Nanterre et Rueil-Malmaison – Autoroute A86
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Année de l'opération :
1994Sujets :
habitat, habitat groupé, mégalithe, menhir, atelier, atelier de tisserand, dépotoir, fosse-dépotoir, foyer, installation hydraulique, puits, fond de cabane, outil, peson, fusaïole, arme, industrie lithique, poterie, céramique romaine, céramique gallo-romaine, monnaie, monnaie romaine, paléosol, reste d'origine biologique, ossement animal, gravureLieux :
France métropolitaine, Île-de-France, Département des Hauts-de-Seine, Nanterre, Rueil-MalmaisonChronologie :
Préhistoire, Paléolithique, Épipaléolithique, Néolithique, Néolithique final, Protohistoire, âge du Fer, Antiquité, Antiquité gréco-romaine, Antiquité romainePlan
Haut de pageNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Afan
Texte intégral
1Les interventions archéologiques réalisées depuis octobre 1993 sur le tracé de la A86 ont été poursuivies durant toute l’année 1994. L’importance des remblais installés à partir du début de ce siècle a nécessité cette année des terrassements préliminaires importants (jusqu’à 5 m de remblais sur certains secteurs) ; contrainte supplémentaire à celles exprimées dans le bilan antérieur (BSR Île-de-France 1993 : Nanterre et Rueil-Malmaison – Autoroute A86 et déviation de Rueil-Malmaison).
2L’équipe a varié de six à vingt personnes en fonction de l’importance des opérations engagées sur le terrain et dépendant des disponibilités foncières des parcelles à diagnostiquer, à évaluer, voire à fouiller en aire ouverte.
3La modification du projet autoroutier en cours d’année, passage en viaduc devenant passage au sol avec traversée des carrefours en sous-sol et prolongement des secteurs en souterrain, a justifié l’étude de nouvelles sections du tracé.
4Les gisements découverts depuis le début de l’opération s’échelonnent du Paléolithique final au haut Moyen Âge, avec des solutions de continuités caractéristiques qui, mises en rapport avec l’hydrotopographie, permettent déjà une réflexion argumentée quant à l’exploitation du terroir et l’évolution de l’implantation des habitats.
J. A.
Nanterre, les Guignons
5Depuis le mois de décembre 1993, une fouille de sauvetage urgent se déroule au lieu-dit les Guignons, suite à la découverte fortuite d’un site de l’âge du Fer sur le tracé de la future autoroute A86 (BSR Île-de-France 1993 : Nanterre – Avenue Jules Quentin).
6Le site est localisé sur la rive gauche de la Seine, au nord-ouest du bourg ancien de Nanterre. Il occupe un léger relief au-dessus de la courbe des 27,50 m NGF, le préservant ainsi des inondations du fleuve qui coule à environ 1 km. La position topographique et géographique de cet habitat n’est pas un hasard et répond à des nécessités d’ordre écologique : qualité des terres et présence de l’eau (pêche et chasse) et économique : contrôle de la vallée et des voies commerciales.
7En fonction du calendrier des travaux d’aménagement, quatre zones ont été fouillées successivement sur une superficie de plus de 5 000 m2. Ces zones, parfois éloignées de plusieurs centaines de mètres, ont livré des structures liées à un habitat. Le morcellement des surfaces étudiées a partiellement gêné leur interprétation. Cependant une certaine organisation spatiale du site commence à se dessiner. L’hypothèse d’un gisement s’étendant sur plus de 10 ha est envisageable grâce à quelques découvertes fortuites faites dans le passé, ainsi qu’aux divers vestiges observés avant l’intervention archéologique, sur les chantiers de l’autoroute A86.
8La zone 500 a livré les structures les plus intéressantes. Il s’agit d’un groupement de sept ateliers excavés aux dimensions modestes. La morphologie de ces fosses de plan quadrangulaire globalement orienté sud-ouest – nord-est est semblable. Leurs parois sont abruptes ou verticales. Leur fond, toujours plat, n’est perforé par aucun trou de poteau. Leurs remplissages ont des caractéristiques communes. Ils sont rarement stratifiés et contiennent de nombreux vestiges. La rapidité des comblements est confirmée par l’homogénéité de la céramique. Il devait s’agir de structures où œuvrait une seule personne, recouvertes par de simples appentis de bois prenant appui directement sur le sol et maintenus par de simples piquets, n’ayant pas laissé de traces à la fouille. La concentration dans ces ateliers de poids de tisserand pyramidaux nous laisse penser que l’on est en présence d’un pôle à vocation artisanale lié au tissage. Le filage est également pratiqué sur le secteur, comme l’atteste la découverte de fusaïoles en terre cuite.
