Mathé V., Ard V., Bruniaux G., Carozza J.-M., Dandurand G., Laurent A., Lévêque F., Onfray M., Pénicaud J., Philippe-Lelong A.-C., Pouget F., Rivaud R., Soler L., Vacher S., Vitté H. 2020 : Dynamiques d’occupation et d’exploitation du sel dans les golfes charentais, du Néolithique à l’âge du Fer, rapport intermédiaire de PCR, Drac-SRA Nouvelle-Aquitaine, 141 p.
Dynamique d’occupation et d’exploitation du sel dans les golfes charentais, du Néolithique à l’âge du Fer
Entrées d’index
Année de l'opération :
2020Numéro d’opération :
207314Sujets :
milieu végétal, zone humide, marais, site d'extraction, saunerie, fosse, bâtiment agricole, silo, sépulture, industrie lithique, aliments, condiment, selLieux :
France métropolitaine, Nouvelle-Aquitaine, Département de la Charente-Maritime, Rochefort (Charente-Maritime), Hiers-Brouage, Île d'Oléron, Le Château-d'Oléron, Dolus-d'Oléron, Saint-Nazaire-sur-CharenteChronologie :
Préhistoire, Néolithique, Néolithique récent, cultures préhistoriques, Cultures du Néolithique-Chalcolithique, Peu-Richardien, Protohistoire, âge du Bronze, âge du FerNature de l'opération :
projet collectif de rechercheTexte intégral
1Ce projet collectif de recherche intitulé « Dynamiques d’occupation et d’exploitation du sel dans les golfes charentais, du Néolithique à l’âge du Fer », ouvertement pluridisciplinaire, aborde les dynamiques de peuplement littoral et d’exploitation du sel depuis le Néolithique jusqu’à la conquête romaine à travers un bilan et une cartographie critiques des données disponibles, un approfondissement des connaissances sur des sites clés et leur environnement et un renouvellement des connaissances par de nouvelles prospections pédestres, aériennes, géophysiques et LiDAR.
2Pour mener à bien ce projet, nous avons choisi deux marais charentais actuels, les marais de Rochefort et de Brouage, qui constituaient, avant leur colmatage par le bri, de profondes baies marines. Le golfe de Rochefort a été choisi tout naturellement du fait de sa très grande richesse en sites de briquetage de l’âge du Fer, unique à l’échelle nationale. Il présente également un fort potentiel concernant les occupations néolithiques dans sa partie sud notamment, en particulier le long de la basse vallée de la Charente, autre secteur clé pour ce projet. La possibilité de mettre en évidence des structures liées à l’exploitation du sel dès le IVe millénaire est très stimulante car il s’agirait d’une première pour la façade atlantique et plus largement pour l’Europe de l’Ouest. L’emprise géographique du projet couvre également le golfe de Brouage, situé plus au sud, moins documenté pour les périodes anciennes mais qui fait l’objet d’un PCR sur les occupations médiévales et modernes traitant notamment des thématiques d’exploitation du sel. Il s’agit en particulier d’aborder la transition entre une exploitation ignigène du sel et la mise en place des marais salants à l’Antiquité, cette dernière période constituant encore un hiatus documentaire concernant cette exploitation.
3L’activité des membres du PCR s’est poursuivie en 2020 malgré la pandémie et les restrictions qui lui sont liées (deux confinements, difficultés pour se réunir…). Les différentes opérations menées cette année nous ont permis d’avancer tant sur la connaissance de plusieurs sites que sur le développement de notre outil de compilation et d’analyse des données spatialisées, le WebSIG (Mathé et al. 2020). Le renseignement en 2020 de 296 entités archéologiques permet désormais des recherches efficaces des sites archéologiques néolithiques et protohistoriques liés à la production du sel par tous les membres du PCR. Plusieurs modules de recherches ont été mis en place afin de sélectionner des sites selon leur nature, leur commune, les commentaires sur la chronologie, le lieu de conservation du mobilier. D’autres seront prochainement ajoutés.
4Sur Oléron, les travaux menés sur trois sites d’estran confirment la richesse archéologique de ce milieu, à la fois si fragile et si complexe à étudier. À Ors, grâce à un travail inédit par son ampleur dans un tel contexte, depuis trois ans une portion de l’enceinte a pu être explorée au niveau d’une série d’interruptions des fossés et de ses abords. Un aménagement sur trous de poteau dessine un complexe ensemble qui sans doute est destiné à la régulation de la circulation de part et d’autre de l’enceinte mais est aussi en lien avec la nature des vestiges découverts au sein du comblement des fossés. Le site semble avoir encore été fortement fréquenté après le comblement des fossés et ces derniers paraissent peu érodés. La découverte d’au moins sept squelettes humains au sein des comblements et aux abords des fossés, nous interpelle sur le possible caractère particulier de cette zone de l’enceinte peut-être davantage dédiée aux aspects funéraires qu’à la vie quotidienne.
