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1995
Interdépartemental

Sénart, Moissy-Cramayel – Les Viviers (1995)

Jean-Christophe Bats et Diane Casadei

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Afan

Texte intégral

1Dans le cadre de l’opération archéologique de Sénart, le développement d’une Zac à Moissy-Cramayel a entraîné la fouille de la première partie du complexe archéologique de Jatteau diagnostiqué en 1993. Ce diagnostic avait révélé l’existence sur la presque totalité de la surface explorée (70 ha) de structures d’habitat préhistoriques et protohistoriques. La partie fouillée, au lieu-dit Les Viviers a été décapée sur 10 ha. L’opération, commencée le 1er octobre 1994 s’est terminée le 31 mars 1995.

2Des contraintes sont apparues avec la proximité du ru des Hauldres. La nature hydromorphe du sédiment naturel et les fortes pluies du début de l’année ont entraîné l’inondation du site et l’interruption de la fouille du 15 janvier au 15 février.

Plan général du site

3L’emprise décapée Les Viviers, d’une superficie de 9 ha, constitue un échantillon géomorphologique et archéologique qui s’intègre dans un ensemble d’occupation plus large comprenant les lieux-dits suivants : Le Jatteau (10 ha environ) et Le Bas Jatteau (10 ha environ), localisés au sud du ru des Hauldres. Cette anthropisation, caractérisée par 3 000 structures, une grande quantité de fosses, de silos, de trous de poteau, structurée par un quadrillage de fossés, nous a contraints à déterminer une stratégie d’intervention adaptée à une organisation artificielle de l’espace, afin de faciliter et d’orienter nos travaux puis de privilégier les zones inondables.

Fig. 1 – Plan général du site

Fig. 1 – Plan général du site

4Tout d’abord, l’espace a été délimité en cinq grands secteurs afin de faciliter l’organisation de notre travail. La délimitation des secteurs correspond néanmoins à des concentrations évidentes de structures, entourées de fossés :

  • À l’est, le secteur 1, fouillé en 1994, constitue une partie de l’occupation du Bronze final I-IIa et présente des trous de poteau organisés, une fosse et un épandage de matériel céramique concentré, résultant d’un colluvionnement ou correspondant à un sol.
  • Au nord-est, le secteur 2 délimite essentiellement une importante concentration de fosses et quelques trous de poteau dont un ensemble de fossés en constitue les limites arbitraires.
  • Au sud, le secteur 3 organise les fossés en fonction des trois mares qui lui sont adjointes et comprend une grande concentration de trous de poteau, peu organisés, quelques fosses et silos.
  • Au nord, le secteur 4 offre la particularité d’un ensemble de fossés, quadrillant un espace plus restreint comprenant des fosses et quelques trous de poteau organisés.
  • Enfin, à l’ouest, le secteur 5 présente une concentration importante de silos et surtout de trous de poteau mais seulement quelques fosses. Cet espace est délimité à l’est par un tracé de fossés nord-sud.

Fig. 2 – Site des Viviers

Fig. 2 – Site des Viviers

5Sur un ensemble de 2 700 structures relevées en plan masse, la fouille totalise 760 structures dont 143 fosses et 402 trous de poteau. 215 sondages ont été effectués dans les fossés, soit 28,5 % de structures fouillées.

Chronologie

6L’ensemble de la surface des trois lieux-dits, sondé lors du diagnostic en 1993-1994, a révélé les témoins d’une anthropisation depuis au moins le Paléolithique, et de la phase moyenne du Bronze final (RSFO) au Hallstatt, sur Le Bas Jatteau. Le lieu-dit Le Jatteau montre une large emprise d’une occupation chalcolithique. Quant au lieu-dit Les Viviers, les témoins recueillis révèlent une anthropisation depuis probablement le Néolithique final jusqu’à La Tène finale.

7Seule une fosse constitue un témoin probable du Néolithique ancien. Quelques structures ont fourni du matériel chalcolithique. L’occupation présente un hiatus chronologique depuis cette période jusqu’au début du Bronze final. Celui-ci (Bronze final I-IIa) est représenté sur les secteurs 1 et 5 du site.

8De nombreux éléments dont l’attribution chronologique parait moins certaine, varient du Bronze final IIIb au Hallstatt final, et semblent former un grand ensemble. Notre hypothèse repose sur le fait que les éléments inscrits dans une fourchette chronologique large allant du Bronze final IIIb au Hallstatt final, semblent participer à un grand ensemble dont certains établissements sont plus précisément datés du Hallstatt final. L’ensemble marque une occupation plus étendue spatialement et semble former une grande unité de plusieurs installations calées entre le viiie et le ve s.

