Navigation – Plan du site

AccueilRégionsEspace Caraïbes2004GuadeloupeLe Gosier – L’îlet du Gosier

2004
Guadeloupe

Le Gosier – L’îlet du Gosier

Fouille programmée (2004)
Responsable d’opération : Thomas Romon
Notice rédigée avec Stéphane Herouin, Gwenaëlle Hamon et Jean-Noël Guyodo

Entrées d’index

Année de l'opération :

2004

Numéro d’opération :

23168

Nature de l'opération :

fouille programmée
Haut de page

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

1L’îlet du gosier est un petit îlot d’un peu moins de 4 ha, situé à 500 m de la côte sud de la Grande-Terre, sur la commune du Gosier. Le site archéologique reconnu par Pierre Bodu en 1984, a fait depuis l’objet de plusieurs campagnes de recherches. En août 2001, des ossements humains ayant été mis au jour par la mer, une opération de sondage, suivie d’un sauvetage en janvier 2002, a été réalisée par le SRA. Trois sépultures particulièrement bien conservées et un niveau riche en vestiges ont été reconnus. Chronologiquement, le mobilier céramique récolté se rapporte au Troumassoïde ancien avec un terminus ante quem d’environ 1150 AD. Une opération de plus grande envergure a été programmée en septembre 2003 et reconduite en 2004.

2L’îlet présente deux zones topographiques distinctes. Son tiers méridional correspond à une émergence de calcaire quasi-dénudé, laquelle se prolonge au nord-est et au sud-ouest par un récif frangeant. Le reste de l’îlet est composé de dépôts de sable dont la topographie fluctue au gré des événements météorologiques. La côte orientale, exposée aux alizés et à la houle atlantique, est particulièrement affectée par l’érosion. Au contraire, sa partie nord-ouest est une zone d’ensablement. La partie centrale de l’îlet présente une légère dépression qui peut être temporairement inondée. Exceptée la frange calcaire sud-est, l’ensemble de l’îlet est couvert d’une végétation arborée importante (poiriers pays, mancenilliers, amandiers, raisiniers bord de mer…). Une série de sondages d’un demi mètre carré a montré l’existence d’un dépotoir, principalement coquillier, le long de l’affleurement calcaire, sur le côté est de l’îlet. Cette zone a été explorée en 2003 par deux sondages de 5 et 16 m2. Ces derniers ont permis de mettre en évidence la limite orientale du dépotoir attribué au Troumassoïde (xiie s. de notre ère), et son passage par-dessus un ancien dépôt de tempête, épisode dynamique qui a probablement détruit une implantation plus ancienne peut-être saladoïde. En limite ouest du dépôt de tempête, une zone du dépotoir moins dense en matériel a livré une sépulture et quelques structures en creux.

3La campagne de 2004 avait pour objectif de prolonger vers l’ouest la zone ouverte en 2003, afin d’agrandir la zone correspondant à cette sépulture et aux trous de poteaux. Une surface de 32 m2 d’un seul tenant a ainsi été fouillée. La présence d’une zone d’habitat en bordure du dépotoir post-saladoïde repérée en 2003 a pu ainsi être confirmée. Au total, 13 trous de poteaux et 7 nouvelles sépultures ont été fouillés.

4L’occupation plus ancienne du site a été confirmée également avec les vestiges plus profonds d’une paléo-plage contenant du mobilier saladoïde. Elle a été reconnue dans l’angle nord-ouest de la fouille de cette année.

La céramique

5À l’issue de la campagne de septembre 2004, 2 587 tessons de céramique pour un poids total de 36 kg, ont été étudiés suivant la même méthodologie que celle employée les années précédentes.

6Deux niveaux ont été distingués. La couche 1, niveau brun de sable terreux, correspond au dépotoir et au paléosol post-saladoïdes alors que la couche 2 sous-jacente, niveau de sable jaune correspondant à la paléoplage, a livré un mobilier attribuable au saladoïde.

7Le mobilier recueilli en surface et au sein de la couche 1 présente un assemblage céramique tout à fait comparable à ce qui a été mis au jour en 2003. Il consiste en une vaisselle essentiellement utilitaire, moyennement fragmentée, et décorée principalement d’engobe rouge. Les formes principales reconnues sont des récipients ouverts de grands diamètres de type plat creux, à profil parfois segmenté, ainsi que des bols ou des écuelles à profil ouvert. Un nombre important de fragments de platine a été mis en évidence. Elles sont munies d’un bandeau annulaire et de pieds.

8Une languette anthropomorphe (adorno) tout à fait comparable à un exemplaire trouvé en 2002, a été recueillie en surface. Elle est d’un type fréquent en contexte troumassoïde. L’essentiel de cet ensemble céramique est attribuable à une occupation post-saladoïde datable entre le xiie et le xiiie s. apr. J.-C., ce qui correspondrait aux horizons Troumassoïde moyen (xie-xiie s.) et Troumassoïde récent d’obédience suazoïde (xiie-xiiie s.).

9La production mise au jour au sein de la couche 2 se caractérise par des éléments moyennement fragmentés, aux surfaces bien conservées. Les catégories morpho-fonctionnelles identifiées laissent envisager la présence d’un assemblage domestique assez classique. Parmi les rares éléments de platines recueillis, un seul individu apode a pu être caractérisé et aucun fragment de bandeau ou de pied n’est à signaler. Des tessons à décor de peinture noire, orangée et blanche sont en revanche présents.

