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2019
69D – Rhône

Belleville-en-Beaujolais – Zac Lybertec (tranche 2)

Fouille préventive (2019)
Responsable d’opération : Yahya Zaaraoui

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Mosaïques Archéologie

Zaaraoui Y. 2022 : Zac Lybertec, tranche 2 : Paléolithique, Antiquité, Moyen Âge. Belleville-en-Beaujolais (69), rapport final d’opération de fouille archéologique, Cournonterral, Mosaïques Archéologie, 3 vol.

Texte intégral

Cadre d’intervention

1Le site de Lybertec, du nom d’une vaste zone d’aménagement, est situé dans le département du Rhône, au sud-est de la commune de Belleville-en-Beaujolais. Cette nouvelle tranche d’intervention, d’une superficie d’environ 1,37 ha, a été conduite entre début août 2019 et décembre 2019. Cette opération fait suite à une première fouille réalisée en 2016 et située à seulement 600 m à l’ouest de la zone nouvellement investiguée (Zaaraoui 2016). Cette fouille offre ainsi la possibilité d’étudier plus précisément l’occupation du sol, de documenter les activités économiques et vivrières du secteur et de confirmer les chronologies d’occupation préalablement rencontrées. L’opération a regroupé trois opérateurs : Mosaïques Archéologie, Éveha et Paléotime.

2Pour les périodes historiques, trois fenêtres d’intervention ont été ouvertes aux lieux-dits de la Grange-Berchet et du Pan Perdu. La fenêtre principale, d’une superficie de 1,1 ha, regroupe trois zones (zones 7, 8 et 9) situées à proximité immédiate de la ferme du Ritz. Une seconde fenêtre, localisée à 185 m à l’est (zone 10), couvre une superficie de 1 200 m2. Enfin, une dernière fenêtre d’exploration a été ouverte à l’entrée de la zone d’aménagement de Lybertec, au lieu-dit du Pan Perdu, à 600 m au nord-est de la fenêtre principale (zone 16). Cette dernière a permis d’ouvrir une superficie supplémentaire de 1 000 m2.

3Quatre autres fenêtres d’exploration étaient destinées à documenter des niveaux de faunes fossilisées datés du Pléistocène (zones 12, 13, 14 et 15). Ces dernières couvrent une surface cumulée de 480 m2.

Fig. 1 – Localisation de l’opération sur le plan du diagnostic

Fig. 1 – Localisation de l’opération sur le plan du diagnostic

Échelle : 1/2500.

D’après Landry 2015, p. 139 ; DAO : Mosaïques Archéologie.

Les niveaux pléistocènes

4Les phases de diagnostic avaient permis de mettre au jour, à environ 1,50 m de profondeur, des concentrations d’esquilles osseuses fossilisées sur des secteurs localisés à l’ouest de la grande fenêtre d’intervention (zones 12 à 14). Sous la terre végétale, un épais niveau de limon argileux brun recouvre une couche argileuse sombre. C’est immédiatement sous cet horizon sédimentaire qu’ont été découvertes les esquilles osseuses. Les observations géoarchéologiques mettent en évidence des variations de faciès sédimentaire d’une fenêtre à une autre, ce qui pourrait expliquer par endroits l’absence des vestiges osseux, notamment dans la zone 15. Dans cette fenêtre de 50 m2, la couche sombre fossilifère est absente. Le secteur n’a livré ni esquille osseuse, ni vestige lithique. Les zones 13 et 14, les plus denses en restes fauniques, ont quant à elles livré une dépression d’extension plurimétrique colmatée par la couche sombre. Cette dernière a certainement contribué à la formation et conservation de l’horizon fossilifère sous-jacent, car la faune fossilisée apparaît systématiquement sous et en contact de cette couche sombre. Des secteurs déprimés ont donc conservé cet horizon sédimentaire, créant ainsi un pseudo-phénomène de concentration. Ce dernier a bénéficié d’une datation OSL indiquant un âge de l’échantillon de 51 000 ± 4 000 ans.