9Quelques éléments de La Tène ancienne, moyenne et finale ont été localisés dans la zone 4 et peuvent également constituer une unité d’occupation, bien que faiblement représentée.

10En ce qui concerne les périodes historiques, les témoins gallo-romains fossoyés sont extrêmement faibles ; une fosse atteste une éventuelle occupation ainsi que des tessons piégés dans certains fossés ; de même pour la période médiévale, qui est uniquement représentée par des remblais de fossé au nord-est du site.

11La période du Hallstatt final est majoritairement représentée, principalement par des fosses et des silos. Le Bronze final est attesté par un mobilier provenant de quelques fosses et d’un épandage, et témoigne d’une phase ancienne du Bronze final (I-IIa). La phase moyenne du Bronze final, le Rhin-Suisse-France orientale (RSFO) n’est pas représentée sur le site Les Viviers mais au nord de celui-ci, sur l’emprise du Bas Jatteau.

12Vingt structures (fosses, silos et fossés) ont livré uniquement des fragments de panse de céramiques protohistoriques dont l’attribution chronologique précise est impossible.

13La période de La Tène et les périodes historiques constituent des rejets de fossés, exceptée la présence d’une seule fosse gallo-romaine.

14Remarquons l’absence totale d’éléments ou de structures funéraires.

Les témoins chalcolithiques

15Parmi les cinq structures les plus anciennes du site, une fosse de petite taille (1 m de diamètre à l’ouverture) a fourni un récipient, dont la forme en « U » et le type de pâte sont comparables à des éléments connus du Néolithique ancien.

16Le mobilier attribué à la période chalcolithique provient, pour la plupart, de trois fosses sur cinq, dont la majorité du matériel de remplissage est datée des périodes postérieures : Bronze final et Hallstatt final.

17Localisés en secteur 1, 2 et 3, les éléments peu nombreux du Néolithique et du Chalcolithique ne présentent pas de concentration particulière ou de modèle d’organisation spécifique des secteurs, mais une répartition préférentielle dans la partie est et sud-est du site.

18Au vu du faible échantillonnage du mobilier, s’agit-il d’une réelle installation ou d’une présence accidentelle des témoins de ces périodes anciennes ? La majorité d’entre eux se situe en effet en contexte chronologiquement hétérogène et se présente plutôt comme une « pollution » à l’intérieur d’ensembles homogènes du Bronze final et du Hallstatt final.

19L’étude des occupations chalcolithiques peut être poursuivie sur le lieu-dit Le Jatteau, situé à 400 m à l’ouest de la parcelle des Viviers, qui, lors des sondages de diagnostic effectués en 1993, a fourni un ensemble dense de tranchées dont le matériel céramique est daté du Chalcolithique.

20Signalons qu’à l’échelle de la région du plateau de Sénart, aucune structure contenant du matériel, daté de façon sûre de l’époque chalcolithique, n’a été remarquée.

L’occupation du Bronze final

21La présence de fosses uniquement dans le secteur 1 et le secteur 5 montre une répartition bipolaire des implantations du Bronze final, évidente à la lecture du plan.

22Le secteur 1 regroupe une petite fosse, un plan de bâtiment quadrangulaire lui étant certainement associé et un épandage de tessons céramiques qui nous rappelle la difficulté de définir un sol. Il apparaît au résultat de la fouille que le mobilier est plus récent que celui de la fosse 2073 et peut correspondre à un phénomène de colluvionnement ou un épandage de niveau de sol. Le bâtiment de 5 x 5 m environ demeure difficile à interpréter mais ce gabarit de construction est connu sous la fonction de grenier.

23À l’opposé du secteur 1, à 300 m vers l’ouest, se situe une seconde unité regroupant trois fosses. Parmi celles-ci, la fosse 4994 semble très isolée de structures d’habitat possible. Les fosses 1245 au nord et 5118 à l’ouest semblent certainement se rattacher à cet ensemble ou peut-être correspondre à une autre phase d’implantation de la période concernée.

