1Le projet collectif de recherche, mis en place à la suite des fouilles archéologiques préventives sur deux parcelles mitoyennes aux 39 et 41 avenue des Romains (Gabayet 2015 ; 2019), reprend l’appellation historiographique des lieux « la nécropole ouest de Boutae », plaçant cet espace funéraire dans la continuité des espaces funéraires antiques.
2Les fouilles auront démontré que cet espace funéraire d’importance est mis en place au milieu du ve s. apr. J.-C. sur les friches urbaines du vicus de Boutae. La chronotypologie et le mobilier, confortés par des datations radiocarbone, assurent un fonctionnement de l’ensemble funéraire entre le milieu du ve s. apr. J.-C. et la fin du viie s. apr. J.-C.
3Sur les 250 sépultures fouillées, 21 se démarquent par la présence de mobilier (fig. 1), porté ou déposé, la plupart du temps exceptionnel (Escher et al. 2023). Réparties en quatre ensembles (fig. 2), ces tombes sont dotées de fibules ansées ou zoomorphes, de parures en perles d’ambre ou de verre, de peignes, ainsi que d’un nombre limité d’armes parmi lesquelles un scramasaxe. La présence de ce mobilier dans certaines sépultures, ainsi que d’autres caractéristiques de l’ensemble funéraire dont certaines particularités biologiques observées sur une partie de la population inhumée, posent la question de la présence d’un groupe exogène, de culture germanique, probablement des fédérés burgondes (Gabayet et al. 2022). En outre, la chronologie de l’occupation funéraire, à partir de la seconde moitié du ve s. apr. J.-C., autorise à considérer que la présence burgonde soit liée à l’arrivée de migrants burgondes en Sapaudia, dans le cadre d’un traité d’alliance octroyé par la puissance romaine suite à une défaite militaire contre les Huns.
Fig. 1 – Quelques objets de prestige (39 avenue des Romains)
Cliché : A. Valois (Inrap).
Fig. 2 – Localisation des groupes de tombes à mobilier
DAO : Inrap.
4L’importance de l’ensemble funéraire, caractérisé notamment par son mobilier prestigieux germanique, voire burgonde, a conduit à des recherches ponctuelles et incomplètes et a suscité la mise en place d’une exposition à l’horizon 2025 au Musée-Château d’Annecy. Le cadre du PCR a été identifié comme le seul susceptible de permettre de reprendre l’ensemble des données, de terminer les études engagées, de développer les hypothèses formulées durant le temps de la fouille et de l’étude initiale, de replacer le site dans son contexte historique et archéologique, mais aussi de proposer de nouvelles analyses, paléogénomiques et isotopiques, et de demander de nouvelles datations radiocarbone.
5Cette année de recherche, qui prenait la suite d’une année préparatoire, a en premier lieu permis de préciser et de sécuriser un certain nombre de données issues des rapports de fouille. Les données de la fouille de Galbert ont été intégrées à la recherche, ce site antérieur à la mise en place de la nécropole ouest de Boutae constituant le référentiel local avant toute migration burgonde. Certaines données biologiques ont été revues et modifiées à l’occasion du travail de master recherche. Cette recherche a contribué pour une part importante aux résultats significatifs de l’année de PCR. Partant de critères archéologiques pour constituer des groupes distincts, par hypothèse regroupant soit des individus burgondes, soit des individus romanis, cette étude a consisté à interroger d’éventuelles différences biologiques entre les groupes ainsi constitués.
6Malgré l’impossibilité, dans un temps si bref, de réétudier tous les individus, de nombreux résultats intéressants ressortent de cette étude. Celle-ci semble en effet montrer des différences significatives entre les groupes déterminés : la fréquence des variations anatomiques non métriques diffère, les activités physiques semblent différentes d’un groupe à l’autre, les groupes ne seraient pas exposés au même environnement pathogène, n’auraient pas les mêmes conditions de vie ou le même régime alimentaire.
7L’étude, qui mériterait d’être étendue aux autres individus, apporte des éléments probants pour confirmer les différences biologiques entre les groupes sélectionnés, ce qui avait été suspecté durant l’élaboration des rapports de fouille. Des analyses paléogénomiques pour tester la présence d’ADN ont été effectuées en tenant compte des résultats du master. De même, la découverte fortuite de deux crânes déformés supplémentaires, puis d’un autre durant une reprise paléopathologique des individus, porte à cinq le nombre connu d’individus ayant pu faire l’objet de déformations artificielles et volontaires. Afin d’étudier précisément ces déformations, quatre crânes ont d’ores et déjà fait l’objet d’une acquisition microtomographique. Les autres études en cours permettent de mettre en avant leur potentiel informatif (diagnose sexuelle, paléopathologie…) d’un point de vue scientifique et du point de vue de la valorisation. C’est également le cas pour l’étude paléogénomique qui a permis d’identifier 25 individus sur 30 testés ayant suffisamment d’ADN conservé pour pouvoir espérer distinguer les Burgondes des Romanis, confirmer le regroupement de sépultures, peut-être au sein de cellules familiales, ou encore prolonger la réflexion engagée au sujet du genre des porteurs de fibules.
8D’autres études restent à mener, comme celle sur les isotopes qui peuvent permettre de discuter des mouvements de population et des régimes alimentaires.
9Cette année de recherche n’a pas permis de répondre à toutes les questions posées, notamment sur la part effective d’individus burgondes dans la population inhumée de la nécropole ouest de Boutae. Elle a néanmoins posé des éléments de réponse probants, des perspectives importantes, parfois au détour de nouvelles questions. La recherche devrait se poursuivre à la fois sur des points de détails précis mais également à une échelle plus large, car, s’il s’agit de discuter des Burgondes d’Annecy, il s’agit aussi de replacer les données dans le contexte du second royaume burgonde, en Sapaudia.