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AccueilRégionsProvence-Alpes-Côte d’Azur202084 – VaucluseMénerbes – Abbaye Saint-Hilaire

2020
84 – Vaucluse

Ménerbes – Abbaye Saint-Hilaire

Sondage (2020)
Responsable d’opération : Margot Hoffelt

Texte intégral

1Le couvent des Carmes de Ménerbes, aujourd’hui connu sous l’appellation d’« abbaye Saint-Hilaire », voit vraisemblablement le jour dans la seconde moitié du xiiie s. Occupé par les frères jusqu’à la Révolution française au cours de laquelle il est vendu au titre des biens nationaux, l’édifice relève aujourd’hui du domaine privé.

2En juin et en septembre 2020, trois sondages y ont été ouverts (fig. 1). Leur objectif commun était de mieux cerner la chronologie ainsi que la conformation de l’espace conventuel, notamment dans ses dispositions primitives.

Fig. 1 – Implantation des sondages

Fig. 1 – Implantation des sondages

Plan : R. Wieder (Architecture & Héritage) ; DAO : M. Hoffelt (LA3M).

3La réalisation de travaux de restauration sur l’escalier en vis nord-est du couvent, entamés dans le courant du mois de septembre, a par ailleurs constitué l’occasion de réaliser en parallèle un suivi des écroûtages du parement interne de sa cage afin de mieux observer sa mise en œuvre ainsi que la stratigraphie des élévations.

4Un premier sondage a été ouvert au sein de la chapelle nord-est, identifiée grâce à l’étude du bâti comme la structure de l’église la plus ancienne conservée en élévation. Dans ce sondage, trois niveaux de sol successifs ont été mis au jour, la puissance stratigraphique de l’ensemble n’excédant pas les 0,15 m. Le premier niveau de circulation, caractérisé par un sédiment très fin et charbonneux, était percé par un silo de forme subcirculaire dont les bords étaient recouverts d’un enduit d’étanchéité légèrement chaulé. Une datation par radiocarbone réalisée sur les calcites de cet enduit par le CIRAM a permis de situer sa conception dans la seconde moitié du xiiie s. Ce silo pourrait ainsi avoir été creusé par les frères carmes à une date proche de leur installation sur le territoire.

5Le sol associé au creusement de ce silo était par ailleurs recoupé par les tranchées de fondation des murs de la chapelle, dont la typologie des ouvertures, le voûtement et les moulures renvoient également à la seconde moitié du xiiie s. Lors de son érection, un nouveau niveau de circulation conçu de façon bipartite a été mis en place : à l’ouest, encadré par des banquettes de pierre liées aux parements, se trouvait un sol constitué de petites pierres de calcaire liées par un mortier chaulé très induré ; à l’est se développait un dallage massif, dont les modules de calcaire étaient parfaitement équarris. La délimitation de ces deux sols contemporains se matérialisait très nettement par un axe d’orientation nord-sud dont le tracé pourrait avoir été souligné par une structure en matériau périssable : un trou de poteau a en effet été retrouvé au nord du sondage, à leur interface, évoquant un panneau de séparation.

6Le comblement du silo précédemment cité, qui incluait bon nombre de fragments de vitrage ainsi que des tessons de céramique renvoyant à des productions du deuxième quart du xvie s., ne peut être antérieur à la création de ces deux sols. Le silo était donc potentiellement encore en fonction après l’aménagement des murs de la chapelle (à moins d’un premier comblement, puis d’une vidange), qui aurait ainsi pu, pendant un temps, assumer une fonction de stockage.

7À l’époque moderne, le silo a été oblitéré, les sols médiévaux en grande partie détruits et la chapelle intégralement nivelée : les banquettes de pierre ont alors été bûchées et un nouveau pavement constitué de mallons carrés a été aménagé sur toute la surface de la pièce. Ce sol, aujourd’hui disparu, a laissé place à un remblai contemporain.

8Un second sondage a été ouvert à l’arrière du chevet de l’église. Le substrat, atteint à une profondeur moyenne de 0,65 m, y a été aplani, comme en témoignent les nombreuses traces d’outils qui ont pu être observées. Par ailleurs, de longues droites parallèles évoquant des traces de labours ont été repérées : ces travaux laissant des marques en profondeur, il est néanmoins impossible d’émettre une quelconque hypothèse concernant la datation de ces activités, dont aucun reliquat n’a pu être observé dans les niveaux supérieurs.

