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AccueilRégionsProvence-Alpes-Côte d’Azur202304 – Alpes-de-Haute-ProvenceManosque – Voirie, centre médiéval

2023
04 – Alpes-de-Haute-Provence

Manosque – Voirie, centre médiéval

Opération préventive de diagnostic (2023)
Responsable d’opération : Jenny Sélèque
Notice rédigée avec Élise Henrion et Tanguy Leblanc

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Département des Alpes-de-Haute-Provence

Texte intégral

1La prescription de diagnostic archéologique a été déclenchée par le projet de rénovation du centre ancien de Manosque. Elle concerne une emprise de 5 500 m2 de voirie, la rue Soubeyran, la rue Grande, la rue des Marchands et quatre places (Marcel-Pagnol, des Marchands, de l’Hôtel-de-Ville et Saint-Sauveur). Pour des questions de calendrier des travaux, les résultats de cette opération doivent être présentés en deux rapports. Le premier (tranche 1) évoque le suivi de travaux de la rue Soubeyran à l’automne 2023 et les sondages réalisés sur les places d’octobre à novembre 2023. Son rendu permettra de libérer la commune des contraintes archéologiques et d’ainsi maintenir le calendrier initial des travaux qui prévoit la rénovation de certaines de ces zones dès novembre 2023 (rue Soubeyran) et dès janvier 2024 (places de l’Hôtel-de-Ville et des Marchands). Le second rapport (tranche 2) rendra compte des résultats du suivi de travaux de la rue Grande dont les travaux de rénovation devraient prendre fin en juin 2025.

2Les rues font l’objet d’un suivi de travaux archéologique lors de la réouverture des tranchées de réseaux, réseaux qui sont entièrement remplacés. Les tranchées avaient donc déjà été ouvertes lors des installations de réseaux antérieures et avaient donc possiblement altéré des vestiges. Les places sont diagnostiquées par sondages mécaniques en respectant les contraintes techniques présentes en contexte urbain.

3La surveillance des travaux de réseau de la rue Soubeyran et les ouvertures pratiquées sur les quatre places ont apporté des données pour les époques médiévale à contemporaine : des caves et une canalisation lors du suivi de travaux, et maçonneries, caves, sépultures, canalisations et niveaux de sol sur les places.

4Rue Soubeyran, les vestiges apparaissent entre 0,80 et 0,85 m de profondeur sous le niveau de circulation actuel. Les structures archéologiques apparaissent en général directement sous la dalle de béton qui recouvre toutes les places et les voiries, support des sols actuels, hormis lorsqu’il s’agit de caves. Place de l’Hôtel-de-Ville, les maçonneries médiévales apparaissent dès 0,32 m de profondeur, et les sépultures en place à partir de 0,43 m de profondeur, les niveaux supérieurs du cimetière étant bouleversés par les installations urbaines récentes (réseaux du xxe s. et remblais d’installation des sols des places) ; de même que place Saint-Sauveur, où les vestiges (caves, murs et sépultures) apparaissent dès 0,30 m de profondeur. Les profondeurs d’apparition des caves et maçonneries mises au jour place des Marchands sont légèrement plus importantes, de l’ordre de 0,40 à 0,52 m. Et enfin, place Marcel-Pagnol, dès 0,25 m pour les structures les plus récentes (sol) et de 0,24 à 0,65 m pour les maçonneries. Les contraintes techniques (présence de réseaux, habitations, aire de jeux, arbres, terrasses des cafés) ont rendu impossible la réalisation de paliers sur les tranchées. Il a donc souvent été impossible d’étendre la fouille en profondeur.

5Le diagnostic a rarement permis de confirmer les dynamiques sédimentaires du secteur. On constate la présence du safre jaune dès 0,43 m de profondeur uniquement en place Saint-Sauveur.

6Les vestiges mis au jour lors de cette opération de diagnostic ne concernent pas toutes les périodes déjà rencontrées sur la colline où s’est implanté le bourg au Moyen Âge. Pré- et Protohistoire, de même qu’Antiquité, hormis au travers d’un petit fragment de sigillée, ne sont pas représentées. Murs et sépultures retracent le passé médiéval et moderne de la ville. Les secteurs traités donnent un aperçu de l’histoire par quartier, du nord au sud : la rue Soubeyran avec la place Marcel-Pagnol, la place des Marchands, la place de l’Hôtel-de-Ville et enfin, la place Saint-Sauveur. Des vestiges contemporains sont également mis en évidence, niveaux de sols, canalisations, tranchées de réseaux.

La rue Soubeyran

7Cette rue marque la limite nord entre les quartiers des Payans, à l’est, et des Martels, à l’ouest. Elle se situe entre les deux états de remparts, au sud le tracé du rempart du xiie s., au nord le tracé du xive s. (fig. 1).

