Fosses – 72 Grande-Rue, école Alexandre Dumas, 14 Grande-Rue et Chemin d’Hérivaux
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Année de l'opération :
1994Sujets :
atelier, argile (atelier), atelier de potier, sépulture, sépulture à inhumation, bâtiment agricole, silo, dépotoir, four, four de potier, fond de cabane, trou de poteau, poterie, céramique médiévale, céramique modernePlan
Haut de pageNotes de la rédaction
Organisme porteur de l’opération : Musée national des Arts et Traditions populaires
Texte intégral
1Découvert en 1989, le site potier de Fosses (Val-d’Oise) a déjà fait l’objet de cinq campagnes de recherches archéologiques, menées conjointement par le musée national des Arts et Traditions populaires et l’association JPGF de Villiers-le-Bel.
2Ces travaux sont réalisés avec le soutien du ministère de la Culture (direction des Musées de France et Drac d’Île-de-France) et le concours des collectivités locales (municipalité de Fosses et conseil général du Val-d’Oise). Les deux premières campagnes de fouilles, effectuées en 1991 et 1992, ont permis de révéler l’importance du centre de production durant le Moyen Âge : il comprenait au moins sept ateliers, répartis dans le village, qui ont fonctionné sans discontinuité évidente depuis l’époque carolingienne jusqu’au milieu du xviie s.
3Une autre opération immobilière située dans le secteur ouest du village, près du chemin d’Hérivaux, a justifié la troisième campagne de sauvetage réalisée en 1993. Les découvertes ont été particulièrement abondantes : plus de 140 structures archéologiques, comprenant deux unités de production contemporaines (6e officine) qui ont fonctionné dès le milieu du xiie jusqu’au début du xiiie s.
4En 1994, deux nouvelles campagnes de fouilles ont été effectuées. À la sortie ouest du village un neuvième atelier a été étudié, avec son four très bien conservé et sa production datable de la seconde moitié du xvie s. retrouvée dans une grande tessonnière. Au cœur de l’agglomération, un dixième site de production a été mis en évidence près de l’église : il comporte au moins cinq ateliers successifs qui ont fonctionné sans interruption du xie s. au milieu du xvie s. Cette dernière opération, qui se poursuivra en 1995 par une fouille programmée, est très importante ; elle permettra notamment de combler les lacunes qui existaient dans la chaîne de production, au xie s. et à la fin du Moyen Âge (xive et xve s.).
5Parallèlement, la recherche des sources écrites entreprise systématiquement dans tous les dépôts d’archives continue de porter ses fruits, notamment pour la période allant du xve s. au milieu du xviie s. Les caractères sociaux et économiques de l’activité commencent à se préciser : liens de parenté entre les familles de potiers ; organisation du travail entre les marchands et les potiers ; descriptions des ateliers et des équipements, de l’estal ambulant des marchands, etc. Ainsi, grâce aux textes originaux (actes notariés pour la plupart), nous savons que plusieurs potiers originaires de Fosses se sont installés dans le village voisin dès le début du xviie s. et sont probablement à l’origine du transfert progressif de l’activité à Bellefontaine, où elle perdurera jusqu’au xixe s.
Le neuvième atelier (milieu à seconde moitié du xvie s.) (Opération « 72 Grande-Rue »)
6Au mois de février 1994, des travaux de terrassement réalisés pour la construction d’un pavillon situé à la sortie ouest du village provoquèrent la mise au jour d’un petit dépotoir-tessonnière et d’un dépôt d’argile plastique. Au mois de juin, malgré les mesures administratives de protection qui avaient été prises auparavant, le creusement des fondations d’un autre pavillon sur la parcelle contiguë (no 18.B au 72 bis Grande-Rue) détruisit en grande partie les vestiges d’un atelier du xvie s.
7Le chantier du pavillon ayant été temporairement arrêté par le service régional de l’archéologie, l’intervention archéologique permit la mise en évidence de trois structures principales : un four longitudinal ou « tunnel » (st. 901) qui devait être dans un état de conservation exceptionnel avant les travaux de terrassement ; une tessonnière de défournement (st. 902) située au nord du four et contenant un abondant matériel céramique ; un bâtiment construit sur fondations de pierres liées au plâtre (st. 903) contemporain du four (maison et/ou atelier ?).