La faune

5L’étude des restes osseux des niveaux pléistocènes a permis l’identification d’au moins quatre taxons : rongeur (Castor sp.), mammouth (Mammuthus primigenius), sanglier (Sus scrofa) et cervidés (Cervus elaphus). Les observations d’A. Filoux mettent en évidence des espèces présentant des affinités avec le milieu steppique froid (Mammuthus) et, pour le couvert forestier, assez marquées (Sus scrofa et Cervus elaphus). La détermination d’un rongeur qui pourrait être rapproché du castor impliquerait la présence d’une étendue d’eau à proximité (marécage, zone humide et/ou paléo-Saône). Ces espèces sont fréquemment retrouvées dans de nombreux sites de plein air et grottes de la vallée de la Saône et du Rhône. Cette association faunique, bien que certainement peu représentative de l’ensemble de l’écosystème présent à l’époque de formation du dépôt, renseigne néanmoins sur la présence de ces taxons dans l’environnement immédiat du site de Belleville et apporte quelques données paléoenvironnementales.

Le lithique

6Le corpus lithique étudié par S. Bernard-Guelle totalise 48 pièces. Douze sont issues des fenêtres pléistocènes. Parmi ce mobilier, une petite quinzaine de pièces peut être attribuée au Paléolithique moyen et à un technocomplexe moustérien, probablement récent. Seule une pièce a été découverte dans le niveau de faune fossilisée. Pour l’heure, la relation entre les restes osseux et l’activité humaine n’est pas avérée. Les découvertes d’industries datées du Paléolithique moyen sont très rares et constituent une belle découverte à verser au dossier des artéfacts déjà mis au jour par C. Landry (Landry 2013) sur l’emprise de la Zac Lybertec.

Les vestiges historiques

7Au terme de la fouille, c’est environ 700 faits archéologiques qui ont été mis au jour.

8Les vestiges se répartissent chronologiquement en cinq phases majeures de densité variable. Le Haut-Empire (ier au iiie s. apr. J.-C.) et le haut Moyen Âge (viie au xe s.) constituent les périodes ayant livré la majorité des faits archéologiques exhumés. La transition entre la période antique et médiévale, l’Antiquité tardive (ve s.), est quant à elle très minoritaire. Les périodes suivantes sont faiblement représentées, avec un seul fait rattaché à la phase des xiiie-xive s. et aucun vestige de l’époque moderne. L’époque contemporaine est bien représentée, avec quelques vestiges agraires, fossés parcellaires, fosses de plantation ainsi que des ensevelissements de suidés en lien avec la ferme du Ritz située à proximité immédiate.

L’Antiquité

9La majeure partie des structures d’époque antique ont été mises au jour dans l’emprise de la grande fenêtre d’intervention (zones 7, 8 et 9). Les vestiges se concentrent essentiellement au sein de deux vastes enclos fossoyés contigus, rattachés chacun à un établissement rural doté d’un habitat et de structures agraires. Seul l’enclos oriental a été dégagé dans sa globalité. L’enclos occidental se développe clairement vers l’ouest, en dehors de l’emprise de fouille. L’enclos oriental livre un plan irrégulier d’une superficie de 2 630 m2, soit précisément un jugère romain ou deux actus quadratus. Les superficies des enclos mis au jour lors de la tranche 1 sont basées également sur cette unité de mesure agraire romaine. L’enclos nord de la tranche 1 a été observé dans son intégralité et mesure 3 880 m2, et l’enclos sud, également quasi complet, 3 780 m2, soit trois actus quadratus.

10En ce qui concerne la chronologie des établissements, les fosses limitrophes de l’enclos oriental viennent se greffer proprement à ceux de l’enclos ouest, sans qu’aucun recoupement stratigraphique n’ait été perçu. On peut ainsi supposer que ces deux enclos ont été occupés de manière synchrone. L’hypothèse est confirmée par l’étude du mobilier céramique. La fouille de l’enclos ouest a livré assez de mobilier céramique pour confirmer son antériorité par rapport à l’enclos est. Les données indiquent qu’il est fondé ex nihilo au début ier s. apr. J.-C. et abandonné durant la fin du iiie s. L’enclos oriental est, quant à lui, créé probablement au milieu du ier s. apr. J.-C., soit un demi-siècle plus tard, et occupé également jusqu’au iiie s. Les deux établissements sont abandonnés en même temps, comme l’indique clairement la typochronologie du mobilier céramique issu du colmatage de l’ensemble des structures fossoyées nécessaires au fonctionnement du site (fossés de drainage, puits et fossés parcellaires).

Fig. 2 – Plan des vestiges attribués au Haut-Empire

Fig. 2 – Plan des vestiges attribués au Haut-Empire

DAO : Y. Zaaraoui (Mosaïques Archéologie).

