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Année de l'opération :
1995Sujets :
espace funéraire, cimetière, sépulture, atelier, argile (atelier), atelier de potier, four, dépotoir, fosse-dépotoir, bâtiment agricole, silo, cave, poterie, céramique médiévale, céramique romaine, céramique gallo-romaineNature de l'opération :
fouille programméePlan
Haut de pageNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée
Texte intégral
1Engagée au mois de juillet 1994 par une fouille de sauvetage, cette opération fut motivée par la restructuration de l’école primaire du village ; elle porte sur une parcelle de 1 200 m2 située au nord de l’église Saint-Étienne.
2Les recherches effectuées en 1995 ont confirmé une occupation assez dense du site dès les vie-viie s., puis une activité potière bien attestée du xie s. jusqu’au milieu du xvie s., sans aucune interruption notable, grâce à la découverte de nouveaux vestiges d’ateliers et des tessonnières attribuables aux xive et xve s.
3L’intervention s’est avérée de plus en plus complexe au cours de l’année, ce qui s’explique par l’imbrication et/ou la superposition des vestiges d’au moins sept ateliers successifs, plus ou moins arasés et recoupés au cours des réaménagements opérés durant un demi-millénaire : fours tronqués, tessonnières de différentes époques imbriquées, lambeaux de sols, débris de murs, alternent avec des structures plus ou moins préservées, mais rarement intactes, excepté pour le dernier atelier qui fonctionna au milieu du xvie s. Néanmoins, 57 nouvelles structures bien identifiables et une quarantaine d’unités stratigraphiques sont venues s’ajouter aux données procurées par la fouille de 1994.
L’atelier du xvie s.
4Plusieurs tonnes de poteries ont été extraites des douze fosses-tessonnières fouillées en 1995. L’ensemble paraît se situer entre la fin du xve/début du xvie s. – première séquence de fonctionnement du four 10.10 – et le milieu du xvie s. – seconde séquence et fin de la production de cet atelier.
5Les plus belles céramiques, souvent couvertes de glaçure polychrome, appartiennent à la première séquence, vers le début du xvie s., qui apparaît nettement comme une période d’innovation technique et de création artistique.
6Ce type de production a été retrouvé jusqu’à Paris, notamment sous l’hôtel Saint-Aignan, au pied de l’enceinte de Philippe Auguste et à proximité de la porte du Temple.
Le ou les ateliers au xve s.
7D’une manière générale, la configuration des (deux ?) ateliers qui se sont succédés sur le site durant le xve s. reste encore très lacunaire. On peut cependant présumer qu’à la fin de cette période, des bâtiments présentaient déjà une organisation préfigurant celle de l’atelier du xvie s. : deux ailes, à l’ouest et à l’est, avec un mur au nord, et le mur du cimetière au sud, qui encadraient une cour centrale. Ces bâtiments étaient probablement démolis en quasi-totalité au xvie s., et leurs vestiges se limitent au mur nord (sur lequel s’appuie le four 10.10), une grande cave avec son accès, et des lambeaux de sols d’occupation. D’importantes masses de déblais (matériaux de construction, pierres, tuiles et plâtras) datées par des tessons résiduels du xve s., ont été retrouvées dans plusieurs fosses d’extraction de limon, notamment la grande fosse 10.10.1 située sous la sole du laboratoire du four du xvie s. Une extension des vestiges a été récemment mise en évidence en limite nord de la parcelle : ce secteur fera l’objet d’une fouille en 1996, qui permettra éventuellement de préciser leur nature. La séquence nettement antérieure à la fin du xve s. n’est actuellement représentée que dans le secteur ouest de la parcelle, avec le four 10.14, la tessonnière 10.500 et la fosse-dépotoir 10.24.1.
8Des informations plus précises concernant l’occupation de la parcelle au xve s. pourraient être procurées ultérieurement par la fouille d’une grande cave (St.10.12/10.13). Son accès a été mis en évidence sous l’aire de chauffe du four 10.10, qui fut aménagé au début du xvie s. sur le remblai de l’escalier.