Le four 901
8La situation exceptionnelle du four, en bordure de la route de Fosses à Bellefontaine, mérite d’être signalée. En effet, tous les autres fours mis en évidence dans le village étaient jusqu’alors habituellement construits nettement en retrait de la route, à une distance de 20 à 50 m.
9Il s’agit d’une construction soignée, particulièrement solide, utilisant la pierre, la brique et la tuile. À l’arrière du laboratoire, nous avons eu la chance de retrouver le seuil d’accès avec l’embrasure de la porte en élévation (les montants étaient conservés sur une hauteur de 0,40 m, ce qui constitue un cas unique à ce jour sur le site de Fosses. Il se présentait sous la forme d’une longue structure de 10,60 m orientée nord-nord-est – sud-sud-ouest, en partie creusée dans le substrat (limon des plateaux colluvionné au nord et horizon argilo-sableux au sud), comprenant l’aire de chauffe excavée et son cendrier arrière au sud, le foyer semi-excavé, le laboratoire et l’aire de défournement au nord. La partie construite, allant des piédroits du foyer au muret arrière du laboratoire, avait une longueur totale de 5,95 m.
10Le foyer présentait un plan semi-elliptique (longueur de l’ouverture à la marche transversale : 1,20 m ; largeur devant la marche : 1,26 m ; ouverture entre les piédroits : 0,50 m). La sole était dallée de grosses pierres calcaires juxtaposées, très rubéfiées et recouvertes d’une épaisse couche de cendres. Les murets latéraux étaient maçonnés avec des pierres non appareillées, liées avec un mélange de limon argilo-sableux (épaisseur : 0,30 m). Ils étaient doublés à l’intérieur du foyer par un chemisage de tuiles plates, disposées dans le sens de la longueur et liées au limon (épaisseur : 0,15 m).
11Le laboratoire formait un long couloir légèrement trapézoïdal, s’élargissant vers l’arrière. Il était séparé du foyer par une marche transversale, parementée d’un chemisage de tuiles superposées, liées au limon. La sole était constituée d’un radier de caillasses damées, épais de 0,25 à 0,30 m (apprêt de sole sur le substrat) recouvert d’une couche très compacte de tessons écrasés, épaisse de 4 à 5 cm, présentant un épiderme vitrifié sur le dessus. Douze prélèvements ont été effectués pour l’étude archéomagnétique du four. L’inclinaison de la sole était de 17 %.
12Longueur interne du laboratoire : 4,75 m. Surface utilisable : 7 m2. Les murets latéraux étaient construits en pierres liées au limon (épaisseur : 0,47 à 0,48 m) avec un parement interne assez soigné, formé de moellons ; il conservait encore par endroits un enduit de limon avec des empreintes de doigts (chemisage de protection).
13La partie arrière de la sole, surélevée, se terminait par un seuil dallé de pierres plates juxtaposées, avec une porte centrale (embrasure : 0,62 m). L’ouverture était encadrée par deux montants, construits avec des tuiles plates liées au limon, qui reposaient sur une base en pierres et en briques.
14Le voûtement du four comportait deux parties distinctes : une voûte de tuiles sur le foyer, puis une voûte de poteries empilées et lutées sur le laboratoire. Le foyer et l’entrée du laboratoire, sur une longueur de 1,80 m, étaient couverts avec des tuiles plates empilées, liées au limon. Le départ de cette voûte était encore amorcé sur la partie terminale de l’ellipse, la partie sommitale a été retrouvée effondrée dans le foyer. Sur la longueur restante (4,20 m) la voûte du laboratoire était constituée d’arceaux juxtaposés de pots empilés, recouverts d’une épaisse couche de limon : elle a été retrouvée, effondrée, sur toute la longueur de la sole. Les poteries (essentiellement des coquemars) avaient leurs ouvertures et leurs anses bouchées au limon.