L’enclos occidental

11L’enclos ouest a livré plusieurs structures fossoyées à vocation agraire : fosses, fossés de drainage, un fossé interne palissadé et un puits. Aucune structure bâtie n’a été mise au jour. Quelques trous de poteau matérialisent la présence de bâtiments en matériaux légers (ENS1, ENS5).

12L’ENS1 est formé de deux groupes accolés. Un premier lot de trous de poteau restitue une surface quadrangulaire d’une longueur de 6,20 m à l’ouest et 7,44 m à l’est et d’une largeur de 5,30 m au nord et 4,10 m au sud, soit une surface d’environ 32 m2. Un deuxième lot de trous de poteau mitoyens présente un plan trapézoïdal, occupant une surface identique à la précédente. L’ensemble des deux constructions jumelées avoisine les 65 m2. En ce qui concerne la fonction de ce groupe, ses dimensions et la présence de nombreux fragments de céramique culinaire, retrouvés dans les faits archéologiques proches, ainsi que quelques fragments de faune, déchets de consommation, n’excluent pas la présence d’un habitat.

13À proximité immédiate, au nord-est, un second ensemble de quatre trous de poteau (ENS5) restitue un plan quadrangulaire de 2,37 m de largeur pour 2,48 m de longueur, soit une surface d’environ 5,8 m2. Cette construction de très petites dimensions s’intègre dans les typologies connues de grenier (grenier surélevé sur poteaux de type 3, catégorie établie dans la thèse publiée par V. Pellegrino ; Pellegrino 2019). On trouve sur le site de l’Épine, Chassieu-Genas (Rhône), des petits bâtiments sur poteaux de plan identique, datés du ier s. av. J.-C., interprétés également comme des greniers par les auteures. Leurs dimensions sont toutefois plus restreintes (grenier 4 de 2,25 m2 et grenier 5 de 4,2 m; Coquidé, Vermeulen 1999, p. 207, fig. 9).

L’enclos oriental

14L’enclos est a livré moins de vestiges en creux. La fouille de cet établissement a toutefois permis de mettre au jour les traces de deux bâtiments aux fondations en dur (BAT2 et BAT3). Ces édifices sont localisés dans les angles nord-ouest et sud-est de l’enclos.

15Le premier bâtiment, BAT3, mesure 12 × 7 m de long. Il suit parfaitement l’orientation des axes est-ouest de l’enclos fossoyé. Les fondations de l’édifice sont conservées uniquement à l’est. Leur mise en œuvre est sommaire, bâtie en calcaire de Brouilly et en grés jaune et rose sans liant. À l’ouest, des tranchées de spoliation restituent un plan rectangulaire et attestent d’une récupération des matériaux durant le haut Moyen Âge. La tranchée d’épierrement du mur sud est recoupée par une sépulture multiple datée des viie-viiie s., à en juger par le mobilier présent (terminaison de cordelière en verre et boucle de ceinture en alliage cuivreux).

16Le second bâtiment, BAT2, est bâti en fondations de tegulae brisées, avec ponctuellement quelques fragments d’amphore hispanique et pierres calcaires. Il mesure 4,40 × 3,60 m. Il est orienté nord-sud et ne suit pas tout à fait l’orientation de l’enclos. Il est légèrement incliné vers l’ouest. La fouille des fondations a permis de récolter un matériel céramique daté du début du iie s. apr. J.-C.

17Au sud de l’enclos occidental, le fossé de fermeture de l’établissement présente une nette interruption mesurant une quinzaine de mètres de largeur avant de réapparaître. Il pourrait s’agir de l’entrée de la ferme. Cet accès fait face à un espace de circulation orienté nord-sud, VOI10.

Fig. 3 – Plan de l’enclos oriental

Fig. 3 – Plan de l’enclos oriental

DAO : Y. Zaaraoui (Mosaïques Archéologie).

