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AccueilRégionsNouvelle-Aquitaine202117 – Charente-MaritimeSaintes – L’amphithéâtre

2021
17 – Charente-Maritime

Saintes – L’amphithéâtre

Fouille programmée (2021)
Responsable d’opération : Bastien Gissinger

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Département de la Charente-Maritime

Texte intégral

1Dans le cadre d’une campagne de travaux de restauration et de sécurisation de l’amphithéâtre de Saintes en vue de sa mise en valeur, une fouille préventive, destinée à accompagner les travaux, a débuté au mois de juin 2021 par la réalisation de tranchées dans l’arène afin de permettre d’évaluer son potentiel archéologique et d’observé l’égout central, initialement prévu pour être remis en service.

2L’opération, réalisée en juin 2021 par le Département de la Charente-Maritime dans le cadre d’un groupement avec l’Inrap (B. Gissinger, remplacé par K. Robin à partir de 2022 suite à sa mutation), s’est déroulée sur trois semaines. Près d’un tiers de cette durée a été consacré à la gestion et à l’évacuation des eaux de pluie qui remplissaient les tranchées par précipitations directes, remontées et ruissellement.

3Un pendage ouest-est de l’ordre de 3 % est actuellement conféré à l’arène, depuis les dégagements massifs du premier tiers du xxe s. Les niveaux antiques apparaissent par conséquent davantage préservés à l’ouest qu’à l’est, où ils affleurent directement sous le gravier calcaire blanc qui recouvre le sol de circulation d’aujourd’hui.

4Un sol antique est apparu de manière uniforme partout où des tranchées ont été ouvertes. Il a naturellement été par endroits perturbé ou traversé par des terrassements ultérieurs, mais apparaît dans l’ensemble bien lisible. Hormis dans la moitié ouest de l’arène, où des colluvions ont scellé les éléments architecturaux et les niveaux de circulation antiques, les orthostates ceinturant l’arène ont fait l’objet, dès le début du xxe s. d’investigations prenant la forme d’une tranchée de 2 à 3 m de largeur. Destinée à remplacer les dalles manquantes, celle-ci descendait jusqu’à la base du podium en leur absence. Les abords des orthostates souffrent par conséquent d’un mauvais état de conservation.

Fig. 1 – Vue générale de l’amphithéâtre et des tranchées réalisées, juin 2021

Fig. 1 – Vue générale de l’amphithéâtre et des tranchées réalisées, juin 2021

Cliché : B. Gissinger (SAD Charente-Maritime).

  • 1 S 221122 UGAMS 54130.

5Des secteurs de carrière de calcaire ont été observés en plusieurs endroits, directement au fond des tranchées, sous les niveaux antiques conservés liés à l’arène. Les sédiments concernés étaient marqués par des déchets d’extraction et de taille, et le fond de fouille était constitué par la roche calcaire exploitée. Un charbon issu d’une couche scellant une zone de carrière a fourni une datation radiocarbone tirant vers la période augusto-tibérienne au plus tard (56 av.-28 apr. J.-C.) (88,8 %)1. Les dimensions des blocs variaient entre 0,75 m et 1,30 m de largeur.

6Dans la partie nord de la tranchée 02, la roche a été taillée avec un soin marqué, de telle sorte qu’elle formait un espace de 2,90 m par 2 m. Cette salle semi-rupestre intégrée dans la structure de l’amphithéâtre a été fouillée en 1974 par Louis Maurin. À tout le moins pièce de service, cet espace a été qualifié de « sacellum » sans toutefois d’indications permettant d’étayer cette interprétation. Les parois conservent les traces d’outil permettant l’extraction de trois rangées de blocs mesurant chacune 0,50 à 0,60 m de hauteur. L’étude pétrographique de quelques blocs de décors architecturaux erratiques découverts dans une fosse fin xixe-début xxe s. (tranchée 03) a permis de démontrer, outre la provenance de blocs issus des carrières de Thénac et Saint-Vaize, l’utilisation de la roche extraite sur place, notamment pour un élément de corniche modillonaire.

