Les premiers peuplements de Normandie
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Année de l'opération :
2020Numéro d’opération :
164109Lieux :
France métropolitaine, Normandie, Département de la Manche, Le Rozel, Département de l'Eure, Saint-Julien-de-la-Liègue, Département du Calvados, Creully sur Seulles, Saint-Gabriel-Brécy, Thue et Mue, Sainte-Croix-Grand-Tonne, Département de l'Orne, Rânes, Saint-Brice-sous-Rânes, Durcet, Sainte-Opportune, Pierrepont (Calvados), Surtainville, Lougé-sur-Maire, La Hague, Saint-Germain-des-Vaux, Cherbourg-en-Cotentin, GuichainvilleNature de l'opération :
prospection thématiqueNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Ministère de la Culture
Texte intégral
1Les thématiques considérées comme majeures depuis plusieurs années ont encore été au centre de notre activité en 2020. Ce sont : la recherche d’abris naturels potentiels pour les populations de chasseurs-cueilleurs, l’étude du phénomène bifacial au Paléolithique moyen et la recherche d’indices d’implantations humaines rapportables au Paléolithique supérieur en Normandie occidentale. Parallèlement à ces grandes thématiques, l’activité des différents acteurs de ces prospections thématiques s’est portée sur une large participation à la fouille du site Paléolithique moyen du Rozel, à l’expérimentation, aux prospections pédestres et à différentes activités de médiation (montage de l’exposition « À la rencontre des premiers occupants du Géoparc Normandie-Maine », pose de panneaux explicatifs sur le site du Rozel…).
2Si les prospections en vallées n’ont pu être conduites dans leur globalité du fait des contraintes sanitaires, notamment la vérification de sites potentiels reconnus en 2019, les vallées explorées dans le sud de la Hague et dans le nord de la Côte des Isles n’ont pas livré de secteur favorable aux implantations humaines. En effet, les versants de toutes ces vallées sont recouverts de dépôts de pente périglaciaires et leur débouché est souvent masqué par les formations dunaires holocènes. Enfin, notons que ces incisions sont peu encaissées, à la différence de ce que l’on observe plus au nord entre Herqueville et Vasteville.
3Les travaux engagés sur les industries bifaciales en Normandie ont été motivés par la présence de vastes ateliers de production d’outils bifaciaux reconnus en prospection pédestre. Les études les plus anciennes remontent aux années 1980 avec l’analyse des mobiliers lithiques des stations de Saint-Julien-de-la-Liègue (Eure) (Cliquet, Lautridou 1988), séries reprises dans le cadre d’études techno-fonctionnelles (Pinoit 2001). Puis ce sont les sites de Normandie occidentale qui ont fait l’objet de nos investigations, principalement dans le Bessin : ateliers de Saint-Gabriel-Brécy et de Sainte-Croix-Grand-Tonne (Cliquet 2013) et aux marges du Massif armoricain : centre de production et/ou de consommation d’outils bifaciaux de Rânes/Saint-Brice-sous-Rânes (Orne ; Cliquet et al. 2019), de Durcet/Sainte-Opportune (Orne ; Cliquet 2013), de Pierrepont (Calvados ; Cliquet 2013), pour les plus importants.
Fig. 1 – Surtainville : industries lithiques trouvées dans les alluvions du ruisseau au débouché des vallées de Guinfard/la Godaillerie et de Boissellerie : nucléus et pièce esquillée en silex protohistorique et nucléus gélivé du Paléolithique moyen
Clichés : D. Cliquet (SRA).
4Les évaluations se poursuivent sur les complexes d’ateliers de Rânes/Saint-Brice et de Pierrepont. À Rânes/Saint-Brice, les campagnes de sondages annuels se poursuivent. Ils visent à faire le bilan sanitaire des nappes de vestiges, fréquemment affectées par des phénomènes périglaciaires, à évaluer la densité de vestiges par attributions chronoculturelles et à tenter de circonscrire les limites de ce vaste gisement.