L’Antiquité tardive

18L’occupation de l’Antiquité tardive est anecdotique sur le site. Il s’agit de deux grandes fosses aux formes irrégulières et d’un trou de poteau isolé. La rareté des vestiges atteste une simple fréquentation des lieux durant l’Antiquité tardive. Ceci rappelle d’ailleurs ce qui a pu être observé lors de la fouille de la tranche 1, où aucun vestige du ve s. n’a été mis au jour sur environ 3 ha de surface cumulée. Il est intéressant de souligner que ces quelques vestiges en creux ont été mis au jour près de structures attribuées à la phase d’occupation suivante, datée des viie et viiie s. Ce secteur fréquenté au ve s., sans que l’on comprenne véritablement la nature exacte de cette occupation, pourrait bien constituer les prémices du site du haut Moyen Âge. La voie médiévale, localisée à environ 15 m à l’est, présente précisément à cet endroit une inflexion. Lorsque cet axe est construit, des vestiges agraires, ou autres, en élévation sont déjà présents sur ces secteurs occidentaux.

Le Moyen Âge

19Les vestiges de l’occupation médiévale sont essentiellement localisés dans la grande fenêtre d’intervention. Le mobilier céramique découvert dans le remplissage des structures témoigne d’une occupation s’échelonnant entre les viie et xe s. Les faits archéologiques postérieurs au xe s. sont quasi inexistants, un seul fait archéologique (un trou de poteau isolé) ayant livré quelques tessons des xiiie-xive s.

Des vestiges ténus de petites exploitations agricoles regroupées

20L’occupation médiévale s’organise le long d’un axe de circulation au tracé sinueux, VO7005, qui traverse du nord-est au sud-ouest toute l’emprise occidentale de la grande fenêtre d’intervention située à proximité de la ferme du Ritz. De part et d’autre de ce chemin, de nombreux vestiges en creux sont groupés sur des superficies moyennes (entre 70 m2 et 150 m2). Au sein de ces ensembles, dix sépultures en pleine terre ont été mises au jour.

21Les ensembles de structures en creux les plus importants sont localisés au nord et sud de la grande fenêtre d’intervention ; il s’agit de ENS4, ENS16 et ENS11. Pour ces trois premiers ensembles, la fonction d’habitat ne fait aucun doute. Deux autres groupes de trous de poteau situés à l’est du chemin pourraient également matérialiser des habitats sur poteaux : ENS21 et ENS22. Enfin, un « fond de cabane » avec poteaux périphériques a été observé à l’est de l’emprise (ENS23).

22D’autres ensembles de trous de poteau restituent des espaces agraires ou des espaces annexes, vraisemblablement dévolus au stockage ou au parcage du bétail. En effet, sur ces secteurs, lorsqu’il a été possible d’identifier le plan architectural des constructions sur poteaux, les édifices présentent de plus petites superficies (10 m2 en moyenne). De plus, ces secteurs n’ont livré aucune trace d’activité foyère ni de vestige ou mobilier en lien avec la sphère domestique. Ces vestiges sont matérialisés, à l’ouest de la voie, par les groupes ENS12, ENS13 et ENS14 et, à l’ouest du chemin, par les ensembles ENS17, ENS18, ENS19, ENS23 et ENS27.

23Quelques plans de construction sur poteaux, notamment l’ENS27, rappellent les « bâtiments rectangulaires étroits à quatre ou six poteaux de taille moyenne et à appuis obliques » mis au jour en Île-de-France durant les périodes mérovingiennes et carolingiennes. Ces édifices ont été caractérisés comme des greniers ou constructions assimilées (cf. les bâtiments des sites de Villiers-le-Sec [Val-d’Oise], de Villiers-le-Bel [Val-d’Oise] et de Serris [Seine-et-Marne] : Gentili 2009, p. 105-107).

Le funéraire

24Dans l’emprise de la grande fenêtre de fouille, l’opération a permis la mise au jour de douze individus inhumés dans dix sépultures à inhumation en fosse. Les inhumations se répartissent de manière polynucléaire, à proximité des différentes aires d’habitats observées, sur une période comprise entre le viie et le xe s. Les sépultures sont parfois regroupées par deux (regroupements familiaux ?) et liées soit à des ensembles de trous de poteau (habitat), soit isolées à proximité de points marquants du paysage. L’étude croisée des données archéologiques et anthropologiques révèle ainsi une utilisation simultanée des différentes zones d’inhumation à proximité des ensembles d’habitat.

25Bien que l’estimation des modes d’inhumation se soit avérée difficile en raison du fort arasement du site, ayant entraîné la non-lisibilité des limites des fosses sépulcrales, on observe un usage préférentiel du contenant en bois, pouvant parfois être associé au port d’enveloppe souple. Trois sépultures atypiques se détachent de ce schéma et témoignent d’une diversité de pratiques liées à la gestion des corps morts, et indiquent ainsi une gestion des inhumations plus liée à un fonctionnement « local » qu’à une standardisation des pratiques, comme on peut le voir pour les sépultures chrétiennes plus tardives du Moyen Âge.

