1Le diagnostic archéologique au 100 chemin du Rafour à Écully (Métropole de Lyon) a précédé le lotissement d’une parcelle localisée à proximité immédiate de l’aqueduc romain de la Brévenne. Celui-ci, qui emprunte ici un parcours aérien, n’a pas été localisé dans l’emprise, sauf à ce que l’amas dense de roches situé dans l’angle nord-est du sondage 1 soit un angle de fondation de pile, ce que les conclusions de l’étude rendent incertain.
2Le parcours est, quoiqu’il en soit, à très grande proximité. C’est ce que confirme la présence de niveaux de démolition (blocs de granite, tuile et brique, enduit de tuileau), mais aussi de construction (un niveau de mortier en place). Cette occurrence est rare en contexte « aqueduc » mais est avérée plusieurs fois sur le segment Dardilly-Écully. Observées in situ, ces dernières formations sont souvent mitoyennes, voire au contact étroit, des piles. C’est probablement celles-ci qu’ont impactées les travaux anciens, qui ne reportent que des descriptifs vagues, sans jamais identifier un élément architectural en place.
Fig. 1 – Plan masse du diagnostic sur un fond de plan avant travaux
Fond de plan : FBGroup, cadastre.gouv ; relevé topographique : J. Boudry ; DAO : C. Coquidé (Inrap).
3Parmi les roches employées dans la construction, le granite est largement majoritaire. L’étude géomorphologique précise que ce matériau est affleurant à 300 m à l’ouest de l’emprise. Quant à la présence de terres cuites architecturales, et notamment de brique, elle conforte l’hypothèse d’un parcours en grande partie ou totalement aérien du canal. En effet, lors de quelques réparations, la terre cuite n’entre pas dans la composition des tronçons enterrés alors qu’elle est observée sur les très rares infrastructures hors sol conservées sur cet aqueduc, soit sur les réservoirs de siphon, sous forme d’arases de briques.
4La topographie locale suggère en effet que le canal transporte le flux au-dessus du sol. Une file d’arches arasée a été trouvée en amont de ce segment lors de la fouille de Dardilly, Les Cuers, Le Tronchon (Eschbach 2008). L’altitude du passage de l’eau y est en revanche inconnue. Le point le plus proche dans lequel la base de l’eau est cotée (à 304 m) se trouve à 2,340 km à l’amont du 100 chemin du Rafour. Si l’on restitue sous ce repère les diverses épaisseurs des éléments soutenant le canal (en omettant le drain de base) et celle d’une voûte d’arche, l’intrados de cette dernière se situerait aux alentours de 302,80 m. Or, au 100 chemin du Rafour, la cote inférieure des niveaux antiques est à 302,54 m (sondage 3) et à 302,70/302,80 m (sondages 1 et 2), ce qui ne laisse aucun espace libre entre le sol et l’intérieur de l’arche. Il est, de plus, très probable que la cote de base de circulation de l’eau soit inférieure à 304 m au droit du diagnostic, et donc portée sur une structure moins haute.
5Il est vraisemblable que le canal ait alors circulé sur un mur peu élevé (un peu plus de 1 m ?), celui-ci pouvant faire office de fondation, et d’au moins 2 m de large (la largeur minimum de l’aqueduc de la Brévenne). La présence, dans les déblais de démolition, d’un enduit hydraulique spécifique mis en œuvre pour former le fond du canal appuie cette hypothèse : cet amalgame est le plus solide de l’ouvrage et il y a peu de chance qu’il soit « remonté » du sous-sol. Lorsqu’il paraît dans ce cadre, c’est que l’aqueduc a été démobilisé jusqu’au sommet de ses fondations au moins, et qu’il ne reste presque rien de l’ouvrage hydraulique lui-même. Ce fragment présente en outre une surface extrêmement lissée, qui interroge quant à la méthode qui a pu produire cet effet. L’enduit fin qui la recouvre reste aussi à identifier.
6Il est enfin difficile de savoir si les découvertes anciennes ont rencontré les couches de construction ou de démolition du canal et de ses maçonneries telles qu’observées lors des opérations récentes ou la fondation de la superstructure. Ces couches qui emballent les matériaux du canal sont en effet enfouies sous 0,40-0,50 m de sédiment sur l’emprise et environ 0,60 m plus bas que le chemin qui borde la parcelle à l’est (cote de surface à 303,20-303,35 m au droit des sondages 1 et 2).
Fig. 2 – Coupes des bermes sud et est du sondage 1
Clichés : T. Bouquin (Inrap) ; DAO : C. Coquidé (Inrap).
Fig. 3 – Coupes des bermes nord et est du sondage 2
Clichés : T. Bouquin (Inrap) ; DAO : C. Coquidé (Inrap).
7Les sondages ont également livré une fosse contemporaine, emplie de gros galets, et un fossé très arasé, non daté, potentiellement ancien. Localisé à distance de l’aqueduc, on ne peut, en l’état, le rapprocher de ceux qui ont été mis au jour à quelques centaines de mètres au nord lors d’un autre diagnostic (Le Saint-Quinio 2019).