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2019
74 – Haute-Savoie

Sallanches – Maison forte des Rubins, élévations intérieures

Sondage (2019)
Responsable d’opération : Loic Benoit

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Département de Haute-Savoie

Benoit L. 2021 : Maison forte des Rubins : élévations intérieures (Sallanches, Haute-Savoie). Étude de bâti, sauvetage inventaire 2019.

Texte intégral

1Durant le premier semestre 2019, à l’occasion de travaux de réfection du Centre de la nature montagnarde logé dans la maison forte des Rubins, l’entièreté des parements intérieurs du logis principal a été décroûtée sur toute sa hauteur. Ces travaux ont été l’occasion, en accord avec la commune et le SRA, de mettre en œuvre une intervention d’urgence afin de réaliser, a minima, un état des lieux et un inventaire photographique des vestiges présents dans un ensemble bâti très bien conservé au cœur d’une châtellenie historique.

2La ville de Sallanches se trouve au pied du massif alpin, dans la haute vallée de l’Arve à une altitude moyenne de 550 m NGF. La commune se situe à 18 km à l’ouest de Chamonix et à 14 km au sud-est de Cluses.

3L’agglomération comprend le bourg historique localisé dans la vallée ainsi qu’un château comtal, dit de la Motte, excentré sur la commune voisine de Cordon. La ville de Sallanches, bien que largement reconstruite au xixe s., s’organise selon un axe ouest-est de part et d’autre de la rivière la Sallanches. Le bourg médiéval a disparu du fait de plusieurs incendies successifs durant la période moderne. Toutefois, plusieurs éléments médiévaux structurent encore la ville. Aussi, quatre maisons fortes sont toujours en élévation. La maison de Montagny surplombe la place de la Grenette depuis son promontoire au-dessus du torrent de la croix au sud de la ville. Les maisons fortes de la Frasse et de Disonche dominent l’église paroissiale et l’accès nord-ouest de la commune. Enfin, le château des Rubins est situé en retrait le long de la Sallanches à l’ouest. Ces différentes fortifications semblent bien encadrer le bourg et cela était d’autant plus vrai avant les incendies, comme le montrent le Theathrum Sabaudiae et la mappe sarde avec de nombreuses petites places fortes disparues depuis lors.

4La maison forte des Rubins apparaît dans la documentation à la fin du xive s., dans la comptabilité de la châtellenie de Sallanches. Il y est dit d’une maison « domus site Sallanchie versus los Rubins ». Une famille de Rubins est cependant présente dès 1363, où un certain Durando Rubini achète une maison à Jean de Lucinge, chevalier. Aucun document ne nous permet d’associer ces mentions et l’actuel bâtiment. Si nous ne pouvons écarter la possibilité de l’existence de ladite maison au milieu du xive s., nous sommes en droit de nous demander si la bâtisse est déjà « forte » dans la mesure où les termes fortalitium et domus fortis n’apparaissent à aucun moment. De même, ni la famille de Rubins ou celle de Lucinge ne semble posséder de maison forte dans le mandement en 1339. La famille de Rubins ne paraît être qualifiée de noble que tardivement avec noble Durand Rubin qui teste en 1520. Aussi, l’acquisition de ce titre ne semble pas remonter avant la seconde moitié du xve s., posant alors la question d’une fortification tardive de la bâtisse.

5Toujours est-il qu’en 1563, la maison forte des Rubins est acquise par la famille de Loche, nobles bien implantés dans la haute vallée de l’Arve. La demeure reste propriété de cette famille jusqu’en 1754, où elle est acquise par le chapitre de Sallanches des nobles Philibert de Chasseys et Georgine de Menthon de Choulex avec l’argent des fondations des nobles de Loche des Tours.

6La maison forte est sans doute rapidement transformée en habitations car, en 1840, alors qu’elle est épargnée par l’incendie de Sallanches, trois personnes âgées y vivent, lui valant le surnom de « chattes grises ». En 1978, la demeure est rachetée par la commune de Sallanches qui y installe le Centre de la nature montagnarde. En 1997, est adjoint un nouveau corps de bâtiment afin de renforcer le musée.

7Notre intervention, du fait des différentes contraintes et du contexte d’urgence, s’est bornée à la réalisation d’un enregistrement archéologique accompagné d’observations sur la mise en œuvre et les grandes césures lorsque cela nous était possible. Si l’édifice se compose d’un corps de logis et de deux tours, seul le logis a pu être abordé pleinement, les deux autres espaces n’étant pas touchés par les travaux au moment de notre intervention. L’étude réalisée en juin 2019 a permis la mise en exergue de quatre grands états de construction jusqu’alors inconnus (les périodes annoncées prenant appui sur des datations dendrochronologiques, radiocarbone et les observations architecturales).

