Angers – 2 boulevard du Ronceray, École nationale supérieure des Arts et Métiers
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Année de l'opération :
2019Numéro d’opération :
186552Chronologie :
époque médiévale, Moyen Âge classique, Bas Moyen Âge, époque moderne, époque contemporaineNature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Pithon M. (dir.) 2022 : Pays de la Loire, Maine-et-Loire, Angers (49007). 2, Boulevard du Ronceray, École Nationale Supérieure des Arts-et-Métiers. Manoir de la Voût-Coton, hôtel de Bellebranche. Biographie d’un immeuble, xiiie-xxe s., rapport de fouille préventive, Cesson-Sévigné, Inrap, 280 p.
Texte intégral
1Près de trente ans après la découverte d’un ensemble monumental antique, de nouvelles fouilles préventives menées au sein de l’école d’Arts et Métiers, à Angers, ont mis au jour deux logis médiévaux successifs qui accompagnent l’urbanisation progressive de la berge de la Maine (fig. 1 et 2). Les latrines du second logis, dont l’occupation se prolonge jusqu’au début du xxe s., livrent des informations archéologiques rares sur la vie quotidienne d’un immeuble de rapport dans un quartier populaire d’Angers entre les années 1850 et 1940.
Fig. 1 – Plan général de l’opération
DAO : A. Rémy (Conservation départementale du Patrimoine de Maine-et-Loire), M. Pithon (Inrap).
2Le cadre naturel, ainsi que l’environnement archéologique et historique des logis sont très fortement marqués par la proximité de la rivière, ainsi que par celle de l’abbaye du Ronceray, dans laquelle s’est installée l’école au début du xixe s. En 1993, une fouille de sauvetage y avait mis au jour une vaste cour fermée par un portique et centrée autour d’un podium et d’une source encore alimentée. Daté du Haut-Empire et défini alors comme le probable jardin d’agrément d’une domus ou d’une villa suburbaine, l’ensemble correspond au premier gisement antique découvert dans le quartier de la Doutre (d’outre Maine), sur la rive droite de la Maine faisant face à l’ancienne Iuliomagus. Un diagnostic archéologique réalisé en 2017, à proximité, a permis de réorienter plutôt l’interprétation du site vers celle d’un sanctuaire de source et de le replacer sur le trait de rive de l’époque antique. Cette limite reste forte durant le premier Moyen Âge et les édifices les plus anciens de la Doutre ne la franchissent pas. Tel est le cas de l’abbaye du Ronceray, fondée au début du xie s. à l’emplacement d’une basilique connue par les textes au vie s. (Sainte-Marie). L’abbaye est donc implantée au bout de la ligne des ponts reliant la Doutre à la ville et au point de départ des voies (d’origine antique) vers Nantes et vers Rennes.
3Le logis de la Voûte-Coton, édifié à la fin du xiiie s. ou au début du xive s. (bâtiment 1), est voisin de l’abbaye et n’en est séparé que par une rue perpétuant plus ou moins le tracé de la rive antique, sous le nom de rue Notre-Dame, puis de rue du Godet. Sa fondation, constituée d’une puissante maçonnerie de schiste, a été accompagnée d’un fort remblaiement destiné à relever le niveau de la grève. Disposé en perpendiculaire de la rivière, l’édifice expose un pignon semi-enterré sur la rue et un pignon renforcé de trois contreforts sur la Maine. La base de l’élévation qui subsiste permet de reconstituer le niveau inférieur du logis sous la forme d’une vaste salle de 20 m de long par 10 m de large, dont la voûte en plein-cintre, renforcée par des doubleaux, était parementée de tuffeau (calcaire local). Munie d’un nombre limité d’ouvertures, cette vaste salle semble correspondre à un cellier. Il n’est pas impossible que la forme même de cette pièce voutée imposante fournisse l’explication de la première partie du nom du manoir. Le second terme reste obscur, de même que le nom du premier propriétaire ne nous est pas connu.
4Quoi qu’il en soit, le logis auquel il sert de soubassement jouit d’une situation idéale entre les voies terrestres et la voie navigable, en un point connu sous le nom de port du Rideau, puis port du Godet. Il est donc vraisemblable qu’il ait été commandité par un riche négociant, cherchant sur la rive droite – comme nombre de patriciens angevins de l’époque – un terrain propice à son activité, dans un secteur moins densément bâti et mieux exposé que le cœur de la cité. Les sources écrites indiquent que vers la fin du xiiie s., le logis devient la propriété de l’abbaye de Bellebranche (Saint-Brice, Mayenne).
5Notre-Dame de Bellebranche est une abbaye cistercienne fondée au xiie s. dans la Mayenne angevine ou Haut-Anjou. La date de l’acquisition du manoir de la Voûte-Coton par l’abbé de Bellebranche demeure imprécise. D’après les censiers de l’abbaye du Ronceray, notamment ceux de 1386 et 1425, elle doit pouvoir être située vers le dernier quart du xive s. La position urbaine avantageuse du manoir n’est sans doute pas étrangère à cet achat par un propriétaire terrien et riche producteur agricole tel que l’abbé de Bellebranche. Par ailleurs, l’installation en ville d’un collège permettait à l’abbaye d’y loger les jeunes religieux suivant les cours de l’Université. Ce pied-à-terre situé au cœur d’une ville protégée par des murailles relevait aussi sans doute d’un intérêt sécuritaire dans une période passablement troublée par la guerre de Cent Ans.