9Les strates médiévales ont été observées en bordure de sondage et se caractérisent par une succession de fosses et de lentilles de chaux renvoyant à des niveaux de construction.

10Ces niveaux étaient scellés par une couche de substrat remanié au sein de laquelle a été retrouvé un patard émis sous le pontificat d’Alexandre VII (1655-1667). Un vaste niveau de démolition moderne recouvrait en partie cette unité stratigraphique ; son extension totale et son origine n’ont cependant pas pu être déterminées dans le cadre de la présente opération.

11Suite au nivellement de la cour, deux fosses comprenant chacune un dépôt secondaire ont été creusées. Elles comprenaient les ossements très bien conservés d’au minimum onze individus, d’une moyenne d’âge élevée et de genre exclusivement masculin – lorsque les méthodes de diagnose sexuelle se sont avérées concluantes. Ces observations, couplées aux textes d’archives qui semblent localiser le cimetière des frères à proximité du chevet, permettent d’envisager ces lots d’ossements comme possiblement issus de l’aire funéraire dédiée aux religieux, potentiellement très proche.

12Suite à l’aménagement de ces fosses, un mur d’orientation est-ouest constitué de moellons de calcaire très grossièrement équarris et non assisés a été construit. Il n’a néanmoins pu être observé que partiellement.

13En 1996, un drain a été mis en place le long du mur du chevet, oblitérant toute la stratigraphie à cet emplacement et empêchant l’observation des fondations de l’église. Ce drain était lui-même recoupé par une petite tranchée accueillant un dispositif ayant pour vocation de juguler l’humidité, talon d’Achille du couvent depuis l’époque médiévale.

14Un sondage au pied de l’escalier en vis, par sa superficie relativement réduite, n’a livré qu’une quantité limitée de résultats. Outre des niveaux de circulation successifs (ne remontant pas au-delà du xvie s.) et la présence de deux alignements de pierres anthropiques ainsi que d’un alignement de dalles d’orientation est-ouest (dont la fonction et l’étendue n’ont pu être déterminées), il a permis de mettre au jour un bouchage réalisé en deux temps et condamnant l’espace situé sous l’encorbellement de l’escalier en vis, espace qui aurait ainsi pu être exploité comme un petit réduit à l’époque moderne.

15Les niveaux supérieurs de la stratigraphie semblent avoir été oblitérés par les fouilles des années 1990. Les travaux de restauration de l’escalier en vis nord-est du couvent (fig. 2) ont été programmés en raison de la fissuration de nombreuses marches et du désaxement du noyau. Les écroûtages se limitant au pourtour des marches enlevées une à une, la fenêtre d’observation des maçonneries s’est avérée réduite. Il a néanmoins été possible d’observer une nette homogénéité dans la construction de l’ensemble et une régularité dans les assises, composées de moellons de calcaire grossièrement équarris. Seules les parties supérieures de la cage d’escalier, constituées de tout-venant, témoignent d’une reconstruction possiblement associable à une commande à prix fait de 1581.

Fig. 2 – Escalier en vis nord-est

Fig. 2 – Escalier en vis nord-est

Cliché : M. Hoffelt (LA3M).

16En outre, l’étude de la stratigraphie locale et des linteaux des portes a permis de corroborer les informations contenues dans les textes d’archives et d’affirmer que l’escalier est bel et bien postérieur à l’aile orientale des bâtiments domestiques, mais antérieur aux pièces aménagées au-dessus de la voûte de l’église.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Implantation des sondages
Crédits Plan : R. Wieder (Architecture & Héritage) ; DAO : M. Hoffelt (LA3M).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/187150/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 134k
Titre Fig. 2 – Escalier en vis nord-est
Crédits Cliché : M. Hoffelt (LA3M).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/187150/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 36k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Margot Hoffelt, « Ménerbes – Abbaye Saint-Hilaire » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Provence-Alpes-Côte d’Azur, mis en ligne le 24 février 2025, consulté le 17 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/187150

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Auteur

Margot Hoffelt

LA3M

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Responsable d’opération

Margot Hoffelt

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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