24Nous pouvons proposer deux modèles d’occupation du Bronze final I-IIa sur le site des Viviers. Aux secteurs 1 et 5 correspondent deux unités agricoles, de type fermes, qui peuvent avoir fonctionné de manière synchrone ou en deux étapes. L’installation du Bronze final peut également correspondre aux deux étapes d’une seule et même ferme, qui se serait déplacée du secteur 2 vers le secteur 5.

25Le lieu-dit du Bas Jatteau présente à 400 m environ au nord-ouest des Viviers une structure, fouillée lors du diagnostic, dont le mobilier fourni la suite chronologique des implantations du Bronze final. En effet, du matériel céramique, principalement des gobelets aux profil arrondi à cannelures verticales et des gobelets au profil caréné, témoigne de la transition du Bronze final I-IIa–Bronze final IIb, début du Rhin-Suisse-France orientale (RSFO).

L’occupation du Hallstatt

26Le premier âge du Fer est représenté sur toute la superficie du site, dans les principaux secteurs 2, 3, 4 et 5. Chacun de ces ensembles se compose de fosses et de silos dont les éléments chronologiques les attribuent au Hallstatt final pour certains d’entre eux. D’autres sont inscrits dans une fourchette chronologique plus large, du Bronze final IIIb au Hallstatt final.

27Là où les installations du Hallstatt final se définissent par concentration sur l’ensemble du site, la compilation des types de structures de cette période nous permet d’observer les faits suivants :

  • Les secteurs 2 et 3 présentent une concentration de structures, en majorité des fosses, dont la présence de silos n’est pas à exclure mais faible comparativement au secteur 5.
  • Les structures d’ensilage, au nombre de seize sur l’ensemble du site, ne sont représentées par leur mobilier que pour le Hallstatt final. Elles intègrent le modèle de répartition des installations de la fin du premier âge du Fer dans les secteurs 2, 3 et 5.
  • Le plan de répartition des silos sur l’ensemble du site montre une concentration principale à l’ouest.
    • Neuf silos se situent au nord-ouest du secteur 5. Deux d’entre eux contiennent du mobilier céramique qui peut être attribuable au Hallstatt final. La partie sud de ce secteur présente également trois de ces structures dont deux datées de la même période.
    • La partie centrale du site est vide de ce type de structure.
    • Au sud du secteur 3, deux silos n’offrent pas de mobilier. Enfin, deux autres sont localisés à l’extrémité nord-est du site, en secteur 2. La datation de leur mobilier les attribue au Hallstatt final.
  • Les fosses contenant du limon rubéfié, témoin d’une activité du feu, sont essentiellement localisées dans le secteur 4, d’autres, faibles quantitativement, se situent en secteur 3.
  • L’étude des structures de bâti fournit un plan de bâtiment dans le secteur 2 et des informations incomplètes sur les autres secteurs.
  • Les groupes céramiques appartenant à ces ensembles montrent une certaine cohérence et homogénéité chronologique des secteurs étudiés. La répartition des installations leur correspondant est large puisqu’elle couvre l’ensemble de la surface du site contrairement aux périodes précédentes.

28L’attribution chronologique de ce corpus varie dans une fourchette large du Bronze final IIIb au Hallstatt final pour nombre d’éléments, notamment tout le secteur 4. À ces indices ont été remarqués des critères sûrs de datation du Hallstatt final.

29La période du premier âge du Fer forme à l’évidence un grand ensemble sur toute la superficie du site. Il a pu évoluer soit comme un seul établissement présentant plusieurs étapes de fonctionnement du viiie au ve s., soit comme plusieurs établissements ruraux qui auraient fonctionné durant la même période (Hallstatt final).

30L’emprise du Bas Jatteau située au nord-ouest des Viviers a révélé la présence de structures dont le mobilier appartient à cette fourchette chronologique. Poursuivre la fouille à cet endroit permettrait de connaître l’étendue de cette occupation et peut-être obtenir des précisions chronologiques concernant le Hallstatt.

31Sur la partie surveillée du plateau de Sénart n’ont été mis au jour que très peu d’indices protohistoriques dont la précision chronologique reste insuffisante. De ce fait, le site des Viviers constitue un premier axe de recherche, que nous aurons la possibilité de développer grâce à la fouille prévue des lieux-dits environnants : Le Jatteau et Le Bas Jatteau.