5Les sondages effectués entre 2018 et 2020 nous ont permis d’appréhender la limite ouest du complexe d’atelier et ont révélé la présence d’artefacts rapportables au Mésolithique et de mobiliers en quartz malheureusement en position secondaire.
6À Pierrepont, sites difficiles d’accès, nous avons testé une évaluation par drone. Cette technique ne semble pas appropriée pour une analyse de gisements de grandes superficies. La finalité de l’opération était de cartographier les formations superficielles et les placages d’argiles à silex affleurants. Il conviendra de procéder à ces enregistrements de façon traditionnelle sur le terrain et de compléter l’information par une cartographie des espaces livrant du mobilier lithique par techno-complexes : Néolithique, Paléolithique moyen à outils bifaciaux, Paléolithique moyen à bifaces. La méthode traditionnelle permet par ailleurs d’apprécier la qualité des matières premières présentes sur le site, en termes de dimension, de qualité et d’aptitude à la taille.
Fig. 2 – Pierrepont, site 1, série dite « classique »
1, nucléus de gestion de surface ; 2, nucléus Levallois ; 3, racloir simple transversal ; 4, nucléus repris en pièce bifaciale ; 5, racloir double convergent ; 6, uniface.
Clichés : D. Cliquet (SRA).
Fig. 3 – Pierrepont, site 3, séries « émoussée » et « lustrée »
1, racloir double biconvexe ; 2, biface partiel à section plano-convexe ; 3, biface à section plano-convexe affecté par le gel (cupules) ; 4, pièces bifaciale asymétrique à section biconvexe.
Clichés : D. Cliquet (SRA).
7Il est cependant acquis sur les complexes d’ateliers de Rânes/Saint-Brice et de Pierrepont que nous sommes en présence de plusieurs occupations des lieux, en lien avec la présence de matières premières siliceuses exploitables, en ce qui concerne le Pléistocène, durant les phases ancienne et récente du Paléolithique moyen. Il conviendra de poursuivre les campagnes de sondages sur ces deux gisements afin de tenter de trouver des niveaux à bifaces en place susceptibles de pouvoir être datés par OSL.
8Parallèlement, les prospections se poursuivent et concernent des espaces de plus en plus vastes, la finalité étant de tenter d’évaluer la diffusion des matières premières et des outils. Ce fait a été observé sur le secteur dépourvu de silex de Beauvain/La Chaux, à environ 45 km de Rânes.
9Si les sites d’ateliers ont principalement focalisé nos actions, rappelons cependant le suivi de l’intense érosion littorale sur les côtes du Calvados et de la Manche. Ce suivi s’est effectué en fonction des possibilités imposées par les consignes sanitaires.
10La recherche d’indices d’occupations rapportables au Paléolithique supérieur avait révélé la présence de quelques objets diagnostics sur la commune de Lougé-sur-Maire (Orne), motivant une série de sondages. Comme nous pouvions le supposer avec les sites rapportables à la fin du Paléolithique supérieur, nous sommes vraisemblablement à Lougé dans le cadre d’amas de production de produits laminaires belloisiens. De ce fait, les sondages n’ont livré que peu de mobilier en position dérivée. Si nous voulons réellement évaluer le potentiel du site, il conviendra d’effectuer un large décapage du secteur livrant du matériel en surface.
11Toujours dans le cadre des opérations de terrain, l’essentiel de notre activité s’est porté sur le site du Rozel (Manche). Le gisement a livré 332 nouvelles traces et empreintes humaines (pieds et mains) et animales, portant le corpus à plus de 1 880 traces et empreintes. Par ailleurs, les études faites sur les microvertébrés et les oiseaux apportent des compléments d’information sur les environnements, sur la saisonnalité d’occupation du massif dunaire par ces espèces et sur l’origine des accumulations fauniques. Ces dernières sont liées soit à des morts naturelles d’animaux, soit à une prédation de la part de petits mammifères, mais surtout de rapaces. Les actions humaines sur les vestiges d’oiseaux plaident en faveur de récupération de serres de rapaces et de rémiges d’un rapace et d’un goéland.
