1La fouille archéologique menée sur la commune de Crest a permis de mettre au jour six périodes d’occupation : un site de plein air en place du Paléolithique supérieur ancien (Gravettien), des vestiges d’occupation du Néolithique moyen I et du Néolithique final, quelques indices d’occupations du Bronze ancien et du Bronze final, et enfin quelques traces d’occupations antiques.
2Le site est implanté sur une haute terrasse alluviale de la Drôme, en rive droite du cours inférieur de la rivière et à l’amont du seuil de Crest. Le site domine la vallée de la Drôme, qui s’écoule à 800 m environ au sud-est.
Fig. 1 – Plan général de la fouille
Échelle : 1/200.
Levé : N. Saadi (Inrap).
3Pour la période la plus ancienne, incontestablement, la découverte d’un niveau gravettien en place, préservé par des conditions d’enfouissement favorables, est rare et exceptionnelle. Les traces de cette occupation se trouvent à 0,90 m sous le niveau du sol actuel (235,10 m NGF ± 5 cm).
4Cet ensemble a été repéré et fouillé sur environ 100 m2. Le niveau renfermait deux structures de combustion (foyer F1 et foyer F2) associées à un ensemble de vestiges lithiques peu abondants, mais homogènes et bien conservés. Les résultats positifs des analyses tracéologiques (E. Gauvrit-Roux) confirment cet état de fraîcheur du mobilier et indiquent des utilisations diversifiées (plusieurs sphères d’activité). Les différentes études géomorphologiques (E. Morin) et paléoenvironnementales (O. Moine) évoquent un environnement périglaciaire.
5Le foyer F1 apparaît très éclaté et démantelé. Le démantèlement est dû essentiellement à la nature du matériau calcaire. Ce foyer se compose de 497 fragments de pierres, essentiellement des calcaires gris (barémo-bédouliens) et quelques calcaires gréseux, ainsi que des quartz et quartzites, pour un poids total de 24,8 kg. Des traces de creusement ont été identifiées (analyses micromorphologiques : O. Franc), indiquant un aménagement qui permet de caractériser le type de foyer en cuvette.
Fig. 2 – Foyer F1 en cours de fouille
Cliché : M. Digan (Inrap).
6Le foyer F2 est relativement bien conservé et surtout moins démantelé que le foyer F1. Il est de forme plus ou moins circulaire, d’environ 0,60 m de diamètre. Il est constitué de 21 grosses pierres de calcaire gris (barémo-bédoulien) et de 53 petits fragments, pour un poids total de 22,9 kg. Le foyer F2 a fait l’objet d’un creusement en cuvette peu profond avant son utilisation (analyses micromorphologiques : O. Franc).
Fig. 3 – Foyer F2 en cours de fouille
Cliché : M. Digan (Inrap).
7Deux charbons de bois prélevés dans chaque foyer ont livré quatre dates s’échelonnant de 27674 à 30334 cal. BP (datations Beta Analytic). Ces dernières viennent confirmer l’ancienneté de cet assemblage gravettien, en le plaçant dans un Gravettien ancien.
8L’assemblage lithique taillé associé à ces structures de combustion comprend un petit ensemble de 1 106 pièces lithiques, dont 498 esquilles, pour un poids total de 7,26 kg. Deux matières siliceuses ont été principalement utilisées : un silex oligocène plus ou moins fin, noir à gris, de qualité très variable et de provenance locale, et un silex secondaire blond (silex bédoulien) de très bonne qualité et d’origine allochtone. L’assemblage lithique comprend un petit ensemble de 69 pièces retouchées, en majorité sur supports lamino-lamellaires. On décompte 20 pièces à dos réalisées sur lamelles et petites lames. Les armatures sont représentées par des fragments de microgravettes et des ébauches de pointe de La Gravette. Le reste des pièces retouchées représente un ensemble de 51 outils, dont la majorité a été confectionnée sur des supports laminaires. Cet ensemble est composé d’outils du fonds commun, tels que des lames retouchées et lames appointées, des grattoirs, des troncatures, des burins, des perçoirs, des pièces esquillées et denticulées.
9Trois chaînes opératoires ont été mises en œuvre pour la production des supports lamino-lamellaires recherchés :
- une production de lamelles et de microlamelles de type nucléus-burin ;
- une production autonome de petites lames, destinées à la production des supports d’armature ;
- une production laminaire peu documentée, car réalisée en dehors du site.
10Les modalités techniques mises en œuvre dans ces productions mettent en jeu des procédés de réalisation et des savoir-faire bien maîtrisés. Les schémas de production sont orientés vers la production de supports d’armatures standardisés pour fabriquer des microgravettes et des pointes de La Gravette. Ces modalités de débitage spécifiques permettent de proposer un rattachement de cet assemblage lithique à une phase ancienne du Gravettien. Par ailleurs, la présence de petites microgravettes spécifiques (retouches du bord opposé) évoque également la phase ancienne de cette culture. Des premiers rapprochements avec l’industrie lithique du site de la Vigne Brun (Gravettien ancien) sont particulièrement intéressants à établir : les savoir-faire semblent très similaires entre les deux industries (Digan 2008).
11Toujours pour les périodes anciennes, bien que très discrète, il est important de signaler la présence de quelques éléments lithiques taillés se rattachant à un Paléolithique indéterminé, mais stratigraphiquement antérieur au niveau gravettien. Il s’agirait donc d’une industrie qui se rattacherait à un Paléolithique supérieur ancien, voire une phase encore plus ancienne.
12Pour les autres occupations mises au jour, il convient de considérer ces résultats avec prudence. En effet, les analyses géomorphologiques ont montré l’existence de différents processus érosifs relativement importants dans le talweg, qui ont impacté et remobilisé les vestiges. Cela étant dit, ces découvertes, même parcellaires, sont importantes pour le Néolithique moyen I et le Néolithique final, représentés respectivement et essentiellement par deux structures de combustion.
13Le Néolithique moyen I est représenté principalement par une structure de combustion à pierres chauffées (F27) située dans le sud de l’emprise. Du mobilier (céramique, lithique taillé et macrolithique) se rattachant à cette période a été trouvé dans la structure et à proximité de cette dernière. Bien que sa partie supérieure ait été arasée, la fouille et le démontage de ce foyer ont montré que l’empierrement semble avoir été disposé avec un certain soin. Les différents indices indiqueraient la pratique d’un feu sur la calade. Le foyer F27, daté par analyses radiocarbone, indique une fourchette située entre 4517-4364 cal. BC (Beta – 496773) ou 5620 ± 30 BP.
14Le Néolithique final est représenté principalement par une structure de combustion à pierres chauffées (F26) située au nord-ouest de l’emprise. Une datation radiométrique indiquant un âge de 3099-2917 cal. BC (95,4 %), soit 4400 ± 30 BP, permet de rattacher ce foyer au Néolithique final. Relativement grand pour ce type de foyer, il présente une forme rectangulaire et étroite (2,08 × 0,84 m). La présence de brandons dans le fond de la fosse et leur taille indiquent clairement la mise en place du combustible avant celle des blocs. Cette disposition particulière évoque les foyers de type polynésien.
15Les vestiges protohistoriques sont présents sous forme de quelques fosses uniquement, dont la fosse F32 située au nord-est de l’emprise. Elle est relativement riche en mobilier, notamment en éléments macrolithiques : fragments d’outils de mouture, molette complète et outil de percussion quasi entier.
16Enfin, les vestiges antiques, tronqués par une ravine et localisés au sud de l’emprise, sont illustrés par deux petits trous de poteau.