9Cet ensemble s’articule sur une aire empierrée constituée d’un cailloutis grossier reposant directement sur le substrat. De nombreux trous de poteau généralement très arasés perforent ce sol. Des alignements apparaissent, sans toutefois permettre de reconstituer avec certitude des plans de bâtiments. Il peut également s’agir d’installations annexes (séchoirs, étendoirs, potences…).
10Ce secteur est bordé par des fosses de rejets domestiques, des fosses-silos et des puits. Six puits en pierres sèches appareillées et un avec cuvelage de bois ont été découverts sur l’ensemble des Guignons. Ils sont tous de section quadrangulaire. Les dimensions à l’ouverture sont de 0,76 m à 1,20 m pour la longueur et de 0,66 m à 0,74 m pour la largeur. Les profondeurs conservées sous décapage varient de 1,60 m à 2,43 m. Les NGF relevés en fond de puits sont de 23,47 m à 24,35 m. L’assemblage des blocs est très irrégulier pour deux des puits parementés. Les autres ont un appareillage soigné, constitué de modules réguliers. Aucun bloc ne semble présenter des traces de tailles ou de débitages. Les matériaux utilisés pour les parements sont de quatre types : les calcaires et les meulières en majorité, les grès et les silex en petit nombre. L’étude effectuée par Marc Viré montre que ces pierres sont d’origine locale et qu’elles peuvent avoir été collectée lors d’épierrages des champs.
11Une zone d’extraction de sable et de limon, reconnaissable à ses grandes fosses polylobées, limite le gisement au sud. L’extension du site vers le nord est confirmée par des structures d’habitat (grand fond de cabane avec foyer, silos, puits à eau, trous de poteau et nombreuses fosses dépotoirs de la zone 400).
12La découverte dans ce secteur de deux inhumations d’enfants en très bas-âge avec dépôt de céramiques, fouillées en limite d’emprise, laisse supposer qu’une nécropole a existé à proximité.
13Par ailleurs, deux fossés aux fonctions imprécises et des fosses de morphologies très variées (extraction, dépotoir) délimitent le site à l’est. Leurs comblements ont livré de très nombreux artefacts et en particulier toute la céramique peinte.
14Une dizaine de fosses et un fossé (parcellaire ou enclos) gallo-romains perturbent parfois les structures de La Tène. Ces éléments tardifs semblent démontrer qu’un site rural a existé à proximité des Guignons, confirmant ainsi la continuité de l’occupation du secteur bien après la conquête.
15La céramique de production indigène est en majorité non tournée (vases à provisions et de préparations). Les formes les plus couramment représentées sont les écuelles, jattes, gobelets et les dolia. Les importations sont principalement des amphores du type Dressel 1. Un fragment d’amphore rhodienne et deux de céramique campanienne ont également été trouvés. Plusieurs céramiques peintes semblent provenir d’ateliers du Massif central. Il s’agit de vases ovoïdes engobés de blanc et ornés de motifs soit géométriques soit zoomorphes. Les teintes des décors vont de l’orange au rouge lie de vin. La céramique de type Besançon est également présente.
16Le mobilier en fer bien conservé se compose d’outils (fer de pelle, piochons…), d’armes (épées, fer de lance, pointe de flèche, umbo, bouterolle d’épée) et d’une très abondante quincaillerie en rapport avec l’assemblage des pièces de bois (clous, crochets, ferrures). La trentaine de monnaies identifiées est attribuée aux Parisii, Carnutes, Suessiones, Aulerci Eburovices, Senones et Rémi. Par ailleurs, deux jets de coulée peuvent témoigner de la fabrication de monnaies de bronze sur le site. Les parures sont essentiellement représentées par des fibules en fer ou en bronze.
17Les ossements d’animaux, omniprésents dans les structures, sont bien conservés. La boucherie a été pratiquée sur le site, comme le démontrent plusieurs crânes de bovins présentant des traces d’abattage. Des chevilles osseuses sciées, des os détaillés et un rebut d’objet confirment l’existence d’un artisanat de la corne et de l’os. Des ossements humains se trouvaient dans diverses structures. Tous ceux identifiés à présent appartiennent à des adultes.
18Le tamisage systématique du remplissage des puits a livré de nombreuses graines, ainsi que des restes de poissons, de batraciens et de petits rongeurs.
