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2015
Littoral de Mayotte

Koungou – Falaise de la plage Ylang-Ylang

Étude stratigraphique et sondage (2015)
Responsable d’opération : Michaël Rakotozonia
Notice rédigée avec Sébastien Guillon

Entrées d’index

Année de l'opération :

2015

Numéro d’opération :

302885

Chronologie :

époque médiévale

Nature de l'opération :

opération de diagnostic
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Texte intégral

1En prospectant sur les plages de Mayotte, dans les vasières et les forêts, on découvre assez régulièrement des fragments de tessons de céramiques. En fonction de leur concentration en un même lieu, on peut estimer l’éventuelle présence d’un site archéologique. Reste alors à découvrir des vestiges d’habitation (ce qui n’a encore jamais été vraiment révélé) ou des traces d’aménagements funéraires. Il existe sur l’île, en matière de céramique, quelques décors caractéristiques ornant la vaisselle de base : impressions de coquillages dits arca, vaguelettes, créneaux, décors peignés, punctiformes, engobe rouge, enduit graphité, etc. Nous avons au moins une dizaine de pâtes différentes, témoignant de provenances variées (ateliers locaux ou étrangers) et des formes simples récurrentes qu’il devrait être possible d’assez vite répertorier et classifier. Malheureusement, en matière de datation, nous restons dans l’incertitude. La raison ? Un manque cruel de travaux sur le terrain. Le site le plus exploité à Mayotte fut, ces dernières décennies, Dembéni. Il attire sur lui l’attention car il contient une forte quantité de céramiques d’importation venues du Golfe Persique, d’Inde, de la vaisselle malgache et chinoise. Il est clair que cela comporte un intérêt majeur pour les relations entre les Comores et le reste du système monde via les transferts dans l’océan Indien. Toutefois, à Dembéni, la très grande majorité du matériel provient d’un immense dépotoir où tout se mélange allègrement, rendant presque impossible une étude stratigraphique cohérente. Le reste du site est, pour l’heure, très décevant et ne parvient pas à fournir des informations satisfaisantes.

2Nous avons donc à Mayotte plusieurs variétés de céramiques dites locales que nous ne pouvons dater qu’en fonction des importations retrouvées à Dembéni. Et encore, tout cela reste mal documenté. Le meilleur moyen pour nous d’apporter la lumière sur la céramique mahoraise était d’organiser une étude stratigraphique sur une zone possédant un maximum de niveaux archéologiques. Ainsi, nous espérions exhumer une grande quantité de matériel et le dater précisément par le radiocarbone avec les niveaux associés.

3Koungou nous a tout de suite paru être le site le plus approprié : le flanc de cette falaise renfermait à lui seul le niveau estimé comme étant le plus ancien de l’île, plusieurs niveaux intermédiaires, des phases d’abandon, de reprise. Il est toujours occupé aujourd’hui. En clair, nous avions à disposition toute l’histoire de Mayotte à portée de main. Il suffisait de redresser cette coupe naturelle et d’en faire une lecture attentive, de compiler de manière rationnelle le matériel extrait, niveau par niveau, en étant le plus méticuleux possible, de prélever des charbons de bois, de la cendre, des coquilles marines, des ossements... Dans un second temps, les analyses parleraient. Cette opération, sur le terrain, pouvait être réalisée par un groupe limité de personnes habituées aux chantiers archéologiques, en un minimum de temps, pour un coût presque nul.

4Il était en outre possible de vérifier si le niveau primitif se limitait à une zone bien précise ou s’il s’étendait ailleurs, d’en estimer les limites géographiques, l’épaisseur, l’importance, voire même la nature. Enfin, l’un des membres de l’équipe étant un spécialiste en palynologie, nous pouvions en profiter pour effectuer des prélèvements polliniques dans les différentes couches sédimentaires, prélèvements qui pourraient documenter dans un premier temps l’évolution des dynamiques végétales du site, deuxièmement les conditions climatiques locales et enfin l’histoire des espèces végétales introduites.