Les unités agricoles : synthèse

32Les 9 ha décapés nous ont permis d’observer quatre principales occupations que l’on peut interpréter en termes d’unités agricoles. Ces unités correspondent à une fourchette chronologique Bronze final IIIb–Hallstatt final avec des éléments sûrs du Hallstatt final. Nous pouvons émettre l’hypothèse que la période du Hallstatt constitue un grand ensemble chronologique avec des occupations antérieures du Néolithique, Chalcolithique et Bronze final I-IIa.

33L’absence de Bronze ancien et moyen prouve une discontinuité des implantations du Chalcolithique au début du Bronze final.

34Sur Les Viviers, le Bronze final présente un hiatus au cours de sa phase moyenne (RSFO) ; ce dernier est néanmoins comblé sur l’emprise du Bas Jatteau, dont les témoins montrent un déplacement de l’occupation vers le nord-ouest à cette période. L’observation du matériel céramique et de sa chronologie nous montre que l’on n’a apparemment pas affaire à un habitat groupé mais à des unités agricoles qui se déplacent. Au Bronze final il s’agit certainement d’un même établissement dont le modèle de déplacement évolue sur deux pôles spatialement opposés : à l’est et à l’ouest du site.

35Pour la période du Hallstatt, la périodisation large de certains critères nous laisse penser qu’il s’agirait plutôt de plusieurs établissements ruraux qui tournent du viiie au ve s. Les critères de datation plus sûrs du Hallstatt final montrent qu’une unité homogène du ve s. s’est implantée sur toute la superficie du site dont il ne semble pas possible de détailler le développement spatial.

36Ces hypothèses d’évolution spatiale nous amènent à parler d’un finage en rotation sur cette partie du plateau dont la recherche doit être poursuivie sur les lieux-dits environnants.

37L’unité de la période de La Tène (ancienne, moyenne et finale), représentée par un mobilier de rejet dans les structures de fossés, est très localisée sur le secteur 4. L’absence de structures classiques d’habitat (bâtiments, fosses) ne veut pas dire que l’on se trouve essentiellement dans une zone agricole dépourvue de constructions. Il s’agit dans tous les cas d’une zone limitée par des fossés dont le rôle a été hypothétiquement soulevé. Cette zone peut être éloignée de l’habitat qui pourrait se localiser aux environs diagnostiqués. Malheureusement, ils n’ont pas révélé d’indices d’une éventuelle implantation sur ces lieux.

38Les périodes historiques ont été mises en évidence essentiellement par un ensemble parcellaire dont il n’est pas possible d’en déterminer la date d’implantation. Seul le mobilier piégé dans le remplissage peut être calé chronologiquement et la date de disparition du fonctionnement des fossés se situe entre 1812 et 1934.

Conclusion

39Les 9 ha ouverts ne constituent pas une entité à part entière, mais plutôt l’échantillon d’un ensemble archéologique plus vaste auquel se greffent les nombreux témoins recueillis sur Le Jatteau à l’ouest et Le Bas Jatteau au nord-ouest. Ces parcelles diagnostiquées offrent la perspective d’acquérir d’autres modèles d’implantations rurales des périodes Bronze final et Hallstatt qui forment une continuité chronologique avec Les Viviers. Une fouille sur ces lieux permettrait également de combler les hiatus chronologiques comme le montrent les témoins de la phase moyenne du Bronze final (RSFO) recueillis sur Le Bas Jatteau.

40La fouille des Viviers soulève le problème de la rotation du finage : les installations en deux pôles à la période du Bronze final et les concentrations ou l’éparpillement des occupations à la période du Hallstatt. Ces résultats sont un argument de plus à la poursuite des fouilles sur Le Bas Jatteau et Le Jatteau, afin de développer cette problématique du finage en rotation sur le plateau, de renforcer les hypothèses émises lors de cette campagne et de dynamiser la recherche protohistorique dans la région de Sénart.

41En ce qui concerne Les Viviers, les résultats des recherches spécialisées sont en attente et doivent faire l’objet d’une compilation des informations pour, d’une part, une meilleure compréhension de la fonction des fossés et de ses implications spatiales, si toutefois elle est possible, et d’autre part, orienter sur deux axes les recherches anthracologiques et carpologiques qui permettront une approche paléoenvironnementale et de rechercher les modalités de gestion, d’utilisation des bois et des ressources végétales.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan général du site
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Titre Fig. 2 – Site des Viviers
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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Christophe Bats et Diane Casadei, « Sénart, Moissy-Cramayel – Les Viviers (1995) » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 18 juillet 2024, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/169292

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Auteurs

Jean-Christophe Bats

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