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1995
Projets collectifs de recherche

Habitats et peuplements du Tardiglaciaire dans le Bassin parisien

Projet collectif de recherche (1995)
Responsables d'opération : Ramiro-Javier March, Michèle Julien, Pierre Bodu et Boris Valentin

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : CNRS

Texte intégral

1Un an s’est écoulé depuis l’adoption d’un nouvel intitulé pour désigner le projet collectif « Habitats et peuplements du Tardiglaciaire dans le Bassin parisien ». La reformulation de l’ancien titre (« Ethnologie des habitats magdaléniens du Bassin parisien ») se justifie par le développement d’une nouvelle dimension de la recherche : aux synthèses sur le mode de vie magdalénien que visait le programme à son origine s’ajoutent maintenant des comparaisons diachroniques portant sur les stratégies adaptatives des différents groupes qui ont peuplé la région au Tardiglaciaire.

2L’étude des matériaux issus des grandes fouilles programmées sur le Magdalénien constitue toujours l’ossature du projet car la qualité de cette documentation permet sans cesse d’affûter nos outils d’analyse. La documentation sur le Magdalénien se voit en outre enrichie par des données acquises sur de nouveaux gisements ou récupérées à partir d’anciennes découvertes. Notre corpus sur le Magdalénien s’étant considérablement étendu, la variabilité des choix fait l’objet d’une nouvelle réflexion où l’on tente de départager les témoignages des variantes circonstancielles suscitées par la complémentarité saisonnière des activités et les indices d’une évolution possible des choix au cours du temps. Pour l’approche diachronique comparative, nous avons privilégié dans un premier temps l’étude des industries lithiques car elles constituent d’un gisement à l’autre un dénominateur commun quelles que soient les conditions d’exploitation archéologique. Mais, comme l’esquissent certains éléments de ce rapport, l’exceptionnelle préservation de certains gisements plus récents que le Magdalénien laisse augurer de fructueuses comparaisons prenant en compte plusieurs aspects de la culture matérielle et s’inscrivant donc dans une perspective palethnographique plus globale.

L’étude des structures de combustion préhistoriques par des méthodes physiques et chimiques, l’exemple du niveau IV-20 de Pincevent

3Depuis 1989, nous réalisons de façon systématique un programme de travail visant à une meilleure compréhension de l’information contenue dans les structures de combustion des sites magdaléniens du Bassin parisien. Le but de ces recherches est de reconstruire les histoires des structures étudiées pour mieux comprendre les comportements des Magdaléniens au sein de chaque campement, de même que les modifications de ces comportements d’un point de vue synchronique et diachronique. Ainsi ont été étudiés les sites de Pincevent, Étiolles et Verberie. Nous présentons cette année les résultats obtenus pour le site de Pincevent, d’une façon synthétique.

4L’analyse des structures de combustion de Pincevent montre l’existence de plusieurs histoires différentes pour chacune des structures étudiées. Ces histoires se caractérisent par des successions d’activités plus au moins complexes, qui se sont déroulées autour des foyers.

5La reconstitution des histoires thermiques de chaque foyer a été réalisée à partir d’indices variés comme les températures atteintes, l’étendue des surfaces oxydées, la durée minimale de combustion de chaque épisode, l’organisation de ces témoins d’activités entre eux. Elle montre que ces histoires, qui ont conduit à l’état actuel des foyers, ne se reflètent pas forcément dans la forme observée des structures. En effet, elles peuvent être ou non proches des formes qu’ont eu les foyers pendant leur fonctionnement. Ainsi plusieurs petits foyers à cuvette présentent chacun une histoire thermique différente ; plusieurs foyers à plat offrent des durées minimales de combustion distinctes ; tandis que des foyers à cuvette et remplissage ou bordure de roches, peuvent ou non être le fruit d’histoires thermiques similaires. À ces données s’ajoutent celles provenant de la chimie organique qui participent à la compréhension de leur mode de fonctionnement, contribuent à la restitution des différentes activités réalisées autour et au sein de chaque foyer, ou nous renseignent sur de possibles différences dans les processus taphonomiques subis par ces structures après leur abandon.

6La reconstruction de la micro-histoire de chaque foyer, élaborée par rapport à une logique thermique et aux données provenant des méthodes analytiques, enrichit la perception de l’ensemble des comportements des habitants de Pincevent, en même temps qu’elle s’insère dans la reconstruction générale du « campement ».

7De même, cette synthèse générale des histoires reconstruites à partir de la méthode appliquée montre bien aujourd’hui les limites de l’association linéaire entre forme et fonction sur laquelle s’appuyait la typologie initiale des foyers de Pincevent et qui fut une étape fondamentale de la recherche en ce domaine. Une nouvelle réflexion s’impose sur les formes de classification et les interprétations faites sur les foyers et le campement en général réalisées à partir des structures de combustion.

R.-J. M.