7La périphérie de l’arène est délimitée par des orthostates en calcaire mesurant plus de 2 m de hauteur et de largeur variable, reposant sur une base en saillie, celle-ci présentant un chanfrein à pan coupé à 45°. Ces bases surmontées par les orthostates sont installées sur le substrat calcaire taillé selon un tracé préparatoire manifeste. L’opération a montré que nombre d’entre eux sont remplacées au xxe s. lors de la reconstruction du podium dans le but de conférer à nouveau à l’antique monument un rôle lié au divertissement. L’ensemble formé par les orthostates et le balteus constitue l’élévation intégrale de l’arène. Si l’on considère que les quelques éléments de ce dernier se placent à des altimétries similaires à celles d’origine, la hauteur de cette élévation par rapport au sol antique de l’arène est de 2,90 m.

8Deux pièces s’ouvrant sous le podium se font symétriquement face de part et d’autre du petit axe central de l’arène.

  • 2 S 221118 UGAMS 54126.

9Les sols de la petite pièce nord, le « sacellum » cité plus haut, ont malheureusement intégralement disparu à la suite des investigations de 1974. Le mur sud de la pièce, sur lequel repose encore un bloc de montant de la porte qui reliait cet espace à l’arène, a été dégagé sur dix assises en moyen appareil plutôt grossier. Un charbon a pu être prélevé dans le mortier orange très induré qui liait les moellons. Sa datation radiocarbone atteste que cet état de mur n’est manifestement pas caractéristique d’un élément présent à l’origine de l’édifice, ou en tout cas qu’il a été reconstruit (119-222 apr. J.-C.) (97,4 %)2.

10Le pendant de cette pièce au sud de l’arène n’a pu être exploré. Il est à l’heure actuelle scellé par les blocs du podium reconstruit vers 1930.

11Les trois tranchées réalisées ont montré sans équivoque un niveau de sol cohérent composé d’un sable coquiller brun compact à tendance argileuse. Son aspect et sa densité permettent de considérer qu’il s’agit d’un sédiment s’étendant sur toute la surface de l’arène et qui n’est pas d’origine naturelle. Le mobilier archéologique (monnaies, céramique) permet en outre de s’assurer de cette cohérence sur le plan chronologique. On peut donc considérer que nous sommes en présence de l’ultime niveau d’utilisation de l’arène antique.

12On remarque à cet égard qu’il ne s’agit pas d’une piste de sable doré, celui-ci ayant probablement fait l’objet d’une récupération. L’épaisseur du niveau de sable coquiller n’apparaît pas uniforme, avec en moyenne 10 cm conservés, 26 cm au maximum.

13Le profil du sol de l’arène apparaît bombé depuis le centre. Le fait a été observé au sein de chacune des trois tranchées réalisées ce qui permet de considérer le fait comme généralisé. La surface de l’arène est plate au centre, puis une pente est initiée, qui s’accélère vers la périphérie de l’ellipse de l’arène. Du centre vers le sud, les pendages constatés du sol antique sont de 3 % (Tr.01), 3,2 % (Tr.02) et 2,5 % (Tr.03). Ces chiffres dénotent une franche régularité. Les pendages permettaient ainsi aux eaux de pluie de s’écouler naturellement vers le caniveau périphérique (euripe).

  • 3 L’attribution chronologique du mobilier céramique a été effectuée par David Guitton (Inrap).

14L’utilisation de ce niveau de sol est marquée par la présence de tessons antiques très fragmentés remontant aux ier et iie s.3 et qui correspondent aux phases d’utilisation remaniées de l’édifice au cours du Principat. Toutefois, quelques tessons se révèlent clairement postérieurs de même que deux des trois monnaies découvertes en contexte. Ce mobilier atteste du fait que le seul niveau de sol conservé de l’arène antique, installé bien entendu très vraisemblablement en remplacement de sols plus anciens, a été utilisé au cours de la fin du iiie s. et de la première moitié du ive s.

15Plusieurs structures se rapportant à l’utilisation scénique de l’arène ont été observées. Il convient en premier lieu de mentionner la découverte d’un bloc de calcaire de belles dimensions à proximité du centre de l’arène, percé de deux trous carrés dont un traversant, servant à l’installation d’un mât amovible.