26L’étude du recrutement funéraire a révélé la présence d’individus adultes et immatures des deux sexes, correspondant à un échantillon de population locale. Les observations paléopathologiques, bien que fortement limitées par certains biais, ont révélé quelques lésions liées à plusieurs groupes nosologiques, mais relativement peu sévères et isolées. La fréquence notable des enthésopathies, principalement localisées au niveau des phalanges manuelles, témoigne d’individus soumis à une activité physique répétitive.

27La pratique d’inhumation isolée ou en petits groupes dans les secteurs ruraux, à proximité d’habitats ou d’axes de circulation, est relativement connue pour le haut Moyen Âge (Pecqueur 2003 ; Pecqueur 2015). Cette pratique témoigne d’une persistance des usages funéraires de l’Antiquité, qui disparaissent peu à peu avec l’avènement du christianisme et l’établissement de cimetières autour des églises, ou d’une volonté de marquer des limites de propriété (Blanchard 2011, p. 2 ; Pecqueur 2015). On constate toutefois que l’établissement de groupes funéraires isolés et dispersés au sein d’habitats ruraux perdure assez tardivement, parfois jusqu’aux ixe-xie s. (Corrochano 2011). Ainsi, l’ensemble de sépultures mis au jour sur la tranche 2 du site de Lybertec s’inscrit dans la continuité des connaissances sur les inhumations du haut Moyen Âge : des sépultures établies en petits groupes, imbriquées dans la trame domestique, autour d’axes de circulation, qui perdurent un certain temps en parallèle du développement du christianisme et de sa gestion funéraire concentrée autour de l’église paroissiale.

28L’étude des squelettes in situ révèle une certaine standardisation des gestes funéraires (inhumation en décubitus dorsal) qui coïncide avec une pluralité de pratiques quant à la disposition des membres du défunt, conforme à ce qui est observé pour cette période, à savoir une gestion funéraire non standardisée et différente selon l’individu et les circonstances du décès, gestion qui est encore non régie par des normes ecclésiastiques strictes.

29Excepté la présence d’un seul trou de poteau isolé daté des xiiie-xive s., la majorité des vestiges médiévaux ont été attribuées aux périodes comprises entre le viie s. et xe s. Cette occupation a pu se décomposer en deux phases chronologiques bien distinctes, les viie-viiie s. et les ixe-xe s. Cette partition chronologique a été en grande partie possible grâce aux différentes analyses radiocarbones réalisées sur les individus issus des tombes installées à proximité immédiate des habitats, ainsi que sur la totalité des couches charbonneuses en lien avec l’activité domestique, foyers et four excavé à vocation culinaire.

30De plus, l’étude du mobilier céramique met en évidence ces deux horizons chronologiques en parfaite adéquation avec les diagrammes radiocarbones. Elle suggère une fourchette chronologique légèrement plus restreinte pour une première phase médiévale, en indiquant uniquement le viie s. Nous avons intégré le viiie s. dans le groupe chronologique, dans la mesure où les analyses radiocarbones semblent bien suggérer un groupe viie-viiie s. et que l’analyse céramique distingue bien la période suivante, comprise entre les ixe et xe s.

31Parmi la multitude de structures en creux découvertes, plusieurs fosses ont livré du mobilier céramique médiéval (commune grise), trop fragmentaire pour être attribué à une phase précise. C’est pourquoi un troisième groupe chronologique a été créé, attribué à une large époque médiévale couvrant les quatre siècles majeurs de l’occupation, entre les viie et xe s.

Fig. 4 – Plan général de l’emprise de fouille archéologique avec localisation des sépultures

Fig. 4 – Plan général de l’emprise de fouille archéologique avec localisation des sépultures

Échelle : 1/750.

DAO : Y. Zaaraoui, M. Kielb-Zaaraoui (Mosaïques Archéologie).

L’époque contemporaine

32La période moderne est le parent pauvre de l’opération. Aucun aménagement ni mobilier n’a été observé.

33C’est surtout l’époque contemporaine qui est représentée, essentiellement par des vestiges agraires : fossés parcellaires et structures en creux (labours, fosses et tranchées de plantation) ou d’élevage très récent (ensevelissements de porcins). On les retrouve ainsi essentiellement proches de la ferme du Ritz, dans les zones 9 et 10, et au secteur du Pan Perdu où ils représentent la totalité des éléments mis au jour.