12Dans le cadre des travaux de post-fouille et des expérimentations, nous avons privilégié cette année les analyses des marqueurs organiques d’échantillons prélevés dans des foyers expérimentaux effectués en 1986 (Cliquet et al. 1989), sur les sols et dans les structures de combustion des sites du Paléolithique moyen de Saint-Germain-des-Vaux/Port-Racine, daté d’environ 70 000 ans et du Rozel, daté autour de 80 000 ans. Les résultats obtenus nous renseignent sur les différentes matières organiques présentes sur les sites et celles traitées par fumage et/ou combustion. Ces éléments participent donc à une meilleure connaissance des modes de vie des populations néandertaliennes. Enfin, comme les années précédentes, nous sommes aussi intervenus en soutien à plusieurs opérations de diagnostic d’archéologie préventive conduites par l’Inrap à Cherbourg et par la Mission archéologique du département de l’Eure sur l’agglomération ébroïcienne (Eure). À Cherbourg, ce sont quelques pièces lithiques rapportables à la phase ancienne du Paléolithique moyen qui ont été mises au jour, associées à une plage datée du stade isotopique 7. À Guichainville, ce sont les témoignages de plusieurs occupations humaines en dolines se développant sur le long terme, soit entre 450 000 et 40 000 ans.
Fig. 4 – Bordure rubéfiée du foyer F.5 du secteur 1 de Port-Racine ayant fait l’objet de nouvelles investigations géochimiques
Cliché : D. Cliquet (SRA).
Fig. 5 – Cherbourg, Collignon : mobilier lithique issu de la plage fluée du stade isotopique 7, vers 240 000 ans
Clichés : D. Cliquet (SRA).
13Pour l’année 2021, nous envisageons de poursuivre les investigations sur les ateliers d’outils bifaciaux du Paléolithique moyen de Rânes/Saint-Brice-sous-Rânes et de Pierrepont, et de procéder aux analyses techno-fonctionnelles fines des pièces bifaciales de ces sites et du gisement de Saint-Pierre-Église (Manche) dans le cadre du projet national Morph-axe. Ce dernier vise à la caractérisation des industries bifaciales de la partie nord de l’hexagone, la moitié sud ayant préalablement été faite.
14Si les conditions sanitaires le permettent, il est programmé d’achever les vérifications des sites potentiels des vallées de la Hague et de procéder à un décapage du site paléolithique supérieur final de Lougé-sur-Maire.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Surtainville : industries lithiques trouvées dans les alluvions du ruisseau au débouché des vallées de Guinfard/la Godaillerie et de Boissellerie : nucléus et pièce esquillée en silex protohistorique et nucléus gélivé du Paléolithique moyen |
| Crédits | Clichés : D. Cliquet (SRA). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/149401/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 353k |
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| Titre | Fig. 2 – Pierrepont, site 1, série dite « classique » |
| Légende | 1, nucléus de gestion de surface ; 2, nucléus Levallois ; 3, racloir simple transversal ; 4, nucléus repris en pièce bifaciale ; 5, racloir double convergent ; 6, uniface. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/149401/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 916k |
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| Titre | Fig. 3 – Pierrepont, site 3, séries « émoussée » et « lustrée » |
| Légende | 1, racloir double biconvexe ; 2, biface partiel à section plano-convexe ; 3, biface à section plano-convexe affecté par le gel (cupules) ; 4, pièces bifaciale asymétrique à section biconvexe. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/149401/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,1M |
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| Titre | Fig. 4 – Bordure rubéfiée du foyer F.5 du secteur 1 de Port-Racine ayant fait l’objet de nouvelles investigations géochimiques |
| Crédits | Cliché : D. Cliquet (SRA). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/149401/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,5M |
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| Titre | Fig. 5 – Cherbourg, Collignon : mobilier lithique issu de la plage fluée du stade isotopique 7, vers 240 000 ans |
| Crédits | Clichés : D. Cliquet (SRA). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/149401/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 153k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Dominique Cliquet, « Les premiers peuplements de Normandie » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Normandie, mis en ligne le 13 décembre 2023, consulté le 19 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/149401
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