10Ces différences, en particulier l’absence de pieds de platine et la présence de décors polychrome et blanc sur rouge (WOR), permettent d’envisager une attribution de l’essentiel du matériel de la couche 2 à une occupation saladoïde final.

L’outillage lithique

11L’assemblage lithique de la campagne 2004 se compose de 104 pièces pour un poids total de plus de 19 kg. Celles-ci sont inégalement réparties puisque les deux tiers proviennent de la couche 1 post-saladoïde. La densité des pièces est la même dans toute l’épaisseur de la couche. Dans la couche 2 saladoïde, la densité est plus importante à la base du dépôt.

12Les matériaux, volcaniques ou sédimentaires, identifiés au sein du niveau post-saladoïde sont locaux et vraisemblablement presque tous ramassés sur le proche estran (galets marins), preuve d’un certain opportunisme. Cependant, des approvisionnements plus lointains signalés par la présence de roches exogènes, renvoient à l’ensemble de l’arc antillais (silex Antigua, jaspe des Saintes, quartzite et quartz laiteux de Trinidad). Les pièces siliceuses taillées (silex et jaspe), arrivent sous forme dégrossie et subissent le même traitement local. Elles témoignent du recours à plusieurs techniques, la percussion directe à la pierre dure et la percussion posée sur enclume. Un unique éclat retouché par pression est un cas particulier dans lequel il faut sans doute plus voir un produit d’importation fini que l’expression locale d’un façonnage particulier.

13Le lot de la paléoplage saladoïde est plus réduit et moins diversifiés. Les matériaux ont été collectés de manière opportuniste à proximité du site (ramassage d’estran). Le silex, présent sous une seule variété, est débité uniquement par percussion directe dure (restriction de l’expression technique). La concentration des pièces et le remontage de deux d’entre elles assurent un débitage in situ.

14L’outillage taillé est représenté par une seule classe, celle des pièces esquillées, preuve indirecte du travail de matériaux tendres ou semi-durs (bois, os, coquillages). L’outillage non façonné, nombreux et très diversifiés (percuteurs, molettes, polissoirs, etc.), témoignent de différentes activités économiques, notamment liées à l’alimentation (broyage).

Les sépultures

15Six structures funéraires ont été mises au jour. Il s’agit toujours de sépultures simples, sauf pour la sépulture S8 qui est une sépulture double. Quatre correspondent à des sépultures primaires. Il s’agit des sépultures S5 et S9 qui sont incomplètes pour le moment (individus passant sous les bermes du sondage mais qui semblent correspondre à des sépultures primaires individuelles en place), de la sépulture S10 et de l’individu adulte de la sépulture S8. Les sépultures S6 et S7 correspondent à des sépultures primaires remaniées. Enfin, l’enfant déposé en fagot dans la sépulture S8 constitue indiscutablement un dépôt secondaire.

16Les sépultures S9 et S10 montrent de façon nette la présence de recoupements par des trous de calage de poteaux : l’un recoupant la sépulture S10 au niveau des côtes droites, l’autre la sépulture S9 au niveau des côtes gauches. Il est intéressant de noter qu’à proximité des sépultures S6 et S7, des fosses ont été décelées. Leur creusement pourrait être à l’origine des remaniements observés.

17L’individu adulte de la sépulture S8 a été déposé sur le dos avant de subir un remaniement partiel, peut être lié au dépôt des ossements de l’individu immature, sans qu’il soit pour autant possible d’estimer le temps séparant ces deux phases. Il faut aussi noter l’absence totale de mandibule et d’éléments crâniens dans S8, alors que les deux premières vertèbres cervicales sont présentes.

18Le dépôt de l’individu de la sépulture S10 peut aussi avoir été en partie remanié par la sépulture S8, le crâne de la première étant au niveau du thorax de l’adulte de la seconde.

19Au moins deux phases d’occupation de cette zone de l’îlet peuvent ainsi être observées par l’étude des sépultures. La première correspond à la mise en place des sépultures et la seconde à la mise en place de structures d’habitat, comme les trous de poteaux et fosses qui les ont recoupées. Des datations par le radiocarbone du plus grand nombre de sépultures est maintenant impératif, ceci afin de vérifier d’une part leur contemporanéité, d’autre part leur appartenance à l’horizon post-saladoïde.

20La campagne de 2004 a permis de mieux définir l’occupation amérindienne de l’îlet. Deux niveaux sont maintenant clairement définis. Le plus ancien, saladoïde, a été identifié sur la paléoplage en partie détruite par le niveau de tempête reconnu en 2003. Il semblerait que ce niveau soit plus riche vers le nord de la fouille. Le plus récent, post-saladoïde, correspond à une zone d’habitat dans la zone fouillée cette année. Là aussi, il semblerait qu’il se poursuive vers le nord.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Romon, Stéphane Herouin, Gwenaëlle Hamon et Jean-Noël Guyodo, « Le Gosier – L’îlet du Gosier » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Espace Caraïbes, mis en ligne le 02 mars 2022, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/118425

Haut de page

Auteurs

Thomas Romon

Inrap

Articles du même auteur

Stéphane Herouin

Gwenaëlle Hamon

Articles du même auteur

Jean-Noël Guyodo

Articles du même auteur

Haut de page

Responsable d’opération

Thomas Romon

Inrap

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search