19Ce site présente toutes les caractéristiques d’un habitat groupé à vocation artisanale probable. L’analyse préliminaire des mobiliers situe sa période d’occupation entre la fin de La Tène C2 et celle de La Tène D2.
L. A.
Rueil-Malmaison, Pavillons Bréguet
20Dans le cadre de la déviation de l’autoroute A86 de Rueil-Malmaison, des tranchées de diagnostic ont été pratiquées en bordure de Seine. Elles font suite à celles entreprises l’année précédente. Le secteur concerné se trouve situé entre l’avenue de Seine et la rue Marcel Pourtout. Cela représente environ 1 km de tracé, sur une emprise moyenne de 60 m. Depuis un an, dix tranchées de longueurs variables ont été implantées, tenant compte des contraintes techniques des autoroutiers et de la libération ponctuelle des zones à sonder.
21En avril 1994, dans le secteur Pavillons Bréguet, deux tranchées respectivement de 52 et 58 m sont venues confirmer la présence d’une plaine d’inondation constituée des alluvions de la Seine. Elles ont été complétées par une extension en aire ouverte sur 66 m de longueur et 12 m de largeur. Deux horizons (limons argileux bruns compacts) ayant été découverts lors du diagnostic, ils ont été décapés par passes fines, l’un après l’autre.
22La fouille n’a pas révélé les éléments caractéristiques d’un habitat structuré avec fossés, trous de poteau, fosses... Cependant, la découverte dans ces limons de débordement d’éléments de céramiques, de silex et de faune témoigne d’une activité anthropique. De petites concentrations de charbon de bois et des plaques d’argile rubéfiée présentent sur les niveaux d’occupation semblent être à mettre en relation avec une activité de déforestation. D’après le matériel recueilli, les traces les plus anciennes peuvent être datées du Néolithique. Cependant l’absence de formes caractéristiques ne permet pas de l’attribuer à une culture définie. Dans les niveaux supérieurs ont été mis au jour quelques tessons protohistoriques et un sesterce en bronze. Les informations archéologiques vont être complétées par une étude du paléoenvironnement.
J.-C. D.
Rueil-Malmaison, Le Closeau
23Une grande tranchée (Tr 3) de diagnostic (1 000 m2), ouverte sur les bords de la Seine à l’emplacement d’un dépôt de terre prévu par la DDE dans le cadre des terrassements de l’autoroute A86, a permis la découverte d’un site pré- et protohistorique stratifié associé à de véritables paléosols séparés les uns des autres par des limons de débordement stériles.
24Le niveau 0 est un petit sol brun fossile non daté et étrepé récemment sur 90 % de la surface de la tranchée.
25Le niveau I est un paléosol épais datable de la Protohistoire. Décapé sur 1 000 m2, il n’a livré qu’une douzaine de trous de poteau concentrés en bordure d’une berge ancienne.
26Le niveau II est un autre paléosol au sens pédogénique du terme. Il est associé à une occupation du Néolithique final. Une fouille fine sur 125 m2 et l’étude en cours de la répartition du mobilier visent à révéler une éventuelle structuration significative des vestiges.
27Le niveau III n’est connu que sur 50 m2. Il a livré un mégalithe couché associé à un paléosol. Le mégalithe se compose d’une dalle de calcaire épaisse d’au moins 0,40 m, longue de 3,30 m pour une largeur maximale à la base de 1,60 m. Les deux extrémités sont appointées. Deux sondages de 1 m2 réalisés en bordure du mégalithe n’ont fourni aucun indice de piliers orthostats ou de vestiges organisés sous-jacents. La présence de sept grosses pierres sur l’extrémité la plus large du mégalithe suggère comme première hypothèse celle d’un menhir effondré. Selon un procédé identique au phénomène de chablis, le mégalithe aurait entraîné dans sa chute la moitié de sa fosse ainsi que les pierres de calage. La seule face pour l’instant observée révèle les traces d’un feu intense. La chauffe eut lieu en un point localisé au tiers de la hauteur du bloc autrefois dressé. Elle marque ainsi le niveau d’enfouissement qui fut celui du menhir. Scellée depuis des millénaires, la face plaquée contre le sol permettra sans aucun doute l’étude exceptionnelle d’un monument non altéré par l’érosion. En attendant cette opportunité, le mégalithe a prudemment été réenfoui. Le pendage vers le fleuve du mégalithe couché et la disparition rapide du sol qui lui est associé traduisent un effet de berge confirmé par la découverte du comblement sableux d’un fond de paléochenal.
