La Grande-Paroisse – Pincevent
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Année de l'opération :
1994Sujets :
foyer, industrie lithique, outil, arme, arme offensive, arme de jet, sagaie, reste d'origine biologique, ossement animalChronologie :
Préhistoire, Paléolithique, Paléolithique supérieur, cultures préhistoriques, Cultures paléolithiques, cultures du Paléolithique récent, MagdalénienNature de l'opération :
fouille programméePlan
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Organisme porteur de l’opération : CNRS
Texte intégral
1Depuis plusieurs années, l’objectif prioritaire des fouilles de Pincevent est le dégagement intégral du sol d’occupation IV 20, sur lequel un vaste campement magdalénien a été mis en évidence sur une superficie d’environ 4 500 m2. Depuis 1992, ce niveau IV 20 atteint a été dégagé, à la limite des sections 37 et 46, sur une superficie de 225 m2 environ. Quatre foyers, plus ou moins alignés selon un axe sud-ouest – nord-est et distants les uns des autres de 3,5 à 4 m, structurent cette zone qui paraît correspondre à une vaste aire d’activité technique établie en plein air. Ses limites semblent avoir été atteintes vers le nord et vers le sud mais non vers l’est où une structure de combustion, découverte en 1993, a été laissée en place afin de la soumettre au même processus de démontage que celles fouillées l’année précédente. En outre, des travaux de terrassement à la pelle mécanique ont été conduits au nord du gisement, dans la continuité des sections 37 et 46, dans le but de rencontrer les limites de l’extension des limons magdaléniens vers le fleuve.
2Par ailleurs, il a été décidé en 1994 de reprendre une exploration diachronique du gisement en étendant le décapage d’une portion de sol d’habitat, conservé depuis 1989, au sud du chantier, et correspondant à l’un des derniers passages des Magdaléniens sur le site. Ce niveau IV 0 est particulièrement intéressant pour la comparaison avec les autres sites magdaléniens de la région dans la mesure où, à la différence des niveaux plus anciens, il comporte une forte proportion d’os de cheval et peu de renne. Les sites de Marolles et celui de Ville-Saint-Jacques présentant des faunes analogues, on peut se demander s’il s’agit d’une évolution des stratégies adaptatives à la fin du Magdalénien, ou si ce dernier groupe de chasseurs est d’une origine différente de celle des précédents.
Le niveau IV 20, section 36, mètres Q-U 129-134
3L’extension du décapage vers l’est sur 25 m2 semble indiquer que les vestiges associés au foyer 46-S130 ne se développent guère au-delà.
4Le foyer S130, situé à égale distance des foyers R126 et U127 apparaissait au premier état de la fouille comme une structure d’environ 70 cm de diamètre, comblée de petits galets de granit et de blocs de grès fracturés. À première vue, l’état des pierres réparties sur le pourtour suggérait une utilisation relativement courte. Le démontage, conduit par R. March selon le protocole de prélèvement minutieux mis au point l’an passé, a révélé au moins deux épisodes de combustion : d’abord creusé en petite cuvette, le foyer qui semble avoir été utilisé intensément a ensuite subi une extension à la surface du sol, avec un nouvel apport de blocs de grès. Ce second épisode semble avoir été de plus courte durée.
5Les découvertes de cette année, ajoutées à celles de l’an passé, permettent de synthétiser les premières interprétations du sol d’occupation associé à ce foyer. La petite concentration de silex, située au nord-nord-est de S130 et qui se développe en partie sous les pierres du pourtour, correspond vraisemblablement à la première phase de fonctionnement du foyer. Il s’agit d’un poste technique clairement marqué par une poussière de silex, des produits laminaires et des éclats présentant une surface corticale plus ou moins importante.
6La zone d’activité associée à ce foyer, dans un rayon de 1 à 1,5 m, est composée d’os fracturés de renne dispersés et de plusieurs supports et outils de silex local et allochtone. Au sud, quatre sagaies intactes étaient abandonnées sur le sol. Trois d’entre elles, à biseau simple et rainurées sur une ou deux faces, étaient regroupées ; une quatrième, associée à un burin, a été dégagée cette année : de plus petite taille, elle pourrait avoir été abandonnée en cours de fabrication.
7Au-delà de cette couronne, l’espace périphérique semble avoir été plutôt considéré comme une zone de rejet. Vers l’est, deux petits amas de silex distants de 80 cm, semblent correspondre au débitage du même nucléus, retrouvé dans l’un d’eux. L’absence de la phase de mise en forme et la configuration plus ou moins rectangulaire de ces concentrations suggèrent une évacuation plutôt que des postes de taille. Vers le sud, une autre zone de rejet est marquée par des éclats de mise en forme provenant d’un bloc taillé auprès de S130, ainsi que par plusieurs rognons plus ou moins testés et divers produits laminaires. L’ensemble semble correspondre à des rejets successifs à la volée. Cette zone périphérique comporte en outre deux amas charbonneux adjacents mis au jour en 1993.
8L’ensemble de ces observations confirme qu’il s’agit bien d’un établissement en plein air : l’investissement de l’espace s’est fait, peut-être à plusieurs reprises, de façon concentrique par rapport au foyer, avec plusieurs postes d’activités en couronne faisant place, au-delà, à des rejets sans orientation préférentielle. Il se confirme que cette partie du campement correspond à une vaste zone de travail extérieure dans laquelle ont eu lieu de nombreuses activités techniques liées au traitement des matières animales. Rappelons que des raccords avec les grandes unités d’habitation, situées à une trentaine de mètres au sud dans les sections 36 et 27, indiquent des relations de complémentarité fonctionnelle entre ces secteurs du campement.
