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2015
Littoral du Languedoc-Roussillon

Au large de Collioure – L’épandage de tuiles antiques de la pointe des Reguers, épave les Batteries 1 (EA 3881)

Sondage (2015)
Responsable d’opération : Franck Brechon
Notice rédigée avec Emmanuel Nantet

Entrées d’index

Année de l'opération :

2015

Numéro d’opération :

302632

Nature de l'opération :

opération de diagnostic
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Association pour les recherches sous-marines en Roussillon

Texte intégral

  • 1 Numéro Drassm : 07/92 ; numéro Affaires Maritimes : 01/92.

1L’Aresmar a conduit durant l’été 2015 une opération d’expertise d’un gisement archéologique sous-marin situé face à Collioure. Cette opération a été conduite sur un site présentant un épandage de tuiles antiques déclaré en 19981. Cet épandage est situé entre Collioure et Port-Vendres, au débouché nord de l’Anse des Reguers, par 5 à 8 m de fond.

2L’opération conduite en 2015 visait à répondre à deux niveaux de préoccupation. Le premier niveau, relevant de l’expertise pure, souhaitait d’abord déterminer la nature du site lui-même, à cerner sa datation, et enfin à cerner son état de conservation.

3Le second niveau de préoccupation découlait de problématiques scientifiques liées à la présence éventuelle d’une épave chargée de tuiles antiques (tegulae et imbrices). Numériquement rares, il n’en a jamais été découvert sur le littoral languedocien ou catalan, et elles posent de nombreuses questions sur leur chargement et sur le commerce des matériaux de construction.

Résultats des sondages

4Après une prospection visuelle serrée, il est apparu que l’épandage couvre une surface de 15 m de longueur dans le sens nord-sud et de 30 m environ dans le sens est-ouest, et qu’il s’étage sur le flanc est de la baie des Reguers, entre 5 et 7 m de profondeur environ (fig. 1). Le site est marqué par un double pendage en direction du nord, et en direction de l’ouest. Six sondages ont été implantés sur la zone de forte concentration en tuiles, de manière à quadriller l’ensemble de l’espace ou presque. Les sondages, selon la tenue du substrat mesurent 1 m par 1,5 m au moins et 2 m par 2 m au plus (fig. 2). Les sondages 1 et 2 présentent une similitude complète et peuvent être décrits conjointement. Ils ont livré un niveau sableux/caillouteux mêlé à de la matte morte ou vivante selon les secteurs (US1) reposant sur une couche compacte de blocs solidement enchâssés dans du sable et des cailloux, sans matte (US2).

Fig. 1 – Localisation de l’épandage de tuiles dans l’anse des Reguers

Fig. 1 – Localisation de l’épandage de tuiles dans l’anse des Reguers

Cliché : Google Maps et bathymétrie DocoB Natura 2000 « herbiers de la Côte des Albères ».

Fig. 2 – Localisation des sondages 1 à 6 et des coupes A-A’ et B-B’

Fig. 2 – Localisation des sondages 1 à 6 et des coupes A-A’ et B-B’

5Le sondage 3 a été implanté à l’ouest des précédents. Il s’est avéré stérile et n’a livré qu’une couche de vase sableuse comportant des déchets contemporains sur toute son épaisseur. Les sondages 4 et 5 présentent une similitude complète et peuvent être présentés conjointement, comme les sondages 1 et 2. Ils sont situés au nord de l’épandage sur un fond marin de 5 m environ. Ils ont été implantés en raison de la présence de plusieurs tuiles encore enchâssées dans le substrat et n’apparaissant que partiellement. Ils ont révélé un niveau de sable et de cailloutis mêlé à une forte densité de matte de posidonies (US1) d’une épaisseur de 15 à 20 cm reposant sur une couche comparable dans sa composition lithique, mais comportant peu ou pas de matte (US2), dont l’épaisseur varie elle aussi de 10 à 20 cm. L’US inférieure est composée de gros blocs de schiste solidement enchâssés dans un cailloutis plus fin (US3).