Le campement magdalénien du Grand-Canton à Marolles-sur-Seine, synthèse provisoire

8Durant peut-être quelques centaines d’années, essentiellement au cours de la chrono-zone du Bölling, les Magdaléniens ont fréquenté l’interfluve sableux et ondulé dominant la confluence de la Seine et de l’Yonne.

9L’existence d’une topographie favorable et l’abondance des restes osseux suggèrent que la chasse fut l’activité qui les incita à revenir à cet endroit. Cette chasse était orientée vers une exploitation intensive du cheval, complétée par l’abattage circonstanciel de quelques rennes. Parmi les restes de rennes, la présence de femelles sans bois et de jeunes de deuxième année et l’absence d’individus très jeunes ou très vieux suggèrent une chasse hors de la saison d’hiver. L’âge des chevaux abattus montre un choix significatif d’adultes de 5 à 8 ans qui ne peut avoir été obtenu que par une chasse d’approche. D’après ce que l’on sait du comportement de ces animaux, qui vivent en bandes de taille moyenne, il ne semble pas qu’ils aient effectué des migrations saisonnières comme le font les rennes et l’on peut penser qu’ils étaient présents dans la région du Grand Canton tout au long de l’année.

10Il est certain, et le très grand nombre de restes osseux le prouve, qu’au-delà de l’activité de chasse, peut-être pratiquée sur les rives des fleuves, le travail de boucherie et de préparation culinaire était très important au Grand Canton. Il est certain aussi qu’une partie au moins des animaux abattus devait être consommée sur place ; toutefois, l’analyse comparée de la représentation des diverses parties du squelette suggère, en dehors de la possibilité d’une destruction différentielle, un emport de parties consommables vers d’autres lieux. Il est possible qu’en plus des cuissons domestiques, les nombreux foyers, souvent lourdement appareillés de pierres, aient servi à réaliser un séchage ou un fumage de la viande.

11Le silex exploité au Grand Canton n’était pas de qualité exceptionnelle mais il était abondant. La proximité des sources de matière première n’a sans doute pas constitué le facteur déterminant de l’implantation des Magdaléniens mais elle l’a favorisée.

12Il faut relever qu’un soin particulier a été réservé à la recherche et à l’exploitation de bons matériaux pour produire les supports laminaires d’un outillage de transformation performant ; par contraste, on observe une réutilisation fréquente de nombreux sous-produits de débitage pour produire des lamelles en nombre limité et selon des modalités simplifiées. Le système de gestion des matières lithiques du Grand Canton s’oppose donc à celui de Pincevent où l’on observe au contraire que l’effort de production a surtout porté sur la fabrication des armatures de chasse, le souci de qualité dans la production des supports laminaires étant bien moindre qu’au Grand Canton.

13Cette différence de comportement pourrait être imputée aux vocations différentes des deux sites : les séjours à Pincevent étaient plus réservés à la préparation de grandes chasses collectives, spécialisées dans l’acquisition saisonnière des rennes, alors que ceux effectués au Grand Canton, bien qu’en relation directe avec l’acquisition des chevaux, auraient été plus particulièrement dévolus à des activités de transformation. Le type de chasse qui y était pratiqué, sans doute à différents moments de l’année, et qui s’applique à des animaux vivant en plus petits troupeaux, pourrait avoir mobilisé un nombre moins élevé de chasseurs. À Marolles, le site du Grand Canton, comme le site proche du Tureau des Gardes qui présente les mêmes caractéristiques, pourrait avoir accueilli, en dehors des saisons de chasses collectives, des groupes plus restreints. C’est sans doute ce dont témoignent la configuration générale et l’extension du gisement : de multiples passages successifs de petits groupes de Magdaléniens pratiquant une chasse au jour le jour, un traitement des matières animales et peut-être une activité de stockage.

M. J.

Le site à Federmesser du Closeau à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine)

14Découvert à la fin du mois d’octobre 1994 sur le tracé de l’autoroute A86, le site Le Closeau revêt d’ores et déjà un caractère exceptionnel. Ce gisement est localisé sur la commune de Rueil-Malmaison à plus de 5 km en aval de Paris. Il se trouve dans la plaine alluviale de la Seine, en rive gauche, à l’altitude moyenne de 22 m NGF. Actuellement le fleuve est distant de près de 300 m de la zone fouillée.

15À la suite de la phase diagnostique qui a permis le repérage de plusieurs concentrations de matériel lithique au fond d’une tranchée d’environ 70 m de long pour 6 m de large, une fouille de sauvetage a été menée durant le mois de novembre 1994.

16Cette opération a confirmé l’existence de quatre concentrations lithiques et leur association ou non à un matériel faunistique ainsi qu’à des structures de combustion. L’analyse préliminaire de l’industrie lithique a autorisé son attribution au Paléolithique supérieur final et la présence exclusive, parmi les armatures, de pointes à dos courbes a permis de préciser une appartenance aux groupes à Federmesser.