Déroulement de l’opération

5La mission a débuté le 20 juillet 2015. Munis d’un véhicule 4 x 4 personnel, les deux membres de l’équipe, Sébastien Guillon et Michaël Rakotozonia, ont tout d’abord récupéré le matériel de fouille dans les locaux de la Direction des Affaires culturelles à Mamoudzou. Une fois sur la plage de Koungou, un périmètre de sécurité a été établi autour de la zone de travaux. La population du quartier a été informée et sensibilisée afin de garantir un déroulement sans accros. En effet, cette partie de la ville est habitée majoritairement de Comoriens clandestins qui auraient pu se sentir menacés par une présence invasive venue de l’extérieur. Il fallait rassurer tout le monde sur nos intentions. Les 20, 21 et 22 juillet, une coupe nette verticale a été réalisée dans le flanc de la falaise sur une longueur de plus de 10 m et une hauteur de 5 m. Il nous a fallu rentrer de plus de 2 m dans le corps de la falaise avant de laisser apparaître les niveaux archéologiques en place, non bouleversés par les éboulements venus des parties hautes. Cela fut réalisé à la pioche, au pic, au triangle de carreleur, à la truelle et bien entendu à la pelle pour évacuer les énormes amoncellements de terre générés. Pour travailler sur les parties hautes, nous avons utilisé une échelle de fortune, prêtée gracieusement par l’une des habitantes du quartier, car la Dac n’en comptait aucune dans son équipement. Durant cette phase de rafraîchissement, on ne comptabilisa quasiment aucun tesson. Le matériel appartenait à l’ère du plastique et de la canette métallique. Une fois la falaise redressée et les niveaux archéologiques bien visibles en coupe, nous avons pris le parti de démonter une à une les couches en les fouillant depuis le haut, comme pour une fouille conventionnelle, mais sur une surface très réduite (20 cm de largeur), le temps jouant cruellement en notre défaveur. Grâce à cette méthode, nous avons pu mettre en évidence des sols d’occupations, présentant à leur surface des fragments de céramiques, des charbons de bois, des coquilles marines, des ossements calcinés. Les couches ont été numérotées scrupuleusement et le matériel collecté et étiqueté. Chaque fois que cela fut possible, nous avons prélevé des charbons de bois et des coquilles marines pour de futures études en laboratoire (datation par le radiocarbone, étude de la malacofaune). Dans chaque US, un prélèvement systématique des sédiments a été réalisé afin de pouvoir réaliser une étude sédimentaire fine et de pouvoir récupérer au tamisage, puis au tri, de nouveaux éléments à dater. Bien entendu, des clichés de fouille ont été réalisés. La totalité des prélèvements et du matériel de fouille fut déposée à la Dac le soir du 22 juillet 2015, de même que les photos prises durant la mission. Durant la deuxième session, entre le 18 et le 22 août 2015, le processus fut approximativement le même : utilisation d’un véhicule personnel, retrait du matériel de fouille à la Dac à son ouverture. Malheureusement, la mission archéologique de Dembéni étant alors en cours au même moment, nous héritâmes du strict minimum en matière de matériel (quelques outils et cordages, du matériel de dessin et une lunette de chantier). Les deux premiers jours, nous avons rafraîchi la coupe à grand peine (sans échelle), nous avons quelque peu élargi ses limites afin de voir jusqu’où pouvait s’étendre le niveau primitif.

6Son aspect n’a eu de cesse de nous surprendre. Les deux jours suivants, nous avons pris toutes les altitudes à la lunette de chantier et réalisé le dessin de la stratigraphie. La nature de chaque couche a été scrupuleusement décrite. La mission a été clôturée le 22 août, et nous y retournons régulièrement afin de nous assurer que la coupe n’a pas été endommagée. Belle surprise, la population du quartier commence à la voir comme un témoin de son lointain passé et, afin de la protéger, glisse dans les multiples anfractuosités de petits papiers enroulés supportant des versets du Coran. La coupe fait désormais partie du paysage de Koungou et représente, à ciel ouvert, la lecture tangible du passé. Les enfants s’amusent à ses abords mais défendent quiconque d’y toucher. Pour l’instant du moins...