28Le niveau III a donc permis la découverte d’un menhir implanté sur les berges de la Seine. Il n’est pour l’instant pas daté, mais nous savons qu’il est scellé par des limons de débordement puis par le niveau II daté du Néolithique final.
29Deux autres niveaux, plus anciens (IV et V), ont été appréhendés par sondage restreint (4 m2) au sein de cette première tranchée. Ce ne sont vraisemblablement que des niveaux d’occupation ou de rejet à partir des berges. La nappe phréatique y a cependant bien conservé la faune.
30Sous 7 m d’alluvions dans la tranchée 3, nous avons également reconnu un niveau de tourbe et bois bien conservé sur lequel une datation 14C est attendue.
31En arrière des berges, la plaine inondable est aussi occupée. Seuls deux paléosols ont été décapés dans la tranchée 5. Un seul a livré à la fouille des structures en creux régulières (trous de poteau et structures de combustion) et de nombreuses traces d’essartage. L’étude du matériel confirmera peut-être la logique stratigraphique qui relie ce paléosol au niveau II (Néolithique final) de la tranchée précédemment présentée.
32Un terrassement de grande ampleur réalisé dans cette tranchée n’a pas permis de retrouver le niveau de tourbe et bois. Les graves et sables formant les alluvions anciennes ont toutefois été atteints sous 8 m de dépôts tardiglaciaires et holocènes.
33Dans des niveaux colmatés et rendus opaques par des colluvions, l’occupation pré- et protohistorique se poursuit jusqu’en limite de première terrasse, près de la RN 13. Les tranchées 1 et 4 (900 m2) attestent de la continuité de l’occupation néolithique et des défrichements. Les structures sont peu nombreuses (foyers) mais le matériel relativement riche. Un fossé protohistorique densément comblé de vestiges traduit peut-être la proximité d’un habitat.
34Enfin, la tranchée 4 a livré plusieurs amas de débitage du Paléolithique final associés à un paléosol. Leur fouille fut confiée à Pierre Bodu.
J.-Y. D.
Rueil-Malmaison, Le Closeau
35Découvert à la fin du mois d’octobre 1994 sur le tracé de l’autoroute A86, par Guy Boulay, membre de l’équipe archéologique de l’A86, le site du Closeau revêt d’ores et déjà un caractère exceptionnel. Ce gisement est localisé sur la commune de Rueil-Malmaison à plus de 5 km en aval de Paris. Il se trouve dans la plaine alluviale de la Seine, en rive gauche, à l’altitude moyenne de 22 m NGF. Actuellement le fleuve est distant de près de 500 m de la zone fouillée.
36À la suite de la phase de diagnostic qui a permis le repérage de plusieurs concentrations de matériel lithique au fond d’une tranchée d’environ 70 m de long pour 6 m de large, une fouille de sauvetage a été menée durant le mois de novembre.
37Cette opération a confirmé l’existence de quatre concentrations lithiques et leur association ou non à un matériel faunistique ainsi qu’à des structures de combustion. L’analyse préliminaire de l’industrie lithique a autorisé son attribution au Paléolithique supérieur final et la présence exclusive, parmi les armatures, de pointes à dos courbes a permis de préciser une appartenance au groupe des Federmesser (ou Azilien pour le Sud-Ouest de la France). On sait que ce groupe se développe au Tardiglaciaire durant l’oscillation de l’Alleröd (11 800-10 800 ans BP), réchauffement climatique qui est caractérisé par le développement d’une végétation et d’une faune tempérées.
38Au Closeau, les vestiges archéologiques sont répartis à la base et au sommet d’un niveau sableux gris situé à environ 3 m sous le sol actuel et que des analyses paléoenvironnementales s’attacheront à caler dans la chronologie du Tardiglaciaire.
39Nous avons individualisé deux phases d’occupation Federmesser, qui se distinguent notamment par une nette différence dans la qualité du débitage et la composition de l’industrie lithique, ainsi que dans l’occupation de l’espace.
Le niveau ancien
40Le niveau le plus profond se situe à la base du sable gris. Il a été fouillé sur près de 30 m2. Il a livré une occupation homogène centrée autour d’un foyer plat sans aménagement excepté de légères cuvettes (amas 4). De rares pierres brûlées (une trentaine de fragments) ainsi que quelques colorants (tache ocrée ou fragments d’hématite), ont été rencontrés ponctuellement. Autour de la structure de combustion étaient répartis de nombreux vestiges lithiques. Un premier décompte permet d’estimer à environ 1 370 le nombre de silex taillés d’une taille supérieure à 1 cm. La fraîcheur des cortex permet de penser que la matière première est d’origine locale (silex secondaire de la craie) et qu’elle n’a pas été récoltée très loin du gisement (alluvions proches ou bancs en place). Seule une lame en silex allochtone brun (fracturée en trois) témoigne de relations avec la partie orientale de l’Île-de-France. Notons que ce transport de silex tertiaire sous forme de supports déjà débités est fréquemment attesté dans les campements magdaléniens de la région.