15L’aire de chauffe excavée, entre l’ouverture du four et le cendrier au sud, avait une longueur de 1,70 m et une largeur de 1,30 m. Elle était entièrement recouverte d’épaisses strates charbonneuses, provoquées par les raclages successifs des cendres du foyer vers le cendrier. Le cendrier formait une cuvette (L : 1 m ; l : 0,70 m) délimitée par un aménagement périphérique de pierres disposées en fer à cheval. Le fond de la cuvette était recouvert d’une couche épaisse de terre très cendreuse avec des charbons de bois, surmontée d’un petit dépotoir-tessonnière. Ce dépotoir contenait des fragments de poteries de type varié (coquemars, tèles, bassins, terrines, lèchefrites, poêlons, etc.) glaçurées pour la plupart, attribuables à la seconde moitié du xvie s.
La tessonnière 902
16Une grande tessonnière de défournement a été retrouvée au nord du four, derrière le laboratoire, sur le côté est de son accès. La partie inférieure de la structure formait une cuvette creusée dans le substrat (limon colluvionné) ; sa longueur était de 2,30 m, sa largeur de 2,10 m et sa profondeur de 0,30 m. La hauteur conservée du dépotoir, engagé dans un talus, était de 0,80 à 1 m.
17Cette tessonnière contenait plusieurs centaines de céramiques plus ou moins brisées, mêlées avec des morceaux de limon rubéfié (fragments de voûtes et cales d’enfournement) ; quelques poteries, jetées sur les côtés de la fosse, ont été retrouvées presque intactes. L’ensemble est actuellement en cours de traitement, et un échantillon est déjà entré dans les collections du musée national des Arts et Traditions populaires.
18La production est composée en grande partie de coquemars (environ 60 à 70 %) ; les autres formes fermées sont des marmites, des pots à verseurs tubulaires, des récipients munis de préhensoirs digités, et quelques cruches, dont un bel exemplaire était quasiment intact. Les formes ouvertes sont principalement représentées par des tèles, avec des bassins, des jattes, des terrines à tenons, des écuelles et des coupelles à bord rentrant. Les céramiques glaçurées représentent environ 10 à 15 % de cette production : ce sont essentiellement des formes ouvertes, avec une glaçure couvrante interne de couleur vert foncé pour la plupart, ou vert clair/jaune, et des lèchefrites à glaçure jaune ou « marbrée » vert clair/jaune/vert foncé.
19L’ensemble, très homogène, est attribuable à la seconde moitié du xvie s. par analogie avec des céramiques semblables qui ont été retrouvées en contexte d’utilisation à Paris et dans le nord de l’Île-de-France.
Le dixième site de production (du xie au milieu du xvie s.) (Opération « École Alexandre Dumas »)
20En 1993, la municipalité de Fosses a lancé un programme de restructuration au cœur du village, comprenant la rénovation de l’école Alexandre Dumas et la réhabilitation du secteur environnant l’église Saint-Étienne. Avertis du projet, nous avons saisi cette opportunité pour réaliser un diagnostic archéologique, avant les travaux prévus à l’automne 1994. En effet, le secteur concerné comporte un grand terrain de 1 000 m2 situé entre l’école, l’église et l’ancien cimetière (parcelle no 515, section A du cadastre) qui constituait le dernier espace libre de toute construction depuis l’Ancien Régime.
21La parcelle qui nous intéresse est représentée sur un plan-terrier très détaillé du village, dressé en 1653. À cette époque, il s’agissait d’un terrain utilisé en pâture et/ou verger, dit le clos de Jean Guay, relevant de la châtellenie et seigneurie de Luzarches. On y accédait par le sud, dans le prolongement du parvis de l’église (qui était alors beaucoup plus dégagé) et de l’entrée du cimetière. Cet accès fut supprimé par la construction de la ferme seigneuriale Letourneur, à la fin du xviie s. ; puis la parcelle fut englobée dans l’arrière-cour de cette ferme, où elle servit de pré jusqu’à notre époque).
22Le terrain, en retrait de 30 à 50 m de la Grande-Rue, est situé très exactement dans l’alignement des ateliers de potiers découverts en 1989 et 1991. Cette situation privilégiée pouvait permettre de présumer que le terrain recelait aussi, comme les parcelles voisines, des vestiges d’activité potière. De plus, les observations effectuées en 1989 après les travaux de terrassements qui provoquèrent la découverte du premier atelier dans l’arrière-cour de la ferme laissaient supposer l’existence d’un autre atelier.