Le contexte sédimentaire

7Grâce au travail de redressage et de nettoyage réalisé au cours de cette mission, une coupe stratigraphique d’environ 5 m de large et 5 m de hauteur a pu être relevée (fig. 1). Au sein de cette accumulation sédimentaire nous avons pu mettre en évidence 12 faciès sédimentaires différents numérotés en US. Pour le moment et dans l’attente d’analyses supplémentaires, trois d’entre-elles ont été identifiées comme d’origine anthropique (US 6, 7 et 8). Le reste du comblement apparaît comme une succession de dépôts marins, alluviaux et colluvionnaires.

Fig. 1 – Coupe stratigraphique du site de Koungou

Fig. 1 – Coupe stratigraphique du site de Koungou

Cliché : M. Rakotozonia.

8L’étude stratigraphique s’est limitée à une description sédimentaire des dépôts et à un échantillonnage qui nous permettra par la suite de réaliser une analyse plus fine en terme notamment de granulométrie. Ces prélèvements nous permettront également de réaliser après tamisage et tri des études sur la malacofaune et la microfaune (foraminifères, ostracodes). De plus, afin de réaliser les futures analyses polliniques et documenter la dynamique végétale associée à ces dépôts, un prélèvement dans chacune des US a été réalisé. La coupe stratigraphique est juste au-dessus du niveau marin actuel et reste pour le moment émergée à marée haute (fig. 2).

9Seule une forte houle peut venir occasionnellement saper quelques centimètres des niveaux les plus anciens.

10Les altitudes de la coupe ont été converties en mètres relatifs au niveau zéro des cartes marines (Shom 1953).

11On se situe à la base à environ 1,5 m au-dessus du zéro hydrographique. Les niveaux anthropiques ont été quant à eux identifiés entre + 3 et + 4 m. Les dépôts les plus récents culminent à environ + 7 m.

Description des unités sédimentaires

Fig. 2 – Relevé de la coupe stratigraphique du site de Koungou

Fig. 2 – Relevé de la coupe stratigraphique du site de Koungou

DAO : S. Guillon.

12US 1 : Ce faciès sableux de couleur jaune, d’environ 30 cm d’épaisseur sur le relevé, est en réalité plus puissant en terme de dépôt. En effet au pied la coupe nous nous situons sur le niveau de plage actuel dont le sable vient se caler contre l’US 1. Le dépôt est relativement homogène et les grains moyens. Il faut noter cependant la présence de plusieurs lentilles de limons argileux qui viennent s’intercaler et témoignent sans doute d’une dynamique sédimentaire alluviale. Cependant l’origine des sables jaunes de l’US 1 est encore difficile à définir. Il pourrait s’agir d’anciens niveaux de plage mais étant donné son altitude, il semblerait que l’on se situe bien au-dessus du niveau marin associé. Seule une étude conjointe de la microfaune et de l’évolution des vitesses de remontée marine holocène nous permettra de répondre à cette question.

13US 2 : Il s’agit de dépôts limono-argileux gris bleu à la structure massive.

14US 3 : Les dépôts de ce faciès sont également limono-argileux mais cette fois-ci de couleur plus brune. On y retrouve de nombreux débris rocheux.

15US 4 : Cette US qui fait environ 1 m d’épaisseur se compose de limons argileux avec quelques débris rocheux. Contrairement aux deux premières US, on retrouve au sein de ces limons quelques coquilles de bivalves marins de type bénitier. Ces coquilles ne témoignent pas d’un niveau marin et ont sans doute été transportées par des processus sédimentaires continentaux. Leurs présences témoignent donc d’un possible apport anthropique.

