1Le projet de réhabilitation d’un îlot d’habitation, en plein cœur de Brignoles (fig. 1), se situe aux abords de plusieurs monuments protégés au titre des Monuments historiques : l’église paroissiale Saint-Sauveur presque mitoyenne, une maison romane rue des Lanciers, le palais des Comtes de Provence un peu plus au sud… Les bâtiments rénovés se situeraient à l’intérieur de la première enceinte de la ville, a priori du xie s.
Fig. 1 – Emprise du projet et des différents bâtiments et cours le composant
DAO : F. Parent (Inrap).
2Avant sa désaffection dans les années 2000, cet ensemble immobilier abritait l’école privée Jeanne d’Arc.
3Le projet se trouve le long d’un axe fort dans l’urbanisme de Brignoles : la rue qui relie l’église paroissiale au palais comtal, et l’évaluation de bâti confirme le potentiel archéologique et architectural de ces parcelles.
4Les premières traces d’urbanisation entraperçues remontent au xiiie s., tout du moins le long de la rue des Lanciers dans les bâtiments 1 et 2. À ces endroits, il s’agit de maisons polyvalentes : un rez-de-chaussée à vocation professionnelle, avec boutique sur rue communiquant par de grandes arches avec une cour en fond de parcelle, et des étages réservés à l’habitation (fig. 2). Le programme d’urbanisme aperçu lors de la fouille de l’îlot mitoyen au sud (Ollivier, Eggert 2011) semble se confirmer et est sans doute à mettre en relation avec la construction du nouveau palais comtal et l’extension de la ville dans une nouvelle enceinte, ce qui soulève la question de l’emplacement du rempart primitif : une partie de la réponse pourrait se trouver dans les bâtiments 3 et 4, voire dans le 5 ou sous la cour 1.
Fig. 2 – Arcs jumeaux conservés au rez-de-chaussée du bâtiment 1
Clichés et DAO : F. Parent, B. Sillano (Inrap).
- 1 Archives communales de Brignoles CC138, CC188 à CC218.
5Aux environs du xvie s., certaines propriétés bénéficient d’une campagne d’extension, de restructuration et d’embellissement. Il s’agit du bâtiment 1 et de la parcelle au nord du bâtiment 2. Ces deux propriétés appartiennent certainement à l’un des nobles ou des notables mentionnés dans les cadastres anciens1 (notamment ceux de 1524 et 1571) à la place de la grande église ou aux quatre coins de la rue des Chevaliers (Ollivier, Eggert 2011). Chacune de ces deux propriétés bénéficie d’une nouvelle cage d’escalier, décalée par rapport à la façade sur rue, autour de laquelle s’articule les corps de logis.
6Cette campagne est notamment marquée par l’emploi d’un « mortier » coffré-moulé gris brunâtre à grosses inclusions noires, aperçu dans plusieurs cloisons, encadrements de baies ou enduits, très proche du gypse dans sa mise en œuvre, mais non dans sa nature. Cette donnée est inédite pour Brignoles, et pour presque toute la Provence, puisque cette technique n’a été décelée que dans le centre ancien de Marignane pour l’instant (Léal et al. 2010, p. 200).
7Pour rester dans le domaine des mises en œuvre, presque chaque réfection s’accompagne d’un changement de niveau de plancher ou d’une nouvelle distribution de pièces, mais conserve dans les maçonneries des souvenirs des anciens planchers et toitures. Une analyse dendrochronologique des solives et/ou des poutres permettrait sans doute d’affiner les différentes étapes de réaménagements.
8Les cours extérieures, qui n’ont pu être sondées, recèlent certainement d’anciens aménagements, notamment parcellaires, et des informations sur une ruelle (endronne) desservant le cœur d’îlot depuis le sud, ruelle dont la trace a aujourd’hui disparu.
9Ainsi, ce diagnostic sur le bâti a permis de relever un certain nombre d’axes de recherches qui demanderaient à être approfondis (mise en place du parcellaire, emplacement du rempart primitif, techniques de construction, etc.).