8Le premier semble correspondre à l’installation de la maison dans la seconde moitié du xive s. Elle comprend les deux murs gouttereaux ainsi que les deux pignons dans leurs quasi-intégralités. Le bâtiment quadrangulaire s’élève alors sur quatre étages. Le rez-de-chaussée est divisé en quatre pièces tandis que les étages comprennent chacun deux salles de plans barlongs (fig. 1). Cet ensemble est lié à des niveaux de circulation aujourd’hui disparus dont les seuls témoins restants correspondent à des consoles situées au rez-de-chaussée. Un système d’accès par l’extérieur, différent de l’actuelle tour d’escalier, devait alors exister, mais n’a pas laissé de vestiges à l’intérieur du bâtiment.

Fig. 1 – Plan du rez-de-chaussée

Fig. 1 – Plan du rez-de-chaussée

Échelle : 1/100.

Relevés : cabinet Fabriques-architectures paysages ; DAO : L. Benoit (service Archéologie et Patrimoine bâti).

9Dans un second temps, plusieurs phases de travaux sont réalisées entre les xve et xviie s. Dès le xve s., l’étage inférieur est doté de voûtes dans trois de ses pièces, structures modifiant les niveaux de circulation anciens. Entre la fin du xve s. et le début du xvie s., l’édifice semble soumis à une rénovation et à un changement stylistique important. Les encadrements de toutes les ouvertures sont changés au profit de structures en pierre de taille de calcaire noire mettant en œuvre de nombreux linteaux à accolades tandis que deux tours sont accolées au logis (fig. 2). De même, les structures de chauffe, présentes au rez-de-chaussée et au premier étage, voient leurs piédroits modifiés. Enfin, des travaux du xviie s. ciblent la cheminée du premier niveau ainsi que la création de fresques dans l’oratoire installé dans la tour d’escalier.

Fig. 2 – Façade orientale

Fig. 2 – Façade orientale

Cliché : L. Benoit (service Archéologie et Patrimoine bâti).

10Le troisième état renseigne les modifications subies par la maison forte entre les xviiie et xxe s., période où l’édifice est transformé en habitations multiples. De nombreuses cloisons et ouvertures sont alors créées pour faciliter les circulations et l’entrée de la lumière. La charpente est entièrement refaite au xixe s., probablement du fait de l’écroulement partiel de la tour d’angle sud-ouest.

11Enfin, le dernier état correspond aux modifications récentes liées à la transformation du site en musée à la fin du xxe s. et à sa restauration en 2019. Plusieurs ouvertures sont alors percées et un nouveau bâtiment est accolé à l’édifice.

12Les résultats obtenus lors de ces quelques jours d’intervention mettent en exergue un bâtiment au phasage plus complexe qu’envisagé, avec quatre grands états de construction. De même, il apparaît également plus ancien que la date traditionnellement évoquée. Son potentiel archéologique et patrimonial est donc réel. Aussi mériterait-il une investigation plus approfondie notamment par le biais d’une étude des façades extérieures, ces dernières n’ayant pas encore fait l’objet de restaurations. Malgré une intervention restreinte, cette opération de sauvetage participe, à son échelle, à la connaissance de l’histoire locale, mais aussi à celle du patrimoine castral départemental.

Fig. 3 – Façade sud

Fig. 3 – Façade sud

Cliché : L. Benoit (service Archéologie et Patrimoine bâti).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan du rez-de-chaussée
Légende Échelle : 1/100.
Crédits Relevés : cabinet Fabriques-architectures paysages ; DAO : L. Benoit (service Archéologie et Patrimoine bâti).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/189998/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 629k
Titre Fig. 2 – Façade orientale
Crédits Cliché : L. Benoit (service Archéologie et Patrimoine bâti).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/189998/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 333k
Titre Fig. 3 – Façade sud
Crédits Cliché : L. Benoit (service Archéologie et Patrimoine bâti).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/189998/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 391k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Loic Benoit, « Sallanches – Maison forte des Rubins, élévations intérieures » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Auvergne-Rhône-Alpes, mis en ligne le 13 juin 2025, consulté le 17 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/189998

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Auteur

Loic Benoit

Service Archéologie et Patrimoine bâti

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