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2015
Littoral Mer du Nord, Manche, Atlantique

Bretignolles-sur-Mer – Les plages de la Parée et du Marais Girard

Prospection thématique (2015)
Responsable d’opération : Thomas Vigneau

Entrées d’index

Année de l'opération :

2015

Numéro d’opération :

302752

Nature de l'opération :

prospection thématique
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Conseil départemental de la Vendée

Texte intégral

1Au cours de l’hiver 2013-2014, le littoral vendéen a essuyé plusieurs tempêtes conjuguées à de forts coefficients de marées. Comme lors du passage de Xynthia (hiver 2010), le recul du trait de côte et le démaigrissement des plages ont entraîné la mise au jour et la destruction de sites inédits, jusqu’alors préservés sous les niveaux de sables dunaires ou sous les couvertures sableuses de l’estran. Un an plus tard, les grandes marées d’équinoxe du printemps 2015 (coefficient de 119) laissaient présager de nouveaux risques de destructions sur nombre de sites côtiers. Elles fournissaient dans le même temps l’occasion d’enrichir, au travers de nouvelles prospections, une documentation souvent partielle et inégale.

2Dans cette perspective le service archéologique du département de la Vendée a sollicité le Drassm au début du mois de mars 2015 pour effectuer, à l’occasion des grandes marées, une campagne de prospection sur un secteur à fort potentiel archéologique. Le choix s’est porté sur l’estran de Bretignolles-sur-Mer, station balnéaire localisée à 11 km au sud de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et à 18 km au nord des Sables-d’Olonne. L’emprise de la prospection (± 13 ha) correspond à une bande côtière de 2,5 km comprenant les deux plages de la Parée et du Marais Girard. Prospecté depuis le début du xxe s., ce secteur présente une succession de paléo-vallées et de dépressions comblées par des séquences organiques datées du Pléistocène moyen ou supérieur (interglaciaire Éémien au plus tard) et de l’Holocène. La sédimentation ante-holocène a livré du mobilier du Paléolithique moyen ainsi que des restes de Paleoloxodon antiquus (éléphant antique). Les niveaux holocènes correspondent aux reliques d’un marécage d’eau douce dont la mise en place intervient au cours du Subboréal. Documenté par de multiples opérations archéologiques, notamment par une fouille de sauvetage réalisée en 1990 sur la plage de la Parée et, plus récemment, par un diagnostic effectué par l’Inrap en 2014 sur le site de la Normandelière, à proximité du Marais Girard (Raja et al. 2015 ; Rousseau dir. 2015), ce secteur constitue un site privilégié pour l’étude des environnements quaternaires.

3La prospection de 2015 (Vigneau 2016) visait un double objectif : décrire, d’une part, les différentes formations sédimentaires visibles sur les deux sites et en dresser un relevé topographique détaillé ; réfléchir, d’autre part, à d’éventuelles études ultérieures. Préconisant l’usage de méthodes non intrusives, le cahier des charges de l’opération incluait cependant la réalisation d’une série de logs stratigraphiques au niveau d’une petite falaise située au pied de la dune du Marais Girard. Sur chacun des sites, les limites des unités stratigraphiques identifiées en plan ont fait l’objet d’un relevé au moyen d’un récepteur GPS à correction différentielle autorisant des mesures de précision centimétrique. Au total, un corpus de neuf cents mesures a été collecté, permettant notamment une comparaison des altitudes GPS au niveau d’apparition des niveaux tourbeux étudiés entre les années 1970 et 1990 ainsi qu’aux valeurs altimétriques du référentiel Litto3D. Sur le site du Marais Girard, le trait de côte a donné lieu à un relevé systématique sur une longueur totale de 150 m. Par ailleurs, outre la réalisation de cinq logs stratigraphiques, une approche photogrammétrique a été mise en œuvre le long de la microfalaise afin d’en produire des vues orthophotographiques.

4Les recherches entreprises sur la Parée se sont révélées décevantes, puisqu’aucun paléosol organique n’a pu être observé. Ce bilan négatif conduit à s’interroger sur le degré de conservation des séquences quaternaires. L’analyse des altitudes relevées au GPS rend compte d’une tendance à l’accrétion sédimentaire dans la partie sud de la plage et suggère un enfouissement des niveaux tourbeux datés du Subboréal. À l’inverse, les données altimétriques signalent une tendance à l’érosion plus au nord et suggèrent une possible destruction des tourbes ante-holocènes observées à la fin des années 1980. En l’absence de données stratigraphiques, ces hypothèses de lecture taphonomique restent à évaluer et appellent des investigations complémentaires comme, par exemple, des carottages à la tarière.