16US 5 : Cette US se compose de limons sableux gris brun qui semblent s’intercaler avec plusieurs niveaux dont l’US 4. Les processus sédimentaires qui sont à l’origine de leurs dépôts sont encore mal identifiés mais il semblerait que ces limons témoignent d’un apport alluvionnaire. Ce faciès se décline en plusieurs épisodes comme le montre les lentilles qui scindent l’US 4. Il pourrait ainsi s’agir de plusieurs épisodes de crues.

17US 6 : L’US 6 présente pour le moment le plus grand intérêt archéologique. En effet, ce dépôt d’environ 10 cm d’épaisseur se compose quasi essentiellement d’un lit de coquilles de type Cardium (bivalve marin) toutes ouvertes et déposées pour la plupart à plat (fig. 3). La matrice sédimentaire est limono-argileuse avec à l’intérieur de très nombreux débris charbonneux. Mêlés à ce dépôt très hétérogène de couleur noirâtre, nous avons retrouvé quelques tessons de céramiques, les plus anciens de la coupe stratigraphique (voir étude céramologique).

Fig. 3 – Lit coquillier anthropique de l’US 6

Fig. 3 – Lit coquillier anthropique de l’US 6

18US 7 : Ce faciès très hétérogène met en évidence un dépôt limono-sableux brun à coquilles éparses. À la base de celui-ci on retrouve sur quelques centimètres de nombreux charbons macroscopiques ainsi que de nombreux débris rocheux. Même si l’association coquilles-charbons-céramiques nous incite à voir une forte connexion entre l’US 6 et 7, il semblerait néanmoins que les deux niveaux n’appartiennent pas du tout au même faciès comme le montre le dépôt d’une lentille de limons sableux qui s’intercale entre les deux niveaux anthropiques. Néanmoins d’un point de vue sédimentaire, il est encore difficile de mettre en évidence la rapidité avec laquelle ces dépôts se sont accumulés.

19US 8 : Cette US correspond au troisième niveau anthropique de la coupe. Celle-ci se compose d’une matrice sédimentaire relativement hétérogène dans laquelle des limons sableux gris brun se mêlent à de nombreux débris charbonneux, quelques coquilles et plusieurs tessons de céramique. Ce dépôt est assez fin, puisqu’il ne dépasse pas les 10 cm d’épaisseur.

20US 9 : Ce faciès vient sceller les trois niveaux anthropiques qui se sont accumulés sur plus de 50 cm d’épaisseur. Les tessons disparaissent tout comme les coquilles marines et les lits de charbons. Ils laissent place à un dépôt sablo-argileux composé de nombreux débris rocheux.

21US 10 : Les dépôts de ce faciès se caractérisent par l’accumulation de sables moyens limoneux de couleur gris foncé et par la présence d’une épaisse lentille de sables argileux à charbons. L’épaisseur de cette US montre une augmentation de la puissance détritique.

22US 11 et 12 : L’US 11 se caractérise par le dépôt de sables moyens limoneux. Mais contrairement à l’US 10, ce nouveau faciès se caractérise par de gros débris rocheux. Enfin, ce dépôt est scellé par le niveau de sol actuel dont les horizons se sont développés sur environ 1 m d’épaisseur.

Étude céramique effectuée lors du redressement de la coupe sur le site de Koungou Ylang (août 2015)

23Dans la zone de la coupe réalisée, trois niveaux anthropiques furent repérés et isolés (US 6, 7 et 8).

24Le niveau le plus ancien (US 0) se présente comme une épaisse couche de cendre et de gros charbons contenant des ossements d’origine animale et des coquilles marines. Aucune céramique n’a été jusqu’alors collectée dans ce niveau.

