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2021
23 – Creuse

Moutier-Rozeille – Église Saint-Hilaire

Analyses (2021)
Responsable d’opération : Jacques Roger

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Ministère de la Culture

Texte intégral

1Une deuxième campagne d’analyses a été réalisée en 2021 sur le site de Saint-Hilaire en vue du projet de publication des campagnes de fouilles achevées en 2019.

2En lien avec le site de l’ancien monastère Saint-Martin à Moutier-Rozeille (Roger J., Moutier-Rozeille – Église Saint-Martin, 2021), un travail de reprise des sources historiques disponibles les plus anciennes a été réalisé par Anne Massoni et Stéphane Lafaye (CRIHAM université Limoges). Leur relecture permet de penser qu’une première communauté monastique a existé dès la période mérovingienne, sans que l’on puisse préciser davantage à Saint-Hilaire ou à Saint-Martin/Saint-Julien.

3En parallèle, un important travail a porté sur l’analyse du petit mobilier. N. Portet et J. Soulat (LandArc) ont inventorié 1 009 objets, dont 582 proviennent directement de 170 sépultures (comblement et dépôt) et 427 des couches archéologiques autour des sépultures. Au sein de ce mobilier, une grande quantité (80 % du lot) rassemble des objets caractéristiques à vocation funéraire : 42 accessoires vestimentaires (agrafes, boutons, ferrets de lacet, etc.), 8 ornements (tôle décoratives, appliques, etc.), 99 éléments de parure (bagues, anneaux, etc.), 119 objets de piété (crucifix, médailles et chapelets) et 502 autres éléments dont principalement les épingles généralement utilisées dans la fermeture du linceul ou de la coiffe. La datation de ces éléments s’étend des viiie-xe s., avec deux agrafes à double crochet en alliage cuivreux de tradition carolingienne, au xviiie s., avec plusieurs exemplaires de chapelets et de crucifix. La concentration de 50 bagues et de 33 crucifix à Moutier-Rozeille apparaît déjà comme assez exceptionnelle. Ce lot conséquent, lorsqu’on le compare aux autres collections venant des cimetières contemporains sur l’ensemble de la France, fera sans nul doute référence dans l’étude et la connaissance des tombes modernes pour le centre de la France.

Fig. 1 – Exemples de bagues de l’époque moderne trouvées sur les défunts de Saint-Hilaire

Fig. 1 – Exemples de bagues de l’époque moderne trouvées sur les défunts de Saint-Hilaire

Clichés : Arc’Antique.

4Il convient maintenant pour achever ce travail de croiser les données anthropologiques, archéologiques et celles du petit mobilier afin d’affiner la chronologie des sépultures des xvie-xixe s. (la stabilisation du petit mobilier métallique issu des campagnes 2018-2019 vient seulement d’être achevée).

5Une première analyse sur les cercueils cloués, en 2020, avait permis d’aborder une esquisse de la morphologie de ces bières. La poursuite de l’étude de ces architectures funéraires a été complétée, en 2021, par la détermination des essences utilisées. La présence de bois minéralisés sur les clous de cercueil nous laissait espérer une détermination xylologique sur 200 clous clairement localisés dans la tombe et issus de sépultures bien conservées. Malheureusement, les identifications sur de petits restes ont été décevantes, incitant C. Belingard (GéoLab UMR 6042 université Limoges) à se limiter aux analyses d’échantillons pour lesquels le ratio temps passé/taux de réussite et précision de l’identification restait positif, soit un total de 79 identifications. Malgré la diminution de l’échantillonnage, les résultats sont surprenants : six essences identifiées, qui peuvent être abattues localement, dont près de 60 % correspondent à du peuplier ; la présence du tilleul et de l’aulne semble être une originalité du site de l’église Saint-Hilaire ; en revanche, le sapin n’est pas présent à ce stade des analyses. On note également que ces bières ne sont pas obligatoirement construites avec la même essence mais que certains cercueils peuvent cumuler deux essences différentes (peuplier et chêne, prunus et tilleul, hêtre et chêne, érable et tilleul), voire trois (aulne, tilleul et chêne ou hêtre, peuplier et chêne). Pour ce qu’il est possible d’en juger, le choix de l’essence du bois utilisé ne caractérise pas une forme de bière particulière, ni son mode d’assemblage, pas plus qu’il n’est sélectionné en fonction de l’âge du défunt.

