Argentonnay – Le château d’Argenton
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Année de l'opération :
2020Numéro d’opération :
207193Sujets :
habitat, château, édifice religieux, chapelle, chapelle castrale, habitation, logis, tour, enceinteNature de l'opération :
étude documentaireNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Atemporelle
Texte intégral
1Le château d’Argenton, situé sur la commune d’Argentonnay dans le nord des Deux-Sèvres, occupe un promontoire rocheux surplombant la confluence de deux rivières. Il a été récemment acquis par la municipalité qui souhaite engager un programme de mise en valeur de l’ensemble du site, en commençant par la réalisation d’une étude documentaire et archéologique.
2Le castrum est mentionné dès le milieu du xie s., avec deux églises, dont Saint-Georges, la collégiale du château. Les seigneurs d’Argenton, occupant le site jusqu’au xve s., sont moins documentés que Philippe de Commynes, qui prend possession du château à la fin du xve s., et qui entreprend de nombreux travaux de construction et de restauration des bâtiments. Le château est détruit partiellement pendant les guerres de religion puis suite à la Révolution.
3Les parcelles concernées par l’étude correspondent à la partie orientale du château d’Argenton. Elles contiennent une grande partie des bâtiments médiévaux encore conservés aujourd’hui : la chapelle, le logis oriental, un bâtiment situé entre les deux, et l’enceinte comportant des vestiges de tours. Les bâtiments constituant le château médiéval ont été fortement transformés au cours du temps, mais ils conservent encore un potentiel archéologique très fort, aussi bien les bâtiments en élévation que les éléments arasés, qui pourraient être révélés par des fouilles archéologiques.
4Réalisée en amont de travaux de restauration, cette étude est avant tout une expertise préalable, se concentrant sur les vestiges lisibles, sans fouille sédimentaire et sans l’aide d’échafaudages. L’étude d’archéologie du bâti, bien que limitée par ces contraintes, a permis de proposer un phasage général du château et de mettre en évidence le potentiel architectural et archéologique de certains bâtiments et de certaines zones du site.
5La chapelle est le bâtiment le plus ancien et le mieux préservé, malgré des transformations postérieures à la Révolution. Elle comporte un chevet à abside construit en blocs de granit, éclairé par des baies en lancette couvertes en plein cintre. L’intérieur du chœur conserve encore un décor peint sur la voûte en cul de four, représentant un Christ en majesté entouré des quatre évangélistes et daté du dernier tiers du xiie s. La nef contemporaine du chevet n’est conservée que très partiellement (essentiellement le pignon ouest), puisque Philippe de Commynes a entrepris à la fin du xve s. des travaux de reconstruction importants, dont témoignent la charpente voûtée lambrissée et les peintures scellant le bouchage de l’arc triomphal d’origine. La chapelle comporte en outre une petite crypte construite en moellons, accessible par un couloir débouchant dans la nef, et éclairée par deux jours étroits (fig. 1).
6L’édifice situé à l’est de la chapelle est construit en partie en terrasse, du fait de la pente du terrain. Il comporte un premier état à l’ouest formé de trois travées surmontant une pièce semi-enterrée accessible par un escalier à demi hors œuvre. Le niveau supérieur était voûté en briques et éclairé par une série de baies à coussiège, dont deux sont bien conservées. Cet édifice, que l’on peut associer aux xive ou xve s., est antérieur à la construction qui lui est accolée à l’est à l’époque de Philippe de Commynes. Cet agrandissement comportait des caves, une citerne, et servait de cuisine d’après les sources textuelles. Un étage a probablement été ajouté au premier bâtiment à la même époque, entraînant une reconstruction du couvrement du rez-de-chaussée. L’ensemble de la construction a été très remanié après la Révolution, avec la destruction des murs de refend et des couvrements et la reconstruction de l’angle nord-est.
