1La prospection inventaire menée en 2022 par la Société archéologique de Bron dans les communes de Courtenay, Soleymieu, Moras et Veyssilieu a eu pour objectif de compléter les données acquises depuis 2013 sur l’occupation protohistorique et antique de l’Isle Crémieu dans le Nord-Isère.
2Notre action s’est concentrée principalement sur la commune de Courtenay, dont la surface est supérieure au total des trois autres communes, avec un pourcentage de surface prospectée encore très faible. Les quatre communes sont comparées ci-dessous, en termes de surfaces prospectées hors bois, zones humides et prairies permanentes :
- Veyssilieu : 60 à 70 % ;
- Moras : 50 à 60 % ;
- Soleymieu : 40 à 50 % ;
- Courtenay : < 30 %.
3Ceci nous permet également de poursuivre la comparaison de l’occupation ancienne du cœur du plateau de l’Isle Crémieu avec sa zone périphérique. En dehors de Courtenay, cinq prospections ont été menées sur les trois autres communes sans qu’aucun indice archéologique n’y soit trouvé.
4Aussi, nous avons pu concentrer nos efforts sur la connaissance du territoire de Courtenay, aussi bien sa frange est et sud-est, que le cœur de la commune, sur le plateau de l’Isle Crémieu.
5D’une part, sept sites inédits ont été étudiés au cours de la campagne, et, d’autre part, de vastes surfaces vides de vestiges archéologiques apparents ont été cartographiés. La totalité des sites prospectés ont été datés de l’Antiquité gallo-romaine, bien que l’occupation de certains semble remonter à la fin du ier s. av. J.-C.
6À Courtenay, vingt-deux prospections réparties sur l’ensemble du territoire communal, ont été réalisées et ont permis l’étude de sept sites inédits évoqués précédemment. Trois d’entre elles ont été consacrées à la poursuite du carroyage du site des Moloz, découvert en 2021. Les conditions climatiques n’ont pas permis d’étudier la totalité du site, qui correspondrait à une vaste ferme, à la superficie estimée entre 1 000 et 1 500 m2, dont, approximativement, la moitié de la surface a été carroyée lors de la campagne 2022. Nous avons pu noter que, sur la partie carroyée, les zones de concentrations recouvrent celles des terres cuites architecturales, ce qui tend à démontrer la présence, à cet endroit, de la partie habitation de l’établissement. Le mobilier datant nous permet déjà d’envisager une occupation de la période augustéenne jusqu’au iiie s. La prospection 2023 permettra de mieux comprendre le fonctionnement de l’ensemble du site.
7Au lieu-dit Sous Côte Verse, on note une dispersion assez vaste (2 500 m2) de vestiges, pour une concentration de 600 m2, qui a livré des fragments de tegulae et d’imbrices, ainsi que de la céramique commune et un morceau d’amphore. L’ensemble pourrait correspondre aussi bien à un bâtiment agricole qu’à un habitat, sachant que sa position en lisière d’un bois ne permet pas, pour l’instant, d’étendre la prospection.
8Au lieu-dit Le Sarradin, une concentration de 300 m2 a livré des profils de tegulae ainsi qu’un fragment de meule en basalte vacuolaire, l’ensemble ne permettant pas de caractériser précisément le site.
9Signalons également la découverte de plusieurs profils de tegulae et de fragments d’imbrex au lieu-dit Charpieu, qui se trouve dans l’environnement immédiat du site de Marché, et pourrait lui être associé.
10Il faut, enfin, signaler, au lieu-dit La Plaine, la présence d’un profil de tegula isolé sans aucun mobilier datant. Cet endroit se trouve à proximité immédiate du site Co-23, qui correspond à des anomalies circulaires, visibles sur photographies aériennes et satellitaires, et qui sont extrêmement difficiles à dater et à caractériser.
11Les recherches de la campagne 2022 ont permis de continuer à préciser la connaissance de l’occupation antique de l’Isle Crémieu, tout en apportant des éléments de comparaison entre ses différents espaces, l’interface entre le plateau et les marais (Soleymieu et Courtenay) et le cœur du plateau (Moras et Veyssilieu). La majorité des sites étudiés correspondent au Haut-Empire romain. Pour cette période, des groupements hiérarchisés de sites, d’ampleur et de fonction variables (villae, fermes importantes, petits habitats, sites à tegulae correspondant à des bâtiments agricoles et des zones cultivées révélées par des épandages diffus de terre cuite architecturale), se dessinent autour de sites de grande ampleur, dont le rôle semble central dans la structuration de l’occupation du territoire. Les opérations menées en 2022 ont permis de valider la densité de sites particulièrement forte à l’ouest de Courtenay. L’attention croissante portée aux fragments de terre cuite architecturale isolés permet de dessiner progressivement la carte des espaces agricoles. Les zones ayant livré du mobilier céramique confirment que la majorité des sites se sont implantés au cours du ier s. apr. J.-C., même s’ils succèdent parfois à des établissements antérieurs, et que leur abandon a été progressif, entre la fin du iiie s. et le ve s. apr. J.-C.
Fig. 1 – Paysage de l’Isle Crémieu (Courtenay)
Drone DJI Mavic Air.
Cliché : L. Morel (Sab).
Fig. 2 – Plan des secteurs prospectés
En 2013-2021 (rouge) et 2022 (vert).
DAO : S. Cahanier (Sab).
Fig. 3 – Échantillon de mobilier du site des Moloz
Céramique fine, sigillée du sud de la France.
Cliché : S. Cahanier (Sab).