5À La Bassée-Terdoux, l’opération menée conjointement sur l’estran et dans les terres a tenu toutes ses promesses. Sur l’estran, le plan et l’orientation du fossé situé le plus au sud ont été précisés. Ils s’intègrent parfaitement avec les données acquises dans le marais. L’unique tranchée réalisée sur la partie terrestre aura permis de distinguer l’intérieur et l’extérieur de l’enceinte, et surtout de révéler une conservation exceptionnelle de ce dernier : talus encore en élévation, aménagement de pierre sèche, niveau de sol avec aire de rejet de mobilier lithique, vestiges osseux de faune avec éléments en connexion, sépulture entre les deux fossés, présence de vestiges et niveaux archéologiques de part et d’autre de chacun des fossés.
6À L’Écuissière, la fouille, consacrée à un ensemble de constructions en pierres sèches, a également mis en évidence un amas coquillier. Elle vient compléter les investigations dans ce milieu d’estran rocheux et tourbeux riche en vestiges archéologiques mais particulièrement fragile.
7Sur le site du Pontet, l’opération de fouille 2020 a permis d’obtenir des informations nouvelles et particulièrement rare dans la région, grâce à une opération menée en seulement trois jours. Les deux objectifs de départ, à savoir la caractérisation des fosses identifiées par prospection magnétique et l’étude des dynamiques sédimentaires au sommet du plateau, ont été atteints.
8Les deux fosses fouillées (St. 16 et 20) semblent correspondre à des silos, au vu de la morphologie des creusements et de la stratigraphie. Il n’est toutefois pas possible de déterminer la nature de ce qui était conservé à l’intérieur. Des possibles traces d’un enduit d’argile au fond des creusements, possiblement pour étanchéiser, pourraient laisser penser que ces fosses-silos ont pu contenir également de l’eau. La fouille des autres fosses, uniquement décapées en 2020, serait du plus grand intérêt. Le mobilier recueilli en surface et dans le comblement des deux fosses fouillées est indiscutablement datable du Néolithique récent II, de faciès Peu-Richard maritime, comme l’ensemble du mobilier néolithique du site du Pontet. Ces fosses n’ont pas d’équivalents à ce jour en contexte peu-richardien.
9L’étude typo-technologique de l’industrie lithique en silex montre la présence de cinq matières premières : le Santonien, le Turonien, le silex Grain de mil, le Cénomanien et l’opale résinite. Le Santonien et le silex Grain de mil ont servit à la réalisation d’un débitage principalement à la percussion directe à la pierre dure, pour produire des éclats assez longs et épais. Ces éclats ont servi ensuite à la confection d’un outillage caractéristique du Néolithique : des grattoirs, perçoirs, couteaux et armatures tranchantes. Le Turonien est la matière première dédiée au façonnage des haches polies dont deux fragments sont observés pour cette fouille.
10Les premières observations effectuées en 2016 quant à la conservation des niveaux d’occupation néolithiques dans les anfractuosités du substrat calcaire sont aujourd’hui confirmées par les tranchées effectuées au sommet du plateau (Tr 3 à 7). Plus intéressant encore, les propositions avancées par G. Bruniaux sur la base d’une carte du potentiel de conservation d’un niveau d’occupation néolithique fondée sur les images géophysiques et aériennes sont confirmées par les observations de terrain. En effet, les épaisseurs de sol estimées sont très proches de celles mesurées sur les différentes tranchées, l’erreur du modèle d’épaisseur de sol est de 0,05 à 0,1 m.
11Enfin, la découverte d’un atelier de saunier protohistorique, totalement inconnu à ce jour, montre tout le potentiel de détection par la prospection géophysique. L’importante anomalie magnétique en bas de versant trouve aujourd’hui sa signification. En outre, la mise en évidence, au pied du versant (T 9), d’un possible aménagement néolithique (fossé ?) ouvre de nouvelles perspectives de compréhension du site. La confrontation des données issues des différents carottages effectués ces dernières années et des travaux de fouilles devraient permettre de mieux comprendre les modalités d’occupation et d’installation de l’enceinte. Une ultime campagne de fouille en 2021 permettra de préciser la nature de cet aménagement de pied de versant, de poursuivre la caractérisation des fosses néolithiques et de caractériser les modalités d’implantation de l’atelier de saunier, possiblement dans l’excavation d’époque néolithique.
Pour citer cet article
Référence électronique
Vivien Mathé, Vincent Ard, « Dynamique d’occupation et d’exploitation du sel dans les golfes charentais, du Néolithique à l’âge du Fer » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 04 juillet 2024, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/166007
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