6Le manoir d’origine étant peut-être mal adapté à cette fonction d’hébergement, il est remplacé, pratiquement au même emplacement, par un nouveau logis, édifié dans le courant du xve s. (bâtiment 2). S’appuyant sur l’ancien manoir partiellement démoli et remblayé, le nouveau logis adopte la forme plus ramassée d’un rectangle de 16 m par 12 m, dont une des façades est tournée vers la rivière. Sa construction marque, de fait, un nouveau recul de la rive. Une tour d’escalier massive hors œuvre flanque l’arrière du logis. Du côté de la rivière, l’iconographie révèle une façade agrémentée de trois avant-corps alternant avec deux terre-pleins formant terrasses (mises ensuite à profit pour ajouter de nouvelles pièces ; fig. 3). Des photographies, prises au moment de la démolition de l’édifice, montrent également l’existence de deux grandes cheminées sur les murs des pignons, au premier étage, signalant là l’étage noble. La fonction des deux avant-corps latéraux, plus étroits, a trouvé son interprétation dans le soubassement dégagé lors de la fouille : il s’agit de latrines reliées à chaque étage à un conduit d’évacuation vers une fosse aménagée dans les fondations de l’édifice. Outre cet équipement attestant une qualité fonctionnelle, ce logis dispose de larges baies qui apportent la lumière tout en offrant une vue imprenable sur la Maine, ainsi que sur la ville sur l’autre rive.
Fig. 3 – Comparaison entre le plan du bâtiment 2 et une gravure de E. Duf (1834)
DAO : M. Pithon (Inrap).
7Si les murs du logis sont bien médiévaux, les vestiges de l’occupation relevés pendant la fouille remontent à une période beaucoup plus récente, c’est-à-dire au début du xxe s. Ils corroborent les données des archives qui permettent de retrouver la succession des propriétaires et de certains locataires jusqu’en 1940. Ainsi, la propriété du logis est-elle retirée à l’abbaye de Bellebranche par décision d’Henri IV en 1607, au profit des Jésuites de la Flèche jusqu’à leur expulsion de France en 1763. Il demeure un collège d’étudiants jusqu’à la Révolution, puis est racheté par le citoyen Dudoit lors de la vente des Biens nationaux en 1794. Passant ensuite de propriétaire en propriétaire, son usage comme immeuble de rapport est attesté entre 1769 et 1940. Comprenant des appartements de plusieurs pièces pour famille et des garnis d’une pièce pour personne seule, le logis de Bellebranche semble accueillir une population plutôt hétéroclite et sans doute représentative du quartier de la Doutre. L’abondante vaisselle brisée recueillie dans les deux latrines se rapporte presque exclusivement à cette occupation de la période récente.
8En dehors des sols en terre battue des caves du logis, les sédiments contenus dans les latrines constituent les seules couches plus ou moins directement associées à la dernière période d’occupation du bâtiment. Les latrines sont munies d’un exutoire, sous la forme d’une ouverture pratiquée à la base de la maçonnerie et communiquant avec la Maine. Ainsi, les rejets s’écoulent-ils au fur et à mesure dans la rivière qui, en cœur de ville et en plus de tous les usages que l’on peut en faire, constitue sans doute un véritable cloaque à ciel ouvert. Vers 1865, le port du Godet ainsi que l’entrée du canal de la Tannerie sont remblayés, de sorte que le logis de Bellebranche ne se trouve plus sur la rive et que l’exutoire des latrines est probablement bouché.
9Outre la vaisselle, composée de récipients en terre cuite, de faïence et de porcelaine, le mobilier comprend également nombre de flacons de verre et de petits pots d’origine pharmaceutique (fig. 4). Encrier et plume à écrire en verre, fourneau de pipe en terre, peignes en celluloïd, boutons vestimentaires en os ou en céramique, morceaux de poupée de porcelaine (fig. 5), crayons à mine de plomb ou de carbone, lests de pêche en pierre complètent le bric-à-brac des objets jetés dans ces latrines utilisées comme vide-ordures. Au-delà de ces témoins repérables à l’œil, le sédiment des latrines recèle aussi tout un corpus d’éléments microscopiques qui ont été confiés à l’archéozoologue, au carpologue, au palynologue et au paléoparasitologue. À travers l’étude de ces restes particuliers, c’est une partie de l’écologie du logis qui se révèle, notamment la proximité des animaux dans ce milieu urbain, la nourriture consommée d’origine locale et rurale, ainsi que l’état sanitaire de ses habitants, fortement marqué par la médiocre qualité de l’eau.
Fig. 4 – Verreries de la fin du xixe s. et de la première moitié du xxe s. provenant des latrines
Cliché : E. Collado (Inrap).
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général de l’opération |
| Crédits | DAO : A. Rémy (Conservation départementale du Patrimoine de Maine-et-Loire), M. Pithon (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/130570/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 582k |
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| Titre | Fig. 2 – Vue générale du chantier et des vestiges |
| Crédits | Cliché : M. Pithon (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/130570/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 854k |
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| Titre | Fig. 3 – Comparaison entre le plan du bâtiment 2 et une gravure de E. Duf (1834) |
| Crédits | DAO : M. Pithon (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/130570/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 961k |
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| Titre | Fig. 4 – Verreries de la fin du xixe s. et de la première moitié du xxe s. provenant des latrines |
| Crédits | Cliché : E. Collado (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/130570/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 437k |
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| Titre | Fig. 5 – Fragments de têtes et de jambes de poupées en porcelaine de la fin du xixe s. retrouvés dans les latrines |
| Crédits | Cliché : E. Collado (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/130570/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 303k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Martin Pithon, « Angers – 2 boulevard du Ronceray, École nationale supérieure des Arts et Métiers » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Pays de la Loire, mis en ligne le 07 décembre 2022, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/130570
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