1Les deux moulins édifiés dans le courant de la seconde moitié du xiiie s. sur le site de Moulin Bertin 2, à Fontenay-le-Comte (Vendée), font partie des plus anciens jamais découverts. Ils sont construits à une période au cours de laquelle cette invention se diffuse dans l’ensemble des régions françaises, après être apparue en Normandie et en Angleterre, selon les sources d’archives, à la fin du xiie s. Moins coûteux que les moulins à eau, ces nouvelles machines permettaient à leurs détenteurs, des seigneurs laïcs ou des abbayes, de dégager des bénéfices en moins d’une vingtaine d’années. Leur diffusion rapide au xiiie s. un peu partout en France répond sans doute à l’accroissement continu de la population et peut-être à des rivières déjà suréquipées en moulins à eau (Robert 1982, p. 112).
2Dès l’origine, deux enclos annulaires d’environ 26 m de diamètre, aux fossés assez puissants (2,80 à 3,40 m de largeur et 0,92 à 1,20 m de profondeur conservée), témoignent d’une volonté de protéger les moulins qui y sont implantés (fig. 1). Cette implantation à l’abri d’un fossé, qui ne semble pas unique, souligne sans doute l’omniprésence d’un propriétaire que l’on peine toutefois à reconnaître sur le site – il pourrait s’agir de la très puissante abbaye de Maillezais ou bien du seigneur de la Boisse.
Fig. 1 – Plan général de l’opération
DAO : J.-M. Bryand (Inrap).
3Les vestiges mis en évidence à Fontenay-le-Comte permettent d’identifier les bases fixes et enterrées de deux moulins sur pivot, qui se rapportent donc au type le plus ancien, les représentations de moulins tours n’apparaissant sur des enluminures qu’à partir du xive s. (information P. Mane). Les coffrages de poutres mis en évidence permettent de restituer une croisée de soles et quatre paires de liens comparables à ceux que l’on observe à la base des moulins modernes (fig. 2).
Fig. 2 – Vue depuis le sud-ouest des fondations du moulin sud-est
Cliché : A. Valais (Inrap).
4Outre l’intérêt que présente un bâtiment carré d’environ 6,20 m de côté, associé à ces moulins et interprété comme une maison, pour la connaissance de l’habitat du xiiie s. dans la région, ses niveaux d’occupation et d’abandon permettent de caractériser le niveau social de ses occupants, très probablement le meunier et ses proches. Le vaisselier mis en évidence, comme les quelques objets en métal (plusieurs boucles de ceinture, grelots, appliques, anneaux, outils), confèrent à cette famille un niveau social relativement élevé que l’on pourrait comparer à celui d’un paysan aisé. Les textes témoignent de ce statut, en suggérant que le desservant de cette machine se situe socialement entre le seigneur dont il dépend et ceux qui travaillent la terre (Pichot 2002, p. 89). En l’absence de matériel militaire sur le site, c’est peut-être par les mêmes raisons que s’explique le nombre élevé de fragments de trompes d’appel en terre cuite découverts, le moulin pouvant aussi servir, pour son propriétaire et pour son meunier, de tour de guet.
5Le site des moulins de Fontenay est abandonné dans le courant du dernier quart du xive s. Il est possible que les événements de la Guerre de Cent Ans comme la prise de Fontenay en 1362 par les Anglais puis le siège des Français en 1372 aient précipité l’abandon d’un site implanté à seulement quelques kilomètres, le long d’une voie importante.
Fig. 3 – Vue depuis le sud-est du bâtiment de plan carré
Cliché : A. Valais (Inrap).
Fig. 4 – Sélection de céramiques des xiiie s. et xive s.
DAO et clichés : B. Véquaud (Inrap).