23Le secteur du village environnant l’église est implanté sur une terrasse de colluvions dominant légèrement au nord le cours de l’Ysieux. Sous la parcelle concernée ici, le substrat, constitué de limon des plateaux colluvionné, forme une faible déclivité (environ 5 %) du nord vers le sud.
24Dans les secteurs nord et est du terrain nous avons retrouvé dix-huit structures creusées dans le substrat, datables de l’époque mérovingienne au xiie s., en périphérie d’une grande aire centrale formant un quadrilatère d’environ 30 m de long sur 15 à 20 m de large, presque entièrement recouvert de tessons de poteries du xvie s.
25À l’ouest, entre l’aire centrale et la bergerie, des concentrations d’épaisses couches de sédiments rubéfiés mêlés avec des milliers de tessons des xiie, xiiie et xive s. indiquaient la présence de fours et/ou de tessonnières dans ce secteur.
26Une seconde phase de décapage, réalisée au mois d’août, permit de préciser la configuration, la nature et l’organisation des vestiges en surface, et d’esquisser une première estimation des séquences chronologiques.
27Une ancienne parcelle fut ainsi mise en évidence, matérialisée par des murs orientés nord-sud à chaque extrémité du terrain. Cette parcelle recelait les vestiges d’un atelier de potier du xvie s., retrouvés dans un état de conservation remarquable (ensemble 10.70 / 10.80).
28À l’est de cet ensemble, dans une bande de terrain contiguë à l’enclos actuel du prieuré, plusieurs structures attestaient une occupation aux époques mérovingienne et carolingienne : un fond de cabane semi-excavée (st. 10.50) ; une aire d’ensilage (silos 10.51, 10.52, 10.54.s et 10.95) ; un silo paraissant isolé (st. 10.57) et de nombreux trous de poteau.
29Au sud-est, à proximité du cimetière, nous avons retrouvé un second fond de cabane semi-excavée à six trous de poteau, long de 4 m et large de 2 m (st. 10.88) ; un four domestique, dont le cendrier est engagé en partie sous le cimetière (st. 10.62.F) ; et six sépultures, dont les corps sont inhumés est-ouest, têtes à l’ouest (st. 10.59, 10.60.a, 10.60.b, 10.66, 10.68 et 10.69.b). Plusieurs fosses anthropomorphes (à contour céphalique), attribuables aux ixe ou xe s., appartiennent probablement au premier état du cimetière ad sanctos implanté autour de l’église préromane, après l’abandon de la nécropole du haut Moyen Âge qui était située à l’ouest du village.
30Dans les secteurs nord et sud-est, nous avons également retrouvé plusieurs structures datables des xie et xiie s., qui étaient plus ou moins imbriquées avec celles du haut Moyen Âge : des grands silos, aux volumes nettement supérieurs à ceux de la période précédente (st. 10.55, 10.62, 10.63, 10.65 et 10.69) et l’angle d’un fossé (st. 10.56) qui se prolonge sous la parcelle contiguë à l’est. L’un des silos, situé au sud (st. 10.62), était comblé en dépotoir/tessonnière avec des ratés de cuissons attribuables à la seconde moitié du xie s. qui indiquent l’existence d’un atelier situé à proximité.
31Des sondages effectués à l’ouest de la parcelle centrale ont confirmé l’existence d’un four, parfaitement conservé (st. 10.40). Il est comblé en tessonnière, avec une production datable de la fin du xiie s. au début du xiiie s. Les excavations furent rebouchées pour protéger la structure du four, en prévision d’une fouille ultérieure.
32Une troisième phase de fouilles, commencée à l’automne dans l’aire centrale, permit de mettre en évidence plusieurs ateliers antérieurs à celui du xvie s., dont les vestiges sont imbriqués et/ou superposés : l’ensemble 10.30 (milieu du xiiie au début du xive s.) et l’ensemble 10.20 (seconde moitié du xie au milieu du xiie s.). La présence d’un autre atelier, vraisemblablement des xive et xve s., est attestée par la présence de nombreux rebuts de cuissons retrouvés en surface de la zone centrale qui n’a pas encore été fouillée. Enfin, une production in situ de céramiques « à glaçure primitive », attribuable au xe s., pourrait être indiquée par la découverte de plusieurs tessons concentrés dans l’aire sud-est, près du cimetière.
