Pietroso – Casa Pieraggi
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Année de l'opération :
2020Numéro d’opération :
082111Nature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Inrap
Texte intégral
1À la suite du dépôt d’un permis de construire, par un particulier, sur une parcelle sise au quartier de Maison Pieraggi à Pietroso, la visite du terrain lors de l’instruction du dossier par la Drac de Corse a mis en évidence l’existence d’un site archéologique d’époque romaine s’étendant sur une surface d’environ 200 m2. En conséquence, un diagnostic d’archéologie préventive a été réalisé par l’Inrap. Il a révélé une partie d’un établissement d’époque romaine encore enfoui à une très faible profondeur de la surface du terrain. La bonne conservation de certains sols de fonctionnement d’un bâtiment a amené la Drac de Corse à établir une prescription de fouille archéologique préventive. Cette dernière a été confiée par l’aménageur à l’Inrap. L’emprise concernée portait sur 600 m2 environ. La partie ouest d’un établissement d’époque romaine a été mise au jour sur 200 m2. Il se poursuit, à l’est, dans la parcelle voisine sans que la surface totale de son extension soit connue. Les murs sont presque toujours conservés en fondation. Ils sont construits en galets et cailloux liés à l’argile. Toutefois, à plusieurs endroits, des massifs rectangulaires, bâtis en fragments de brique ou de tuile, s’intercalent dans la longueur des murs. Çà et là, la présence d’une couche plus ou moins épaisse de matériaux sablo-argileux, issus du terrain naturel, sur les effondrements de toiture et sur les murs, invite à considérer que les élévations étaient en partie ou en totalité réalisées en terre crue (adobe ou pisé). Dans plusieurs pièces, une couche de grands fragments de tuiles plates (tegulae) et de tuiles courbes (imbrices) a été retrouvée. Il faut la considérer comme un témoin de l’effondrement de la couverture du bâtiment qui devait être couvert au moyen d’éléments en terre cuite.
2La fouille a identifié cinq pièces. Seule celle qui occupe toute la bordure ouest du bâtiment a été dégagée sur l’ensemble de sa surface. Ce long espace de 71 m2 comprend, près de son extrémité nord, un grand bassin aux murs de galets habillés sur son parement interne de demi-pilettes d’hypocauste liées à l’argile. Son espace utile mesure 3,60 m de longueur sur 1,60 m de largeur et 1,40 m de profondeur. Sur le petit côté septentrional, un escalier de quatre hautes marches permet d’atteindre le fond du bassin. Ce dernier est constitué par une couche de béton de tuileau à la terre de 10 cm d’épaisseur recouvrant un radier de galets. Quelques endroits de la surface du tuileau gardent la trace d’un liant de chaux. Près de l’escalier, une cupule de décantation marque le fond. Dans un prélèvement réalisé dans la partie la plus creuse de cette dernière, des traces de marqueurs du raisin noir et de la fermentation alcoolique ont été détectées. Toutefois, la présence d’acide tartrique est trop faible pour avancer une production viticole sur ce seul élément. Un tronçon de tuyau en plomb inclus dans la maçonnerie du mur oriental permet de raccorder le bassin à un espace équipé d’un sol de béton de tuileau très lacunaire. Il est situé un peu plus haut que le bord dérasé du bassin et il se développe vers l’est sur une surface de 25 m2. Il pourrait s’agir d’un espace de foulage où l’état de dégradation avancée a interdit tout prélèvement.
3Dans une seconde phase de fonctionnement du bassin, dans la partie opposée à l’escalier, un petit dolium, dont le bord a été enlevé, est installé. Il est posé sur le fond après exhaussement à l’aide d’une couche de tuiles. L’ouverture du dolium se trouve à peu de distance de l’orifice du tuyau en plomb mais leur relation fonctionnelle n’est pas assurée. À la base et autour du dolium, une US charbonneuse paraît correspondre à un sol de fonctionnement et de piétinement. Ce dernier livre de la céramique culinaire d’Afrique du Nord comprenant surtout des vases à cuire (marmites, plats à feu, couvercles) du iiie s. apr. J.-C. Le tamisage d’un prélèvement réalisé en son sein pour le recueil des restes anthracologiques a permis de collecter de façon exceptionnelle deux éléments osseux brûlés, d’une taille d’environ 4 mm, d’une espèce de rongeur endémique de Corse et disparue, le prolagus sarde (Prolagus sardus).
