Aléria – Mare Stagno 1
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Année de l'opération :
2021Numéro d’opération :
082234Nature de l'opération :
fouille programméeNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : CNRS
Texte intégral
1L’étude de ce secteur a porté sur une surface d’environ 375 m2. Plusieurs maçonneries sont apparues dans un état de conservation assez médiocre. En cause, les labours répétés sur cette parcelle qui était plantée de vignes jusqu’au début des années 2000. Toutefois, entre les derniers rangs de vignes et la berge, une bande de 6 m de largeur avait été préservée.
2Au sud, un petit espace de production composé de trois pièces au moins a été dégagé. Une première pièce (A) de 25 m2 a été intégralement découverte au nord-est. Une préparation de sol en calcaire sur laquelle une finition de mortier hydraulique était encore localement visible désigne une espace de travail au contact de liquide (US 22). Au sommet du sol, de nombreuses briquettes en terre cuite ont été récoltées. Elles pourraient avoir appartenu à un soubassement ou un socle maçonné. Une deuxième pièce (B) jouxte la cloison occidentale de la pièce A. Malgré la présence d’un arbre à cet emplacement, il est possible d’établir que le niveau de sol était situé à une cote inférieure, ou qu’un aménagement plus profond y avait été réalisé. Au sud, dans ce qui pourrait être un couloir (C) longeant le pignon méridional, plusieurs équipements ont été mis au jour. À l’ouest, de nombreux fragments jointifs d’un dolium semblent désigner l’emplacement d’un point de stockage (US 28). À quelque 2 m à l’est, une surface rubéfiée marque l’emplacement d’un foyer (US 25). L’impact thermique est faible car la partie sommitale de l’aire de combustion est abîmée, mais la présence d’une limite marquée par trois galets signale un équipement maçonné plutôt qu’une structure de combustion récente ou une fosse d’essartage. Quasiment au contact du foyer, une cuve de recueil (CU 83) de 2 m2 de surface interne est adossée au mur sud de la pièce A. Elle est conservée sur 1 m de hauteur et elle a conservé petit emmarchement au sud-est qui permet de descendre vidanger le bassin. Les quatre murets composés de galets sont couverts d’un mortier hydraulique de bonne qualité. Tous les points de jonction entre les parois sont couverts de bourrelets d’étanchéité et le fond est aménagé d’une cupule circulaire de 0,32 m de diamètre pour moins de 0,15 m de profondeur.
3Ces équipements sont relativement classiques. Dans la pièce A, un pressoir/fouloir doit probablement être restitué en raison de la présence d’un sol en mortier. Les briques miniatures pourraient avoir été mises en œuvre dans un opus spicatum ou un petit socle sous la maie. Le pressoir était probablement actionné depuis la pièce voisine B à travers une ouverture dans le mur de cloison. Le niveau de circulation dans cet espace, nettement plus bas que celui du fouloir, pourrait constituer un argument en faveur d’un système de levier à contrepoids. Tout cela reste très hypothétique car la fouille n’a pas pu apporter d’élément de réponse en raison de la végétation. Des prélèvements ont été réalisés dans la cupule de vidange pour une analyse auprès du laboratoire Nicolas-Garnier afin de déterminer si les marqueurs chimiques présents sont plutôt caractéristiques du jus de raisin ou des acides oléiques contenus dans l’huile d’olive. Les résultats ne sont pas tranchés mais ils amènent à écarter la production de dérivés du raisin. La cuve 8 a été imperméabilisée avec de la poix de conifère. Le raisin et ses dérivés sont totalement absents. Outre les nombreux marqueurs de végétation accumulée et dégradée dans la cuve, l’hypothèse de l’olive est la plus probable, même si les concentrations sont faibles.
Fig. 2 – La partie productive de la villa
Depuis l’ouest.
Cliché : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz).