41Sur le niveau inférieur du Closeau, toutes les étapes de la chaîne opératoire de la taille du silex semblent représentées (mise en forme des blocs, plein débitage, transformation et utilisation d’outils). Une préparation relativement sophistiquée mettant en jeux des crêtes antérieures et sans doute postérieures, permet de donner aux blocs les volumes nécessaires pour l’obtention de produits laminaires. L’objectif est en effet une production de lames régulières, de profil rectiligne, d’une taille variant de 5 à 15 cm environ. Les plus grandes d’entre elles semblent avoir été réservées pour la fabrication de grattoirs, outils les plus représentés au sein de l’assemblage lithique (35 sur 73 outils), et vraisemblablement également pour une utilisation brute (couteau). Certains des grattoirs portent une légère coloration rouge et nombre d’entre eux ont été abandonnés en rebord du foyer au sein de la plus forte tache ocrée. Quelques lames de moins bonne régularité ont été destinées à une utilisation comme burins (10), comme outils doubles (3 associant le plus souvent un grattoir à un autre outil) ou portent de simples retouches sur leurs bords (5). Des armatures ont été réalisées sur les lames de plus petites dimensions (5 cm de longueur pour 1,5 à 2 cm de large) : il s’agit exclusivement de pointes à dos courbe (pointes aziliennes ou Federmesser). Elles sont au nombre de 20 et arrivent donc en second dans la composition de l’outillage. De morphologie et de dimensions relativement standardisées elles témoignent néanmoins de quelques différences entre elles, liées essentiellement à l’importance de la partie retouchée. Une analyse tracéologique sera menée afin de déterminer le type d’utilisation de ces outils que l’on sait avoir servi d’éléments de projectiles dans certains gisements. Les autres outils seront également analysés tout comme les produits bruts les plus réguliers sur lesquels on peut s’attendre à trouver quelques traces.
42L’un des points intéressants de l’industrie lithique correspond à la présence de « gravures » sur le cortex de quatre éléments débités qui appartiennent sans doute au même bloc. Il s’agit de traits parallèles au nombre de quatre ou cinq, espacés de quelques millimètres. Le remontage de l’ensemble montrera vraisemblablement que les traits ont été effectués alors que le bloc n’était pas débité. Le grattage de la partie superficielle d’un rognon peut permettre de débarrasser ce dernier d’un cortex encombrant, pouvant gêner le débitage. Les blocs du Closeau ne portent pas de cortex épais et par ailleurs les traits réguliers ne correspondent pas à ce type de geste. On rappellera en revanche que dans le niveau « épimagdalénien » de Pincevent, une gravure a été réalisée sur le cortex d’un éclat. Il s’agit d’une tête de cheval. Par ailleurs, les motifs de traits gravés sont particulièrement répandus dans l’art épipaléolithique, notamment sur des galets. On ne peut exclure par conséquent l’hypothèse que les traits gravés du Closeau sont une forme d’expression artistique.
43L’un des aspects les plus essentiels de la structure du niveau inférieur correspond à la présence de faune en bon état de conservation : parmi les quelque 440 fragments d’os de plus de 1 cm de longueur retrouvés auprès ou dans le foyer, Anne Bridault a déjà noté l’abondance du cheval, mais aussi l’existence de quelques autres espèces parmi lesquelles la présence d’un cervidé et celle d’un léporidé semblent démontrées. La microfaune est également présente et son étude sera essentielle pour la détermination du contexte d’occupation du gisement.
44Différents éléments permettent d’ores et déjà de mettre en parallèle l’occupation du niveau inférieur du Closeau avec la série Federmesser ancienne découverte sur le site de Hangest fouillé par l’équipe de Jean-Pierre Fagnart dans la vallée de la Somme : les deux gisements présentent une même industrie au débitage laminaire soigné, un outillage comparable. La série d’Hangest est par ailleurs située sous un sol gris attribué à l’Alleröd, tout comme semble l’être l’industrie la plus ancienne du Closeau.