9Cette cave, qui paraît très profonde, a pu être utilisée par les potiers pour le stockage de l’argile durant les hivers : cette pratique était encore en usage dans la région parisienne au milieu du xviiie s., comme l’indique Duhamel du Monceau. Cette hypothèse serait confirmée par des traces d’argile résiduelle retrouvées sur le sol et la base des murs de la cave, qui recèle peut-être d’autres indices concernant son utilisation. La fouille prévue en 1996 apportera vraisemblablement une réponse à ces questions.
10Le creusement d’une tranchée, entre l’école Alexandre Dumas et la parcelle en cours de fouilles, provoqua la découverte d’une grande tessonnière (St. 10.500) du xve s., dont le contenu fut récupéré in extremis au début du mois de novembre 1995.
Le ou les ateliers au xive s.
11Dans le secteur ouest de la parcelle, la fouille des couches antérieures aux ateliers du xvie s. (aile ouest) et du xve s. (four 10.14 avec son aire de chauffe excavée) nous a permis de discerner deux séquences d’occupation successives durant le xive s.
12La plus ancienne séquence (D.1) correspond à l’obturation du four 10.30, probablement au début du xive s., pour l’aménagement d’un cellier dans l’ancienne aire de chauffe excavée, encadrée de solides murs au nord, à l’ouest et au sud (St.10.71).
13Dès cette époque, un four postérieur au 10.30 fonctionnait à proximité, vraisemblablement dans le secteur nord-ouest de la parcelle, non fouillé actuellement. Sa présence est indiquée par une grande tessonnière, mise en évidence dans la partie supérieure des bâtiments 10.71 et 10.75.
14L’atelier du xive s. comprenait une aire de tournage dans la partie ouest du bâtiment (aire 10.17) limitée au nord par l’accès incliné et au sud par un mur (St.10.17.1 et 10.99.4) dont le parement interne était plâtré.
15L’atelier connut d’importants réaménagements, vraisemblablement vers le milieu ou dans la seconde moitié du xive s., antérieurement à la construction du four 10.14, vers la fin du même siècle.
16Ces restructurations sont matérialisées par de nombreuses plaques de plâtre, lissées sur la face interne et portant l’empreinte de pièces de bois (rondes et/ou quadrangulaires) ou de pierres jointives sur la face externe (contre le mur), qui ont été retrouvées sur toute la surface de l’atelier de tournage (notamment sur l’aire 10.17.2), sur le sol de l’accès au cellier, et surtout dans le comblement même du cellier. Leur présence indique le démontage des murs encadrant l’atelier pour la récupération des matériaux de construction, probablement remis en œuvre dans le nouveau bâtiment.
17Une aire de circulation joignant le parvis de l’église à l’atelier du xive s. a été mise en évidence. Il s’agit d’épaisses strates d’argile résiduelle piétinée avec des petites pierres et des tessons écrasés (couche 10.15.1). Elle correspond probablement à l’accès de l’atelier vers la rue principale du village et les carrières d’extraction d’argile au sud.
Le ou les ateliers au xiiie s.
18Les vestiges appartenant à cette période apparaissent essentiellement concentrés dans le secteur ouest de la parcelle : les fours 10.30.A et B qui ont fonctionné successivement au même endroit entre le milieu et la fin du xiiie s., et l’atelier contemporain, vraisemblablement déjà situé au même emplacement que son successeur du xive s., matérialisé par des lambeaux de sols (couches résiduelles d’occupation), un calage d’axe de tour (St.10.15.1.a) et un grand silo qui fut comblé en dépotoir-tessonnière (St.10.15.5).
19À l’exception du four 10.30.A, avec son aire de chauffe excavée encadrée de solides murs et sa rampe inclinée, conservée au xive s. pour accéder au cellier-cave (voir supra), toutes les autres structures ont été plus ou moins arasées au cours des siècles suivants, en particulier durant l’occupation du xvie s., avec les grandes fosses d’extraction de limon imbriquées sous toute la surface de la cour centrale. Dans l’état actuel d’avancement de la fouille (mi-décembre 1995) la seule structure isolée de cet ensemble concentré à l’ouest est un silo (St. 10.100.1) retrouvé au nord de la parcelle, à 10 m vers l’est du four 10.30.