4Un petit balnéaire formé de quatre pièces occupait la partie nord de l’établissement. Il devait à l’origine se développer sur 50 m2 environ, mais une partie de la salle de chauffe est détruite par l’affaissement de la berge et par la présence d’une grande fosse moderne, a priori consécutive à des fouilles clandestines. Le praefurnium (D) est toutefois bien conservé et parfaitement lisible, avec un foyer simple à canal rectiligne externe constitué de deux murets de tegulae fractae et de briques. Dans l’angle nord-est, une amphore de bétique dr.20, archéologiquement complète et visiblement en contexte, pourrait indiquer qu’une partie de l’espace était également dédié au stockage de denrées alimentaires, utilisé ici probablement à des fins cosmétiques (US 55). Le foyer alimentait l’hypocauste d’un double espace cloisonné (E et F). Au sud, la salle chaude ou caldarium (E), et au nord, un tepidarium (F) où la température est plus faible, puisque l’air chaud devait emprunter un conduit assez étroit à travers le mur de cloison (MR 69 et 70). Au niveau de la salle chaude, l’area est bien conservée, et un resserrement dans la disposition des pilettes d’hypocauste pourrait marquer l’emplacement d’une baignoire dont le poids aurait nécessité un renforcement des fondations de suspensura. Cette dernière est conservée par endroits, principalement dans les angles nord-ouest et nord-est de la pièce F. La présence sur le niveau d’arase du mur sud (MR 37) d’un patin de mortier hydraulique suggère celle d’un seuil, et donc d’une ouverture. Il est probable qu’il faille y restituer l’entrée ou la sortie du circuit de baignade. À l’est de ces salles chauffées, un quatrième espace, très abîmé par les labours, est en relation avec les bains. Il est délimité à l’ouest par le mur 41, qu’il partage avec les pièces E et F, et par plusieurs lambeaux de mur (122 au nord, 123 à l’est et 121 au sud). Dans les sillons de labours qui balafraient la surface, de très nombreux fragments de mortier de tuileau signalent ici un espace à composante hydraulique situé à distance du système de chauffage, probablement un frigidarium (G).
Fig. 3 – Le balnéaire de la villa
Depuis le nord-ouest.
Cliché : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz).
5Les différentes études, notamment celles des monnaies, du mobilier d’instrumentum et de la céramique, signalent un mobilier assez homogène chronologiquement et illustrent principalement une phase d’occupation. Il semble probable que cet établissement ait été actif à la fin du ier s. et au iie s. apr. J.-C. La destruction d’une partie du bâti (suspensura, praefurnium) et le comblement des bains (hypocauste) interviennent au milieu du iie s. apr. J.-C., voire peu de temps après.
6Concernant la taille de cet établissement, compte tenu de la destruction de la façade occidentale, on ne possède pas de certitude. Toutefois, par comparaison avec d’autres édifices de la même période, notamment celui de Mare Stagno/Cap Gros 3, on peut proposer que les pièces A et B, dans l’aile productive, aient eu des dimensions plus ou moins similaires, voire identiques. Si l’on suit cette hypothèse, la largeur serait de 11 m environ pour une longueur totale de 21 m, soit 231 m2 de surface estimée. Sur la forme et la planimétrie, si l’établissement se présente comme une petite villa dotée d’un balnéaire et d’outils de production assez modestes, il semble que le chantier se soit déployé en deux temps car une légère différence d’orientation entre les deux composantes est visible. Cependant, l’organisation générale avec des bains au nord et une unité de production au sud, répartis de part et d’autre d’une cour centrale, renvoie à un modèle déjà reconnu autour de l’étang de Diane.
7Si cet établissement possède les principales caractéristiques d’une villa (bipartition, équipements de confort), il est dénué des éléments de décor nobles et sa taille est particulièrement modeste. En première analyse, les productions – qui elles aussi devaient être limitées – pourraient être l’huile d’olive, ce qui constitue une singularité à l’échelle insulaire puisqu’il s’agirait de la première attestation archéologique d’une huilerie en Corse romaine, en dehors des agglomérations. La trajectoire de cette villa pose également question puisque l’occupation périclite rapidement dès le milieu du iie s. apr. J.-C. Son déclin brutal est peut-être à mettre en relation avec l’épanouissement d’autres établissements de ce terroir, comme celui de Mare Stagno/Cap Gros 3.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Plan général du site |
| Crédits | DAO : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/156267/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 458k |
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| Titre | Fig. 2 – La partie productive de la villa |
| Légende | Depuis l’ouest. |
| Crédits | Cliché : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/156267/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,1M |
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| Titre | Fig. 3 – Le balnéaire de la villa |
| Légende | Depuis le nord-ouest. |
| Crédits | Cliché : G. Brkojewitsch (Eurométropole de Metz). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/156267/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Gaël Brkojewitsch, Laetitia Cavassa, Guillem Boneu-Pouquet et Arnaud Coutelas, « Aléria – Mare Stagno 1 » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Corse, mis en ligne le 18 mars 2024, consulté le 11 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/156267
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