25Les niveaux compris entre US 9 et US 12 (US 12 étant le niveau de surface bien trop haut pour être fouillé convenablement, voire carrément inaccessible par endroits) aucune céramique ne fut exhumée et l’analyse aurait mérité d’y être plus poussée. Sans trop s’avancer, nous pouvons affirmer qu’il s’agit aussi de niveaux anthropisés (quelques traces de charbon observées ponctuellement). Mais sans céramique exhumée in situ et sans trace incontestable, nous préférons rester très prudents.

Étude des niveaux anthropisés

26US 6 : L’US 6 correspond au niveau de coquilles visibles tout de suite en coupe dans la falaise, avant même que nous affinions la tâche. Ce type de niveau à coquilles marines se retrouve partout sur le site. On le retrouve sur la plage 2 où des tombes lui sont associées. On retrouve la même chose à Kangani où nous avons, là aussi, exhumé des tombes. Si l’on prospecte attentivement sur les plages de l’île, on peut presque systématiquement retrouver ce même type de niveau d’occupation. Reste à savoir si partout la production céramique, et donc la période, coïncident.

27En US 6, 50 éléments ont été exhumés et collectés. Parmi eux, nous n’avons qu’un seul tesson de grosse dimension (12 x 9 x 2 cm). On peut séparer ces 50 éléments en deux groupes distincts :

  • Quarante d’entre eux ont des caractéristiques si similaires de par leur facture, leur apparence et leur épaisseur qu’ils pourraient fort bien appartenir tous à une seule et même entité qui se serait brisée et répartie sur le niveau. N’oublions pas que nous n’avons fouillé à plat que sur une zone de 10 x 0,3 m au maximum, ce qui constitue une maigre surface. On ajoutera à ce groupe le gros fragment car il possède exactement les mêmes caractéristiques que les autres mais ne peut être rattaché à l’entité commune à la vue de ses fortes dimensions. Les caractéristiques de ce groupe sont une pâte grossière de couleur rouge brique virant vers le bordeaux. Le dégraissant est toujours minéral, se présentant sous la forme de grosses particules rouges, noires ou grises (parfois plus de 2 mm de diamètre). Cela ressemble presque à de la pierre volcanique (ferrique ou ferreuse) broyée. La cuisson a été complètement ratée : il suffit de laisser tremper cette céramique 2 mn dans l’eau pour la voir se déliter. Un engobe rouge a été posé sur les deux faces du contenant puis il a été lissé. Par endroits, cet engobe a brûlé lors de la cuisson, virant au noir. Un seul tesson de ce groupe porte un décor réalisé par impression d’un objet pointu (type stylet) formant une frise horizontale de marques cunéiformes. Cette frise doit être posée au niveau du col, non loin de la lèvre, si l’on en juge par la finesse du tesson.
  • Les 10 éléments restants sont de meilleure facture. La pâte semble être la même, avec les mêmes dégraissants minéraux. Eux aussi ont leur engobe rouge à l’intérieur et à l’extérieur. La seule chose qui change entre le premier et le second groupe tient dans la cuisson des objets. Le deuxième groupe contient des éléments bien cuits ce qui leur confère une véritable solidité, un aspect plus régulier et une bonne résistance à l’immersion. Parmi eux, on retrouve un profil qui, de plus, porte décor (fig. 4). La lèvre est travaillée en relief (type cordelette) et juste en dessous, séparée par un trait incisé horizontalement, nous trouvons une frise horizontale d’impressions de coquillages (arca). Les coquillages qui ont servi à la réalisation du décor sont justement ceux qui jonchent toute la surface du niveau et le caractérisent. Ce dernier exemplaire doit être remarqué pour le soin avec lequel il a été conçu.

Fig. 4 – Profil décoré avec lèvre en relief et frise d’impression de coquillages (US 6)

Fig. 4 – Profil décoré avec lèvre en relief et frise d’impression de coquillages (US 6)

28US 7 : L’US 7 se trouve directement au-dessus de l’US 6. Pour être clair, si US 6 est un sol jonché de coquilles marines, US 7 est le dépôt immédiat accolé à ce sol. Sur cette US, neuf éléments ont été exhumés. La pâte est rouge brique virant au bordeaux et d’aspect grossier. Le dégraissant est d’origine minérale avec de gros fragments rouges, noirs ou gris.