6Le sondage 6 est implanté à l’est de l’épandage, au sommet de la pente, sur une profondeur de 5 m. Il a livré trois US comparables à celles des sondages 4 et 5, mais aucun mobilier archéologique et s’est avéré totalement stérile sur les 50 cm de profondeur fouillés.

7Outre les tuiles découvertes dans les sondages, une collecte systématique de l’ensemble des terres cuites architecturales épandues a été réalisée ce qui porte le nombre de fragments plus ou moins conséquents mais tous significatifs à 104 au total, accompagnés de 13 fragments d’amphores très roulés.

Un épandage de tuiles sans épave

8Il ressort donc que les sondages n’ont pas livré d’éléments archéologiques en place, épave ou cargaison, mais uniquement des produits d’épandage charriés par la mer un temps avant leur enfouissement. La concentration des tuiles découvertes dans les sondages 4 et 5, qui se raréfie au niveau des sondages 1 et 2, laisse penser à l’immersion d’un lot de tegulae et d’imbrices dans le secteur nord-est de la zone d’épandage, qui a ensuite été déplacé progressivement par la mer en direction du sud. Les sondages 3, presque stérile, et 6, totalement stérile sont situés en limite ou hors de la zone d’épandage.

9L’absence de tout autre élément hormis ces tuiles et quelques fragments d’amphores pouvant constituer une cargaison, ou une partie de cargaison d’un navire, interroge sur son origine : est-ce le vestige d’un naufrage sans que le navire ne se soit conservé ? S’agit-il d’un rejet de bord ? Aucun élément ne permet de répondre de manière affirmative à ces questions.

10L’étude des tuiles prend donc tout son sens, étant considérées comme les seuls vestiges d’un probable transport de matériaux de construction.

Un lot de tuiles homogène

11Les cent quatre tegulae, imbrices ou fragments plus ou moins conséquents, mais toujours significatifs, ont été systématiquement enregistrés et mesurés afin de tenter une étude morphologique et métrologique.

12Il ressort d’abord que l’ensemble des tuiles retrouvées n’a pas été mis en œuvre sur une toiture, en témoigne l’absence de mortier de scellement qui subsiste sur la périphérie des tuiles ayant été posées.

Les tegulae

13Cent quatre tegulae entières ou fragments de tegulae ont été découverts. Au-delà de quelques variantes mineures de dimensions et de facture, elles appartiennent toutes au même lot et proviennent à l’évidence du même atelier (fig. 3).

14Les principales caractéristiques des tegulae sont les suivantes :

  • dimensions : 540 mm x 405 mm, sans variation ;
  • poids : de 11,5 à 12 kg pièce ;
  • rebord : exclusivement de type carré d’une hauteur de 50 mm ;
  • encoches avant de type «carré » formées au couteau d’une longueur moyenne de 70 à 80 mm ;
  • absence d’estampilles mais tracés digités en arc de cercle en appui sur le bord avant (quatre tracés concentriques) généralisés, avec parfois la présence d’un V au centre du bord avant.

Fig. 3 – Tegula T5

Fig. 3 – Tegula T5

Les tuiles spécifiques

15Les sondages n’ont livré aucune tuile spécifique correspondant à un modèle connu (opaïon, lucarne, faîtière) à l’exception d’une tegula en quart de cercle qui semble pouvoir être utilisée pour couvrir une toiture circulaire (tour ?) en prenant place à la périphérie inférieure du toit.

Les imbrices

16Le site des Reguers a livré plusieurs fragments d’imbrices plus ou moins conséquents, dont deux permettant une approche métrologique. L’imbrex T10 (fig. 4), quasiment entier, mesure 485 mm de longueur pour 165 mm d’ouverture à l’avant et 94 mm seulement à l’arrière. Il apparaît donc que l’ouverture des imbrices augmente d’arrière vers l’avant, ce qui est nécessaire afin de permettre leur emboîtement correct lors de leur mise en œuvre.