Le niveau IV 0, sections 34, 35, 43, 44
9Situé à la limite des limons lités de l’horizon IV et des sables postglaciaires de l’horizon III, le sol d’occupation du niveau IV 0 rencontré à la jonction de quatre sections, au sud du gisement, avait été dégagé sur une surface de 45 m2 entre 1989 et 1991. Protégé par un abri de chantier de type serre, ce sol d’occupation était conservé en place depuis cette date, d’une part afin de pouvoir le montrer aux visiteurs et, d’autre part, dans l’attente d’une extension en direction du sud et du nord qui permettrait de mieux comprendre son organisation. En effet, un vaste dépôt de pierres chauffées jointives mais très fracturées ne semblait correspondre à aucun foyer en dépit de la présence de nombreux outils de silex local et allochtone, de gros produits de débitage et surtout de restes de faune comportant du cheval et du renne. Cette structuration particulière et la présence de cheval commandaient que son exploitation soit poursuivie. Le déplacement et la mise en place d’un plus grand abri en tôle ondulée a pu être réalisé grâce à la courtoisie de la société GSM établie depuis plusieurs années de l’autre côté de la voie ferrée.
10Les opérations de dégagement préliminaire à la pelle mécanique et de déplacement du hangar ont été effectués en février 1994. Au cours de la campagne de fouille, l’exploration a été poursuivie manuellement de part et d’autre la surface déjà dégagée, vers le nord sur une vingtaine de mètres carrés, et vers le sud sur une trentaine de mètres carrés.
11L’ouverture au sud de la zone déjà fouillée, dans les mètres U-X 121-129 a permis de confirmer que l’occupation se poursuivait dans cette direction. Au-delà de la vaste concentration de pierres chauffées, le sol est caractérisé par une nappe relativement dense de vestiges. Au centre, une aire d’activité de plusieurs mètres carrés, comporte un nombre important d’outils diversifiés, avec des burins et des chutes témoignant de multiples réavivages, des perçoirs, des lamelles à dos et surtout un remarquable rassemblement d’une quinzaine de grattoirs sur 1 m2 ; les déchets de débitage y sont rares. La présence de quelques éléments mobiliers dont deux rondelles en grès, perforées ou en cours de perforation, un fossile lutétien Natica, une petite barre de lignite, raclée sur deux faces, ainsi que de plusieurs pierres plus ou moins plates confèrent à cette zone d’activité un intérêt particulier.
12Deux structures de combustion semblent avoir été découvertes juste en bordure de la coupe sud. En U126, l’agencement des pierres en demi arc de cercle, sur un diamètre de près de 60 cm, pourrait correspondre à un segment de cuvette. Deux concentrations de débitage lui sont associées, à l’ouest et à l’est. Autour de cette structure, une couronne relativement vide de vestiges suggère la présence d’un espace de circulation périphérique. Dans l’angle sud-est de la surface dégagée, un autre foyer semble également apparaître. Il est entouré de nombreux fragments de pierres brûlées et d’os. Quelques éléments en silex allochtone, en particulier des outils ou des supports laminaires et de rares éclats de reprise, laissent supposer qu’au moins un rognon de silex tertiaire a été apporté et débité dans l’habitat.
13La fouille au nord de la surface précédemment dégagée a permis de démontrer l’appauvrissement du niveau dans cette direction. Seule une petite nappe de pierres chauffées a été retrouvée, isolée à 1 m au nord de la nappe principale de rejet. Associée à quelques produits lithiques utilitaires, elle est entourée d’espaces vides marqués seulement de quelques fragments de pierres brûlées. La présence d’un éclat en silex tertiaire, qui pourrait appartenir au même nucléus que celui débité au sud, confirme la relation de ce dépôt avec le reste du sol d’occupation.
14L’extension de cet ensemble semble donc avoir été atteinte vers le nord et l’est. En revanche, il est clair qu’il se poursuit vers le sud, avec des postes de travail et deux foyers probables. Il conviendra donc d’envisager la poursuite de la fouille dans cette direction, en dépit des problèmes matériels que cela va poser puisque la paroi du hangar se trouve juste à l’aplomb. Les découvertes de cette année permettent de confirmer que l’aire fouillée précédemment correspond bien à une aire de rejet.
15Les opérations de fouille ont été réalisés sous la direction de P. Bodu, assisté de B. Bérard. Les travaux de terrassement ont été dirigés par M. Orliac.
Les 30 ans de Pincevent
16En 1994, le chantier de Pincevent a fêté ses 30 ans. À cette occasion, une reconstitution grandeur nature du campement du niveau IV 20 a été réalisée en place. Tous les stagiaires y ont participé et ont animé la reconstitution durant les trois jours d’ouverture du site au public. Ils ont ainsi pu se familiariser avec diverses techniques expérimentales de taille du silex, de travail du bois de renne et de traitement des peaux. Une exposition montrant les résultats récents les plus significatifs de l’étude du Magdalénien de Pincevent a été réalisée par l’équipe.
17Nous remercions le musée de Nemours de nous avoir prêté les panneaux de présentation.
18Le 24 juin 1994, de 16 h à l’aube, nous avons eu le plaisir de recevoir plus de 300 collègues et amis archéologues. De nombreuses personnalités du ministère de la Culture, du comité national du CNRS, du conseil régional, du département de Seine-et-Marne et des autres collectivités territoriales nous ont fait l’honneur de participer à cette fête.
Pour citer cet article
Référence électronique
Gilles Gaucher, Michèle Julien, « La Grande-Paroisse – Pincevent » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 décembre 2024, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/171328
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