1Le sondage sous-marin du lieu-dit Petite Poterie situé au Marin, en Martinique, a débuté le 16 juin 2014 pour une durée d’une semaine. L’opération, autorisée et soutenue scientifiquement par le Drassm, s’est déroulée conjointement à une fouille terrestre, dirigée depuis 2012 par David Ollivier (LA3M/AMU/CNRS). Ces opérations s’inscrivent à leur tour dans le programme collectif de recherche interrégional intitulé « Poteries des îles françaises de l’Amérique, productions locales et importées xviie-xixe s. ».
2La conduite de cette opération est motivée par la présence sur le site, de vestiges liés à la poterie Dalençon, signalée à la fin du xviiie s. par la carte de Moreau du Temple.
3C’est une étude inédite car la fouille de la poterie Dalençon est la première opération de ce type sur une poterie moderne en Martinique qui produit principalement des formes à sucre et des pots à mélasse pour les habitations sucreries de l’île.
4C’est en 2013, au cours de la fouille terrestre de la zone d’atelier et de stockage que les archéologues ont remarqué depuis la surface la présence d’un quai partant depuis la plage face aux vestiges de l’atelier (fig. 1).
Fig. 1 – Vestiges de la jetée partant depuis la plage
Cliché : D. Ollivier (LA3M).
5La campagne de sondages subaquatiques de 2014 a pour objectif la prospection de deux secteurs littoraux : le premier consiste à vérifier les fondations d’une jetée s’avançant dans la mer servant probablement à l’embarquement et au débarquement des marchandises ou des passagers. Le deuxième doit permettre de vérifier la présence de rejets à la sortie d’un marigot longeant les fours. La découverte anecdotique de quelques céramiques ne permet pas de conclure à l’hypothèse de rejets à la mer par voie d’eau. Ce secteur a été très vite abandonné au profit du premier.
Le sondage du quai
6Le quai dont l’aspect actuel est assez effondré, s’étend sur une distance de 25 m de long sur 5 m de large. Il est constitué d’alignements de roches noires, de roches plates claires et de formes à sucres plantées à l’envers dans le sol et parfois empilées par deux. Selon David Ollivier et Jacques Thiriot (LA3M, spécialiste des fours) nous pourrions être en présence d’un sous-bassement en pierre avec un coffrage de délimitation qui forme un quai rectangulaire encerclant les fameuses formes à sucres plantées et rempilées qui font elles même partie de la formation de la structure selon un mode de construction en chaînage (fig. 2 et 3).
Fig. 2 – Alignement de quatre formes à sucre (vidées) dans la zone des 20 m
Cliché : G. Lanoix.
Fig. 3 – Sondages du quai vus en plan
Relevés : G. Lanoix, L. Serra ; DAO : L. Serra (LA3M).
7L’emploi de ces jarres pouvait permettre de fixer la structure afin d’avoir un rôle de stabilisateur qui rappelle des techniques antiques où l’on utilise des amphores plantées plutôt que des pieux en bois. Un dépôt important de céramiques fragmentaires vient en comblement à l’intérieur des formes à sucre et entre les alignements, le tout formant une construction originale. Sur le dessus on pourrait imaginer du tout-venant tassé : de la terre et des pierres plates ou alors une passerelle en bois dont il ne subsisterait plus rien.
8La conduite de ce sondage a donc permis de découvrir un mode original de construction d’un quai en Martinique où les formes à sucres ont été détournées de leur usage courant pour servir de support de fondations. Ce sondage a permis également de mettre en évidence l’adaptation des bâtisseurs à leur environnement : d’une part, l’utilisation de pierres volcaniques à proximité du site et d’autre part, un mode totalement inédit de recyclage des déchets du four réutilisés comme comblement des fondations de la jetée.
9La construction du quai est de toute évidence liée à l’activité industrielle de la poterie qui écoule ses marchandises par la mer et probablement reçoit certaines de ses matières premières.
10Cette opération s’inscrit par conséquent dans la problématique des infrastructures littorales de la Martinique interprétées comme interfaces économiques. En effet, la fouille de la poterie Dalençon doit nous permettre d’améliorer nos connaissances sur l’organisation spatiale et structurelle d’une poterie dite industrielle en Martinique, en insistant sur la chaîne opératoire de la mise en œuvre jusqu’à l’écoulement des marchandises.