Fig. 4 – Imbrex T10

Fig. 4 – Imbrex T10

Une cargaison de tuiles

17Étant donné la grande homogénéité des tuiles découvertes, il est possible de penser qu’elles constituaient une cargaison à part entière. L’origine de cette cargaison est complexe à déterminer : l’absence d’estampille ou de caractéristiques propres à un atelier donné ne permet pas de définir la région de production des tuiles. Néanmoins, un travail de comparaison à l’échelle régionale permet de cerner des ateliers potentiels. À l’issue de ce tour d’horizon des principaux ateliers tuiliers catalans, il ressort que les tegulae mises au jour à Collioure présentent des similitudes fortes avec celles produites à Llafranc jusqu’au ive s. de notre ère. Cet atelier ne fonctionne pas dans un contexte domanial, mais urbain. Il est implanté en lisière d’un vicus et se trouve quasiment sur la plage. Cette localisation devait sans doute être très favorable à l’écoulement des productions par la voie maritime. Seule l’analyse des pâtes lancée prochainement permettra d’apporter des éléments de confirmation en la matière.

Esquisse de chronotypologie

18Les seuls éléments de datation disponibles sont les tuiles elles-mêmes, avec toutes les incertitudes qui peuvent subsister autour des chronotypologies établies. En effet, les chronotypologies manquent globalement pour la Narbonnaise et se concentrent surtout dans le Centre-Est de la France.

19Le critère de longueur pourrait être lu comme le marqueur d’une datation tardive (iiie-ve s.). La forme du rebord, carrée, correspond aussi manifestement à des tegulae tardives. À cette forme de rebord et à ces dimensions, il faut associer une encoche avant qui est « couverte », c’est-à-dire qui n’entaille pas le bord de manière droite sur toute sa hauteur, forme qui disparaît dans le courant du iiie s. Ce type doit être placé au cours des iiie et ive s.

20Les données métrologiques et typologiques sont toujours délicates à manipuler pour en extraire une chronologie, tout particulièrement en l’absence de références locales nombreuses. Il n’en demeure pas moins que les différents indicateurs semblent concorder pour suggérer une datation assez basse dans l’Antiquité, sans doute aux iiie ou ive s.

21L’opération engagée en 2015 sur le site de l’Anse des Reguers visait avant tout à réaliser une expertise des vestiges, à en proposer une datation et à en analyser l’état de conservation. L’opération confirme la forte probabilité que le site se limite aujourd’hui à un épandage de tuiles antiques d’une surface de 45 m par 35 m. Nous n’avons pas pu déterminer l’origine de cet épandage, lié soit au rejet en mer d’une cargaison de tuiles, soit au naufrage d’un navire dont il ne subsisterait aucun élément de coque.

22Seule l’étude chronotypologique des tegulae permet de proposer une datation assez tardive et large, entre les iiie et ve s. Cependant, la datation que nous soumettons doit être considérée avec une grande prudence, car elle repose sur des chrono-types extérieurs à la région et assez rares.

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Notes

1 Numéro Drassm : 07/92 ; numéro Affaires Maritimes : 01/92.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Localisation de l’épandage de tuiles dans l’anse des Reguers
Crédits Cliché : Google Maps et bathymétrie DocoB Natura 2000 « herbiers de la Côte des Albères ».
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/134870/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 653k
Titre Fig. 2 – Localisation des sondages 1 à 6 et des coupes A-A’ et B-B’
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/134870/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 365k
Titre Fig. 3 – Tegula T5
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/134870/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 125k
Titre Fig. 4 – Imbrex T10
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/134870/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 156k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Franck Brechon, Emmanuel Nantet, « Au large de Collioure – L’épandage de tuiles antiques de la pointe des Reguers, épave les Batteries 1 (EA 3881) » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 04 mars 2023, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/134870

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Auteurs

Franck Brechon

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Responsable d’opération

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