20La tessonnière 10.15.5 recelait plusieurs centaines de céramiques plus ou moins fragmentées : essentiellement des coquemars, avec des oules, cruches, pichets et formes. Les mêmes types de poteries ont été retrouvés dans le comblement du four 10.30.B (premier stade de fonctionnement), attribué au milieu/seconde moitié du xiiie s.
La période xie-xiie s.
21L’existence d’au moins trois ateliers successifs ayant fonctionné sur le site entre le xie et la fin du xiie s. est attestée par des vestiges de fours, plusieurs tessonnières et de nombreux fragments de céramiques retrouvés résiduellement sur toute la surface de la parcelle.
22Les différentes structures et les coupes stratigraphiques établies perpendiculairement aux couches de raclages de cendres confirment la présence de trois fours successifs (St.10.21.A, B et C). L’étude sommaire des céramiques retrouvées dans le comblement des aires de chauffe, notamment la typologie des cols de pichets, permet de les situer de la fin du xie s. (lèvres à parements triangulaires et pâtes à gros dégraissant siliceux) et dans la première moitié du xiie s. (type A.12.a dans la classification établie par Jacques Nicourt).
23L’existence d’une activité plus ancienne dans le même secteur est indiquée par la présence de nombreux tessons résiduels attribuables aux xe et xie s. (en particulier des fragments de céramiques glaçurées, décorées avec des molettes à larges casiers en losanges ; et de cruches à verseurs tubulaires, absentes dans les contextes postérieurs au xie s.). Actuellement, aucun vestige de four attribuable à ces périodes n’a encore été mis en évidence. La production résiduelle des xe et xie s. est cependant fortement concentrée au sud de la parcelle et s’étend peut-être sous le cimetière actuel, où des couches d’occupation très anciennes (ixe-xe s.) sont visibles dans la coupe stratigraphique établie sous le mur.
L’occupation du haut Moyen Âge
24Plusieurs indices archéologiques permettent de supposer qu’il existait une implantation humaine dans les environs de l’église dès l’Antiquité, notamment les nombreux fragments de céramiques gallo-romaines (sigillées et communes) et des tuiles (tegulae et imbrices de bonne facture) qui ont été retrouvés résiduellement dans le secteur sud de la parcelle, près du cimetière. Mais les données actuelles ne permettent pas de préciser la nature de cette occupation.
25Quoi qu’il en soit, l’existence d’un sanctuaire préroman, déjà entouré d’un cimetière vers le ixe s. semble désormais bien établie grâce aux découvertes effectuées en 1994 et 1995 (matériaux de construction, tuiles à rebord et canal de type tardif, éléments d’architecture résiduels) et présence de plusieurs sépultures anthropomorphes (à découpes céphaliques) retrouvées en périphérie de l’église.
26Le cimetière mérovingien et carolingien, situé à la sortie ouest du village près du chemin d’Hérivaux, fut probablement abandonné vers les viiie-ixe s. À la même époque, il existait déjà un habitat implanté à l’emplacement du village actuel, dont nous avons retrouvé de nombreux vestiges au cours des fouilles effectuées depuis cinq ans en différents secteurs (îlot du Prieuré en 1991, chemin d’Hérivaux et sente de Bellefontaine en 1992-1993), et notamment sur l’aire de fouille ici présentée, mais une partie de ces vestiges furent oblitérés par la création du cimetière « ad Sanctos » à partir du ixe s., dont l’extrémité nord a été fouillée dans le cadre de cette opération (15 tombes).
27Nous ignorons actuellement si l’activité potière existait déjà dans ce secteur antérieurement au xie s. La concentration de tessons carolingiens glaçurés peut constituer l’indice d’une production in situ dès le xe s. Mais seule la fouille exhaustive du cimetière qui entourait l’église jusqu’au xixe s. permettrait de le prouver. Cependant il reste encore quelques mètres carrés de terrain, près de sa limite, qui seront fouillés en 1996 : apporteront-ils de nouveaux indices ?
Table des illustrations
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|---|---|
| Titre | Fig. 1 – Plan masse de l’atelier du xvie s. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/168977/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 720k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Rémy Guadagnin, « Fosses – École Alexandre Dumas » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 18 juillet 2024, consulté le 10 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/168977
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