4La plus grande partie des fragments de charbons de bois appartient au tandem bruyères-arbousier, éléments majeurs du maquis exploité pour le bois de feu, au sein duquel pousseraient également le myrte, la viorne-tin aussi bien que les pins méditerranéens de basse altitude. Par ailleurs, la mise en valeur agricole des terres est suggérée par la présence de rares charbons de vigne interprétés comme étant des déchets de la taille utilisés comme combustible.
5L’analyse biochimique pratiquée sur la paroi interne du dolium montre qu’il a été imperméabilisé avec de la poix au cours de son utilisation et que persistent de faibles traces du raisin noir et de fermentation alcoolique, association caractéristique de vin rouge. Cependant, comme pour le bassin, les marqueurs végétaux dominent surtout. Ils indiquent des dépôts de feuilles ou de sommités florales et de rameaux. Ici s’expriment peut-être davantage les stigmates de l’abandon que ceux de l’usage ultime avant l’effondrement de la toiture scellant le comblement du bassin.
6Les trois autres pièces, très partiellement dégagées, ne possèdent pas de sol construit en dur, mais les informations livrées par la stratigraphie laissent envisager la présence d’un plancher installé sur une légère excavation du terrain. Il faut noter, au centre de la construction, la présence d’une abside non saillante s’ouvrant au nord et dégagée sur une peu moins de la moitié de son développement. Par ailleurs, à l’extrémité nord-est du bâtiment, la bordure d’un grand creusement, apparaissant en limite de la fouille, comprend une stratigraphie charbonneuse livrant un mamelon de tegula mammata perforée. Il s’agit peut-être, avec l’abside, d’un indice de la présence d’un espace thermal se développant vers l’est.
7D’une façon générale, l’occupation du site s’inscrit, par le mobilier céramique peu abondant recueilli, dans un intervalle allant du iiie au ve s. apr. J.-C.
8La fonction de la partie du bâtiment mis au jour paraît dévolue à la production viticole dans un premier temps. Ainsi, dans sa phase primitive de fonctionnement, le bassin a pu recevoir, par le tuyau en plomb, le jus issu du foulage du raisin pratiqué sur le sol de tuileau le bordant sur l’est. En revanche, la fouille n’a pas livré d’information sur le stockage : les fragments de dolia observés sont en position secondaire et parfois dans l’architecture même. Dans un second temps, le bassin est utilisé en lien avec un petit dolium en remploi dans un espace possiblement culinaire ou proche d’une cuisine.
9Par comparaison avec les autres établissements ruraux d’époque romaine connus en Corse, celui de Casa Pieraggi frappe par la spécificité de son architecture alliant galets, terre cuite architecturale et architecture de terre crue, par la rareté du mobilier céramique avant tout culinaire et par le mode de construction d’un bassin viticole qui, pour le moment, paraît être le plus grand connu en Corse.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Vue générale des constructions dégagées |
| Crédits | Cliché : P. Druelle (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/156067/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,4M |
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| Titre | Fig. 2 – Vue zénithale du bassin avec le dolium en place |
| Crédits | Cliché : R. Haurillon (Inrap). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/156067/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,1M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Laurent Vidal, Guillem Boneu-Pouquet, Josselyne Guerre, Isàbel Figueiral, Morgane Heurtebis, Roland Haurillon, Yves Manniez, Vianney Forest et Nicolas Garnier, « Pietroso – Casa Pieraggi » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Corse, mis en ligne le 18 mars 2024, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/156067
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