Navigation – Plan du site

AccueilRégionsDomaine public maritime2015Littoral du Var et des Alpes-Mari...Au large de Hyères-les-Palmiers –...

2015
Littoral du Var et des Alpes-Maritimes

Au large de Hyères-les-Palmiers – L’épave Mèdes 6 (EA 2172)

Fouille programmée (2015)
Responsable d’opération : Jean-Yves Formentin
Notice rédigée avec Alex Sabastia

Entrées d’index

Année de l'opération :

2015

Numéro d’opération :

302693

Nature de l'opération :

fouille programmée
Haut de page

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Club de plongée IERO

Texte intégral

  • 3 Une étude préliminaire de l’épave a été réalisée en 2015 dans le cadre d’un mémoire de Master à Aix (...)

1La campagne 2015 de fouille programmée sur l’épave Mèdes 6 a été menée du 12 au 24 novembre sous la direction de J.-Y. Formentin (club de plongée IERO). Cette épave, qui gît par 44 m de fond en rade d’Hyères, a été découverte en 2010, a fait l’objet d’un sondage en 2013 et d’une campagne de fouille en 2014 (Formentin 2014)3.

Datation et mobilier de bord

2En 2014, nous avons pu attribuer les quelques fragments de céramique découverts sur le fond de la coque à la dotation de bord du navire. Il s’agit de céramiques d’origine italienne, comprenant un plat en campanienne A de forme M.2255f, une coupe de forme M.2954a/Lamb. 31b, et de la céramique culinaire rouge Pompéienne 1. Ce lot est complété par de la vaisselle culinaire locale, présentant des traces de feu. L’ensemble de ce mobilier date de la fin du iie s. au début du ier s. av. J.-C. et confirme donc la datation du gisement proposée sur la base de l’étude du chargement d’amphores. L’identification et la datation de ce mobilier ont été possibles grâce à l’aide qui nous a été apportée par L. Cavassa (assistante ingénieur, céramologue, CNRS/CCJ) et F. Cibecchini (Drassm).

3En 2015, d’autres fragments de céramique ont été découverts. Leur étude, en cours, permettra de voir s’il s’agit de tessons pouvant appartenir à des formes déjà identifiées.

Description des vestiges de l’épave

4Globalement en mauvais état de conservation, les vestiges mis au jour comprennent un fragment de quille (ou de brion), trois membrures et deux virures à l’est et à l’ouest de l’axe longitudinal (fig. 1).

Fig. 1 – Planimétrie des vestiges dégagés en 2014 et 2015

Fig. 1 – Planimétrie des vestiges dégagés en 2014 et 2015

DAO : A. Sabastia.

5La portion de quille est conservée sur une longueur de 1,8 m. Elle est large de 11,5 cm et haute de 13,5 cm. Sa section longitudinale est courbe, la pièce se redressant vers son extrémité sud. L’angle entre la face supérieure et les flancs comportent des râblures afin de permettre l’insertion des bordés. Ces râblures sont hautes de 3,7 cm et profondes de 2,5 cm. Il s’agit, probablement, d’un fragment de brion d’extrémité.

6Les galbords et ribords est et ouest sont conservés. La largeur maximale des bordages est de 14 cm, et leur épaisseur maximale, de 2,5 cm. Les planches de bordé sont assemblées entre elles au moyen de tenons insérés dans des mortaises et verrouillées par des chevilles espacées de 16 cm. Le bordé est assemblé sur la quille au moyen de tenons chevillés dans des mortaises et dans la râblure par des clous en fer (tige de section carré de 0,5 cm) enfoncés perpendiculairement à la quille. L’espacement entre ces derniers se resserre en direction de l’extrémité sud du navire, passant de 12 à 7 cm.

7Les membrures mises au jour en 2015 sont deux varangues (M100 et M101) et une paire de demi-couples (M102E et M102W). La maille augmente progressivement en direction de l’extrémité sud du navire, passant de 16,5 cm entre M103 et M102, à 29 cm entre M102 et M101 puis 33,5 cm entre M101 et M100. Les demi-couples mesurent 6 à 6,5 cm de hauteur et 5 à 5,5 cm de largeur. La varangue M101, seule des deux bien conservée, mesure 27 cm de haut dans sa partie centrale et 7,5 cm de haut au niveau des branches. La largeur est de 7 cm. L’assemblage des membrures sur le bordé est réalisé au moyen de gournables, parfois traversées de clous et de ligatures passant à mi-bois dans les membrures, verrouillées par des chevilles, comme cela avait identifié en 2014. Cette particularité a été observée sur la membrure M105, lors du prélèvement xylologique. Elle n’avait pas été vue en 2014.

8Le dos de la membrure M103, que nous avons réexaminé en 2015, présente la trace de deux clous, situés au niveau de l’axe de la quille. Ces deux clous ne peuvent pas avoir été employés pour assembler la membrure sur le bordé. Il s’agit donc d’assemblages ayant servi à fixer une carlingue ou une serre sur les membrures.

Estimation des dimensions

9Afin d’estimer les dimensions d’origine de l’épave, nous nous sommes fondés à la fois sur la quantité d’amphores découvertes en 2010 et prélevées en 2011 (pas plus d’une centaine) et sur l’échantillonnage des pièces d’architecture du navire. Les comparaisons archéologiques fondées sur ces données avaient conduit à estimer que le navire mesurait une dizaine de mètres de long, pour 3 à 4 m de large (Sabastia 2015, p. 58). L’identification de l’extrémité du navire nous conduit à revoir cette hypothèse légèrement à la hausse. Néanmoins les dimensions de la quille confirment bien que l’épave correspond à une petite embarcation, probablement de l’ordre d’une douzaine de mètres de longueur.