L’atelier du xvie s.
33Cet ensemble de bâtiments et de structures directement liées à l’activité potière est le plus complet et aussi le mieux conservé qui ait été découvert à ce jour dans le village de Fosses. Il était organisé dans un vaste espace rectangulaire (24 à 25 m de long dans l’axe est-ouest sur 15 à 18 m de large dans l’axe nord-sud) formé de deux ailes bâties à l’ouest et à l’est, de chaque côté d’une cour centrale. L’aile ouest, longue de 15 m et large de 5,50 à 6 m, comprenait le logis au nord, équipé d’un foyer avec une cheminée en plâtre (st. 10.75) et l’atelier de tournage au sud (st. 10.70) qui comportait trois emplacements de tours à axes fixes. L’aile est, longue de 16 m et large de 6 m, comprenait le four au nord (st. 10.10), son aire de travail excavée avec un accès aménagé vers le nord-est (st. 10.53) ; un appentis dans le prolongement nord, probablement destiné au stockage du bois (st. 10.49) et une pièce rectangulaire de 3,50 x 2,50 m (st. 10.80 / 10.81) avec un accès vers la cour au sud (local pour le stockage des céramiques avant la cuisson ?).
34Au sud de la cour, une série d’aménagements et de fosses ont été retrouvés le long du cimetière : une grande fosse circulaire remplie d’argile (st. 10.70.b) à droite de l’entrée de la cour, près de l’atelier de tournage (réserve de matière première) ; un puits maçonné (st. 10.62.b) ; une grande fosse d’extraction de limon (ø : 5,50 m, profondeur : 2,30 m) comblée en dépotoir/tessonnière (st. 10.20) ; une fosse circulaire (ø : 1,30 m) ancienne réserve d’argile comblée en tessonnière (st. 10.19) ; et une fosse rectangulaire (2,80 x 2,40 m) d’extraction de limon puis de stockage d’argile, également comblée en tessonnière (st. 10.82). Le sol de la cour centrale était entièrement recouvert d’épaisses couches de tessons et de plaques d’argile, piétinées avec divers détritus domestiques, formant une sorte de radier très compact sur le substrat.
35La contemporanéité relative des différentes structures a été établie par l’homogénéité de la production céramique retrouvée dans cet ensemble, qui est globalement attribuable à la première moitié du xvie s. La découverte de monnaies émises sous le règne de François Ier (entre 1515 et 1547), dans les couches d’occupation de l’aile ouest et deux dépotoirs/tessonnières situés au sud-est de la cour, confirme cette estimation.
36Pour affiner la chronologie, des remontages ont été effectués avec des tessons de poteries glaçurées très caractéristiques et facilement repérables (lèchefrites, poêlons, réchauds de table, chapiteaux d’alambics, luminaires, cornes d’appel, etc.) retrouvés dans différents contextes : ils ont permis d’établir la contemporanéité absolue de plusieurs structures, et facilité la mise en séquences de l’ensemble.
37Le four (st.u 10.10) a été construit dans l’angle de la cour opposé aux vents dominants. Il est relativement bien conservé, à l’exception de la partie arrière du laboratoire, presque entièrement arasée. La structure présente quelques analogies avec le four du neuvième atelier (voir supra) mais son module était nettement plus important, lui conférant un caractère « industriel ». Sa longueur totale conservée, de l’ouverture du foyer à l’extrémité arasée du laboratoire, est de 4,80 à 5 m ; son orientation est nord-nord-est – sud-sud-ouest, ouverture au nord-nord-est. L’aire de chauffe avait une longueur de 3,20 m et une largeur de 2,75 m avec le cendrier latéral. Le foyer, de plan semi-elliptique, était vaste et solidement construit en pierres et en tuiles (longueur : 2 m ; ouverture entre les piédroits : 0,60 m ; largeur à l’entrée du laboratoire : 1,55 m). Les murets latéraux en pierres étaient doublés d’un chemisage interne de tuiles (épaisseur totale : 0,50 m ; hauteur conservée : 0,65 m) ; cette partie du voûtement était constituée de tuiles liées au limon. Une marche transversale séparait le foyer du laboratoire (largeur : 1,60 m) sa partie supérieure était arasée, comme la partie arrière de la sole, surélevée.
