1L’opération géoarchéologique sur les terrasses de la commune de Villar-d’Arène s’intègre au sein d’un programme européen ERC TerrACE (Terrace Archaeology and Culture in Europe, université de Tromso, Norvège) dont l’objectif est la datation de ces systèmes agricoles en Europe (Grèce, Italie, France, Belgique, Angleterre, Norvège) et l’élaboration de stratégies pour une gestion durable de ces milieux fragiles sur le plan écologique. La méthodologie est basée sur des protocoles scientifiques rigoureux et de pointe (analyses géochimiques, datation de luminescence stimulée optiquement, ADN sédimentaire, analyse du phytolithe).
2Le système de terrasses agricoles à Villar-d’Arènes est un des plus importants parmi ceux des Alpes occidentales (fig. 1). Il occupe une surface d’environ 150 ha, le village étant le point d’origine autour duquel les terrasses rayonnent. La majorité se situe cependant au nord et au nord-est du village. Jusqu’à présent, il n’existe aucune étude sur leur date de fondation, ni de caractérisation des changements de régimes agricoles avant le xixe s. (culture de céréales, pâturages, fenaison). En revanche, des programmes de recherche sur les caractéristiques pédologiques et écologiques durables de ces systèmes agricoles sont conduits par le laboratoire LECA (université de Grenoble-Alpes et de Savoie-Mont-Blanc, projet Trajectoires) pour la période contemporaine (Schermer et al. 2016 ; Yoccoz et al. 2011). La cartographie complexe de l’évolution du village et du système de terrasses qui lui est associé a déjà été réalisée grâce à un relevé LiDAR (Girel et al. 2010). Aujourd’hui, la plupart des terrasses sont consacrées à la production du foin ou à des zones de pâturage.
Fig. 1 – Terrasses agricoles sur le versant méridional de la commune de Villar-d’Arène
Cliché : K. Walsh (2022).
3Trois sondages ont été réalisés fin août 2022, sur le versant méridional du territoire communal, aux lieux-dits Chamoulet (alt. 1 882 m), Le Légat (alt. 1 705 m) et Serre-Bla (alt. 1 752 m). Les techniques et protocoles employés pour caractériser les données issues de ces sondages sont les suivants : luminescence stimulée optiquement (OSL) pour dater chaque terrasse ; acquisition des isotopes cosmogéniques (10Be) pour dater l’enfouissement des sédiments dans au moins trois des systèmes de terrasses sélectionnés ; analyse à haute résolution de la silice (Si) des phytolithes et la micromorphologie des sols dans toutes les zones d’étude ; extraction de l’ADN ancien du sol et metabarcoding moléculaire/séquençage de l’ADN sur chaque site ; quantification de l’ampleur et de l’importance du carbone organique stocké dans les terrasses agricoles ; établissement d’une chronologie de l’enfouissement du carbone et du taux de renouvellement du carbone sur chaque site ; quantification des tendances de la séquestration du carbone dans le passé et à l’avenir, quand les terrasses sont maintenues et quand elles sont abandonnées.
4L’ensemble des analyses est en cours. L’évaluation macroscopique de la stratigraphie réalisée lors des travaux de terrain, combinée à l’évaluation ultérieure des descriptions sédimentologiques et des analyses pXRF, démontre que les horizons Ap sont relativement superficiels mais conservent une structure cumulative. Malgré cela, la stabilité relative offerte par la construction de terrasses a contribué à la résilience et à l’accumulation de ces sols. Ce n’est qu’une fois les protocoles de datation (OSL, 14C) et l’étude de l’ADNsed et des phytolithes achevés que nous pourrons apporter une interprétation de cet important système de terrassement agricole.