Fig. 1 – Copie d’un plan de la ville de Manosque en 1786

Fig. 1 – Copie d’un plan de la ville de Manosque en 1786

D’après Paul Brun, 1932, archives municipales de Manosque.

8Malgré les dégâts engendrés lors du creusement des tranchées de réseaux antérieures, des vestiges sont encore conservés. Le suivi de réseau a été l’occasion de les mettre à nouveau en évidence. Ils indiquent que la rue Soubeyran accueillait durant les époques médiévale à contemporaine une occupation similaire à l’occupation actuelle, une rue, une ruelle ou un espace public plus ouvert avant l’agrandissement du bourg fortifié. Des caves étaient fondées en débordement sous la rue, des canalisations en pierre ou en terre cuite contribuaient à l’évacuation ou à l’adduction d’eau, une citerne permettait le stockage.

La place Marcel-Pagnol

9Dans un des secteurs nord du quartier des Payans, entre les deux états de remparts, la place Marcel-Pagnol a livré les vestiges d’un ancien îlot d’habitation aujourd’hui démoli. Le vieil hôpital est détruit en 1967 de même que l’îlot tout entier. Toute l’emprise de la place abritait la juiverie au moins jusqu’en 1327.

10Des murs apparaissant en profondeur sur lesquels s’installent d’autres maçonneries pourraient remonter au Moyen Âge. D’importantes caves voûtées sont associées au bâti. Cet îlot d’habitation, dont on date la démolition, a pu être bâti dans un premier temps à l’extérieur de la fortification, puis ensuite englobé dans l’enceinte lors de la construction du second état de remparts, ou édifié à la même période que le second rempart. La céramique médiévale est représentée dans les deux sondages réalisés à l’emplacement de cet îlot d’habitation, mais ne concourt pas à déterminer la période précise de fondation des maisons.

La place des Marchands

11La place des Marchands est située en plein cœur du quartier des Martels. Elle était occupée entre le Moyen Âge et l’époque moderne par un îlot d’habitation encore figuré sur le cadastre napoléonien de 1825 et déjà rasé sur la photographie aérienne de 1924. Cette place est réputée être le siège des négoces de vins. Certaines caves du quartier révèlent encore des vestiges d’énormes tonneaux, probablement montés sur place.

12Les vestiges mis au jour durant le diagnostic correspondent aux murs des maisons et aux caves associées. Les murs mitoyens ou non correspondent aux murs porteurs des maisons cadastrées sur le plan de 1825. Seul un mur découvert correspond à un cloisonnement entre deux pièces. Les caves sont de facture soignée, un pilier en voûte d’arêtes semble aménagé en sous-œuvre sous la maison nord-est de l’îlot.

La place de l’Hôtel-de-Ville

13Située également quartier des Martels, la place de l’Hôtel-de-Ville présente un marqueur important, celui de l’église Notre-Dame-de-Romigier. Tout l’îlot actuellement habité entourant cette église, la plus ancienne de Manosque encore en élévation, était autrefois dévolu au prieuré de l’abbaye Saint-Victor de Marseille.

14Les fouilles réalisées à son chevet dans les années 1980-1990 (Buisson-Catil et al. 1988 ; Chemin, Grenet 1990 ; Collinet, Coudert 1994) avaient mis en évidence des sépultures du viiie au ixe s. installées sur un habitat des iie-iiie s. La mise en place du cimetière au viiie s. induit l’existence d’une église dès cette époque, bien que la première mention connue ne fasse référence à l’église qu’en 984. Les éléments les plus anciens de l’église conservés aujourd’hui ne remontent qu’au xiie s.

15Les deux tranchées de diagnostic ont permis de mettre en évidence la présence de sépultures et de maçonneries au nord et au sud de la place, largement perturbées par des réseaux et des aménagements récents, se traduisant par de nombreux fragments d’ossements erratiques dès le décapage des niveaux d’installation du sol actuel.

16La première mention connue de 1585 d’un cimetière sur le parvis, son évocation par plusieurs auteurs du xixe s. et les résultats archéologiques montrent que le cimetière s’étendait également devant l’église, et peut-être après l’abandon du cimetière au chevet à partir des xive-xve s. Les résultats du diagnostic indiquent la présence de sépultures attribuées au Moyen Âge (xive-xvie s. et possiblement avant) et implantées sur plusieurs niveaux.

17Les maçonneries rencontrées dans les ouvertures ne correspondent pas au bâtiment dédié aux mesures publiques de la communauté signalé au sud de la place sur le plan du xviiie s. et qui cloisonnait l’espace en deux zones. Elles appartiendraient vraisemblablement à une période antérieure au développement du cimetière, car les sépultures s’installent sur et contre les murs et leurs niveaux de démolition. Comme pour les autres places, il est probable qu’un îlot d’habitation se développe ici. Les voiries, sous forme de ruelles, auraient pu cerner l’îlot aux quatre côtés, ménageant un passage devant l’église et un axe de circulation facilité entre les portes de la ville. Cette place étant assez centrale, elle forme un passage obligé entre la porte Guilhempierre à l’ouest et la porte d’Aubette à l’est, et entre la porte Soubeyran au nord et la porte Saunerie au sud.