38L’étude de sa production, retrouvée dans les tessonnières, permet d’estimer la durée totale de fonctionnement du four 10.10 à environ un demi-siècle. Une coupe longitudinale de la sole permit de mettre en évidence deux stades de fonctionnement, avec quelques modifications apportées à sa structure et des réparations. L’aile est de l’atelier fut aménagée dans un bâtiment préexistant. Le four a été construit en l’appuyant dans l’angle d’un mur plus ancien, faisant office de contrefort, et son aire de chauffe reposait sur le comblement d’un escalier menant à une grande cave, obstruée auparavant. La fin de l’activité de cet atelier se situerait aux environs de la décennie 1550-1560, d’après le type des céramiques les plus récentes qu’il a produit. L’étude archéomagnétique des prélèvements effectués sur la dernière sole du four apportera ultérieurement une estimation complémentaire. Aucune trace de réoccupation postérieure au xvie s. n’a été mise en évidence sur l’ensemble de la parcelle. Les vestiges des bâtiments furent arasés, et le terrain nivelé avec un apport de remblais et de terre végétale : il resta ensuite dans cet état, utilisé en pré, jusqu’en 1994.
L’atelier du xiiie au xive s.
39Les sondages réalisés durant l’automne 1994 dans les secteurs ouest et sud-est, sous les couches d’occupation du xvie s., ont fait apparaître les vestiges d’un atelier antérieur qui pourrait déjà présenter une organisation spatiale assez semblable. À l’ouest, les fondements de l’aile occupée au xvie s. (logis et atelier de tournage) s’appuyaient en partie sur les murs d’un bâtiment aussi important, légèrement décalé vers le nord-ouest. Sous l’aile opposée, un radier de pierres orienté nord-sud, parallèle au mur principal du bâtiment (st. 10.80) a été retrouvé légèrement décalé dans l’angle sud-est de la cour. Le matériel céramique retrouvé dans ces contextes indique leur contemporanéité et permet de les situer entre la première moitié du xiiie et le milieu du xive s.
40L’aile ouest, fouillée en partie, présente quatre séquences chronologiques d’occupation avec des utilisations différentes :
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Un atelier attribuable à la première moitié-milieu du xiiie s., avec un four orienté sensiblement est-ouest (st. 10.30.a) et son aire de travail à l’ouest (les strates des raclages de cendres ont été retrouvées sous le mur 10.35).
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Un second atelier, aménagé après le milieu du xiiie s., comprenant un four plus élaboré, construit en pierres et en tuiles sur l’emplacement du précédent (st. 10.30.b) et la construction des murs encadrant son aire de chauffe excavée (les strates des raclages de cendres venaient s’appuyer sur la base des murs).
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La transformation de l’aire de chauffe du four 10.30.b, et sa réutilisation en petite cave ou cellier (L : 3,50 ; l : 2 m) vers le début du xive s. (st. 10.71). La partie avant du four fut préalablement démolie à mi-hauteur de la voûte du foyer, pour aménager une niche pourvue d’un appui maçonné ; la partie arrière du four a été obstruée par un mur, l’aire de chauffe comblée sur le tiers inférieur et un accès aménagé vers le sud, avec une porte à l’entrée de la cave (les gonds ont été retrouvés scellés au plâtre dans le mur 10.31).
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L’utilisation de la structure 10.71 fut abandonnée dans le courant du xive s. et l’excavation comblée en dépotoir/tessonnière, avec la production d’un four situé à proximité et des gravats provenant de la démolition d’un bâtiment (notamment des gros morceaux de plâtre portant l’empreinte d’une armature en bois). La partie ouest de cet ensemble fut nivelée et réaménagée pour installer l’atelier postérieur, vraisemblablement décalé vers le nord-ouest (sa présence dans cette zone – non fouillée – est indiquée par d’épaisses couches de tessons mêlés à des nodules de limon rubéfié). La partie est fut arasée (à la même époque ou plus tard ?) pour l’aménagement du corps de logis de l’aile ouest : ses couches d’occupation les plus anciennes reposaient directement sur la sole du laboratoire du four 10.30.b. La poursuite des fouilles dans ce secteur, en 1995, permettra probablement de préciser l’organisation de l’atelier aux xive et xve s., qui reste actuellement très lacunaire.
