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2002
Guadeloupe

Capesterre-de-Marie-Galante – Tourlourous

Sauvetage urgent (2002)
Responsable d’opération : Caroline Colas

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Texte intégral

1Le site amérindien de Tourlourous se localise dans la partie sud-orientale de l’île de Marie-Galante. Il est situé à l’entrée du bourg de Capesterre, à une centaine de mètres en retrait de la plage de Feuillère. Sa fouille, qui fait suite à une opération d’évaluation archéologique à l’emplacement d’une future résidence hôtelière, a porté uniquement sur l’emprise du bâtiment principal long de 90 m sur 10 de large situé sur un dépotoir précolombien installé sur le pied d’un versant abrupt. La majeure partie de la zone d’habitat correspondant, installée dans la partie basse du terrain, a été remblayée et inscrite en réserve archéologique.

2Le décapage dans la zone de fouilles a été effectué par passes jusqu’au substrat naturel. Il a mis au jour 162 structures excavées ou anomalies, pour la plupart concentrées à l’ouest, qui signalent une vocation domestique de secteur (zone 1 à 4) et le dépotoir proprement dit à l’est et au nord dont la bordure occidentale recouvre le premier secteur. Le dépotoir est partiellement repris par le creusement de quelques structures dont une double sépulture.

Fig. 1 – Plan général des structures au niveau du substratum et courbes d’épaisseur du dépotoir

Fig. 1 – Plan général des structures au niveau du substratum et courbes d’épaisseur du dépotoir

DAO : Inrap.

3Dans la première zone, le sédiment, d’une épaisseur de 30 à 50 cm sous la surface naturelle, contenait un matériel détritique peu abondant de très petit calibre. Le nombre de structures (69) permet d’envisager que l’on se trouve dans une zone réservée à l’habitat même si aucune organisation concrète des trous de poteaux n’a pu être décelée.

4La seconde zone a livré plus d’une tonne de mobilier (composée par ordre décroissant de coquillages, de céramique, de gros lithique, de corail, de pinces de crabes, de petit lithique et de faune). Les cartes de répartition effectuées par type de mobilier ont montré que la zone la plus riche (zone 3) n’était pas la plus épaisse, même si globalement il existe une adéquation entre l’épaisseur des sédiments et la richesse du mobilier. À l’exception des coquillages, plutôt centrés dans les zones 5 et 6, toutes les autres catégories de matériel se concentrent essentiellement dans le haut des secteurs 46 et 47 et dans les secteurs 20 à 23 induisant par-là l’existence de deux zones de rejet.

5Une fouille manuelle de quatre sondages a permis une approche plus approfondie du dépotoir. La comparaison du mobilier retrouvé confine au matériel collecté mécaniquement sur le reste du site une représentativité satisfaisante. Aucune couche n’a été repérée dans ces sondages et le mobilier céramique n’est pas mieux ni moins bien conservé, même s’il existe là une surreprésentation des petits tessons de toutes façons peu utiles aux remontages et à l’étude.

Fig. 2 – Répartition du matériel archéologique et courbes d’épaisseur du dépotoir

Fig. 2 – Répartition du matériel archéologique et courbes d’épaisseur du dépotoir

DAO : Inrap.

6La difficulté à identifier les fosses dans le dépotoir plaide pour un comblement rapide de ces dernières avec vraisemblablement le sédiment issu du dépotoir. C’est également le cas d’une sépulture double dont le colmatage rapide avec le sédiment du dépotoir n’a pas permis de trouver les contours du creusement. Les deux individus sont inhumés en flexion contractée sans offrande visible, la tête tournée vers l’ouest. Une autre sépulture, de jeune enfant, avait été reconnue pendant la phase d’évaluation.

Fig. 3 – Fosse à dépôt de céramiques

Fig. 3 – Fosse à dépôt de céramiques

Cliché : Inrap.

7L’étude du mobilier céramique situe la période d’utilisation du site dans une phase évoluée de la sous-série cédrosan-saladoïde. Plus d’une centaine de formes sont reconnaissables ainsi que des dizaines de bords, de fonds, d’adornos et d’éléments de préhension qui suggèrent une différenciation du dépotoir en deux sous-secteurs (zone 4/5 et 3).