29Un engobe rouge lissé vient se poser sur les surface internes et externes. La facture est plutôt bonne dans l’ensemble. On reconnaît dans cette US exactement le même type de céramique que dans le second groupe de l’US 6. On pourrait parier sur une origine commune des gisements d’argile et de dégraissants minéraux volcaniques. À noter quand même la présence épisodique de grains de sable marin, faits de coquillages broyés et érodés. On note dans cette US un tesson portant décor (fig. 5). Par chance, il s’agit aussi d’une lèvre et on aurait presqu’un profil délicat. Le type de décor est une frise horizontale punctiforme sur le col.

Fig. 5 – Tesson avec décor de frise horizontale punctiforme sur le col (US 7)

Fig. 5 – Tesson avec décor de frise horizontale punctiforme sur le col (US 7)

30Le dégraissant est beaucoup plus fin. On y trouve aussi des particules brillantes, les mêmes que l’on peut trouver à Mayotte dans certains sables de plage. L’engobe est plus foncé que d’habitude, prenant presqu’une coloration marron. À première vue, nous dirions que ce changement est dû à la cuisson, d’une intensité inhabituelle. Il est clair que ce fragment appartenait à une céramique raffinée à laquelle on a accordé un traitement spécial.

31US 8 : L’US 8 semble être la dernière phase de la période d’occupation. Au-dessus d’elle, l’US 9 apparaît plus comme une phase d’abandon ou de déclin. Seize éléments ont été prélevés. Au niveau de la pâte, des inclusions, de la facture et de l’engobe, nous sommes exactement sur le même type qu’en US 7. La seule variation tient dans le décor : en effet, sur ces 16 éléments, trois présentaient des décors (fig. 6). Il s’agit cette fois de frises en dents de scie composées de lignes incisées parallèles. On peut observer, selon les cas, deux ou trois rangées de lignes.

Fig. 6 – Tesson avec décor de frises en dents de scie composées de lignes incisées parallèles (US 8)

Fig. 6 – Tesson avec décor de frises en dents de scie composées de lignes incisées parallèles (US 8)

Éléments prélevés lors de prospections en surface

32Les trouvailles étant relativement minces à l’intérieur de la coupe effectuée, nous nous sommes permis de ramasser du matériel hors contexte un peu partout sur le site. Et ce que nous avons collecté pourrait nous éviter d’avancer des absurdités hâtives à la vue de nos découvertes.

33Par exemple, on serait séduit par l’idée d’une amélioration de la technique au fil des décennies, ce qui expliquerait la céramique mal cuite de l’US 6 et les meilleures réalisations de l’US 8. On pourrait aussi croire à une évolution du décor, certains avec des points, d’autres avec des impressions d’arca, plus tard, des frises en dents de scie. Les découvertes de surface nous montrent qu’en réalité, ces différents types de décors étaient souvent associés sur une même poterie. Ainsi, on peut trouver la combinaison arca – dents de scie ou la combinaison frise arca – frise punctiforme.

34Nous avons ainsi trouvé un tesson très intéressant dans le corps même d’une tombe, sur l’autre plage de Koungou, rognée par les marées (fig. 7). Ce gros fragment de vase globulaire, qui devait contenir un dépôt funéraire, porte à la fois la frise punctiforme (avec exactement la même technique que le tesson exhumé en US 7) et la frise d’arca caractéristique de la période et associée aux nombreuses coquilles retrouvées sur toute l’étendue du site de Koungou. À noter : l’engobe n’a pas du tout vieilli de la même manière que sur les autres tessons retrouvés à Ylang. On sent qu’il a été en présence d’un milieu plus agressif, plus sableux, ce qui l’a fait jaunir et l’a oxydé.