5Les approches développées sur le Marais Girard ont en revanche permis l’acquisition de données inédites. Sur l’estran, entre -1,60 et -1,10 m NGF, les contours d’un sol argilo-tourbeux ont pu être cartographiés avec précision. Les positions stratigraphiques et topographiques de ce niveau, comme sa physionomie, conduisent à rattacher ce sol à un gisement à éléphant antique identifié en 1995 pour lequel aucune donnée cartographique n’était jusqu’alors disponible. Ce niveau organique est scellé par un sol hydromorphe gris-bleu très compact, qui est observé à la base de la microfalaise (vers 3,50 m-3,80 m NGF) sur une épaisseur d’environ 50 cm. Formé à partir d’argiles finement sableuses, il témoigne d’un contexte engorgé et procède selon toute vraisemblance d’un dépôt massif d’alluvions fluvio-marines attribuable à un maximum transgressif ayant dépassé le niveau marin actuel, probablement au cours de l’interglaciaire Éémien. Cet horizon est recouvert par des dépôts hétérométriques comportant de nombreux graviers et cailloux de quartz. Suggérant une mobilisation par solifluxion en contexte périglaciaire, ces dépôts peuvent être attribués au Weichsélien. Ils sont scellés par des limons vasards témoignant d’un contexte estuarien holocène. Le sommet de la séquence (vers 4,30 m NGF) présente un sol tourbeux d’environ 30 cm d’épaisseur dont subsistent de nombreux lambeaux en haut de l’estran. Il renferme des éclats de débitage en silex côtier qui sont à mettre en parallèle avec les pièces lithiques collectées depuis les années 1970 et attribuées au Campaniforme. Des empreintes de sabots d’ovicapridés, visibles à la surface du sol tourbeux, témoignent d’un environnement palustre potentiellement exondé et investi par les activités agricoles et pastorales (fig. 1).

Fig. 1 – Le Marais Girard : empreintes de sabots d’ovicapridés à la surface d’un sol organique subboréal

Fig. 1 – Le Marais Girard : empreintes de sabots d’ovicapridés à la surface d’un sol organique subboréal

DAO : T. Vigneau (Conseil départemental de la Vendée).

6Ce niveau est à mettre en relation avec les séquences organiques mises au jour à 200 m au sud-est lors du diagnostic effectué par l’Inrap et dont un horizon est daté de 3620 ± 30 BP (soit 2035-1900 cal. BC). L’âge obtenu conduit par ailleurs à établir un parallèle avec une tourbière holocène (3600 ± 110 BP) située au sud de la plage de la Parée, à plus d’un kilomètre au nord-ouest. L’ensemble de ces paléosols accrédite l’hypothèse d’un vaste marécage dont la mise en place, antérieure à la transition Néolithique final-Bronze ancien, s’est probablement effectuée en arrière d’un édifice dunaire aujourd’hui démantelé (fig. 2).

Fig. 2 – Le Marais Girard : interprétation chronostratigraphique des dépôts quaternaires du haut de l’estran

Fig. 2 – Le Marais Girard : interprétation chronostratigraphique des dépôts quaternaires du haut de l’estran

DAO : T. Vigneau (Conseil départemental de la Vendée).

7Si la prospection de 2015 confirme le fort potentiel du littoral brétignollais, bien des interrogations subsistent quant à la puissance stratigraphique des dépôts quaternaires, leur chronologie et leur caractérisation paléoenvironnementale. Un projet de cartographie de la conductivité électrique du sol par prospection électromagnétique est à l’étude sur la bande côtière comprise entre la Parée et le Marais Girard afin d’avoir des éléments d’appréciation de la profondeur d’apparition du substrat rocheux. La démarche pourrait déboucher sur la réalisation d’une campagne de carottages systématiques visant à élaborer un modèle stratigraphique des dépôts quaternaires, au travers d’analyses paléoenvironnementales (malacologie, sédimentologie…) couplées à des datations radiométriques.

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Bibliographie

Raja P., Rousseau J., Arthuis R. 2015 : Bretignolles-sur-Mer, Vendée, « La Normandelière ». Projet de Port : le chenal, rapport final d’opération archéologique, Inrap, Direction Scientifique et Technique, Service des activités subaquatiques, 164 p.

Rousseau J. (dir.), Arthuis R., Grasset N., Ricard B. avec la collab. de Bobet M., Bryand J.-M., Forré P. 2015 : Pays-de-la-Loire, Vendée, Bretignolles-sur-Mer, La Normandelière, rapport final d’opération archéologique, Inrap Grand Ouest, 305 p.

Vigneau T., Du Gardin C., Papon-Taraud J., Taraud T. 2016 : Bretignolles-sur-Mer, Vendée, Pays-de-la-Loire : La Parée, Le Marais Girard, La Normandelière (EA 85 035 0002, EA 85 035 0030), rapport d’opération archéologique sous-marine, Conseil départemental de la Vendée, 94 p.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Le Marais Girard : empreintes de sabots d’ovicapridés à la surface d’un sol organique subboréal
Crédits DAO : T. Vigneau (Conseil départemental de la Vendée).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/133954/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 570k
Titre Fig. 2 – Le Marais Girard : interprétation chronostratigraphique des dépôts quaternaires du haut de l’estran
Crédits DAO : T. Vigneau (Conseil départemental de la Vendée).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/133954/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 631k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Vigneau, « Bretignolles-sur-Mer – Les plages de la Parée et du Marais Girard » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 18 janvier 2023, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/133954

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Auteur

Thomas Vigneau

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Thomas Vigneau

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