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Année de l'opération :
2019Numéro d’opération :
164251Nature de l'opération :
opération de diagnosticNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1Le projet de création d’un skate-park sur l’ancien champ de foire d’Alençon, à l’emplacement du cimetière Saint-Blaise abandonné vers 1820, a conduit le SRA à prescrire un diagnostic archéologique préalable. La problématique de l’intervention visait à préciser les contraintes archéologiques pesant sur la zone, afin d’adapter et de minimiser autant que de possible l’impact de l’équipement projeté. La prescription portait sur l’intégralité de la seule parcelle disponible du secteur, en l’occurrence un espace de plus de 8 000 m2 enherbés et boisé sur sa périphérie, ce afin de déterminer les espaces archéologiquement non sensibles au cas où le projet aurait un impact trop important nécessitant son déplacement.
2Cette parcelle intéresse les trois-quarts nord du cimetière Saint-Blaise, au sud duquel s’élevait l’église du même vocable. Mal localisée, elle est a priori située hors emprise, au niveau de la vaste place du Général de Gaulle, aménagée ces dernières décennies. La présence de multiples réseaux enfouis, dont plusieurs conduites pluviales de fort diamètre, laisse peu de chance que des sépultures y soient encore conservées, si tant est qu’elles se soient développées jusqu’à proximité ou autour de l’église, ce que rien n’assure.
3Les treize sondages réalisés sur la parcelle prescrite ont mis en évidence un cimetière plus étendu que prévu et confirmé l’absence de maçonneries attribuables à l’ancien édifice religieux. La séquence funéraire apparaît comme très rabotée, les sépultures les plus superficielles reposant 0,60 à 0,80 m sous la surface de circulation actuelle. Cette troncature est récente et résulte de la construction, après-guerre, de plusieurs bâtiments administratifs couvrant une importante surface. Des perturbations plus profondes mais très ponctuelles relèvent quant à elles des bombardements alliés de mai et juin 1944, mais leur impact est réduit en surface et, globalement, la partie profonde du cimetière est vierge de perturbations. L’emprise de l’aire funéraire a pu être précisément délimitée, grâce à la découverte de son mur de clôture nord, seule limite qui restait mal localisée. La construction, récupérée, a été mise au jour dans trois sondages, permettant de restituer son tracé, linéaire. Au nord de ce mur, aucun vestige n’est apparu. Au sud, en revanche, tous les sondages réalisés ont été positifs, montrant une séquence d’inhumations, parfois étagée sur deux voire trois niveaux. La densité des tombes, variable selon les secteurs, oscille entre 0,4 et 1 m2. Elle reste modeste mais, compte tenu de l’emprise cimetériale considérée comme partiellement détruite, c’est-à-dire quelque 10 000 m2 au nord de la place du Général-de-Gaulle, on peut envisager la présence de 5 000 à 10 000 squelettes conservés. La typologie des fosses sépulcrales, quadrangulaires et toujours plus longues et larges que les dépouilles, suggère une très forte majorité d’inhumations en cercueils. La présence de quelques aiguilles en bronze atteste l’emploi du linceul, usage sans doute très fréquent mais un linceul cousu ou simplement plié autour de la dépouille ne laisse pas trace de son existence. Aucun mobilier funéraire n’a été observé auprès des 98 tombes mises au jour, mais toutes n’ont pas été fouillées intégralement.
4La découverte dans la partie nord-ouest du cimetière et contre son mur de clôture, d’une sépulture multiple contenant deux corps se chevauchant partiellement et jetés sur le ventre dans une fosse frustre (fig. 1), illustre l’aspect des fonctions annexes de ce lieu d’inhumation situé en périphérie de ville et ouvert aux protestants. S’agit-il d’inhumations dites d’humiliation, parfois infligées aux défunts de cette confession, ou d’une sépulture d’urgence réalisée dans un contexte épidémique ? La question n’est pas résolue à cette heure mais il est certain, d’après les sources écrites, que les deux cas de figure sont susceptibles de se côtoyer.
5À l’issue de l’intervention, un tableau précis de la profondeur d’enfouissement des squelettes et de leur densité secteur par secteur, a permis d’éclairer la Ville d’Alençon et le SRA sur la géométrie du site et de s’accorder sur les caractéristiques techniques à privilégier pour ce futur skate-park. Installé initialement pour plus des deux tiers de sa surface sur une zone riche en sépultures, et compte tenu des fortes contraintes qu’elles induisaient, la municipalité a finalement opté pour une révision totale du projet. L’aménagement initial a ainsi été fortement modifié et déplacé au maximum vers le nord. Sa nouvelle limite sud, construite sur remblais, coïncide avec le mur nord du cimetière et n’affecte donc pas l’assiette de ce dernier. Une prescription de fouille émise par le SRA a néanmoins conduit à l’abandon du projet.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Sépulture double, secteur nord-ouest du cimetière Saint-Blaise |
| Crédits | Cliché : P. Chevet (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/119179/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 514k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Pierre Chevet, « Alençon – Le Champ de Foire » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Normandie, mis en ligne le 14 mars 2022, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/119179
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