7Le logis situé contre l’enceinte à l’est a été en grande partie détruit au cours du xixe s., en ne préservant que deux niveaux semi-enterrés, amputés de plusieurs travées au nord comme au sud. Le bâtiment a été construit en deux temps : la partie nord, aux murs plus épais, pourrait correspondre à un premier logis, agrandi vers le sud à la fin du xve s. Les murs conservés du logis et d’une des tours montrent une stratigraphie complexe, qui demanderait une étude plus poussée pour bien identifier les phases de construction et restituer l’emprise et l’organisation du premier bâtiment, à présent largement détruit. La partie sud construite par Philippe de Commynes comportait un niveau de cellier couvert de voûtes surbaissées en briques supportées par des colonnes appareillées de granit. Le niveau bas de la tour accolée comportait trois canonnières : il s’agit du seul élément défensif conservé. Au-dessus, une série de chambres avec cheminées, garde-robe et latrines dans les tours étaient accessibles depuis un couloir aveugle situé à l’ouest, plus bas que le niveau de la cour. Au-dessus, les autres niveaux détruits avaient une fonction résidentielle prestigieuse.
8L’enceinte, mal conservée, ne livre que peu d’informations sur sa date de construction : le flanc sud est enduit de ciment et la courtine et les tours ont été arasées au niveau du jardin du xixe s. Quelques éléments indiquent toutefois qu’au moins une partie de la fortification pourrait avoir été construite au xiiie s. au plus tard, comme la porte nord-est, avec ses deux tourelles latérales et un passage défendu par une herse et un assommoir. Le plan de la grande tour-porte détruite au xixe s. à l’angle sud-ouest pourrait être attribué à la même période. Une cheminée à piédroits décorés de chapiteaux est de plus conservée à l’intérieur de l’enceinte côté sud : elle date le tronçon d’enceinte correspondant au plus tard du xiiie s. et indique la présence d’un logis médiéval détruit et fortement remblayé. Une étude plus poussée des maçonneries pourrait révéler la présence de parties plus anciennes, le castrum étant mentionné à partir du xie s.
9Le reste des constructions est plus récent, comme l’annexe construite entre le chevet de l’église et le bâtiment attenant, et qui a pu servir de sacristie à la période moderne, un appentis contre l’église et une construction arasée à proximité. La partie nord de la parcelle regroupe des communs : granges, fours et bâtiments à fonction domestique et agricole, qui ont été édifiés après la vente du château et la construction de la maison de maître au milieu du xixe s.
10L’étude a permis de proposer une première synthèse chronologique par bâtiment (fig. 2), plus détaillée pour les édifices les plus anciens et les mieux conservés. Cette amorce de l’étude du château a permis d’entamer une réflexion sur l’évolution topographique du site. Elle a mis en évidence l’existence de bâtiments médiévaux nombreux, qui témoignent d’une organisation complexe avant le xve s., date des travaux réalisés par Philippe de Commynes, qui sont, eux, mieux renseignés par les sources historiques. L’église est construite au plus tard au xiie s., l’enceinte date probablement du xiiie s., de même que plusieurs bâtiments, dont un possible logis, et le bâtiment central est en partie antérieur au xve s. La synthèse proposée constitue une première étape de l’étude du château, qu’il sera nécessaire de compléter et corriger par des études archéologiques futures, à prévoir si des travaux sont réalisés sur les bâtiments ou les terrains du château.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Élévation extérieure sud de la chapelle |
| Crédits | Cliché : É. Marot (Atemporelle). |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/164940/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
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| Titre | Fig. 2 – Proposition de phasage des bâtiments |
| Crédits | DAO : É. Marot (Atemporelle), d’après M. Bérard, Onillon-Duret Meneguzzer-Bûcher et R&C. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/164940/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 610k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Émeline Marot, Marie-Pierre Baudry, Michaël Bérard, Elsa Paulien et Fabrice Mandon, « Argentonnay – Le château d’Argenton » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 25 juin 2024, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/164940
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