6Le travail réalisé par Anne Flamming (CNRS UMR 5138) a principalement porté sur des marqueurs sépulcraux retrouvés sur le site ainsi que sur deux petits chapiteaux en calcaire conservés au musée de Guéret qui, semble-t-il, proviennent des ruines de Saint-Hilaire. Parmi les éléments en lien avec la pratique funéraire, il a été possible de discerner deux fragments de couvercles de sarcophage en granite et trois pierres tombales. Ces éléments ont été identifiés parmi les nombreux autres éléments en pierre grâce à l’iconographie encore présente, principalement des croix, de différentes formes, certaines à longue hampe, le plus souvent aux bras évasés. Un exemplaire, unique en Limousin, présente un oiseau placé au sommet de la branche verticale supérieure. Pour les sarcophages, le couvercle bombé à bandes transversales serait à rapprocher des couvercles de type poitevin dits « à croix à trois traverses ». Il convient également d’ajouter à ce corpus un possible fragment de couvercle de sarcophage de section arrondie ou à deux pans, avec un décor de liseré gravé sur les deux faces. De même, mais peut-être plus hypothétique, une stèle funéraire marquée d’une croix, retrouvée en remploi à proximité immédiate de l’absidiole nord. Tout ce répertoire iconographique est à placer chronologiquement entre le vie et viie s. Pour les deux chapiteaux en calcaire, entrés au musée de Guéret en 1935 car probablement récupérés lors de la démolition de l’église à la fin des années 1920, leur appartenance au haut Moyen Âge semble exclue malgré leur aspect fruste et ils doivent plutôt être placés chronologiquement aux xie-xiie s.

7L’étude de la céramique médiévale, réalisée pour les campagnes 2007-2013 par M. Gary (Archéodunum), est en cours d’achèvement avec l’analyse du mobilier issu des campagnes 2014-2019. Cette année marque également le début de l’étude des perles de chapelet en verre, réalisée par A. Bonneau (université Sherbrooke, Canada).

8Enfin, la modélisation en 3D des différents états de construction a permis de valider des hypothèses formulées, avec parfois la nécessité de les corriger ou de les amender. Ce travail, réalisé par B. Dutailly et V. Baillet (Archéovision), en lien étroit avec les archéologues, permet une vision panoramique des constructions et une réflexion sur des données que la fouille ne restitue pas en totalité (ouvertures, éclairage, sens des pentes de toiture, hauteur des maçonneries, etc.).

Fig. 2 – Proposition de restitution du dernier état de l’église mérovingienne (viie s.)

Fig. 2 – Proposition de restitution du dernier état de l’église mérovingienne (viie s.)

Vue depuis le sud-ouest.

Cliché : Archéovision.

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Bibliographie

Roger J. 2021 : Moutier-Rozeille – Église Saint-Martin, sondage (2021), Archéologie de la France – Informations, Nouvelle-Aquitaine [notice archéologique].

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Exemples de bagues de l’époque moderne trouvées sur les défunts de Saint-Hilaire
Crédits Clichés : Arc’Antique.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/193969/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 685k
Titre Fig. 2 – Proposition de restitution du dernier état de l’église mérovingienne (viie s.)
Légende Vue depuis le sud-ouest.
Crédits Cliché : Archéovision.
URL http://journals.openedition.org/adlfi/docannexe/image/193969/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 493k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Jacques Roger, « Moutier-Rozeille – Église Saint-Hilaire » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Nouvelle-Aquitaine, mis en ligne le 10 juillet 2025, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/193969

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Auteur

Jacques Roger

Drac Nouvelle-Aquitaine (service régional de l’Archéologie)

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Responsable d’opération

Jacques Roger

Drac Nouvelle-Aquitaine (service régional de l’Archéologie)

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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