à l’occupation : le dépôt de tempête et ses blocs instables et le long de la marche formée par l’affleurement calcaire. La zone d’habitat doit se situer à proximité et à l’extérieur de ces zones. Ce schéma corrobore ceux de sites contemporains, en particulier celui d’Anse à la Gourde à Saint-François où une zone de rejet ceinture une zone d’habitat et d’activité. Il est à noter que le site d’Anse à la Gourde a livré de nombreuses sépultures localisées dans la zone d’habitat.
23Une seconde campagne, programmée pour septembre 2004, permettra d’approfondir ces résultats.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général de l’îlet et indication des axes de sondages |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118281/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 657k |
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| Titre | Fig. 2 – Relevé de la zone 1 et 1b |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118281/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 467k |
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| Titre | Fig. 3 – La sépulture |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118281/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 790k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Thomas Romon, Gaëlle Chancerel, « Le Gosier – Îlet du Gosier » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Espace Caraïbes, mis en ligne le 02 mars 2022, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/118281
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