La place Saint-Sauveur

18Cette place qui porte le nom de son église Saint-Sauveur, église qui relevait du chapitre de Forcalquier (première mention en 1179), paroissiale dès 1261 et consacrée en 1372, est localisée en bordure occidentale du quartier des Ébréards, et sur l’axe principal du bourg, la rue Grande, qui remonte de la porte Saunerie, porte sud, vers le nord (porte Soubeyran). Les deux tranchées de diagnostic ont été réalisées sur le parvis de cette église et ont permis de mettre en évidence sépultures, murs et caves.

19Un cloître, non localisé, est mentionné dans les archives à partir de 1310, de même que deux cimetières, à partir de 1302-1303, entourant l’église. Dans les archives de 1624, le grand cimetière est situé au chevet de l’église, comme indiqué sur le cadastre napoléonien. Après plusieurs transferts (couvent des Capucins, faubourg Saunerie), il reste en activité jusqu’aux années 1830.

20Une des tranchées de diagnostic, implantée perpendiculairement contre la façade de l’église, a révélé des sépultures datées selon leur typologie entre le xiie et le xive s., mais également deux maçonneries de natures différentes. La première, recoupée par la seconde, représente vraisemblablement un élément polarisant les sépultures. De plus, sa morphologie imposante et ses blocs taillés pourraient indiquer qu’il s’agit du portail de l’église antérieure à l’église mentionnée au xiie s. La seconde maçonnerie, qui s’appuie perpendiculairement contre le mur du portail de l’église actuelle, reste indéterminée. Elle recoupe des sépultures et un caveau s’y adosse. Elle s’interrompt à l’ouest assez rapidement et n’est pas localisée dans l’alignement de la Maison commune figurée sur le cadastre napoléonien.

21La seconde tranchée de diagnostic, au sud de la place, prouve la présence d’au moins une maison à cet endroit grâce à la mise en évidence d’une cave et de son escalier d’accès. Comme pour les autres places du centre ancien, la place Saint-Sauveur était occupée par une habitation ou un îlot plus important. La rue Grande passait certainement de façon rectiligne en bordure ouest de la place. Cet habitat pouvait occuper durant l’époque médiévale le sud de cet espace, et laisser l’espace nord aux aspects funéraires. Plus tard, la Maison commune s’est probablement installée lorsque le cimetière n’a plus été utilisé qu’au chevet de Saint-Sauveur. Ses fondations, ni même sa cave, malgré le choix d’implantation propice des tranchées, n’ont pas été mises en évidences lors du diagnostic.

22Cette opération archéologique, grâce à ses huit ouvertures sur les places principales du centre ancien de Manosque associées au suivi de réseau de la rue Soubeyran, a permis de mettre en évidence plusieurs aspects de la ville encore ignorés. L’habitat médiéval se développe sous les places actuelles, il est antérieur à l’implantation des cimetières du Moyen Âge. Et il est probable que l’installation des caves entre le xive et les xvie-xviie s. ait endommagé les vestiges antérieurs, vestiges d’habitats de l’Antiquité et d’occupations plus anciennes, pré- et protohistoriques. Les cimetières se révèlent parfois plus étendus qu’envisagé auparavant, et la possibilité que l’une des maçonneries découvertes place Saint-Sauveur appartienne à un édifice paléochrétien est à envisager.

23Les résultats de la deuxième tranche de cette opération seront traités à l’issue des travaux du centre ancien et du suivi de réseau en 2025, qui concerne la rue Grande et le rue des Marchands.

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Bibliographie

Buisson-Catil J., Chemin R., Grenet M. 1988 : Nécropole médiévale de Notre-Dame de Romigier, Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), Rapport de fouille de sauvetage urgent.

Chemin R., Grenet M. 1990 : Fouille de l’extérieur du chevet de l’église de Notre-Dame de Romigier, Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), Rapport de fouille de sauvetage urgent, Aix-en-Provence, Drac-SRA PACA.

Collinet J., Coudert M. 1994 : Manosque : Notre-Dame-de-Romigier, DFS de sauvetage urgent, Afan, 29 p.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Copie d’un plan de la ville de Manosque en 1786
Crédits D’après Paul Brun, 1932, archives municipales de Manosque.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/182507/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,8M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Jenny Sélèque, Élise Henrion et Tanguy Leblanc, « Manosque – Voirie, centre médiéval » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Provence-Alpes-Côte d’Azur, mis en ligne le 03 février 2025, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/182507

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Auteurs

Jenny Sélèque

SDA Alpes-de-Haute-Provence

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