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2020
17 – Charente-Maritime

Saint-Pierre-d’Oléron – La Borderie, moulin du Cimetière

Fouille préventive (2020)
Responsable d’opération : Céline Trézéguet

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Département de Charente-Maritime

Texte intégral

1En préalable au projet de construction d’une nouvelle gendarmerie, une fouille préventive a été menée sur près de 1 ha par le service d’archéologie départementale de la Charente-Maritime au nord-est la commune de Saint-Pierre d’Oléron, au lieu-dit de La Borderie (fig. 1). Le site est implanté sur un léger relief surmontant une zone de marais ouvrant sur la côte orientale de l’île. Propice à l’installation humaine, ce lieu fut intensément fréquenté de la Protohistoire ancienne jusqu’au Moyen Âge, ce qu’ont révélé ces recherches.

Fig. 1 – Vue par drone du site de La Borderie, implanté à côté du cimetière moderne et en bordure des marais, qui s’étendent à l’horizon jusqu’à l’océan

Fig. 1 – Vue par drone du site de La Borderie, implanté à côté du cimetière moderne et en bordure des marais, qui s’étendent à l’horizon jusqu’à l’océan

Cliché : D. Abit.

2La fouille, qui aura duré deux mois et demi, a révélé plus de 1 200 structures anthropiques. Ces dernières constituent les vestiges de deux occupations bien distinctes. La première est attribuée à l’époque de transition entre le Bronze final et le début du premier âge du Fer (Bronze final IIIb – Hallstatt C récent). Elle se manifeste par la présence de plusieurs bâtiments quadrangulaires et circulaires ainsi que des ensembles de structures en creux, accompagnés de réseaux de fossés peu profonds, relativement étroits et peu ancrés dans le sol. Les bâtisses quadrangulaires reposent sur quatre à six poteaux porteurs, couvrant une superficie comprise entre 4 m2 et 15 m2 (fig. 2). Les bâtiments circulaires, dont l’un a conservé la trace de son porche d’entrée, occupent environ 50 m2 de surface au sol. Toutes ces constructions sont marquées par une nette orientation nord-ouest – sud-est, notamment pour profiter d’un ensoleillement maximum. Ces nombreux trous de poteau étaient accompagnés de fosses de dimensions variées, dont la fonction première a probablement été l’extraction d’argile pour l’élévation des murs en terre. Dans un second temps, ces fosses ont servi de dépotoirs pour les habitats limitrophes : s’y retrouvent ainsi des fragments de pots à usage culinaire et de table, des objets quotidiens (fusaïoles) ou encore des restes alimentaires.

Fig. 2 – Au premier plan apparait l’un des bâtiments de plan rectangulaire ; à l’arrière-plan, une archéologue fouille les trous de poteau d’un autre bâtiment

Fig. 2 – Au premier plan apparait l’un des bâtiments de plan rectangulaire ; à l’arrière-plan, une archéologue fouille les trous de poteau d’un autre bâtiment

Cliché : M. Lebreton.

3Deux vases tronconiques ont été découverts enterrés au fond de deux d’entre elles et scellés par une petite dalle calcaire, dont le poids a en partie écrasé les pots (fig. 3). Malgré leur fouille en laboratoire, il n’a pas été possible de déterminer s’il s’agissait de dépôts à crémation ou de vases de stockage. Des analyses chimiques encore en cours à l’heure actuelles permettront peut-être de trancher la question.

Fig. 3 – Vase enterré au fond de sa fosse, avant son prélèvement

Fig. 3 – Vase enterré au fond de sa fosse, avant son prélèvement

Cliché : A. Royer.

4La question de savoir s’il s’agissait là de dépôts de crémation a été soulevée car cinq sépultures à inhumation, primaires et individuelles, ont aussi été découvertes sur le site. Elles sont celles d’une femme d’âge mûr, d’un périnatal, d’un homme et de deux enfants de 9-10 ans (fig. 4). Elles sont toutes éloignées les unes des autres, orientées différemment, à l’exception de la femme adulte et du périnatal, qui sont proches et suivent le même axe tout en étant tête-bêche. Les gestes funéraires observés sur le site de La Borderie ne paraissent pas répondre à un mode d’inhumation très rigoureux ; cependant, les deux enfants ont été inhumés face contre terre, en position hyper fléchie sur les genoux, le corps possiblement revêtu d’une enveloppe souple (vanneries, tissus, liens). Aucun exemple comparable n’a été trouvé identifié pour ce rituel très singulier.

Fig. 4 – Sépulture de l’un des deux enfants en cours de fouille

Fig. 4 – Sépulture de l’un des deux enfants en cours de fouille

Son corps a été déposé dans une fosse, à genoux, face contre terre.

5Trois des sépultures ont été datées par le radiocarbone sur ossements : l’intervalle le plus large donné se situe entre 1058 et 904 av. J.-C., soit à la transition du Bronze final IIIa et IIIb, ou l’étape moyenne de l’âge du Bronze final. Il s’agit d’un ensemble de tombes synchrones pour lesquelles la dispersion spatiale dans l’habitat pose question.

6Après un hiatus de plus de mille ans, des populations humaines se sont à nouveau installées dans le secteur. Comme pour l’époque protohistorique, les traces de cette occupation sont conservées sous la forme d’aménagements creusés dans le terrain naturel. Se distinguent ainsi trous de poteau, fosses et fossés ; les fosses dépotoir semblent constituer l’essentiel des structures de cette période présentes sur le site. Cela est peut-être dû au fait que nous sommes là sur les franges de l’habitat, qui se développait plus loin (et donc hors emprise de la fouille). La céramique prélevée dans le comblement de ces structures en creux est datée de l’époque carolingienne, et se caractérise par sa très grande homogénéité morphologique et technologique, ainsi que par son absence de décor.

7Les vestiges de ces deux principales occupations sont parfois perturbés par des aménagements ultérieurs en lien avec l’exploitation agricole du secteur. Sont ainsi encore conservés les restes d’un champ de vigne (250 fosses de plantation réparties sur l’ensemble du terrain) et des fossés parcellaires qui témoignent de l’ancien découpage du terrain en lopins de terre.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Vue par drone du site de La Borderie, implanté à côté du cimetière moderne et en bordure des marais, qui s’étendent à l’horizon jusqu’à l’océan
Crédits Cliché : D. Abit.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/161667/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre Fig. 2 – Au premier plan apparait l’un des bâtiments de plan rectangulaire ; à l’arrière-plan, une archéologue fouille les trous de poteau d’un autre bâtiment
Crédits Cliché : M. Lebreton.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/161667/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Fig. 3 – Vase enterré au fond de sa fosse, avant son prélèvement
Crédits Cliché : A. Royer.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/161667/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Fig. 4 – Sépulture de l’un des deux enfants en cours de fouille
Légende Son corps a été déposé dans une fosse, à genoux, face contre terre.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/161667/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,6M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Céline Trézéguet, « Saint-Pierre-d’Oléron – La Borderie, moulin du Cimetière » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 21 juin 2024, consulté le 20 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/161667

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Auteur

Céline Trézéguet

Service d’archéologie départementale de Charente-Maritime

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Responsable d’opération

Céline Trézéguet

Service d’archéologie départementale de Charente-Maritime

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