8Ceux-ci se distinguent par la fragmentation, l’état des cassures et le nombre de formes reconstituées (moins de formes reconnaissables dans la zone 3 pourtant la plus riche en quantité de mobilier). Enfin, des différences typologiques (morphologie des oreilles) et de décors (proportion de céramiques décorées et peignées) indiquent une légère antériorité de la zone 4/5 par rapport à la zone 3 qui s’inscrit dans un stade plus tardif. En ce qui concerne le reste du mobilier, on peut signaler quelques objets décorés en os et une industrie sur coquillage (outils, zémis, perles, pendentifs, rondelles...) et lithique abondantes. Cette dernière comporte près de 70 haches polies entières ou fragmentaires qui en font une des séries les plus importantes découvertes en contexte bien daté dans les Petites Antilles. Une des particularités de cette série est l’abondance des haches à gorge ou à oreilles. Ce site a également livré un pétroglyphe portatif en corail. Cet objet représente la tête d’un personnage figurée avec seulement les contours du visage, les yeux, la bouche et des cheveux. C’est la seconde fois que ce type d’objet (rare au demeurant) est trouvé en contexte archéologique. Celui de Hope Estate à Saint-Martin est gravé sur une meule réutilisée.

9Chronologiquement les structures aménagées sous le dépotoir (zone 2, 3 et 4) constituent la partie la plus ancienne du site. On peut cependant envisager une certaine coexistence entre ces structures et le dépotoir qui les recouvre. Il est possible d’imaginer que les deux ont évolué de pair, le dépotoir gagnant peu à peu sur les structures abandonnées. En effet, la sectorisation du site, dans la zone 4 par exemple, avec d’un côté l’habitat et de l’autre le dépotoir plaide en cette faveur. On peut ainsi imaginer l’installation des constructions amérindiennes en bas de pente de la zone 4 avec rejet des déchets dans les zones 5 et 6 vierges de structures, donnant notamment lieu à la zone de concentration des secteurs 23 à 20. Puis un déplacement de la zone d’habitat ou d’activité s’effectue vers l’ouest (zone 3, 2 puis 1) avec évacuation dans les zones précédemment occupées et peut-être une accélération des rejets pour expliquer la très grosse concentration du haut de la zone 3. Ce scénario permet également d’expliquer la présence des structures 4 et 5 au sommet du dépotoir de la zone 6 alors comblée et abandonnée. L’hypothèse du déplacement de l’épicentre du dépotoir de la zone 4/5 vers la zone 3 est corroborée en partie par les observations géomorphologiques. P. Bertran a, en effet, observé une progradation du dépotoir vers le haut et vers l’est. Reste à comprendre pourquoi les amérindiens ont constitué leur dépotoir, à un moment donné, en gagnant de plus en plus haut sur la pente. Si on imagine que le cœur du site se trouve dans la partie non fouillée qui est plane en contrebas, on peut envisager que les installations découvertes lors de la fouille correspondent à une zone d’activité. Cette possibilité irait dans le sens des observations faites par G. Chancerel qui propose au vu du nombre de céramiques surcuites, de patons d’argile et d’estèques (tessons façonnés en lissoirs à céramique), que l’on ait affaire en partie à un site de production potière. Cette hypothèse est corroborée par la présence en contrebas de la fouille de fosses creusées dans de l’argile rouille et interprétées comme des fosses d’extraction d’argile.

10En ce qui concerne le statut du dépotoir, la répartition presque identique des différentes catégories de mobilier, la fragmentation de la céramique et le peu de recollage permettent de penser, malgré le biais introduit par le type de collecte, qu’il s’agit d’un rejet secondaire de type balayage d’une zone d’habitat ou d’activité domestique. L’existence de quelques formes retrouvées entières ou reconstituées après recollage peut suggérer la présence de fosses non repérées dans le dépotoir.

Fig. 4 – Vases et fragment de statuette féminine en céramique provenant du dépotoir

Fig. 4 – Vases et fragment de statuette féminine en céramique provenant du dépotoir

11Enfin, les études de la céramique et du mobilier lithique permettent d’envisager des contacts entre les habitants de Tourlourous et des régions éloignées comme Saint-Martin, Sainte-Lucie ou même la Martinique. Des analyses complémentaires de type pétrographiques et typologiques permettront de confirmer et de préciser les échanges entre les habitants de Marie-Galante et les autres îles, et d’affin er la position chronologique du mobilier.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan général des structures au niveau du substratum et courbes d’épaisseur du dépotoir
Crédits DAO : Inrap.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118730/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 450k
Titre Fig. 2 – Répartition du matériel archéologique et courbes d’épaisseur du dépotoir
Crédits DAO : Inrap.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118730/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 418k
Titre Fig. 3 – Fosse à dépôt de céramiques
Crédits Cliché : Inrap.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118730/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 379k
Titre Fig. 4 – Vases et fragment de statuette féminine en céramique provenant du dépotoir
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/118730/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 461k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Caroline Colas, « Capesterre-de-Marie-Galante – Tourlourous » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Espace Caraïbes, mis en ligne le 04 mars 2022, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/118730

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Caroline Colas

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