1Cette année de fouille complémentaire aux précédentes campagnes pluriannuelles réalisées au Mont Châtel avait comme objectif initial d’achever l’étude de l’église funéraire sud (fig. 1), comportant une vingtaine de sépultures (fig. 2), dont deux en sarcophage, et de clore ainsi les investigations conduites sur ce site.
Fig. 1 – Relevé général de l’église sud
DAO : V. Bourson.
Fig. 2 – Chœur : succession des sépultures en coffre ovalaire maçonné́ sous l’aménagement 116
Vue vers le sud
Cliché : D. Billoin.
2La zone de localisation des vestiges funéraires, dans la partie occidentale de la nef de l’église, et la déclivité du terrain naturel, de près d’un mètre de hauteur à cet endroit, ont rendu la fouille plus complexe qu’attendue et le nombre d’inhumés plus important. Cette épaisseur de sédiment a, en effet, favorisé la conservation de sépultures plus anciennes, remaniées sur la quasi-totalité restante de l’édifice étudié. Mais surtout, à la place d’une vingtaine de tombes décomptées à la lecture du plan, la fouille a révélé, en fait, de nombreux emplacements funéraires qui ont accueilli plusieurs individus. Ces caissons quadrangulaires, maçonnés et surmontés de dalles calcaires de sol de l’édifice, ont été construits sur des couvercles de tombes. Ce dispositif inédit pour la période assurait ainsi un niveau de circulation plan. Ces espaces ont été mis à profit pour « ranger » des réductions de tombes, constituant de véritables ossuaires dans certains cas, et pratiquer des inhumations au-dessus des couvercles de sépultures.
3Les tombes de la nef de l’église privilégient toujours l’emploi de coffres ovalaires maçonnés à dalles verticales ou à muret, parfois de construction mixte, et, plus rarement, de coffres rectangulaires, parfois revêtus d’enduit interne lissé, coloré en rouge, dans un cas. Des empreintes textiles ont été observées dans deux tombes, directement sous les couvercles, et participaient vraisemblablement à une sorte de capitonnage interne des coffres. Quelques sépultures plus anciennes, à la base de la stratigraphie, se caractérisent par des coffres boisés, selon la typologie des contenants funéraires en usage sur l’ensemble de l’église, et, plus généralement, à cette période, dans cette aire géographique.
4Dans six tombes, les individus sont dotés d’accessoires vestimentaires, dont une plaque-boucle en alliage de cuivre de type D, rectangulaire et ajourée, au décor de l’hippogriffe buvant à la coupe de vie (fig. 3). Ce motif est très populaire à l’époque mérovingienne. C’est même le plus répandu de tous les motifs chrétiens ornant des garnitures de ceinture. On en compte une centaine d’exemplaires en Gaule, avec une densité particulièrement forte en Burgondie et dans le nord du Bassin parisien. Un autre panneau de tête d’un sarcophage en grès, encore non fouillé, présente un décor de croix pattée. L’analyse anthropologique confirme une certaine variété des individus inhumés dans la nef, en termes de sexe et de tranche d’âge au décès, contrairement aux tombes du chœur de l’église, composées presque exclusivement de sujets masculins adultes.
Fig. 3 – Plaque-boucle restaurée en alliage de cuivre étamé de la tombe Sp. 288
Cliché : D. Billoin.
5L’identification du niveau de circulation interne de la nef, pourvue de dalles calcaires de sol et de couvercles de sépultures, indique que seuls les trois couvercles de sarcophages à l’angle sud-est de la nef étaient visibles, contrairement aux autres. Une ultime phase de construction de deux murs, associés à une pile maçonnée quadrangulaire, compartimente l’espace de la nef, mais témoigne, vraisemblablement, plus d’une consolidation de l’édifice que d’une réelle transformation intérieure.
6La vision générale de l’établissement s’est enrichie de deux nouveaux bâtiments à sous-bassement de pierres sèches, passablement érodées, mais qui complètent le corpus de constructions de cette période et révèlent une forte densité sur le flanc occidental du site, selon un plan vraisemblablement préconçu. Ils offrent, de plus, un mobilier domestique qui reflète les activités pratiquées et autorise une lecture sociale de l’occupation, notamment en termes d’échanges.
7Une dernière campagne de fouille s’avère indispensable, du point de vue de la conservation des vestiges tout d’abord, et afin de mener à bien l’étude intégrale de la population inhumée dans cette église. Outre l’intérêt pour la compréhension intrinsèque de cet édifice (aménagements, gestion, recrutement funéraire, etc.) et de son rôle au sein de cet établissement de hauteur, le Mont Châtel se distingue par la présence de trois ensembles funéraires contemporains distincts. De tels ensembles funéraires du haut Moyen Âge conservés en intégralité et documentés de manière exhaustive avec des méthodes modernes sont rarissimes. La variété et la bonne conservation des aménagements funéraires, de même que celle des squelettes en grande majorité, constituent un véritable réservoir d’informations en matière de pratiques funéraires, au sens large du terme.