1La ville de Niort, chef-lieu du département des Deux-Sèvres s’inscrit sur les franges orientales du marais poitevin. Elle s’est développée sur la rive droite d’un des nombreux méandres de la Sèvre niortaise qui constitue une voie de communication privilégiée au sein d’un espace encore très marécageux. Cette position stratégique liée tant au franchissement du fleuve qu’à sa localisation périphérique par rapport à l’actuel marais poitevin a largement participé à son développement depuis le Moyen Âge. La ville s’est installée au sein d’une légère vallée dominée au sud par la colline Notre-Dame et au nord par la colline Saint-André. Une enceinte de réunion, édifiée dans la seconde moitié du xiiie s., a permis d’asseoir la défense de la ville. Deux portes permettaient de la franchir : une au sud (porte Saint-Jean) et l’autre au nord (porte Saint-Gelais).
2La plupart de ces vestiges ont été démantelés au cours du xviiie s. (fig. 1), mais un projet de renouvellement urbain situé aux abords immédiats de l’ancienne porte Saint-Gelais a nécessité la réalisation d’un diagnostic archéologique. Huit tranchées ont été réalisées. De nombreux vestiges sont apparus sous le revêtement en bitume malgré les travaux de la période moderne.
Fig. 1 – Plan du cimetière huguenot de Niort à la porte Saint-Gelais
D’après un plan des défenses extérieures de la ville de Niort conservé au cabinet des estampes (Desaivre 1896, p. 72).
3Les vestiges défensifs demeurent à cet égard peu nombreux. Une portion de la barbacane située devant la porte Saint-Gelais a pu être dégagée. Une seule assise de maçonnerie est préservée au contact du substrat calcaire. Un fossé large de 11,20 m a également été observé au nord de cet aménagement défensif mentionné sur les plans de la période moderne. Sa profondeur n’a pas pu être appréhendée dans le cadre de l’opération archéologique. De même, le dérasement du mur de la barbacane ne permet de restituer le mode de franchissement de l’ouvrage défensif. Quoi qu’il en soit, la construction de ces défenses avancées sur les deux principaux accès à la ville relève probablement d’une seule grande campagne d’aménagements opérée vers la fin du xive ou dans la première moitié du xve s. Son installation est réalisée au détriment de la voirie qui menait vers la porte Saint-Gelais comme suggéré par l’interruption soudaine du revêtement au niveau de la contrescarpe. La voirie est peut-être décalée dès la construction de la barbacane formant ainsi un passage coudé à l’instar de la circulation mise en évidence au niveau de la porte Saint-Jean (Nibodeau 1993).
4Le reste de l’occupation est principalement funéraire. Près de 99 inhumations potentielles ont été découvertes au sein de trois tranchées de diagnostic concentrées à l’ouest de la barbacane sur une surface relativement importante (2 500 m2). Les premières inhumations en coffrages de pierres sont moins nombreuses (13), mais elles attestent d’une occupation funéraire inédite pour une période située entre le xiie et le xive s. Une aumônerie fondée en 1198 est attestée pour cette période dans le secteur, mais sa localisation, renseignée par les plans de la période moderne, demeure mal documentée pour le Moyen Âge. L’hypothèse d’une première construction plus proche de l’enceinte peut être envisagée d’autant que la présence d’une cave sur coupole remarquablement conservée (courant xiiie s.) atteste du développement d’un ensemble bâti de qualité à proximité de l’enceinte.
5Les autres sépultures sont davantage documentées. Un cimetière protestant est installé dans ce secteur vers le milieu du xviie s. L’aire funéraire a été reconnue sur une surface estimée (a minima) à 4 300 m2 à l’issue du diagnostic archéologique. Des sépultures en cercueil et pleine terre ont été identifiées. L’utilisation du linceul n’est pas attestée, mais le dégagement très sommaire opéré sur la plupart des sépultures ne permet pas de dresser un bilan exhaustif des architectures funéraires. Les fosses sont, pour la plupart, creusées dans le substrat calcaire. Les terrassements opérés au cours des travaux de rénovation urbaine de la fin du xviiie s. semblent avoir épargné les sépultures (fig. 2). En 1684, l’emplacement est récupéré par la fabrique Saint-André qui le « convertit » en cimetière catholique avant d’être abandonné en 1773.
Fig. 2 – Fosses sépulcrales (période moderne) creusées dans le substrat calcaire
Cliché : E. Barbier (Inrap).
6Enfin, toute la partie occidentale de l’emprise du futur projet n’est pas concernée par l’occupation funéraire. Au contraire, de nombreuses carrières pour l’extraction de pierres de taille y ont été observées. Leur comblement semble assuré dans la seconde moitié du xviiie s. afin de ménager un vaste espace ouvert qui préfigure la topographie actuelle des lieux.