Le Conquet – Structures d’estran sur l’île de Quéménès
Entrées d’index
Année de l'opération :
2015Numéro d’opération :
302760Nature de l'opération :
opération de diagnosticNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Texte intégral
1Une intervention a eu lieu en mars 2014 sur un amas coquillier (site 22 bis) découvert par les tempêtes de l’hiver 2014 sur l’île de Quéménès (OA 2463). Cette première opération s’était arrêtée au pied de la microfalaise et avait mis au jour, outre les restes fauniques (faune terrestre, ichtyofaune, malacofaune, avifaune, mammifères marins), des restes anthracologiques et carpologiques et du mobilier céramique et lithique, l’ensemble se rattachant à la Protohistoire. À la fin de l’intervention, en coupe de microfalaise, des restes humains en connexion avaient été aperçus. Étant en partie haute d’estran, l’ensemble se trouvait très fortement menacé par les coups de mer hivernaux, d’autant plus que l’année 2015 allait offrir des coefficients de marées exceptionnels (118/117 les 20 et 21 février, 118/119 le 21 mars, 117 le 29 septembre). Toute tentative de protection du site s’avérait être illusoire (fig. 1), c’est pourquoi une nouvelle demande d’intervention a été déposée afin de sauvegarder ce qui pouvait encore l’être et notamment les restes humains particulièrement rares en Bretagne en raison de l’acidité des sols.
2Le contexte insulaire ainsi que les diverses protections de la zone (Natura 2000, ZNIEFF, réserve de biosphère, parc naturel marin d’Iroise, etc.) empêchaient toute utilisation de moyens mécaniques. L’opération s’est donc déroulée entièrement à la main avec l’ouverture et la fouille de 6 m2. Cinq unités stratigraphiques ont été identifiées. Une aire empierrée d’environ 2 m de long pour 1,5 m de large a été mise en évidence dans l’US2 sous la terre végétale (US1), il pourrait s’agir d’une aire de séchage de goémon. Les éléments ferreux retrouvés dans ce niveau plaident pour une structure récente voire subcontemporaine. L’US3 sous-jacente n’a pas livré de structure, et le mobilier archéologique en son sein est très disparate avec des tessons de céramique protohistorique et des éléments vernissés, il s’agit donc d’une couche très perturbée. Situé dessous, l’amas coquillier (US4) est posé sur le substrat limoneux brun-jaune archéologiquement stérile (US5), mais aussi aménagé dans une fosse circulaire.
3S’agissant d’un amas coquillier, l’intégralité a été prélevée et tamisée avec une maille de 2 mm pour un total de 600 litres (300 en 2014). Cette stratégie de tamisage exhaustif a permis de mettre à jour plus de 100 000 restes malacofauniques (19 espèces, 99,77 % de Patella sp.) et 13 000 restes fauniques (étude en cours), mais également d’identifier 82 restes anthracologiques (17 taxons) et plus de 1 000 graines (11 taxons). Les éléments de culture matérielle sont similaires à ceux découvert en 2014 (lithique taillé, macro-outillage, tessons de céramique), sans pour autant apporter d’éléments caractéristiques d’un point de vue chronoculturel. En revanche des artefacts nettement plus rares ont été retrouvés comme un petit poids de filet avec une gorge bouchardée ou trois poinçons en os (fig. 2).
Fig. 2 – À gauche, galet à gorge en granite ; à droite, outillage osseux
Clichés et DAO : H. Gandois (université Paris 1), Y. Maigrot (CNRS).
4Au sein de l’amas se trouvaient les restes osseux en connexion d’un jeune adulte de sexe masculin (fig. 3), mais aussi d’un second individu (adulte également) représenté seulement par son atlas.
Fig. 3 – Deux vues des restes osseux humains en connexion partielle
Clichés : H. Gandois (université Paris 1).