17Au Closeau, les vestiges archéologiques sont répartis à la base et au sommet d’un niveau sableux gris situé à environ 3 m sous le sol actuel et que des analyses paléoenvironnementales s’attacheront à caler dans la chronologie du Tardiglaciaire.

18Nous avons donc individualisé deux phases d’occupation à Federmesser, qui se distinguent notamment par une nette différence dans la qualité du débitage et la composition de l’industrie lithique, ainsi que dans les modalités d’occupation de l’espace.

19Une nouvelle campagne de fouille est en cours sur le site du Closeau. 3 000 m2 ont d’ores et déjà été décapés : alors que le niveau inférieur semble absent, on a pu repérer près d’une dizaine de nouveaux locus sur le niveau supérieur, essentiellement des postes de débitage associés à des aires de fabrication de pointes à dos. On compte également près d’une dizaine de nouvelles structures de combustion, foyers plats ou en cuvette, accompagnés de rares éléments lithiques taillés. En ce qui concerne l’outillage, on note la présence presque exclusive de pointes à dos ainsi que de très rares grattoirs toujours sur éclats. Le décapage extensif sur une telle étendue nous permettra de mieux connaître le comportement sur une grande surface des groupes à Federmesser récents.

P. B.

Les groupes humains et leurs traditions au Tardiglaciaire dans le Bassin parisien, apports de la technologie lithique comparée

20La question centrale de cette recherche est de définir l’identité des groupes qui ont peuplé le Bassin parisien au Tardiglaciaire (de 13 000 à 10 000 BP environ). Nous nous interrogeons sur les mécanismes qui ont présidé à la stabilité des traditions culturelles ou à leurs changements.

21Compte tenu des sources, une méthode s’est imposée pour cette enquête paléohistorique. La technologie est le point de vue le plus efficace que l’on puisse adopter sur les témoignages que nous ont laissés ces groupes car ce sont presque exclusivement les vestiges de leurs activités matérielles qui sont conservés. Parmi ces témoins, les artefacts en silex sont les seuls qui sont intégralement préservés. Il est donc essentiellement question de ces objets car ils constituent un dénominateur commun en raison des discontinuités taphonomiques introduites par le temps entre les vestiges de la culture matérielle des sociétés que nous voulons étudier.

22Notre enquête débute par les groupes du Magdalénien supérieur, c’est-à-dire par les premières communautés qui ont réoccupé la région au début du Tardiglaciaire (vers 13 500 BP), après un assez long hiatus. La prise en compte d’une vingtaine de gisements nous autorise à approfondir la définition de cette tradition partagée par les groupes qui ont peuplé la région jusqu’au début du réchauffement de l’interstade d’Alleröd (vers 11 800 BP). L’identité de ces communautés, qui ont exploité un environnement encore ouvert peuplé d’espèces steppiques, est perçue à travers l’expression de préférences techniques dont la récurrence semble transcender la diversité des modes d’occupation. Une certaine variabilité (concernant par exemple la sélection des matières premières ou l’importance respective des différents objectifs de la taille...) rend compte de la complexité des systèmes économiques magdaléniens. Dans d’autres registres, la diversité des choix pourrait témoigner d’une évolution au sein de la tradition magdalénienne.

23Dans notre région, les groupes à Federmesser ont été identifiés récemment sur une dizaine de gisements. L’ampleur des changements techniques, dont leurs industries portent le témoignage est sans doute le reflet d’une modification profonde des comportements économiques à l’Alleröd. Pendant cet interstade tempéré, les groupes se sont adaptés à un environnement végétal et animal au caractère forestier plus marqué. La reconnaissance de plusieurs tendances (ou phases ?) dans cette évolution technique nous conduit à discuter du rythme et des éventuels facteurs de cette mutation (désignée souvent du nom d’« azilianisation »).

24Après un hiatus apparent correspondant à l’épisode climatique rigoureux du Dryas récent, l’ouest et le sud du Bassin Parisien voient l’apparition d’un faciès technique particulier connu de longue date dans les bassins de la Tamise et de la Somme : le « Belloisien ». Dans notre région, nous avons pu identifier ce faciès sur une dizaine de sites, où l’activité de taille est dominante et où son objectif est essentiellement la production de supports à usage différé. Ayant pu reconnaître une large extension géographique de ces industries (jusqu’aux bords de la Loire), nous discutons de l’identité culturelle des auteurs de ce faciès et des implications socio-économiques de ce phénomène sans précédent dans le Tardiglaciaire régional : un haut degré de fractionnement des chaînes opératoires dans le temps et dans l’espace des territoires.

B. V.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Ramiro-Javier March, Michèle Julien, Pierre Bodu, Boris Valentin, « Habitats et peuplements du Tardiglaciaire dans le Bassin parisien » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 18 juillet 2024, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/167505

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