Le niveau récent
45Au sommet du sable gris, d’autres concentrations lithiques et quelques structures de combustion ont été rencontrées. Leur position stratigraphique suggère un décalage chronologique avec le niveau sous-jacent que des datations radiométriques pourront confirmer. Par ailleurs il existe une réelle différence technique entre le débitage du niveau inférieur et celui observé sur le niveau supérieur. Trois concentrations d’artefacts ont été fouillées sur une longueur d’environ 30 m : l’une est connue sur près de 15 m2 (amas 1), la seconde sur 60 m2 (amas 2), la dernière sur 30 m2 (amas 3). Ces trois occupations sont caractérisées par une même absence de faune, une industrie à tendance laminaire réalisée par percussion dure et un outillage très peu abondant composé essentiellement de grattoirs et d’armatures federmesser.
46L’organisation de l’espace ne semble pas aussi complexe que celle observée dans le niveau inférieur : les trois amas se présentent sous la forme de concentrations lithiques plus ou moins dispersées au sein desquelles aucun os n’a été retrouvé (phénomène de conservation, fonction du site ?). Des structures de combustion sont parfois associées spatialement à ces concentrations : il s’agit essentiellement de taches cendreuses d’un diamètre pouvant varier de 30 cm à plus de 1 m. Elles sont rarement en relation directe avec du matériel archéologique, exceptée une structure de combustion située auprès de l’amas 3. Dans le remplissage cendreux de cette dernière ont été découverts deux fragments de federmesser brûlées, l’une d’entre elles remontant avec un des débitages réalisé à proximité. On peut noter par ailleurs la présence de quatre structures de combustion (foyers, vidanges) totalement isolées des autres vestiges mais stratigraphiquement contemporaines. La plupart de ces zones cendreuses ont livré des charbons de bois en quantité et de dimensions suffisantes pour autoriser la réalisation d’analyses anthracologiques et de datations.
47Une analyse préliminaire de l’industrie lithique permet d’obtenir quelques renseignements sur la chaîne opératoire : les blocs de silex, toujours d’origine locale (cortex frais ou roulés) sont exploités sans préparation, à partir d’un plan de frappe préférentiel. Les produits sont débités par percussion dure à partir d’une surface lisse. Ils ne sont pas très standardisés : éclats laminaires ou lames larges, épaisses et peu régulières. Les armatures federmesser sont beaucoup moins nombreuses que dans le niveau inférieur puisque l’on en décompte deux pour l’amas 3, deux pour l’amas 2 et aucune pour l’amas 1. Elles présentent un dos rectiligne alors qu’il est courbe dans le niveau inférieur. Les autres types d’outils sont peu représentés mais les grattoirs dominants dans le niveau inférieur le sont également sur l’ensemble des trois concentrations du niveau supérieur. Il s’agit en revanche de grattoirs courts sur éclat laminaires ou fragments de lames.
48L’analyse palethnographique, qui avait jusqu’à présent essentiellement concerné les sites magdaléniens du sud du Bassin parisien, peut être appliquée dès lors à l’ensemble fouillé à Rueil-Malmaison, en raison de son excellent état de conservation et de son étendue. Cette analyse rendue possible par une fouille et un démontage systématiques, pourra nous permettre de mieux connaître les comportements des derniers chasseurs du Tardiglaciaire.
49Actuellement le site est connu sur une surface d’environ 400 m2. Les futurs travaux de construction de l’autoroute A86 concernent entièrement la partie diagnostiquée ainsi qu’une très importante surface périphérique. Un suivi archéologique des travaux est d’ores et déjà prévu, qui devrait nous permettre de mieux évaluer l’extension du site et d’obtenir une vision plus complète de ces campements federmesser.
50Pour l’instant on peut estimer que le site du Closeau est un site fondamental pour la connaissance des groupes federmesser du Bassin parisien. Les résultats qui vont être acquis d’analyses diversifiées et complémentaires serviront de référence pour les comparaisons intrarégionales.
P. B.
Table des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Puits |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/171938/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 314k |
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| Titre | Fig. 2 – Céramique peinte |
| Crédits | DAO : I. Pasquier. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/171938/img-2.jpg |
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| Titre | Fig. 3 – Le site Federmesser du Closeau |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/171938/img-3.jpg |
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Pour citer cet article
Référence électronique
José Ajot, Laurent Aubry, Jean-Claude Durand, Jean-Yves Dufour et Pierre Bodu, « Nanterre et Rueil-Malmaison – Autoroute A86 » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 décembre 2024, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/171938
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