5L’étude anthropologique indique qu’il pourrait s’agir, au vu des dislocations, d’une inhumation primaire en milieu clos. Si cette hypothèse est correcte, il devait s’agir d’un contenant en matériaux périssable étant donné l’absence de pierres de taille suffisamment importante pour constituer un coffre. Les ossements reposant dans la partie haute de l’amas, le cercueil a donc dû être déposé alors que ce dernier était déjà en cours de constitution et qu’il est resté en fonction par la suite, indiquant ainsi une pratique funéraire fort peu commune. Par la suite les dislocations nombreuses auraient pu être causées par un animal habitué à fouir dans les détritus tel un cochon.
6Trois datations ont été réalisées, une sur chaque individu et une sur graine. L’individu représenté par son seul atlas et la graine (orge) renvoient vers la fin du Bronze ancien. Seule la date de l’individu le mieux représenté est légèrement discordante et se situe au Bronze moyen, mais cette dernière pose question car réalisée dans un laboratoire différent ayant déjà donné une date discordante dans la même série d’analyses.
7Ce site s’est avéré être plus complexe qu’un simple amas coquillier de par les diverses structures adjacentes à l’amas (notamment les trous de poteaux identifiés en 2014 ; fig. 4), mais aussi incroyablement plus riche dans sa composition même. Parmi tous les ensembles coquilliers fouillés sur l’archipel depuis une quinzaine d’années maintenant, celui-ci, s’il n’est pas le plus important ni le plus ancien, semble être un des plus riches à la fois en terme de culture matérielle et en terme de variété faunique.
Fig. 4 – Relevé du site
État fin de fouille.
Relevé : H. Gandois (université Paris 1) ; DAO : P. Peter.
8L’ensemble des écofacts issus des refus de tamis et de la fouille est extrêmement important. La plupart des études sont encore en cours, et c’est dans le domaine paléoenvironnemental que les enseignements s’annoncent les plus prometteurs. Ces données, combinées avec celles des divers éléments fauniques vont permettre d’avoir une vision globale du comportement alimentaire des populations insulaires en termes d’agriculture, d’élevage, de chasse et de pêche. Tous ces éléments permettront in fine de reconstituer et de comprendre l’environnement insulaire et son exploitation par l’homme et de proposer une évolution chronologique de ces pratiques sur presque trois millénaires en comparant les résultats avec ceux des autres amas coquilliers étudiés sur l’archipel.
9Enfin la découverte de restes humains de ces périodes est extrêmement rare en Bretagne en raison de l’acidité des sols, les ossements vont bénéficier d’un maximum d’analyse, notamment ADN, une demande d’étude en ce sens étant en cours.
10Cette fouille qui s’est déroulée dans un contexte insulaire particulier montre bien l’importance de ces petites opérations d’urgence, qui même si elles sont partielles (les sites étant souvent en partie démantelés par la mer), apportent néanmoins un lot d’informations scientifiques surprenantes par leur variété et leur richesse.
Table des illustrations
![]() |
|
|---|---|
| Titre | Fig. 1 – Vue du site 22 bis avant l’intervention |
| Crédits | Cliché : H. Gandois (université Paris 1). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/133879/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 903k |
![]() |
|
| Titre | Fig. 2 – À gauche, galet à gorge en granite ; à droite, outillage osseux |
| Crédits | Clichés et DAO : H. Gandois (université Paris 1), Y. Maigrot (CNRS). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/133879/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 247k |
![]() |
|
| Titre | Fig. 3 – Deux vues des restes osseux humains en connexion partielle |
| Crédits | Clichés : H. Gandois (université Paris 1). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/133879/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 488k |
![]() |
|
| Titre | Fig. 4 – Relevé du site |
| Légende | État fin de fouille. |
| Crédits | Relevé : H. Gandois (université Paris 1) ; DAO : P. Peter. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/133879/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 569k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Henri Gandois, Philippe Chambon, Yvon Dréano, Quentin Favrel, Yolaine Maigrot, Ewen Ihuel et Pauline Peter, « Le Conquet – Structures d’estran sur l’île de Quéménès » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 18 janvier 2023, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/133879
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Haut de page