34On constate également que les anomalies géophysiques détectées en 2014 par Géocarta sur le secteur du Pan Perdu n’ont, en grande partie, pas été retrouvées lors de la fouille. Seul le fossé situé au sud, correspondant à une longue tranchée de plantation d’époque contemporaine, a été identifié (FO16001).

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Bibliographie

Blanchard P. 2011 : Les lieux d’inhumation du haut Moyen Âge (400-1000), in Zadora-Rio E. (dir.), Atlas archéologique de Touraine, Tours, FERACF (coll. Suppl. à la RACF, 53).

Coquidé C., Vermeulen C. 1999 : Évolution d’une zone d’habitat rural du ier s. av. J.-C. au iiie s. apr. J.-C. : Chassieu-Genas « L’Épine » (Rhône), RAN, 32, p. 197-244.

Corrochano A. 2011 : Entre nécropoles et cimetières : tombes, lieux d’inhumation et souvenir des défunts d’après l’archéologie des viie-xie s. dans le sud de la France, in Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, XLII, Mémoires, tombeaux et sépultures à l’époque romane, Codalet, Association culturelle de Cuxa, 42, p. 59-64.

Gentili F. 2009 : Silos et greniers. Structures de conservation des grains sur les sites ruraux du haut Moyen Âge, d’après des exemples Franciliens, in Gentili F., Lefèvre A. (dir.), L’habitat rural du haut Moyen Âge en Île-de-France, Paris (coll. Suppl. au Bulletin archéologique du Vexin français et du Val-d’Oise, 2), p. 97-123.

Landry C. 2013 : Belleville-en-Beaujolais et Charentay, Rhône, Rhône-Alpes, Zac Lybertec, tranche 1, rapport de diagnostic, Bron, Inrap, 2 vol.

Pecqueur L. 2003 : Des morts chez les vivants. Les inhumations dans les habitats ruraux du haut Moyen Âge en Île-de-France, Archéologie médiévale, 33, p. 1-31.

Pecqueur L. 2015 : Les sépultures hors du cimetière dans le paysage entre le ve et le xviiie s., in Gautier M., Dietrich A., Corrochano A. (dir.), Rencontre autour des paysages du cimetière médiéval et moderne. Actes de la 5e Rencontre du Gaaf, Prieuré Saint-Cosme (La Riche), 5-6 avril 2013, Tours, FERACF (coll. Suppl. à la RACF, 60), p. 293-307.

Pellegrino V. 2019 : Espaces de stockage domaniaux dans l’Occident romain. Les greniers et les techniques de conservation des céréales en milieu rural du ier s. av. J.-C. au ve s. apr. J.-C. (péninsule Italienne, péninsule Ibérique, Gaules et Germanies), université Paul Valéry, Montpellier 3, université du Salento, Lecce, 2 vol.

Zaaraoui Y. 2016 : Établissements ruraux gallo-romains et médiévaux à Belleville, Zac de Lybertec (Rhône). Histoire d’un paysage de l’époque antique au Moyen Âge, rapport final d’opération de fouille archéologique, Cournonterral, Mosaïques Archéologie, 3 vol.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Localisation de l’opération sur le plan du diagnostic
Légende Échelle : 1/2500.
Crédits D’après Landry 2015, p. 139 ; DAO : Mosaïques Archéologie.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/191126/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 2,0M
Titre Fig. 2 – Plan des vestiges attribués au Haut-Empire
Crédits DAO : Y. Zaaraoui (Mosaïques Archéologie).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/191126/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 442k
Titre Fig. 3 – Plan de l’enclos oriental
Crédits DAO : Y. Zaaraoui (Mosaïques Archéologie).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/191126/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 551k
Titre Fig. 4 – Plan général de l’emprise de fouille archéologique avec localisation des sépultures
Légende Échelle : 1/750.
Crédits DAO : Y. Zaaraoui, M. Kielb-Zaaraoui (Mosaïques Archéologie).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/191126/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 411k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Yahya Zaaraoui, « Belleville-en-Beaujolais – Zac Lybertec (tranche 2) » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Auvergne-Rhône-Alpes, mis en ligne le 26 juin 2025, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/191126

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Auteur

Yahya Zaaraoui

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Droits d’auteur

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