Interprétation et conclusion

10Un sondage et deux campagnes de fouilles ont eu lieu sur l’épave. À l’issue de ces opérations, il nous est possible de préciser certaines caractéristiques de la construction du navire. La portion de coque fouillée correspond à l’extrémité d’un navire vraisemblablement construit selon une conception longitudinale sur bordé et des procédés de type bordé premier (Pomey, Rieth 2005, p. 29-31).

11La forme du fond de la coque, que nous avions identifiée, en 2014, comme étant à retour de galbord, ne peut pas être définie avec certitude. En effet, la section de coque fouillée correspond à l’extrémité du navire et non pas au maître couple. La présence de varangues triangulaires est déterminée par le pincement des formes du navire dans cette zone. Seules de nouvelles recherches, vers le nord, permettront d’observer si cette caractéristique se conserve au niveau du maître-couple, ou si le fond de carène présente une forme plus arrondie ou aplatie.

12Les bordés sont assemblés à franc bord à l’aide de tenons chevillés dans des mortaises. La membrure est constituée d’une alternance de varangues et de demi-couples, à l’exception de la partie sud de l’épave, où deux varangues se succèdent au niveau de la fermeture de la forme de la coque. À ce niveau, la quille (le brion) est râblurée afin de permettre l’insertion des extrémités des virures et leur fixation à l’aide de clous.

13L’assemblage des membrures au bordé, à l’aide de gournables simples parfois traversées par des clous, mais aussi à l’aide de ligatures internes est une caractéristique particulière, qui rapproche l’épave Mèdes 6 du corpus des navires à membrures ligaturées du nord-ouest de la Méditerranée.

  • 4 Ce corpus d’épaves a été mis en évidence en 2002 par P. Pomey. Il a été analysé en 2005 dans les th (...)

14Cet ensemble est constitué de 16 épaves, réparties sur une chronologie de cinq siècles, et sur une zone géographique allant de l’Espagne à la Corse4. Somme toute, cet ensemble est de taille réduite compte tenu du grand nombre d’épaves antiques découvertes dans ce secteur géographique (en 1992, A. Parker recensait déjà 428 épaves en Italie, 282 épaves en France et 134 épaves en Espagne (Parker 1992, p. 7). En comparaison, les 16 épaves de notre corpus forment donc un petit ensemble. Même si l’on prend en compte les éventuelles épaves pour lesquels ce type d’assemblage n’aurait pas été vu ou compris, il n’en reste pas moins que l’utilisation de l’assemblage des membrures par ligatures internes ne semble pas être très répandu.

15Si l’origine de la technique d’assemblage par ligatures internes demeure encore incertaine, l’analyse du corpus permet de mettre en évidence deux groupes de navires, différents de par leur taille, leur forme et le contexte de leur naufrage.

16Le premier ensemble, que l’on peut qualifier de fluvio-maritime, regroupe les épaves SM24, SM2, Baie de l’Amitié et Cap del Vol. Ce sont des épaves de dimensions moyennes, aux alentours des 20 m de longueur, peut-être plus, comme en témoigne l’importante cargaison de l’épave SM24, évaluée à une centaine de tonnes et composée, principalement, de barres de fer.

17Les autres épaves du corpus en bon état de conservation (Tour Fondue, Jeaume Garde B, Cavalière, Roche Fourras, Dramont C, Cap Béar 3, Plane 1, Barthélémy B, Perduto 1) présentent quant à elles toutes les caractéristiques d’embarcations de transport côtier. En outre, toutes les épaves étudiées se rapportent à des navires de faibles dimensions, de l’ordre des 10-15 m de longueur, manœuvrant à la voile.

18L’épave Mèdes 6 s’intègre parfaitement dans ce dernier ensemble qui regroupe des caboteurs ayant pour espace de navigation la zone nord-occidentale de la Méditerranée, avec, dans le cas de l’épave, une spécificité encore plus locale puisque ce navire transportait des matériaux de construction (des tuiles) certainement destinés à un chantier situé non loin de leur zone de production (Joncheray, Joncheray 2004). D’autres, comme la Tour Fondue, effectuaient des trajets de redistribution régionale (Dangreaux et al. 2012, p. 32). Enfin le navire Perduto 1, évoluait peut-être dans une plus grande zone, entre la Corse, la Sardaigne et l’Italie.

Haut de page

Notes

3 Une étude préliminaire de l’épave a été réalisée en 2015 dans le cadre d’un mémoire de Master à Aix-Marseille Université par A. Sabastia.

4 Ce corpus d’épaves a été mis en évidence en 2002 par P. Pomey. Il a été analysé en 2005 dans les thèses de S. Marlier et S. Wicha. Enfin, en 2015, dans le cadre d’un mémoire de Master à l’université Aix-Marseille, A. Sabastia s’est penché nouvellement sur la question en intégrant les données issues de la fouille de l’épave Mèdes 6.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Planimétrie des vestiges dégagés en 2014 et 2015
Crédits DAO : A. Sabastia.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135065/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 397k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Yves Formentin, Alex Sabastia, « Au large de Hyères-les-Palmiers – L’épave Mèdes 6 (EA 2172) » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 04 mars 2023, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/135065

Haut de page

Auteurs

Alex Sabastia

Articles du même auteur

Jean-Yves Formentin

Club de plongée IERO

Articles du même auteur

Haut de page

Responsable d’opération

Jean-Yves Formentin

Club de plongée IERO

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search