41Le four (st. 10.30.b), remarquablement bien conservé avec son aire de chauffe excavée encadrée de murs, constitue un précieux témoin des techniques de construction utilisées par les potiers dans la seconde moitié du xiiie s.
42Sa structure piriforme, très inclinée, est conservée sur une longueur de 3,80 m à partir des piédroits du foyer jusqu’à la partie arrière du laboratoire, malheureusement arasée et incomplète. L’axe du four est orienté est-nord-est – ouest-sud-ouest, ouverture à l’ouest-sud-ouest. Les murets latéraux sont conservés sur une hauteur de 1,10 m ; ils sont construits avec des pierres liées au limon, et doublés à l’intérieur par un chemisage de tuiles, recouvert par un enduit de protection au limon ; à l’extérieur, les piédroits sont également doublés avec des tuiles. L’entrée du laboratoire est barrée par une marche transversale, sur laquelle un pilier central a été construit légèrement en retrait, avec des pierres superposées (ø : 0,35 m) reposant sur une base tronconique. Derrière le pilier, la forme du laboratoire s’élargit nettement.
43La sole, très inclinée, forme une pente à 30° (± 60 %) entre la marche et la partie supérieure du laboratoire qui est surélevée de 1,10 m par rapport au foyer. La longueur conservée du laboratoire, du pilier à la partie arrière arasée, est de 2,30 m.
44Le voûtement du four comportait deux parties distinctes : une voûte (longue de 1,60 m) constituée de tuiles disposées sur chant et liées au limon, sur le foyer et l’entrée du laboratoire ; puis une voûte formée d’arceaux juxtaposés de poteries empilées, noyées dans une épaisse couche de limon, sur le reste du laboratoire.
45L’aire de chauffe excavée était encadrée par des murs solidement maçonnés (conservés sur une hauteur de 1,70 à 1,80 m). Son accès se faisait au sud-est, par un passage prolongé d’un couloir incliné qui menait vraisemblablement à un local servant au stockage du bois, situé en surface parallèlement à la structure du four.
46Le traitement et l’étude des fragments de céramiques, retrouvés dans les différentes couches de déblais et de cendres, avec les poteries (souvent complètes) découvertes dans le comblement du four, sont actuellement en cours. La production du four 10.30.b est constituée en grande majorité de coquemars, avec des oules ovoïdes, des cruchons, des pichets et quelques formes ouvertes glaçurées. Un premier examen de l’ensemble permet déjà de situer les types plus récents vers la fin du xiiie s. et le début du xive s.
Opération « 14 Grande-Rue – Le prieuré »
47En préalable à la construction de deux petits ensembles immobiliers, le diagnostic réalisé en fin d’année se situe en continuité spatiale avec la zone fouillée en 1991, communément appelée le prieuré, situé à l’est de l’église (BSR Île-de-France 1991 : Fosses – Le Village).
48La fouille de sauvetage aura lieu en 1995, le compte rendu sera ainsi donné dans le BSR 1995.
Opération « Chemin d’Hérivaux – Le village »
49Le diagnostic réalisé en fin d’année correspond à la partie du terrain contiguë à la surface de fouille de 1993 communément appelée Le Village, non accessible car recevant les déblais de cette fouille. Comme l’on pouvait s’y attendre, les résultats sont positifs et l’assiette fera l’objet d’un sauvetage en 1995. Le compte rendu sera ainsi donné dans le BSR 1995.
Table des illustrations
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|---|---|
| Titre | Fig. 1 – Four 901 |
| Crédits | Cliché : C. Garcia. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/172183/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 877k |
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| Titre | Fig. 2 – Plan masse de l’atelier du xvie s. |
| URL | http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/172183/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 745k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Rémy Guadagnin, « Fosses – 72 Grande-Rue, école Alexandre Dumas, 14 Grande-Rue et Chemin d’Hérivaux » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Île-de-France, mis en ligne le 05 décembre 2024, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/172183
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