Fig. 7 – Gros fragment de vase globulaire issu d’une tombe mise à jour par l’érosion due aux marées

Fig. 7 – Gros fragment de vase globulaire issu d’une tombe mise à jour par l’érosion due aux marées

Koungou, plage 2.

35D’autres fragments de céramique semblent nous dire que Koungou a été en activité à des périodes plus récentes que cette phase de l’arca et des tombes (US 6, 7 et 8). L’une des pièces ressemble soit au pied d’un vase allongé très raffiné, soit à une poignée de couvercle de marmite, selon dans quel sens on le tient. Le fait qu’il soit traversé par un vide dans le sens longitudinal devrait nous donner des informations supplémentaires quant à sa fonction. La pâte est très homogène, de couleur rose clair. Le dégraissant est d’origine minéral, extrêmement fin, presque sableux. La céramique a été cuite à très haute température dans un four bien aéré (atmosphère oxydante). Soit nous sommes là en présence d’une pièce relativement récente, soit nous sommes devant un objet issu d’une civilisation hautement avancée qui maîtrise les techniques de la céramique à la perfection et produit de manière industrielle (peut-être l’Irak Abbasside, la Perse Samanide ou l’Inde moghole).

36Nous avons aussi un gros fragment de vase en chloritoschiste typiquement malgache, preuve d’un contact privilégié avec la Grande Île.

37Sur une troisième plage, nommée Barakani, nous avons découvert deux tessons appartenant à une même céramique à surface lissée très bien réalisée. Le décor tient dans le fait qu’on a séparé les deux couleurs d’engobe par un trait incisé horizontal : d’un côté un engobe noir, de l’autre un engobe rouge vif. La facture est très soignée et demande une véritable maîtrise technique. Ce qui nous fait croire à une date plus récente. Nous sommes incapables, à ce stade, de savoir s’il agit d’une céramique d’importation ou locale.

38Enfin, nous exposerons ici un tesson portant un décor jusqu’alors inédit (fig. 8) : une frise de petites lignes verticales brisées. La qualité de la pâte est très médiocre, avec un dégraissant très grossier. Même l’engobe n’a pas été maîtrisé. Est-ce une preuve de son ancienneté ? Nous l’ignorons. Mais ce matériel avait sa place en conclusion de notre étude ne serait-ce qu’à cause de sa rareté.

Fig. 8 – Tesson portant une frise de petites lignes verticales brisées

Fig. 8 – Tesson portant une frise de petites lignes verticales brisées

Prospection de surface à Koungou, plage Ylang-Ylang.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Coupe stratigraphique du site de Koungou
Crédits Cliché : M. Rakotozonia.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-1.jpg
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Titre Fig. 2 – Relevé de la coupe stratigraphique du site de Koungou
Crédits DAO : S. Guillon.
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Titre Fig. 3 – Lit coquillier anthropique de l’US 6
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 348k
Titre Fig. 4 – Profil décoré avec lèvre en relief et frise d’impression de coquillages (US 6)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 417k
Titre Fig. 5 – Tesson avec décor de frise horizontale punctiforme sur le col (US 7)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 452k
Titre Fig. 6 – Tesson avec décor de frises en dents de scie composées de lignes incisées parallèles (US 8)
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 444k
Titre Fig. 7 – Gros fragment de vase globulaire issu d’une tombe mise à jour par l’érosion due aux marées
Légende Koungou, plage 2.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 548k
Titre Fig. 8 – Tesson portant une frise de petites lignes verticales brisées
Légende Prospection de surface à Koungou, plage Ylang-Ylang.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/135201/img-8.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Michaël Rakotozonia, Sébastien Guillon, « Koungou – Falaise de la plage Ylang-Ylang » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Domaine public maritime, mis en ligne le 04 mars 2023, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/135201

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Responsable d’opération

Michaël Rakotozonia

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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