Donnemarie-Dontilly – La Fouillotte
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Année de l'opération :
1994Chronologie :
Préhistoire, Paléolithique, Paléolithique supérieur, temps géologiques, Cénozoïque, Quaternaire, Pléistocène, Pléistocène supérieur, Tardiglaciaire, DryasNature de l'opération :
fouille préventiveNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : CNRS
Texte intégral
1Fouillé chaque année depuis 1991, le gisement de la Fouillotte a livré une importante industrie lithique attribuée au groupe de la Long Blade Technology, qui se développe en Europe aux alentours du Xe millénaire (BP), à la transition Dryas III/Préboréal. Cette industrie est caractérisée par la présence de lames rectilignes, aux bords réguliers, de différents modules, débitées à la pierre tendre.
2En France, les sites les plus nombreux ont été fouillés et étudiés par Jean-Pierre Fagnart dans le nord (Belloy sur somme, Flixecourt, Hangest, etc). Quelques indices récents nous incitent à penser que ce faciès tardiglaciaire s’est également développé plus au sud, sur les bords de la Loire notamment (gisement de Muides-sur-Loire ; fouilles Roland Irribarria).
3Les différentes campagnes de fouilles réalisées à Donnemarie ont permis de montrer l’existence de plusieurs concentrations (5 au total) composées presque exclusivement de matériel lithique, à l’exception de quelques fragments de pierres brûlées et de blocs de grès. À l’intérieur de ces densités, les déchets du débitage sont quantitativement les mieux représentés, dominant quelques outils parmi lesquels les produits mâchurés et les grattoirs sont majoritaires. Ces concentrations sont séparées par de grandes zones vides.
4L’étude du matériel complétée de plusieurs campagnes d’expérimentation a permis d’élucider la fonction des produits mâchurés : il s’agirait d’éléments intervenant lors du réaménagement des percuteurs de pierre, afin de régulariser les surfaces endommagées par les percussions.
5L’analyse technologique de l’industrie a montré que le site correspondait à un lieu de production de supports laminaires normalisés destinés vraisemblablement à une utilisation extérieure. Sur place, on retrouve les déchets de ces opérations mais les quelques outils découverts témoignent tout de même du déroulement d’activités annexes que des analyses tracéologiques s’attacheront à définir.
6En 1994, une campagne d’un mois de fouille a été effectuée. La réalisation de 84 sondages manuels nous a permis d’une part de préciser les limites du gisement et d’autre part de connaître l’extension de chaque nappe de vestiges.
7Cette année, nous avons privilégié une vérification des limites est et nord du gisement alors que les limites ouest et sud avaient été bien définies les années passées. La réalisation de nombreux sondages a montré que le site s’interrompait très nettement aux endroits où n’apparaissait plus de matériel en surface.
8Le gisement devait donc couvrir à l’origine une surface d’environ 7 500 m2, essentiellement en partie centrale de l’actuelle parcelle. Les zones de plus forte densité occupent actuellement un peu plus de 500 m2. L’essentiel du matériel se retrouve au sein de quatre concentrations (locus 1, 2, 3, 4) dont la surface va d’un peu moins de 30 m2 à plus de 70 m2. Une cinquième densité de moindre importance (locus 5) a été découverte cette année et couvre environ 15 m2. En dehors de ces cinq densités, il n’est pas apparu d’autres accumulations.
9Nous avons également axé cette campagne vers la délimitation stricte des locus découverts les années passées. Il s’avère que les dimensions que nous avions attribuées à ces concentrations n’ont guère été modifiées par nos découvertes.
10Nous avons en effet essentiellement rencontré en périphérie proche des amas lithiques découverts les années passées, des espaces vides ou peu denses qui marquent les limites des aires d’activité. Cette opération a montré par ailleurs que de nombreux produits d’allure fraîche avaient été remontés récemment par les pratiques culturales.
11À l’occasion de sondages intermédiaires réalisés entre le locus 2 et le locus 3, une petite concentration est néanmoins apparue, que l’on peut rattacher spatialement au locus 2. Elle a livré, sur une dizaine de mètres carrés, un ensemble lithique composé de quelques produits laminaires en silex tertiaire et d’un nucléus repris en pièce mâchurée. Les ramassages de surface successifs réalisés ces dernières années avaient permis d’isoler une densité de matériel dans la partie occidentale de la parcelle. Les sondages qui ont fait suite à ces découvertes ont montré que l’essentiel du niveau archéologique avait été très perturbé par les labours à cet endroit. Cette année, à la suite de la remontée d’un abondant matériel lithique sur une petite surface, nous avons décidé d’implanter un sondage de vérification (locus 5). Celui-ci a livré sur environ 15 m2, une centaine de pièces parmi lesquelles les lames et les nucléus sont majoritaires. Les premiers remontages réalisés sur cet ensemble montrent qu’une importante partie de la chaîne opératoire n’est pas représentée (mise en forme des blocs). Le locus 5 correspond vraisemblablement à ce qui reste d’un ensemble beaucoup plus vaste, comparable aux quatre autres locus. Les travaux agricoles l’ont toutefois fortement endommagé, rendant toute analyse spatiale impossible. En revanche la collecte de l’ensemble des artefacts remontés ainsi que l’analyse du matériel du sondage nous permettront de comparer d’un point de vue technologique et économique le locus 5 et les quatre autres concentrations.
12L’absence de nouvelle découverte importante cette année ainsi que la constatation de la détérioration du niveau archéologique nous ont incité à considérer la campagne 1994 comme dernière opération de fouille sur le site. Par ailleurs la réalisation de 216 sondages sur les quatre années a permis de prospecter l’ensemble de la parcelle : nous pouvons donc estimer qu’aucune forte concentration nous a échappé et que l’essentiel du gisement a été compris.
13Différentes études ont déjà permis de caractériser l’industrie lithique de Donnemarie : une maîtrise de l’université de Paris I a été soutenue sur la série provenant des ramassages de surface (Michela Slataper 1994). Par ailleurs l’un d’entre nous (B. Valentin) a incorporé les données acquises lors des différentes campagnes dans le cadre d’une thèse de doctorat de l’université de Paris I, actuellement en cours. À court terme, nous prévoyons la publication du gisement.
14La fin des campagnes de fouille sur le site de la Fouillotte inaugure une nouvelle orientation de nos recherches. D’autres gisements contemporains ont été identifiés dans la région proche. Nous envisageons à court terme de prochaines campagnes de prospections et de sondages sur ces ensembles. Cette année, une prospection réalisée aux alentours du gisement a permis de détecter une petite série lithique en silex tertiaire, matériau qui n’a été rencontré pour le moment dans la région que sur le site de la Fouillotte : il serait intéressant dans un premier temps d’évaluer l’importance de ce nouveau gisement et d’en établir l’attribution chronologique à partir de ramassages de surface systématiques.
Pour citer cet article
Référence électronique
Pierre Bodu, Boris Valentin, « Donnemarie-Dontilly – La Fouillotte » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 décembre 2024, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/171278
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