La question de la gestion des eaux de pluie

16Connu par plusieurs mentions, pour l’essentiel anciennes et peu documentées, un caniveau central a été observé dans les trois tranchées réalisées. Il est marqué par une parfaite rectitude. Supposé drainer les eaux de ruissellement du vallon en amont, il traverse l’édifice et l’arène d’ouest en est. Il recueillait très probablement au passage les eaux de l’euripe – supposément au niveau de la porte des Vivants – et se dirigeait vers la Charente dans laquelle il se déversait. Les maçonneries formant la structure mesurent 0,60 m d’épaisseur, pour une profondeur totale de 1,10 m. Au fond, le caniveau est posé sur la roche calcaire taillée. La largeur du specus parementé en petit appareil atteint 0,90 m.

  • 4 S 221121 UGAMS 54129 : 220-264 (29,6 %) et 275-346 apr. J.-C. (65,8 %).

17Le liant employé est un mortier type hydraulique rouge-orangé pour la partie sommitale, probable réfection d’un état antérieur de construction plus soignée dont les joints étaient tirés au fer. Un fragment de charbon de bois a été recueilli dans le mortier de l’égout au niveau de l’arase sommitale refaite, et daté d’entre 220 et 346 apr. J.-C.4.

18Il semblerait donc que ce caniveau, à défaut de savoir à quelle date précise il a été installé – peut-être dès les phases précoces –, ait été au minimum remanié au début du Bas-Empire.

19Au centre de l’arène, un aménagement composé de deux bassins contigus a été observé. L’un était rectangulaire, l’autre ovale. L’égout s’y déversait, et le trop-plein repartait dans la suite du conduit vers la porte des Vivants. Il s’agit très vraisemblablement de structures liées à la décantation des eaux drainées par cet égout depuis le vallon en amont.

20L’aménagement est taillé dans la roche calcaire, et des parois sont montées au moyen de blocs cyclopéens grossièrement équarris, sans mortier apparent, de part et d’autre du plus profond des deux creusements.

21Une canalisation périphérique de l’arène nommée euripe a été observée dans les tranchées 01 et 02 au sud. Elle était constituée d’un assemblage de pièces de bois calées par des pieux. La conduite mesure, dans la tranchée 01, 0,65 m de largeur de specus pour 0,20 m de profondeur. Elle est composée de madriers de chêne, pourvus au nord d’une saignée destinée à y encocher une couverture amovible constituée de planches. L’une d’elles était partiellement conservée. Trois échantillons ont été recueillis pour datation dendrochronologique par Dendrotech et convergent vers une phase d’abatage située durant l’automne-hiver 274-275 apr. J.-C.

Fig. 2 – L’euripe en bois, qui court au pied des orthostates et recueillait les eaux de ruissellement de l’arène

Fig. 2 – L’euripe en bois, qui court au pied des orthostates et recueillait les eaux de ruissellement de l’arène

Cliché : B. Gissinger (SAD Charente-Maritime).

22Il semble donc acquis qu’un vaste programme de restauration/reconstruction partielle de l’édifice, en tout cas de l’arène, a été réalisé après 275. L’utilisation ultime de l’édifice semble perdurer durant une bonne partie du ive s.

23Le niveau de sol en sable coquiller argileux de l’arène est recouvert par un épais niveau argileux gris très homogène qui colmate l’arène sur 0,30 à 0,45 m, indiquant un phénomène de colluvionnement important par apport massif et probablement rapide de matériaux suite à des épisodes humides au cours du ve s. La spoliation des éléments architecturaux de l’édifice ne commence, de ce fait, pas avant la toute fin du ive ou le début du ve s.

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Notes

1 S 221122 UGAMS 54130.

2 S 221118 UGAMS 54126.

3 L’attribution chronologique du mobilier céramique a été effectuée par David Guitton (Inrap).

4 S 221121 UGAMS 54129 : 220-264 (29,6 %) et 275-346 apr. J.-C. (65,8 %).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Vue générale de l’amphithéâtre et des tranchées réalisées, juin 2021
Crédits Cliché : B. Gissinger (SAD Charente-Maritime).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/193622/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Fig. 2 – L’euripe en bois, qui court au pied des orthostates et recueillait les eaux de ruissellement de l’arène
Crédits Cliché : B. Gissinger (SAD Charente-Maritime).
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/193622/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 460k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Bastien Gissinger, « Saintes – L’amphithéâtre » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 09 juillet 2025, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/193622

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Auteur

Bastien Gissinger

Service d’Archéologie départementale de Charente-Maritime

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Responsable d’opération

Bastien Gissinger

Service d’Archéologie départementale de Charente-Maritime

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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